‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 47 sur 88 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Vanîm (qijd) est un homonyme, et il l'est principalement sous le rapport métaphorique (^). C'est d'abord le nom de la face (ou du visage) de tout animal ; p. ex. : Et tous les visages (d'i^d) sont devenus jaunes (Jérémie, XXX, 6); Pourquoi votre visage (dd^jd) est-il triste (Genèse, XL, 7) ? Les exemples en sont nombreux. Il signifie aussi colère; p. ex. : Et elle n'avait plus son air de colère (n^3D) (I Sam., I, 18) (2); et, selon cette signification, il a été souvent employé pour désigner la colère et Vindignation de Dieu; p. ex. : La colère (^^d) de F Éternel les a divisés (Lament., IV, 16); La colère (^^d) de l'Éternel est contre ceux qui font le mal (Ps. XXXIV, 17); Ma colère (i^r)) senira^ et je te donner aile repos ^^) (Exode, XXXIII, 14); Et je mettrai wm colère (i^d) contre cet

(1) Littéralement : et la plus grande partie de son homonj-mic (^ lieu) par manière de métaphore, c'cst-a-dirc la plupail des significations de ce mot sont métaphoriques.

(2) Raschi de même explique, dans ce verset, le mot rT'iDI par Dyt 1^ D^JD 1 visage exprimant la colère ou l'irritation; Kim'hi et d'autres le prennent, avec plus de raison, dans le sens de mam^aise mine.

(3) Le sens de colère, que l'auteur donne au mot >iD dans ce dernier

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homme et contre sa famille (Lévit. , XX, 5) ; il y en a de nombreux exemples. Il signilie aussi la présence d'une personne et le lieu où elle se tient; p. ex. : Il était établi à la face (•'iD ^^) de tous ses frères (Genèse, XXV, \S)', Ala face (^:d ^y) de tout le peuple je serai glorifié (Lévit., X, 3) , où le sens est : en leur présence; .... s il ne te blasphémera pas à ta face (y^r, ^y) (Job, I, 11), c'est-à-dire en ta présence^ toi étant là. C'est selon cette signification qu'il a été dit: Et l'Éternel parla à Moïse face à face (D^iD3 D'iiD) (Exode, XXXIII, 11), ce qui veut dire : en présence Vun de Vautre^ sans intermédiaire , comme il est dit ailleurs : VienSy voyons-nous en face (II Rois, XIV, 8) ; et comme on a dit encore : L Éternel vous parla face à face (Deutér. V, 4), ce que, dans un autre endroit, on a clairement exprimé ainsi : Vous entendiez un son de paroles y mais vous ne voyiez aucune figure; il ny avait rien quune voix {Ibid.y IV, 12); et c'est là ce qu'on a appelé face à face; de même par les mots : Et l'Éternel parla à Moïse face à face, on n'a exprimé que ce qui est dit ailleurs sur la manière dont Dieu lui parlait (^) : // entendait la voix qui lui parlait (Nombres, VII, 89). Ainsi il est clair pour toi que par face a face on veut indiquer qu'il (Moïse) entendait la voix (divine) sans l'intermédiaire d'un ange. Les mots : Et ma face ne sera pas vue (Exode , XXXIII , 23) renferment encore ce même sens (de préseyice) , c'est-à-dire : la réalité de mon existence telle qu'elle est ne saurait être saisie.

Panim (qi^d) est aussi un adverbe de lieu (signifiant devant) , qu'on exprime en arabe par imam (^'-^') ou béin yedéi (v^^. ^j:^,), et on l'emploie souvent dans ce sens en parlant de Dieu ; p. ex. :

passage, n'est pas celui qui est généralement adopté par les traducteurs et commentateurs du Pentateuque ; l'auteur paraît avoir suivi Topinion rapportée dans le Talmud de Babylone ÇBerakkoth, fol. 7 «), et peut-être aussi la version d'Onkelos, qui, dans divers mss., portaient *]n^ ''TJ')*) , comme on le voit dans le commentaire d'Abravanel sur le More (Prague, 1831), fol. 61 b.

(1) Littéralement : sur la forme de l'allocution.

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i""! ^iD^, devant V Éternel (Genèse, XVÏII, 22, eipassim). C'est dans ce sens aussi que sont pris les mots i^^-i^ t^^ i:d") {Et ma face ne sera pas vue) dans l'interprétation d'Onkelos , qui s'exprime: ptnn'' i<b ''Dnpnij et ceux qui sont devant moi 7ie sauraient être vus, pour indiquer qu'il y a aussi de sublimes créatures que rhomme ne peut percevoir dans leur réalité, et qui sont les intelligences séparées (*) ; elles ont été mises en rapport avec Dieu , comme étant constamment devant lui et en sa présence, parce que la Providence s'attache fortement et constamment à elles (^). Ce qui, selon lui, je veux dire selon Onkelos, peut être perçu en réalité, ce sont les choses qui occupent, dans l'Être, un rang inférieur à celles-là , je veux dire qui ont matière et forme (^) ; et c'est à l'égard de ces choses qu'il dit (dans sa paraphrase) : ^i^inm n"" nnni Ht tu verras ce qui est derrière moi, c'est-àdire les êtres dont, pour ainsi dire, je m'écarte et que je laisse derrière moi , (ce qui est dit) allégoriquement pour indiquer leur éloignement de l'Etre divin. Tu entendras plus tard mon interprétation de la demande de Moïse W.

(1) C'est-à-dire, les Intelligences des sphères, ou les esprits supérieurs et abstraits, qui , selon les philosophes arahes , président aux différentes sphères célestes; les Arabes, ainsi que les Scolastiques, croyaient qu'Aristote avait désigné ces Intelligences par les mots rà xê^^wptayiva , les choses séparées (traité de l'Ame, liv. IIÏ , chap. 7). Albert le Grand, en parlant àes substances séparées , s'exprime ainsi : « Et ideo quae (substan- » tia) nec dividitur divisione corporis, nec movetur motu corporis, nec » operatur instrumentis corporis, illa separata est, non per loeum , sed » a corporalis materiae quantumcumque simplicis obligatione. Hœc » aulem omnia competunt substantiis coclorum, etc » (Parva naluralia, de Motibus animalium, lib. ï, Ir. I, c. 4'). Voy. aussi Maïmonide, dans le présent ouvrage, W partie, chap. IV, et mon article Ibn-Roschd, dans le Dictionnaire des sciences philosophiques, t. III, pag. 168.

(2) C'est-à-dire, parce qu'elles sont l'objet de la providence immédiate et toute particulière de la divinité. Cf. la III'' partie de cet ouvrage, ch. XVII.

(3) Car les intelligences séparées ou abstraites sont de pures formes.

(4) Voir ci-après, chap. IJV.

Panîm est aussi un adverbe de temps signifiant avant (autrefois) ou jadis ^' p. ex. : Autrefois (o^ZDb) dans Israël^ etc. (Ruth, IV, 7); Jadis (d^:d^) tu fondas la terre (Ps. Cil, 26).

Enfin panm signifie aussi égard et attention (ou soin) ; p. ex. : hn ""JD ^^trn iih Tun auras point égard aupauvre (Lé vit. , XIX, 15j; D^'^D i^wn Et l'homme respecté (Isaïe, III, 5); 0^:d ^^îT'» i^h "^r^•^^ Qui na point d'égard (Deutér., X, 17), et beaucoup d'autres passages. Et c'est aussi dans ce sens qu'il a été dit : Que l'Éternel porte sa face (ti^d) vers toi et te donne la paix (Nombres, VI, 25), ce qui veut dire que la Providence nous accompagne.

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