‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 36 sur 88 · CHAPITRE XXYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYI

Tu connais déjà leur sentence (^) relative à toutes les espèces d'interprétation se rattachant à ce sujet (2), savoir : que l'Écriture s'est exprimée selon le langage des hommes. Cela signifie que tout ce que les hommes en général (3) peuvent comprendre et se figurer au premier abord a été appliqué à Dieu, qui, à cause de cela, a été qualifié par des épithètes indiquant la corporéité, afin d'indiquer que Dieu existe; car le commun des hommes ne peut concevoir l'existence , si ce n'est dans le corps particulièrement, et tout ce qui n'est pas un corps ni ne se trouve dans un corps n'a pas pour eux d'existence. De même, tout ce qui est perfection pour nous a été attribué à Dieu pour indiquer qu'il possède toutes les espèces de perfection sans qu'il s'y môle aucune imperfection ; et tout ce qui est conçu par le vulgaire comme étant une imper-

voient généralement dans le troisième exemple, comme dans le premier, une allusion à la manifestation de la Schekhînâ. Voir aussi Abravanel, dans son commentaire sur le Deutéronome , au verset en question.

(1) C'est-a-dire la sentence des anciens rabbins. Yoy. Talmud de Babylone, traité lebamôlh , fol. 71 a; Baba Mcci'd, fol. 31 Z>, et pa^^sim. — L'auteur interrompt ici de nouveau ses explications des bomonymes pour parler du sens qu'on doit attacher au mouvement attribué à Dieu. Ce cliap. et le suiv., qui dans plusieurs mss. n'en forment qu'un seul, se rattachent au chapitre précédent; car c'est sans doute au sujet du verbe •^7n (aller) que fauteur est amené à parler du mouvement.

(2) C'est-a-dire au sujet qui nous occupe ici; fauteur veut parler des anthropomorpbismes donl se sert f Écriture sainte en parlant de Dieu.

(3) Tous les mss. portent ^D^i^, qui est ici pour le pluriel '*);Di^î•

fection ou un manque , on ne le lui attribue pas. C'est pourquoi on ne lui attribue ni manger, ni boire, ni sommeil, ni maladie, ni injustice, ni aucune autre chose semblable. Mais tout ce que le vulgaire croit être une perfection , on le lui a attribué, bien que cela ne soit une perfection que par rapport à nous ; car pour lui (^) toutes ces choses que nous croyons être des perfections sont une extrême imperfection. Le vulgaire cependant croirait attribuer à Dieu une imperfection en s'imaginant que telle perfection humaine pût lui manquer (^^,

Tu sais que le mouvement fait partie de la perfection de l'animal et lui est nécessaire pour être parfait ; car, de même qu'il a besoin de manger et de boire pour remplacer ce qui s'est dissous (2), de même il a besoin du mouvement pour se diriger vers ce qui lui est convenable et fuir ce qui lui est contraire. Il n'y a pas de différence entre attribuer à Dieu le manger et le boire et lui attribuer le mouvement; cependant, selon le langage des hommes, je veux dire selon l'imagination populaire, ce serait attribuer à Dieu une imperfection que de dire qu'il mange et qu'il boit, tandis que le mouvement ne dénoterait pas une imperfection en lui W, bien que ce ne soit que le besoin qui force au mouvement. Il a été démontré que tout ce qui se meut est indubitablement d'une certaine grandeur et divisible (^) ; or, il seradémontré queDieun'a point une grandeur, et par conséquent

(1) Le mot rr'':?i^ dépend de HDK^t^'^î^:} , qwi est sous-entendu ; Ibn- Tibbon a répété le mot "l"!];^.

(2) Littéralement : Mais slls s' ima gin aient que telle perfection //?/maine manque à Dieu, ce serait, pour eux, une imperfection à son égard.

(3) C'esl-a-dire ce qui s'en va par la transpiration. Cf. le Canon d'Avicenne, texte arabe, t. I, p. 75, lig. 27 : L» JÎa^xJV! L^/»liî l^\

(4) Littéralement : Le manger et le boire seraient, selon eux, une imperf'cli >n à Cégard de Dieu, et le mouvement ne serait pas une imperfection à son égard.

(5) Cf. Arist., Phys.^ 1. YÏII, ch. V: AvayxaJov Z-h ro -/.rjoyai^jov ocTrav Eivat StK'p-rôv zt; ù.zl ôta'.osTOc. Comparez aussi ce qu'Aristole dit du mou-

il n'a pas de mouvement. On ne saurait pas non plus lui attribuer le repos ; car on ne peut attribuer le repos qu'à celui (^) dont la condition est de se mouvoir. Ainsi donc, tous les mots indiquant les différentes espèces des mouvements des animaux ont été employés, de ladite manière '^'^), comme attributs de Dieu , de même qu'on lui attribue la vie; car le mouvement est un accident inhérent à l'être animé, et il n'y a pas de doute qu'en écartant la corporel té, on n'écarte toutes ces idées de descendre ^ de monter ^ de inarcher, d'être debout, de s'arrêter, d'aller autour, d'être assis, de demeurer, de sortir, d'entrer, de passer, et autres semblables, îl serait superflu de s'étendre longuement sur ce sujet, si ce n'était à cause de ce qui est devenu familier aux esprits du vulgaire i^) ; c'est pourquoi il faut en donner l'explication à ceux qui se sont donné pour tache (d'acquérir) la perfection humaine et de se défaire de ces erreurs , préconçues depuis les années de l'enfance W, (et en parler) avec quelque détail, comme nous l'avons fait.

vement au sujet de rame, traité de l'Ame, 1. I, ch. III. Voir les détails dans rinlroduction de la U^ partie du Guide, h la 7*^ Proposition. — La version d'Ibn-ïibbon substitue ici et dans plusieurs autres passages le mot DITJ , corpx, au mot arabe Dîiy, grandeur, qui ne désigne que le corps géométrique, c'est-a-dirc t'espace circonscril par des limites.

(1) Sur les huit mss. que nous avons consultés, ily en a six qui portent ^2^^t^* ]D: l'un des mss. d'Oxford porte nihîlî^ p 5<t2 , etTun des deux mss. de Leyde ^i^?*^ N^. D après cette variante, il faudrait traduire: qu'à ce qui a pour condition de se mouvoir.

(2) Cest-a-dire en se conformant aux idées et au langage du vulgaire.

(3) Cest-a-dire à cause des idées et des expressions auxquelles le vulgaire s'est habitué.

(4) Les mots DHiD D^'''?^^ se trouvent placés dans tous les mss. à la lin de la phrase; OTi'hi^ se rapporte à Hp^î-^DSi^, et Dn^D se rattacbe a ^^^<Î^^V La construction régulière serait : D^m^^^i n"in DHiD H^'^XuSI n-'^lDD^X jD p Dp'^hi^ np^^ohi^. Les mots DH^*'?^ ^p::^îD^^< signifient littéralemenl : qui leur arrivent d'avance; il s'agit, comme l'explique très bien Ibn-Falaquera (en critiquant la version d'Ibn-ïibbon) , (Vopinions préconçues auxquelles on s'abandonne de prime abord avant d'avoir réfléchi. Yoy. Morc-ha-Moré^ p. 450.

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