CHAPITRE X
Nous avons déjà dit que toutes les fois que, dans ce traité, nous parlons d'un des noms homonymes , notre but n'est pas de mentionner tous les sens dans lesquels ce nom est employé , — car ce n'est pas ici un traité sur la langue ; — mais nous mentionnons de ces divers sens ceux dont nous avons besoin pour notre but , pas autre chose.
Du nombre de ces mots (homonymes) sont yarad (*tt>) et 'alâ (nh]^) ; car ces deux mots s'emploient dans la langue hébraïque dans le sens de descendre et de monter. Lorsqu'un corps se transporte d'un endroit vers un autre plus bas , on dit nn^ (descendre), et lorsqu'il se transporte d'un endroit à un autre
(1) L'aateur veut dire : Si on a parlé d'un trône de Dieu dans des passages où il n'est question ni du sanctuaire ni du ciel.
(2) Voir plus loin les chapitres qui traitent des attributs de Dieu.
56 PREMIÈRE PARTIE. — CllAP. X.
plus élevé que celui-là (*), on dit r\b]) (monter). Ensuite ces deux mots ont été appliqués métaphoriquement à Tillustration et à la grandeur; de sorte que, lorsque le rang d'un homme a été abaissé , on dit ht (il est descendu) , et lorsque son rang a été élevé en ilhistration , on dit rih]^ (il est monté). C'est ainsi que le Très-Haut a dit : L étranger qui sera au milieu de toi montera (n^i^'') de plus en plus haut au dessus de toi^ et toi tu descendras ("nn) de plus en plus bas (Deutéron., XXYIII, 45). On a dit encore (en employant des dérivés de nby) - Et l* Éternel ton Dieu le placera au dessus (p"»^];) de toutes les nations de la terre (Ibid., V. t ) ; et ailleurs : Et r Éternel éleva Salomon très haut (n^pD^) (I Chron., XXIX , 25). Tu sais aussi que les docteurs emploient souvent cette expression : « On doit faire monter les choses sacrées , mais non pas les faire descendre » ^^). On s'exprime encore de la même manière (en parlant de la pensée) : lorsque la réflexion de Thomme s'abaisse et que sa pensée se tourne vers une chose très vile , on dit qu'i/ est descendu {ir\') , et de même lorsque sa pensée se tourne vers quelque chose d'élevé et de sublime, on dit : il est monté (n^y) ^^^•
Or, comme nous nous trouvons, nous autres hommes, dans le lieu le plus infime de la création et au degré le plus bas par rap-
(1) Au lieu de 3;:^'i)û''?^ ^/i ]D quelques manuscrits portent Hiû ; de même les deux versions hébraïques )2J2D-
(2) C'est-à-dire, il est loisible de donner aux choses sacrées un rang plus élevé; mais il n'est pas permis de les faire descendre plus bas. Ainsi, p. ex., on lit dans la Mischnâ (1I« partie, traité Schehalim, chap. YI, § 4;) que \qs 'pains de i)ropositio)i, on les mettait d'abord sur une table de marbre et ensuite sur une table d'or; mais il n'aurait pas été permis de faire l'inverse. Une communauté peut vendre des terrains pour en employer le prix à bâlir une synagogue ; de même , avec l'argent qu'on a reçu en vendant des exemplaires des Prophètes, on peut acheter des exemplaires du Penialeuque; mais il est interdit de faire le contraire {Ibid., traité Méghilld, chap. III, § 1).
(3) Comme exeuiple de ce sens allégorique, l'auteur cite, à la fin du chapitre, les mots: Kt Moïse monta vers Dieu.
port à la sphère environnante (^) , tandis que Dieu est au degré le plus élevé par la réalité de Texislence , la majesté et la grandeur, et non par une élévation de lieu, — le Très-Haut, ayant voulu faire venir de lui la connaissance et faire émaner la révélation sur quelques uns d'entre nous, a employé, en parlant de la révélation descendant sur le prophète et de l'entrée de la majesté divine dans un endroit, l'expression de descendre (mO? ^^? ^^ P^^'" lant de la cessation de cet état d'inspiration prophétique dans un individu ou de la majesté divine se retirant d'un endroit , il a employé l'expression de monter (nh]^) - Ainsi donc, chaque fois que tu trouveras les expressions de descendre et de monter se rapportant au Créateur, elles ne peuvent être prises que dans ladite signification. De môme , lorsqu'il s'agit de l'arrivée d'une catastrophe dans une nation ou dans une contrée , en raison de l'éternelle volonté de Dieu, — où les livres prophétiques, avant de décrire cette calamité, disent d'abord que Dieu, après avoir visité les actions de ces gens , fit descendre sur eux le châtiment , — on emploie pour cela également l'expression de descendre; car l'homme est trop peu de chose pour que ses actions soient visitées, afin qu'il en subisse la peine , si ce n'était par la volonté (de Dieu) i2j. Ceci a été clairement indiqué dans les livres prophétiques, oii il est dit : Qu est-ce que r homme, pour que tu t'en souviennes, et le fils d'Adam, pour que tu le visites? etc. (Ps.YlII, 5), ce qui est une allusion au sujet en question. On a donc (dis-je)
(1) Par sphère environnante, Tauteur entend la sphère supérieure qui environne toutes les autres, et qui , selon lui, est désignée dans la Bible par le mot arnbôth (Jr\^T\]f)' Voy. celte V"" partie, chap. LXX, et chap. LXXII au commencement; II® partie, chap. Vï etsuiv.
(2) On se sert ici , dit Tauleur, de l'expression de descendre pour indiquer que le châtiment vient de la suprême volonté divine; car on ne saurait admettre que Dieu décrète le châtiment uniquement par suite des mauvaises actions des hommes, ce qui supposerait que Dieu peut cire influencé et changer de volonté. Sur le problème important de la prescience de Dieu et du libre arbitre de Thomme, on peut voir la 111® partie de cet ouvrage , chap. XVI l et suiv.
employé à cet égardr expression de f/^5Cén^i'^; p. ex. : Eh bien, descendons (mii) et confondons là leur langage (Genèse, Xï, 7) ; Et Dieu descendit {1l^^) pour voir (Ibid., v. 5) ; Je veux descendre {rm^) et voir{Ibid., XVIII, 21). Le sens de tout ceci est rarri\ ée du châtiment aux gens d'ici-bas.
Quant au sens précédent , je veux parler de celui de révélation (divine) et d'anoblissement , il se présente fréquemment; p. ex.: Je descendrai (^niv)) et je te parlerai (Nombres, XI, 17); Et V Éternel descendit ("n^l) sur le mont Sinai (Exode, XÏX, 20); l! Éternel descendra (-it) devant les yeux de tout le peuple {Ibid,, V. H); Et Dieu remonta (^J?'»')) de dessus lui (Genèse, XXXV, 15); Et Dieu remonta (^y^i) de dessus Abraham {Ibid., XVII, 22) . Quant à ces paroles : Et Moïse monta (nSy) v^^'s Dieu (Exode, XIX, 5), elles ont le troisième sens (*) , tout en énonçant en même temps qu'il monta sur le sommet de la montagne sur laquelle descendit la lumière créée (^) ; (mais elles ne signifient) nullement que Dieu le Très-Haut ait un lieu où Ton monte ou d'où l'on descende. Combien il est élevé au dessus de ces imaginations des ignorants !