CHAPITRE XXV
Schakhan (ptr). — On sait que le sens de ce verbe est demeurer; p. ex. : Et il demeurait (pi::») dans le bois de Mamré (Genèse, XIV, 15); Et il arriva lorsqu Israël demeurait (ptr»:})... {Ibid., XXXV, 22) ; et c'est là le sens généralement connu. Demeurer signifie: séjourner en permanence dans un seul et même endroit ^-) ; car, lorsque l'animal prolonge son séjour dans un lieu, soit commun, soit particulier (3), on dit de lui qu'i/ demeure dans cet endroit, quoique, sans doute, il y soit en mouvement. Ce verbe s'applique métaphoriquement à ce qui est inanimé ou , pour mieux dire, à toute chose qui reste tixe et qui s'est attachée à une autre chose ; on emploie donc également dans ce cas le verbe p^f (demeurer), quand mcme l'objet auquel s'est attachée la chose en question ne serait pas un lieu, ni la chose un être
(1) Il faut so rappeler que , dans le passage cité , il est question d'Ahron et de Miriam.
(2) Les mots Ti^lD^^Î^ *]Si ^C^ ^"i "« sont point rendus dans les deux versions hébraïques, se trouvent dans tous les mss. ar. que nous avons consultés.
(3) Voy. ci-dessus, au commencement du ch. VllI, page 5:2, note 1.
animé; p. ex.: Qu'un nuage demeure (prrn) sur lui (Job, III, o) ; car le nuage sans doute n'est pas un être animé, ni le jour n'est point un corps, mais une portion du temps.
C'est dans ce sens métaphorique que (le verbe en question) a été appliqué à Dieu, je veux dire à la permanence de sa Schekhinâ (majesté) (^), ou de sa Providence dans un lieu quelconque (2), ou à la Providence se montrant permanente (^) dans une chose quelconque. Il a été dit, p. ex.: Et la gloire de V Éternel demeura (pir^l) (Exode, XXIV, 1 7) ; Et je demeurerai (^nir^tî^l) ciu milieu des fils d'Israël (Ibid., XXIX, 45); Et la bienveillance de celui qui demeurait (''i:Dit») dans le buisson (Deutér., XXXIII, 16) (^).
(1) Le mot hébreu nr^tî^ lui-même, qui signifie résidence, et qui désigne la présence de la majesté divine, est dérivé du verbe pîî; dans le sens métaphorique dont il est ici question.
(2) Littéralement : Dans quelque lieu que ce soit où elle reste permanente. Le verbe HD^^T se rapporte à la fois à nnr^D et a nn"'^^i3^ , et c'est a tort quIbn-Tibbon a ajouté ici le mot nr^tî^H, dont aucun des mss. du texte arabe n'offre de trace. La traduction d'Al-'Harizi est ici plus fidèle.
(3) Les paroles du texte signifient littéralement : Ou à toute chose dans laquelle la Providence est iiermanente; mais Tauteur, en intervertissant les mots, s'est exprimé ici d'une manière qui pourrait paraître peu exacte ; car le verbe p*^ ne s'applique pas a la chose, mais à la Providence. L'ensemble du passage signifie que le verbe en question s'applique à la majesté et à la Providence divine se manifestant dans un lieu quelconque , ou même à la Providence se manifestant sur un individu quelconque. Ibn-Tibbon, qui, comme nous l'avons dit dans la note précédente, a ajouté le mot nr^îi^n? i^e s'est pas bien rendu compte du sens de l'ensemble, et, en admettant même que ce mot doive êtie ajouté au texte arabe, il faudrait lire immédiatement après ^12^ ?^'2 li^, au lieu de
(^4) Le premier de ces trois exemples se rapporte k la manifestation de HSchekhînd; le deuxième a la Providence divine se manifestant sur tout le peuple d'Israël; le troisième paraît devoir se rapporter a la Providence se manifestant sur un objet individuel, c'est-a-dire sur le buisson qui, tout enflammé, n'était pas consumé, ou a la bienveillance divine que Moïse, dans ce verset, appelle sur la tribu de Joseph. Les commentateurs
88 PREMIÈRE PARTIE. — ClIAP. XXV, XXVI.
Et, toutes les fois qu'on trouve ce verbe attribué à Dieu , il désigne la permanence, dans quelque lieu, de sa Schekhinâ^ je veux dire de sa lumière (qui est une chose) créée ^ ou la permanence de la Providence (se manifestant) dans une chose quelconque , selon ce qui convient à chaque passage.