CHAPITRE XVIII
Karab (nip) ? naga* (y:!^) et nagasch (c^:ii) . — Ces trois mots ont tantôt le sens d'aborder (toucher) , s'approcher dans l'espace, tantôt ils expriment la réunion de la science avec la chose sue , (réunion) que l'on compare en quelque sorte à un corps sop-
(1) C'est-à-dire la privation considérée par rapport a une forme déterminée.
(2) Voy. la physique d'Aristote, 1. I, ch. 6 et 7. Cf. jn Hll, ch. 9.
(3) Le verbe »w^j^, qui signifie être éloigné , écarté ^ et se construit avec la préposition |y, est ici employé par l'auteur dans le sens de v.j..^x^ (être difficile) et construit comme ce dernier verbe.
(4) La leçon i^i:^ '^^^1t^7^^ que nous avons adoptée s'appuie sur six mss. de la bibliothèque Bodléienne ; les deux mss. de Leyde portent : n^ au lieu de î^i^.
70 PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. XVllI.
prochant d'un autre corps. — Quant au sens primitif de karah, qui est celui du rapprochement dans l'espace (en voici des exemples) : Lorsqu'il s approcha (^ip) du camp (Exode, XXXII, 19); Et Pharaon s approcha (nnpn) {Ihid.^ XIV, 10). Naga exprime primitivement la mise en contact d'un corps avec un autre ; p. ex.: Elle en toucha (y:3ni) ses pieds {Ibid., IV, 25); lien toucha (];y^) ma bouche (Isaïe, VI, 7). Le sens primitif de nagasch est s'avancer vers une personne, se mouvoir vers elle; p. ex. : EtJuda s avança (trri) vers lui (Genèse, XLIV, 18). — Le deuxième sens de ces trois mots exprime une union par la science , un rapprochement par la perception , et non pas un rapprochement local. On a employé naga' (y;;:) dans le sens de Vunion par la science en disant : Car son jugement a touché (yj:) jusqu'au ciel (*) (Jérémie, LI, 9). On a dit, en employant karab (mp) * Et la cause qui sera trop difficile pour vous y vous la présenterez^ (]i::npn) à moi (Deutér., I, 17), c'est-à-dire vous me la ferez savoir; on a donc employé (ce verbe) dans le sens de : faire savoir ce qui doit être su. On a dit , en employant nagasch {'^yi) ' Et Abraham s'avança (îr:i^i) et dit (Genèse, XVIII, 25); car celui-ci était alors dans un état de vision et d'assoupissement prophétique, comme on l'expliquera (^). (Ailleurs il est dit) : Puisque ce peuple, en m' abordant (c^:ii), m'a honoré de sa bouche et de ses lèvres (Isaïe, XXIX, 13).
Toutes les fois qu'on rencontre dans les livres prophétiques l'expression de karab ou de nagasch (s'appliquant à un rapport) entre Dieu et une créature quelconque , c'est toujours dans ce dernier sens ; car Dieu n'est pas un corps , ainsi qu'on te le démontrera dans ce traité , et par conséquent lui , le Très-Haut , n'aborde rien, ni ne s'approche de rien, et aucune chose ne s'approche de lui ni ne l'aborde ; car, en écartant la corporéité , on écarte l'espace, et il ne peut être question de rapprochement,
(1) C'est-à-dire son jugement est arrivé devant Dieu, qui a eu connaissance des péchés de Babel et a décrété son châtiment.
(2) Voir cette I''^ partie , ch. XXI , et II® partie, cb. XLL
d'accès , d'éloignement , de réunion , de séparation , de contact ou de succession. Je ne pense pas que tu aies un doute (à cet égard), et il n'y aura rien d'obscur pour toi dans ces passages : L'Éternel est près de tous ceux qui V invoquent (Ps. GXLV, 18) ; Ils désirent s approcher de Dieu (Isaïe , LYIII , 2) ; M' approcher de Dieu, c'est mon bonheur (Ps. LXXIII , 28) ; car dans tous ces passages il s'agit d'un rapprochement par la science , je veux dire d'une perception scientifique , et non d'un rapprochement local. Il en est de même dans ces passages : {Dieu) près de lui (Deutéron., IV, 7); Approche-toi et écoute (Ihid., V, 27); Et Moïse s'avancera seul vers l' Éternel, mais eux ne s avanceront pas (Exode, XXIV, 2). Cependant, si tu veux entendre par le mot cf:i2') , s'avancera , appliqué à Moïse , qu'il pouvait s'approcher de cet endroit de la montagne où descendait la lumière , je veux dire la gloire de l'Éternel , tu en es libre ; seulement il faut t'en tenir à ce principe que, n'importe que l'individu soit dans le centre de la terre ou au sommet de la neuvième sphère (*), — si cela était possible , — il n'est pas ici plus éloigné de Dieu , et là il n'en est pas plus rapproché ; mais on est près de Dieu en le percevant, et celui qui l'ignore est loin de lui. Il y a à cet égard dans le ipprochement et dans l'éloignement une grande variété de gradations (^^ ; dans l'un des chapitres de ce traité (^) j'expliquerai quelle est cette supériorité relative dans la perception (de la divinité). — Quant à ces paroles : Touche les montagnes, et qu'elles fument (Ps. CXLIV, 5), on veut dire par là ; Fais-leur parvenir ton ordre (ce qui, à son tour, doit s'entendre) métaphoriquement ; de même les mots : Et touche sa personne (Job, II, 5) signifient : Fais descendre ton fléau sur lui. C'est ainsi que , dans chaque passage , tu dois considérer le verbe ^:a
(i) C'est-a-dire de la sphère la plus élevée. Sur le nombre des sphères, voy. le ch. IV de la II® partie de cet ouvrage.
(2) Littéralement : une très grande lutte réciproque de supériorité.
(3) Voy. ce que l'auteur dit au sujet des attributs. négatifs au chap. LX de cette l'"-^ partie.
(loucher), ainsi que ses formes dérivées, conformément à l'ensemble: on exprime par ce verbe tantôt le contact d'un corps avec un autre , tantôt l'union par la science et la perception de quelque chose ; car celui qui perçoit la chose qu'il n'avait pas perçue auparavant s'approche, pour ainsi dire , d'une chose qui était loin de lui. Il faut bien comprendre cela.