CHAPITRE XXIII
Le verbe yaçâ (i^î^i) est opposé au verbe bâ (^^3). On a employé ce verbe (en parlant) d'un corps sortant d'un lieu où il était établi (pour aller) vers un autre lieu , que ce corps soit un être animé ou inanimé; p. ex. : Ils étaient sortis (li^!^'') de la ville (Genèse, XLIV, 4); Lorsqu'il sortira (^^lin) un feu (Exode, XXII, 6). Mais on l'a employé métaphoriquement (en parlant) de V apparition d'une chose qui n'est point un corps ; p. ex. : Dès que la parole fut sortie (t^'n^) de la bouche du roi (Esther, YII, 8); Car l'affaire de la reine sortira (t^T) (Jbid., I, 17), c'est-à-dire la chose se divulguera (3) ; Car de Sion sortira (^2in) Ici loi (Isaïe, II, 5).
(4) Au lieu de 1J<^ plusieurs niss. portent "'^ , ccst-à-dire , saroir, et c'est la leçon suivie par les deux traducteurs hébreux qui ont "iQl'^JD ; les mots riTyXlD HN^n seraient alors l'explication de TM^^ '^l^ri-
(2) Par le mot N^^^D- , accusatif adverbial (pour lequel les mss. ont ^i^D-) 1 l'auteur veut dire que le suffixe "^ dans "]ûy, se rapporte au peuple d'Israël, et que c'est a lui que le prophète Zacharie adresse la parole. Ibn-Tibbon a traduit D"'"!:}*!^ {qui j^arlaient a Israël), ce qui est inexact; peut-être a-t-il lu J''2[ÛÏ<-!3S5< , leçon qu'on trouve comme variante marginale dans l'un des mss. de Leyde.
(3) Les mots "lDt<7fc< "ÏIDi Qa tt^ansmission ou (a diviilnation de la c/ioxc^ ont été rendus, dans la version d'Ibn-Tibhon , par miît^n lllîy. ta transmission de l'ordre, et dans celle d'Al-Ilarizi par "j*7,t:n n))lD DVp, l'ea-éciition de Vordre du roi. D'après cela, Maïmonide aurait compris les mois n^7Dn 12*1 dans le sens de : l'ordre concernant la reine. Nous croyons que les deux traducteurs se sont trompés en donnant ici au mot arabe
De même (dans ce passage) : Le soleil sortit (^^îi1) sur la terre (Genèse, XIX, 25), où l'on veut parler de V apparition de la lumière.
C'est dans ce sens métaphorique que le verbe ijaçâ {\^)i>) doit être pris toutes les fois qu'il est attribué à Dieu; p. ex. : Voici V Éternel va sortir (xîi'») de son lieu (Isaïe, XXVI, 21), (c'est-à-dire) sa parole, qui maintenant nous est cachée, vas^ manifester. On veut parler ici de la naissance de choses qui n'ont pas encore existé ; car tout ce qui arrive de sa part est attribué à sa parole ; p. ex. : Les cieiix furent faits par la parole de V Éternel, et toute leur armée par le souffle de sa bouche (Ps. XXXIII, 6) , (ce qui est dit) par comparaison avec les actes qui émanent des rois , lesquels, pour transmettre leur volonté, emploient comme instrument la parole ^i). Mais lui, le Très-Haut, n'a pas besoin d'instrument pour agir ; son action, au contraire, (a lieu) par sa seule volonté, et il ne peut aucunement être question de parole (^), comme on l'expliquera (^). — Or, comme on a employé métaphoriquement le verbe Kli''? sortir, pour (désigner) la manifestation d'un acte quelconque (émanant) de lui [ainsi que nous venons de l'expliquer] , et qu'on s'est exprimé : Voici l'Éternel va sortir de son lieu, on a également employé le verbe y\]i; , retourner, pour (dé-
*1D^< le sens de commandement, ordre; ce mot signifie simplement cAose, affaire. Le sens que nous avons donné au verset cité est plus simple et plus naturel , et c'est sans doute dans ce sens que Maïmonide l'a compris ; c'est dans le même sens que le passage en question a été interprété par Raschi, Ibn-Ezra et d'autres commentateurs.
(1) Littéralement : dont l'instrument, pour transmettre leur volonté, (est) la parole. Nous avons écrit Dîin^K ^r?^^^ ainsi qu'on le trouve dans tous les mss.; mais, au lieu de ^n^i^, il serait plus correct de dire
(2) Les deux versions hébraïques portent 11^1 "17 ]^5^1 ; dans l'original arabe n? est peut-être sous-entendu, mais il ne se trouve dans aucun ms. Le mot y) manque aussi dans plusieurs mss. de la version d'Ibn-ïibbon.
(3) Voir ci-après , ch. LXV.
84 PREMIÈRE PARTIE. CHAP. XXIll, XXIV.
signer) la disconlinuation, selon la volonté (divine) , de l'acte en question , et on a dit : Je m'en irai, je retournerai {r\y\'\r^ vers mon lieu (Osée, V, 15), ce qui signifie que la majesté divine, qui était au milieu de nous, se retirera de nous, et, par suite de cela (*), la (divine) providence nous manquera , comme l'a dit (Dieu) en nous menaçant : Et je cacherai ma face d'eux, et ils deviendront une proie (Deutér., XXXI, 17) ; car lorsque la Providence manque (àrhomme), il est livré à lui-même, et reste un point de mire pour tout ce qui peut survenir par accident, de sorte que son bonheur et son malheur dépendent du hasard. Combien cette menace est terrible ! C'est celle qu'on a exprimée par ces mots : Je m'en irai y je retournerai vers mon lieu.