CHAPITRE XXXIX
Leb (^h) est un homonyme qui désigne (primitivement) le cœu7'j je veux dire le membre dans lequel, pour tout être qui en est doué, réside le principe de la vie (*) ; p. ex. : Et il les enfonça dans le cœur (nb:^) d'Absalom II Sam., XVIII, 14). Et comme ce membre se trouve au milieu du corps , on a ainsi appelé métaphoriquement le milieu de toute chose; p. ex. : Jusqu'au cœur ou au milieu (2b) d^^ ^^^^ (Deutér., IV, 11); Au milieu (m^) du {eu (Exode, III, 2). C'est aussi le nom de Idipensée; p. ex. : Mon cœur (^:h) na-t-il pas suivi etc. (H Rois, V, 26)? c'est-à-dire j'étais présent par ma pensée lorsque telle et telle chose s'est passée. Dans le même sens (on a dit) : Et vous ne pencherez pas après votre cœur (Nombres, XV, 59), c'est-à-dire vous ne suivrez pas vos pensées; (et ailleurs : ) dont le cœur se détourne aujourd'hui (Deutér., XXIX, 18), (c'est-à-dire) àoniXdi pensée se détourne. Il signifie encore opinion (ou sentiment)-^ p. ex. : Tout le reste d'Israël était d'un seul cœur (^i^) pour établir David roi (I Chron. , XII, 08), c'est-à-dire d'un même sentiment y de même : Et les sots meurent faute de cœur (Prov., X, 21), ce qui veut dire : faute de bon sens. Il en est de même dans ce passage : Mon cœur n\i jamais dévié (Job , XXVII , 6) , ce qui signifie : mon sentiment ne s'est jamais détourné ni écarté de cette chose ; car le commencement du verset dit : Je suis resté ferme dans ma piété et je ne l'ai pas abandonnée^ (ce qui cadre bien avec ces mots : ) et mon cœur n'a jamais dévié ^^"i. Le sens que je donne ici au mot F]ins j^ ^^
(1) Littéralement : dans lequel est le principe de la vie de tout ce qui a un cœur, c'est-a -dire de tous les animaux qui ont du sang. Cf. Aristote, traité des Parties des animaux, liv. III, cliap. IV; Hist. des Animaux , liv. II, chap. XV.
(2) L'auteur veut justifier ainsi sa traduction du verbe Tr\XV ^ qu'il prend dans le sens de : déifier, se détourner, d'après le verbe arabe S|4^ , tandis qu'on le traduit généralement par blâmer.
trouve également dans ty1^<^ riDim nnoir (Lévit.,XIX,20), — le mot nDina étant analogue au mot arabe '^ys*^ , changée, détournée y — c'est-à-dire « une esclave dont les liens d'esclavage ont été changés en liens de mariage (*) ».
Leh (cœur) signifie aussi volonté (ou intention)-, p. ex. : Et je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur (Jérémie, III, 15) (^); Est -ce que ton cœur est droit comme lest mon cœur (II Rois, X, 15)? c'est-à-dire est-ce que ta volonté (ton intention) est dans la droiture comme la mienne ? Dans ce sens on l'emploie quelquefois métaphoriquement en parlant de Dieu; p. ex. : Il fera selon ce qui est dans mon cœur et dans mon âme (I Sam., II, 55) , c'est-àdire il agira selon ma volonté; Et mes yeux et mon cœur y seront toujours (I Rois, IX, 3) , c'est-à-dire ma providence et ma volonté, — Il signifie encore intelligence; p. ex. : Vhomme (au cerveau) creux sera doué de cœur (r^n^) (Job, XI, 12) , c'est-à-dire deviendra intelligent; de môme : Le cœur du sage est tourné à droite (Ecclés., X, 2) , c'est-à-dire son intelligence (se tourne) vers les choses parfaites. On en trouve de nombreux exemples. C'est dans cette signification qu'il doit être pris partout où il est métaphoriquement appliqué à Dieu , je veux dire comme désignant l'intelligence, sauf les rares exceptions où il désigne la volonté, conformément à l'ensemble de chaque passage. De môme (les expressions) Et tu rappelleras à ton cœur (Deutér., IV, 59) , Et il ne rappelle pas à son cœur (Isaïe, XLIV, 19) , et toute autre expression semblable ont toutes le sens de considération intellectuelle, comme il est dit (expressément) : Et V Éternel ne vous a point donné un cœur pour connaître etc. (Deutér., XXIX, 4), ce
(1) Littéralement : détournée de la possession d'escla^ag-e vers la possession de mariage,
(2) Cet exemple, comme le font observer avec raison quelques commentateurs, aurait dû être placé un peu plus loin, où il est question du mot 27, appliqué métaphoriquement a Dieu.
qui est semblable à (cette autre expression) : On t'a montré à connaître etc. {Ibid., IV, 55) (^).
Quant à ces mots : Et tu aimeras r Éternel , ton Dieu, de tout ton cœur {Ibid., VI, 5) , le sens est, selon moi : de toutes les forces de ton cœur, c'est-à-dire de toutes les facultés du corps; car toutes elles prennent leur origine dans le cœur. On veut dire par là : tu auras pour but, dans toutes tes actions, de percevoir Dieu, ainsi que nous Tavons exposé dans le commentaire sur la Mischnâ (^) et dans le Mischné Torâ (^).