‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 37 sur 88 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Onkelos , le prosélyte , qui possédait parfaitement les langues hébraïque et syriaque (^), a fait tous ses efforts pour écarter la corporification (de Dieu) ; de sorte que , toutes les fois que l'Écriture se sert (en parlant de Dieu) d'une épithète pouvant conduire à la corporéité , il l'interprète selon son (véritable) sens. Chaque fois qu'il trouve un de ces mots qui indiquent une des différentes espèces de mouvement , il prend le mouvement dans le sens de manifestation y d'apparition crime lumière créée, je veux dire de majesté divine y ou bien (dans celui) de Providence (^). Il traduit donc v-1 -|-)"i (l'Éternel descendra. Exode, XIX, 11) par v"» '^'^:^r\'' (l'Éternel se manifestera) , v'» -]-i<««| (et l'Éternel descendit , Ibid., V. 20) par i''«i ^^^i^^i (et l'Éternel se manifesta), et il ne dit pas •'""' nmi {etVÈiernel descendit) ', de même ^î^^■^^^^ i<J niii^ (je vais donc descendre et voir. Genèse, XVIII, 21) par irnt^l ]]^^ ^S:;n^ (je vais donc me manifester et voir (^)) ; et c'est ce qu'il fait continuellement dans sa paraphrase.

Cependant les mots ntûnîiD "]t:y nnî^^ "^DDi^ (je descendrai avec toi en Egypte, Genèse, XLVI, 4), il les traduit (littéralement):

(1) Sur l'emploi du mot "•J^v^nD pour désigner à la fois les deux principaux dialectes araméens., le chaldéen el le syriaque, voy. mon édition du Commentaire de R. Tan'houm sur le livre de 'Habakkouk (dans le tome XII de la Bible de M. Calien), p. 99, note 14, L'auteur parle, dans ce cliap., des périphrases employées par Onkelos, dans sa célèbre version chaldéenne du Pentateuque , pour éviter les anthropomorphismes relatifs au mouvement.

(2) Tous les mss. portent •'^nyà^ , a l'exception de l'un des deux mss. de Leyde, qui a J^inpi^, ce qui est plus correct; il est évident que c'est un infinitif, et qu'il faut prononcer l^L::^!.

(3) La plupart des mss. ar. et héb. ont ^m^^'■, quelques uns portent P"IX1, comme on le trouve en effet dans nos éditions de la paraphrase d'Onkelos.

u^î^D*'? *|^y n'PT'X ^^:^^ , et c'est là une chose très remarquable qui prouve le parfait talent de ce maître , Texcellence de sa manière d'interpréter, et combien il comprenait exactement les choses ; car, par cette traduction (du dernier passage), il nous a également fait entrevoir (^) l'un des points principaux du Prophélisme. Voici comment : Au commencement de ce récit (Ibid.y V 2 et 5) , on dit : Et Dieu parla à Israël dans les visions de la nuit, et dit: Jacob ^ Jacob ^ etc. Et il dit : Je suis le Dieu^ etc. (et Dieu dit en terminant) : Je descendrai avec toi en Egypte. Or, comme il résulte du commencement du discours que cela se passa dans les visions de la nuit^ Onkelos ne voyait aucun mal à rendre textuellement les paroles qui avaient été dites dans ces visions nocturnes. Et cela avec raison (^) : car c'est la relation de quelque chose qui avait été dit , et non pas la relation d'un fait arrivé , comme (dans le passage) : Et V Éternel descendit sur le mont Sinaï (Exode , XIX, 20) , qui est la relation d'un fait survenu dans le monde réel i^ ; c'est pourquoi il a substitué l'idée de manifestation et écarté ce qui pourrait indiquer l'existence d'un mouvement. Mais (ce qui concerne) les choses de l'imagination , je veux parler du récit de ce qui lui avait été dit (à Jacob), il l'a laissé intact ^^\ C'est là une chose remarquable. Tu es, en

(1) LiUéralement : il, nous a oiiverf.

(2) rrrili^i^ )T\) littéralement : et c'est le vrai, c'esl-a-dire Onkelos (Hait dans le vrai en agissant ainsi. Ibn-Tibbon traduit nt2i^n "llDD iVïTl), ce qui ne donne pas de sens convenable ; le mot -)*|DD est de trop. Al- 'Harizi a mieux traduit : ])^:n) nDNH Nim.

(3) Littéralement: la description ou relation de ce qui est survenu dans les choses existantes. L'auteur veut dire : comme il s'agissait ici d'un fait réel, et non pas de paroles prononcées dans une vision nocturne, Onkelos, fidèle à son système d'écarter les antbropomorphismes, a dû modifier les termes du texte.

(4) Tous les mss. portent n^DriD ^^^p2^î avec le suffixe masculin , ce qui est irrégulier ; car le suffixe se rapporte gramuiaticalement aux mots ni':Ji«^^r7i^ ■n^>^'?>?, tandis que l'auteur l'a mis en rapport avec

effet , averti par là que la chose est bien différente , selon qu'on emploie les mots dans un songe ou dans les visions de la nuit, ou qu'on emploie les mots dans une vision et dans une apparition^ ou bien qu'on dit tout simplement: Et la parole de l' Éternel m' arriva en disant, ou : L'Éternel me dit (i).

Il est possible aussi, selon moi, qu'Onkelos ait interprété ici le mot Élohîm (Dieu) dans le sens d'anges, et qu'à cause de cela il n'ait pas eu de répugnance à dire (dans sa traduction) : <.< Je descendrai avec toi en Egypte. » Il ne faut pas trouver mauvais qu'Onkelos ait pu voir ici dans Élohîm un ange, bien que (l'apparition) lui dise (à Jacob) : Je suis le Dieu, Dieu de ton père; car les mêmes termes sont aussi employés quelquefois par un ange. Ne vois-tu pas qu'ailleurs, après avoir dit: Et l'ange de Dieu mB dit dans un songe : Jacob ! et je répondis: Me voici (Genèse , XXXI , 11), on s'exprime à la fin du discours adressé à Jacob : Je suis le Dieu de Beth-Ély où tu consacras un monument, où tu me fis un vœu (Ibid., v. 15)? Sans doute que Jacob offrit ses vœux à Dieu, et non pas à l'ange; mais cela se fait continuellement dans les discours des prophètes , je veux dire qu'en rapportant les paroles que l'ange leur dit de la part de Dieu , ils s'expriment comme si c'était Dieu lui-même qui leur parlât. Dans tous les passages (de cette sorte) il y a un annexe sous-entendu (2); c'est comme si on avait dit : Je suis l'envoyé du Dieu de ton père; Je suis l'envoyé du Dieu qui t' apparut à Beth-Él, et ainsi de suite. Sur la prophétie et ses différents degrés, ainsi que sur les anges , il sera encore parlé plus amplement, conformément au but de ce traité.

(1) On verra, dans un autre endroit (11^ partie, cli. XLV), que Fauteur établit, dans les révélations prophétiques, différents degrés plus élevés les uns que les autres , et qui , selon lui , sont caractérisés par les expressions signalées dans notre passage. L'auteur trouve une allusion a ces distinctions dans le procédé d'Onkelos qu il vient de signaler.

(2) Voy. ci-dessus, ch. XXI, p. 78, note 1.

94 PREMIÈIU: PARTIE. — CllAP. XXVIII.

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