CHAPITRE XX
Ram (on) est un homonyme pour désigner Y élévation du lieu , ainsi que l'élévation du rang , je veux dire la majesté , la noblesse et la puissance ; on lit , p. ex. : Et V arche (-) s éleva (D"ini) de dessus la terre (Genèse, VII, 17), ce qui est du premier sens; dans le deuxième sens , on lit, p. ex. : fai élevé (TùDnn) l'éh d'entre le peuple (Ps. LXXXIX, 20); Puisque je fai élevé (•]^mD''"in') de la poussière (I Rois, XYI, 2) (3) ; Puisque je fai élevé (yr\)J2'''\n) du milieu du peuple {Ibid., XIV, 7). Toutes les fois que le verbe râm (di) s'applique à Dieu , il est pris dans ce deuxième sens ; p. ex.: Élève-toi (nûin) sur le ciel, ô Dieu (Ps. LVII, 6).
De même nasâ (nb^) a le sens cV élévation de lieu et celui d'élévation de rang et d'agrandissement en dignité (^^ ; on lit, p. ex., dans le premier sens : Et ils portèrent ('i^m) leur blé sur leurs ânes (Genèse, XLII, 26), et il y a beaucoup d'autres passages
(1) Voyez ci-dessus, chap. X, page 58, note 2.
(2) Presque tous les mss., tant arabes qu'hébreux, portent: Dim }^1Nn 7^D n^nn ; le mot n^nn ne se trouve pas dans le passage que Tauteur avait en vue. Ici encore nous avons cru devoir reproduire, dans notre texte arabe, la citation telle qu'elle paraît avoir été faite de mémoire par l'auteur lui-même, bien qu'elle soit inexacte.
(3) La citation "iD^n "linD qu'on trouve dans les mss. ar., ainsi que dans les deux versions hébraïques , est inexacte ; il faut lire :
CA) Sur le sens du mot ^r\, voyez ci-dessus, ch. VIII, p. 52, note 2.
74 PRlîiMIÈRE PARTIE. — CHAP. XX.
•(où le verbe j^tri est pris) dans le sens de jiorter et de trans'portery parce qu'il y a là une élévation locale.
Dans le deuxième sens on lit : Et son royaume sera élevé (t^c^jm) (Nomb., XXIV, 7); Et il les a portés et les a élevés (Di^tm) (Isaïe. LXIIÏ, 9); Et pourquoi vous éleve%-vous (i«tr:nn) (Nomb., XVI, 5)? — Toutes les fois que le verbe nasâ (t^tr:) se trouve appliqué à Dieu, il est pris dans ce dernier sens; p. ex.: Élève-toi («tr^n) , ô juge de la terre (Ps. XCIV, 2) ! Ainsi a dit celui qui est haut et élevé (xtr^l) (Isaïe, LVII, 15) , (où il s'agit) d'élévation , de majesté (*) et de puissance , et non de hauteur locale. Peut-être trouveras-tu une difficulté dans ce que je dis : élévation de rang y de majesté et de puissance ^ comment, me diras-tu , peux-tu rattacher plusieurs idées à un seul et même sens (^) ? Mais on t'expliquera (plus loin) que Dieu , le Très-Haut , pour les hommes parfaits qui saisissent (son être), ne saurait être qualifié par plusieurs attributs, et que tous ces nombreux attributs qui indiquent la glorification, la puissance, le pouvoir, la perfection , la bonté, etc., reviennent tous à une seule chose, et cette chose c'est l'essence divine , et non pas quelque chose qui serait hors de cette essence. Tu auras plus loin des chapitres sur les noms et les attributs (de Dieu) -, le but du présent chapitre est uniquement (de montrer) que les mots râm (di) et nissa (Nii^j) (appliqués à Dieu) doivent être entendus dans le sens , non pas d'une élévation locale^ mais d'une élévation de rang.
(1) Nous avons écrit, dans notre texte arabe , n7^7iT avec T , comme l'ont la plupart des mss. ; quelques uns portent ^7^<'7:i H^D") -, ce qu il faudrait traduire par élévation en fait de majesté. Ibn-Tibbon paraît avoir lu «iT3;i «i^fc<^:i1 tih'^112 n);D1 , comme on le lit immédiatement après.
(2) C'esi-a-dire à un mot qui ne devrait avoir qu un seul sens bien déterminé, surtout lorsqu'il s'applique à Dieu. L'auteur répond ici, une fois pour toutes, a une objection qu'on pourrait faire aussi au sujet des explications qu'il donne de beaucoup d'autres homonymes, et il renvoie aux cbapilrcs où il parlera des attributs de Dieu, qui, quelque nombreux qu'ils soient dans le langage biblique, n'expriment toujours qu'une seule clioso , l'essence divine.