CHAPITRE XYII
Il ne faut pas croire que ce soit de la science métaphysique seule qu'on ait été avare (^) envers le vulgaire , car il en a été de
(1) Voy. ci-dessus, cli. VIIl. Le mot n?» qui se rapporte à Moïse, manque dans plusieurs mss., ainsi que dans les deux versions hébraïques.
(2) Tous les mss. sans exception portent pitiD?^^ (avec teth)^ mais le sens de la phrase demande 71i^D^^<. La substitution du îô au ^ est une faute d'orthographe très fréquente dans les mss.
même de la plus grande partie de la science physique (*), et nous avons déjà cité à différentes reprises ces paroles : «Ni (on n'interprétera) le Maasé beréscMth devant deux personnes» (^). Cela (se faisait) non seulement chez les théologiens (•^), mais aussi chez les philosophes ; et les savants païens de l'antiquité s'exprimaient sur les principes des choses d'une manière obscure et énigmatique. C'est ainsi que Platon et d'autres avant lui appelaient la matière la femelle, et la forme le mâle ^^\ [Tu sais que les
(1) L'auteur venant d'expliquer le mot *T)îi dans le sens de principe des choses, ce qui touche a la physique, croit devoir rappeler que les sujets de la physique ont été, aussi bien que ceux de la métaphysique, présentes par des métaphores. Tel paraît être le but de ce petit chapitre , par lequel l'auteur interrompt ses explications des mots homonymes.
(2) L'auteur dit dans différents endroits de ses ouvrages talmudiques et dans l'introduction du présent ouvrage que le Ma'assé bereschiih est la physique. Voir ci-dessus, p. 9 et 10.
(3) Littéralement : chez les gens de la Loi ou de la religion révélée ; l'auteur entend par nynî!^7i^ 7'im les docteurs de toutes les sectes religieuses.
(4) Les expressions de mâle et de femelle qu'on rencontre ça et la chez les Néoplatoniciens et les Gnostiques ne sont pas précisément celles dont se sert Platon. Celui-ci emploie entre autres, pour désigner la matière, les mots nourrice (x>.6nvn)^ mère y etc., tandis que la forme, c'est-a-dire le principe intelligent ou la raison ('ôyoc) , est présentée par lui comme le père de l'univers. Voy. le Timée, p. 49 a, 28 a eipassim. — Ibn-Rosch attribue également à Platon la dénomination de la matière et de la forme par les mots femelle et mâle. Dans son Abrégé de l'Organon (vers la fin du livre de la Démonstration, correspondant aux Derniers Analytiques) , en parlant de l'inconvénient que présentent les figures et les images employées dans le raisonnement philosophique , il cite pour exemple Platon, qui dit de la malièie qu'elle est la femelle, et de la forme qu'elle est le mâle , assertion qui est loin de faire comprendre lesamce de la matière. J^'^ 1-^1 îsjUI 9 j^^Js^l Jj sjXJi jLi»
Le passage qui suit (depuis les mots D7yn HiNI jusqu'aux mots "'y'Dtû^i^ D^y^^ ^d) paraît être une parenthèse, n'ayant d'autre but que de justifier l'image employée par Platon.
principes des êtres qui naissent et périssent sont au nombre de trois: la matière, la forme et la privation particulière (*), qui est toujours jointe à la matière ; car, si cette dernière n'était pas accompagnée de la privation, il ne lui surviendrait pas de forme, et de cette manière la privation fait partie des principes. Lorsque la forme arrive , cette privation (particulière) , je veux dire la privation de cette forme survenue , cesse , et il se joint (à la matière) une autre privation , et ainsi de suite, comme cela est expliqué dans la physique (^)]. Si donc ceux-là, qui n'avaient rien à perdre en s*expliquant clairement, se sont servis, dans renseignement , de noms pris au figuré et ont employé des images , à plus forte raison faut-il que nous autres , hommes de la religion 5 nous évitions de dire clairement des choses dont l'intelligence est difficile (^) pour le vulgaire, ou (à l'égard desquelles) il se figure la vérité dans le sens contraire à celui que nous avons en vue (^). Il faut aussi te pénétrer de cela.