CHAPITRE XXX
Akhal (^DJ^, manger), — Ce mot, dans la langue (hébraïque), s'applique primitivement, en parlant de l'animal, à l'action de prendre de la nourriture, et cela n'exige pas (de citation) d'exemples ; ensuite la langue a considéré dans l'action de manger deux choses : premièrement, que la chose mangée se perd et s'en va , je veux dire que sa forme se corrompt tout d'abord ; deuxièmement, que l'animal croît par la nourriture qu'il prend, que par là il continue à se conserver , prolonge ("*) son existence et
(1) Le mot nm^lK est précédé, dans fun des mss. de Leyde, de la préposifion *!!);, qui ne se trouve dans aucun des autres mss.
(2) Le mot n''D (clans lui y c'est-à-dire: dans Dieu) se trouve dans tous les mss.; de même, dans les mss. de la version hébraïque d'ibn- Tibbon, on lit : n DU^H ]))il Dn^H mOI, et c'est a tort que le mot 13 a été supprimé dans les éditions.
(3) Voir ci-après, chap. XXXIX.
(4-) Au lieu de 1i^l)2nD^^1 (avec rêsch) y quelques mss. portent lî^lOnD^I (avec dale(h) ; Cf. ceUe l'"'' partie, vers la fin des chapitres LXlll et LXIX (fol. 82 by ligne 15, et fol. 91 a, lig. 3 et suiv. de notre texte arabe).
restaure toutes les forces du corps. Par rapport à la première considération , on a employé métaphoriquement le verbe okhal ib^i^) pour tout ce qui se perd et se détruit , et en général pour tout dépouillement de forme ; p. ex. : Et la terre de vos ennemis vous consumera (n^DNl) (Lévit., XXVI, 58); Un 'pays qui consume (h^dn) ses habitants (Nombres, XIII, 52) ; Vous serez dévorés {)b^ijir\) p(i^' l^ glaive (Isaïe, I, 20); Le glaive dévorera-t-il (^Dt^n) .-. (II Sam., II, 26)? Et le feu de l'Éternel s alluma au vîilieu d'eux et en consuma {^^^n)) à l'extrémité du camp (Nombres, XI, !); (Dieu) est un feu dévorant ('h^^h) (Deutér., IV, 24), c'est-à-dire il détruit ceux qui sont rebelles envers lui , comme le feu détruit tout ce dont il s'empare. Cet emploi (du verbe akhal) est fréquent. Par rapport à la deuxième considération, le verbe akhal a été employé métaphoriquement pour (désigner) le savoir et V instruction , et, en général, les perceptions intellectuelles par lesquelles la forme humaine (*) continue à se conserver dans l'état le plus parfait, de même que, par la nourriture, le corps reste dans son meilleur état; p. ex.: Venez, achetez et mangez (lb::^<')\ etc. (Isaïe, LV, 1 ) ; Écoutez-moi^ et vous mangerez (•jS^i^i) ce qui est bon (Ibid,, v. 2) ; Manger (b'Di^) trop de miel n'est pas bon (Prov., XXV, 27) ; Mange (^:îî^) le miel, mon fils, car il est bon; le miel pur, doux à ton palais. Telle est pour ton âme la connaissance de la sagesse, etc. (Ibid., XXIV, 15, 14). Cet usage est également fréquent dans les paroles des docteurs, je veux dire de désigner le savoir par le verbe manger^ p. ex. : « Venez manger de la viande grasse chez Rabà (-). » Ils disent (ailleurs) : « Toutes les fois qu'il est question , dans ce livre, de manger et de boire, on ne veut parler d'autre chose que de la
(1) Voyez ci-dessus, chap. 1, p. 35, note 1.
(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Bahd Balhrd, fol. 22 a. Il s'agit d'un docteur qui, vantant la supériorité de l'enseignement de Rabâ sur celui d'Abaï, disait à ses élèves : «Au lieu de ronger les os chez Abaï, venez manger de la viande grasse chez Rabâ. « Au lieu de l7Dfc< t^n , comme on lit dans tous les mss. ar. et hébr. du Guide, les éditions du Talmud portent, plus correctement, TO^^ 1 n»
science », ou , selon quelques exemplaires , « de la Loi » (*). De même, on appelle fréquemment la science eau; p. ex.: 0 vous tous qui avez soif, allez vers l'eau (Isaïe , LV, 1)1
Cet emploi (du verbe '^^i^) étant devenu très fréquent, et ayant reçu une telle extension qu'il a pris, en quelque sorte, la place de la signification primitive , on a aussi employé les mots faim et soif pour désigner l'absence du savoir et de la perception (intellectuelle); p. ex.: Et j'enverrai la faim dans le pays, non la faim du jjain, ni la soif de l'eau, mais celle d'entendre les paroles de l'Éternel (Amos, YllI, 11) ; Mon âme a soif de Bien y du Dieu vivant (Ps. XLIÏ, 5). Il y en a de nombreux exemples. Les mots : Et vous puiserez de Veau avec joie aux fontaines du salut (Isaïe, XII, 5) , Jonathan-ben-Uziel (dans sa vei'sion chaldaïque) les a rendus ainsi : Et vous recevrez avec joie une nouvelle doctrine des élus d'entre les justes. Remarque bien que, selon son interprétation. Veau désigne la science qu'on obtiendra en ces jours; le mot ^^^^'^'o (les fontaines), il l'assimile à n'-ii^n ^ryo (Nombres, XY, 24), signifiant les principaux^-'' qui sont les
(1) Il s'agit ici du livre de Kohéleth (rEcclésiaste) ; le passage cité se trouve dans le Midrasch rahhà sur Kohéleth, chap. III, vers. 13, et il est
conçu en ces termes : minn n^^rn rh:^'û:i niD^y^^ n\nitn rh^2^ h':) ^2112 nin^n u^y\\ù D^try^rn-
(2) Les mois niyn Ti?Q signifient, selon Maïmonide, /ïar /('j? p///icipmiœde la communauté , le mot D^i^y étant employé, selon lui, comme le mot arabe ^j'-^i , les principaux ou chff'i, et c'est dans le môme sens que Jonathan aurait pris le mot ^^''^O, qui est de la même racine que 1^3; (œil, source). Ibn-Tibbon , dans les notes qu'il a jointes à (juel(|ues passages de sa version du Guide y et qui sont restées inédites, critique l'opinion de Maïmonide dans les termes suivants :
iniv "'D "12-in m ^^^ç h"i 1721 n^riin l:\x: ^d |i2n ]2 ^xir^ir» -i?:n*
nî^\xri r^)\L'^ ^dd b^"û b2 nzi bz*^r\72 b")i"i 1j^2-^ )r\i2b^ i?dd c^i2b r\2 r\)^i: c\i; rt>D b^ c:"in ^iro^n ^x bv:/Dr\ p':^v^b cjiincn n^n
savants. Il s'exprime: des élus d'entre les justes ^ car Injustice (ou la piété) est le véritable salut. Tu vois (^) comme il interprète chaque mot de ce verset dans le sens de savoir et à' instruction. Pénètre- toi de cela.
rh'o^ ^y^'^ n^n22 'r[vw^ ^:^yûi ]D^l^<2 c^oi tJDpn ^2^^<:i^^ ut^t\'\ en cnn c^nni^ n"iin nyiii'^ nb?û is^oin c^^xi c^r;;Dn jd idi^ i^
• cnnrnn c^ûr-nn ]n noib iXnûDn n^n^o hdx i^^kd
« Samuel Ibn-Tibbon dit : Notre maître a dit ceci en sommeillant; car Jonathan ben IJziel n'a pris le mot Ty^D qne dans le sens de fonlaim^ source. Le prophète, ayant comparé lu science a Veau, devait en comparer Vélitde a Faction de puiser, et ceux qui Venseignent à des fontaines , comme il convient à (Fimage de) Veau., et conformément a ce que notre maître nous a enseigné sur Temploi, dans toute allégorie, de mots conformes au sens littéral (voy. ci-dessus, p. 19 et suiv.). Ainsi, le traducteur (Jonathan), ayant voulu remplacer Tallégorie par la chose représentée, a traduit chaque mot par le nom (de la chose) qu'on a voulu désigner ; il a donc traduit puiser par recevoir, eaw par doctrine y et /bwtaines du salut par é.'us d\'nlre les justes Le mot n^^l^^? salut, semblable aux trous du filet (voy. ci-dessus, p. 18 et 19), sert à indiquer Tallégorie; car, s'il s'agissait réellement d'eau, on aurai! du dire simplement aux fontaines ; mais, en ajoutant du salut, on a indiqué que par eau on entend ici la chose qui est le salut parfait, c'est-à-dire la science. C'est ainsi que le sage a dit : La bouche du juste est une source de vie (Prov. X, 11); car il n'y a pas de différence entre source de vie et fontaines du salut. Les mois des élus d'entre les justes signifient la même chose que des élus de la sagesse (ou de la science)^ c'est-a-dire des sages distingués. » — Joseph Caspi, dans son commentaire sur le Guide, récemment publié (Francfort 1848), fait allusion à cette note d'Ibn-Tibbon en se prononçant pour l'opinion de Maïmonide. — Les notes d'Ibn-Tibbon, intercalées dans la version du More, se trouvent dans un ms. du fonds de la Sorbonne (n» 108), qui porte aussi des notes marginales de la main du célèbre R. Azaria de' Rossi, a qui ce ms. a appartenu.
(1) Littéralement: Vois donc; sur n^ , employé comme impératif, voy. ci-dessus, p. 19, note 2.