CHAPITRE IX
Kissé («dd) est employé primitivement dans la langue (hébraïque) comme nom du trône ^ et, comme le trône n'est occupé
(1) L'aulem* veut dire que , dans Texpli cation des mots, son but est uniquement d'en indiquer les divers sens philosophiques, et qu'il ne s'occupe pas des explications philologiques , ou des diverses acceptions des mots dans le langage vulgaire.
que par des gens d'illustration et de grandeur, comme les rois , et que, par conséquent, il est une chose visible O, indiquant la grandeur de celui qui en a été jugé digne , son illustration et sa haute position , le sanctuaire a été appelé Kissé (trône) , parce qu'il indique la grandeur de celui qui s'y est manifesté et qui y a fait descendre sa lumière et sa gloire. Ainsi (le prophète) a dit: Un trône de gloire^ élevé , depuis le commencement , etc. (Jérémie, XVII, 12). C'est encore dans le même sens que le ciel a été appelé Kissé (trône) ; car pour celui qui le connaît (^) et qui le contemple, il indique la grandeur de celui qui l'a fait exister, qui le met en mouvement , et qui , par le bien qu'il en fait émaner , régit le monde inférieur. On lit, p. ex. : Ainsi a dit V Éternel^ le ciel est mon trône (^ND^), de. (Isaïe, LXVI, 1), c'est-à-dire il indique mon existence , ma grandeur et ma puissance , de même que le trône indique la grandeur de celui qui en a été jugé digne t^). C'est là ce que doivent croire ceux qui cherchent le vrai , et non pas qu'il y ait là un corps sur lequel Dieu s'élève ; — combien il est élevé (au dessus d'une pareille pensée) ! — Car il te sera démontré que le Très-Haut est incorporel , et comment pourrait-il prendre place ou S3 reposer sur un corps? Mais la chose est comme nous l'avons fait remarquer , savoir , que tout lieu que Dieu a anobli et distingué par sa lumière et son éclat, comme le sanctuaire ou le ciel, est appelé Kissé (trône).
(1) Littéralement : une chose existante; le mot "n^lID paraît ici avoir le sens de : existant d'une manière visible, sensible.
(2) C'est-à-dire, qui en a une connaissance scientifique, qui connaît les sphères et leurs mouvements.
(3) Quelques uns des meilleurs mss. portent TV} pTli^ O^Ù]^ ^7^;, ce qui n'offre pas un sens bien satisfaisant; Ibn-Tibbon paraît avoir lu également D'^tOy, mais ce passage est un peu corrompu dans sa version et offre des variantes dans les différents mss. et dans les éditions. M-'Harizi traduit 1^ plHtt^ ''D fl^nj b]; ; on voit qu'il a lu DÎTy, mais il a mal rendu le mot ^nt<- La leçon que nous avons adoptée (p où]^ vy) est celle de trois mss.; un quatrième porte ]0 HOby ^^y , ce qui est la même chose.
Si la langue a étendu l'usage de ce mot en disant : Car la main (est placée) sur le trône (dd) de Dieu (Exode, XVIÏ, 16) C*), c'est encore là une qualification de sa grandeur et de sa majesté, une chose qu'il ne faut pas se représenter comme étant en dehors de son essence , ni comme une de ses créatures , de sorte que Dieu existerait tantôt sans le trône et tantôt avec le trône. Ce serait là, sans doute, une croyance impie; car (le prophète) a dit clairement : Toi, Éternel, îu résides éternellement, ton trône {reste) de génération en génération (Lament., V, 19), ce qui indique que (le trône) est une chose inséparable de lui. Ainsi donc, dans ce passage et dans tous les autres semblables , on veut désigner par t^DD (trône) la majesté et la grandeur de Dieu , qui ne sont point quelque chose en dehors de son essence , comme on l'expliquera dans quelques chapitres de ce traité ^^h