‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 18 sur 88 · CHAPITRE VIIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIÎ

Makôm (oipo). — Ce nom est appliqué primitivement au lieu particulier et commun (^^ ; ensuite la langue lui a donné plus d'étendue et en a fait un nom désignant le degré et le rang d'une personne, je veux dire sa perfection dans une chose quelconque , de manière qu'on dit : Un tel est en tel lieu (ûipu) , dans telle chose (c'est-à-dire arrivé à tel degré). Tu connais le fréquent usage qu'on en fait dans notre langue en disant : Remplir la place (didd) de ses pères, p. ex. : «Il remplissait la place de ses pères en science ou en piété », et en disant encore : « La dis>cussion reste à la même place » , c'est-à-dire au même degré. C'est par ce genre de métaphore qu'il a été dit : Que la gloire de V Éternel soit louée en son lieu (Ézéch., III, 1^), c'est-à-dire selon le rang élevé qu'il occupe dans l'univers (-). Et de même

(1) C'est-k-dire, il s'applique tantôt à un lieu particulier QZioi) ou à \dL'place occupée par un corps particulier, tantôt aunlieu commun (xovo,-) plus ou moins vaste et renfermant plusieurs lieux particuliers (comme, p. ex., la maison renfermant des habitations, la ville renfermant des maisons, le pays renfermant des villes et ainsi de suite), et enfin au lieu universel ou Wespace en général. Cf. Arîstole, Physique, I.IV, ch.Il.

(2) Littéralement : selon so7i rang et sa haute dignité dans VÈlre, Les mots nîÔD Dîàyi sont rendus dans la version d'Ibn-Tibbon par p?n D!i1)^1ï ^< ^^ grande fart; mais Ibn-Faîaquera observe avec raison que le mot lôn n'a pas ici le sens de yart, mais celui de *113!D » honneur, dignité; car on ne saurait dire de Dieu, créateur de tout l'univers, qu'il a une part dans ce qui est. Voy. l'appendice du More ha-Moré, p. 149.

chaque fois qu'on se sert du mot oipû (lieu), en parlant de Dieu, on ne veut dire autre chose , si ce n'est le rang de son existence , qui n'a pas de pareil ni de semblable , comme on le démontrera. Sache que toutes les fois que nous t'expliquons, dans ce traité, l'homonymie d'un certain nom, nous n'avons pas pour but seulement d'éveiller l'attention sur ce que nous mentionnons dans le chapitre môme, mais nous voulons ouvrir une porte et attirer ton attention sur les divers sens du nom en question, qui sont utiles par rapport à notre but, et non pas par rapport au but de ceux qui parlent un langage vulgaire quelconque (^). C'est à toi à examiner les livres prophétiques et les autres livres composés par les savants , à considérer tous les noms qui y sont employés et à prendre chaque nom homonyme dans l'un des sens qui puisse lui convenir par rapport au discours (où il se trouve). Ce que nous venons de dire est la clef de ce traité et d'autres (de nos écrits). Ainsi, p. ex., (en CQusidérant) l'explication que nous avons donnée ici du sens de makôm (oipo) dans le passage : Que la gloire de l'Éternel soit louée en son lieu, tu sauras que ce même sens est celui de makôm dans le passage : Voici un lieu (DlpD) auprès de moi (Exode, XXXIII, 21), c'est-à-dire un degré de spéculation , de pénétration au moyen de l'esprit , et non de pénétration au moyen de l'œil, en ayant égard en même temps à V endroit de la montagne auquel il est fait allusion et où avait lieu l'isolement (de Moïse) pour obtenir la perfection.

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