‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 51 sur 88 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Néphesch (v^^) est un Iiamonyme qui désigne d'abord Vâme animale commune à tous les êtres doués de sensibilité (^) ; p. ex.: ... ayant une âme (vdi) vivante (Genèse, I, 50). Puis il désigne le sang ; p. ex. : Et tu ne mangeras pas l'âme (rrc^n) avce la chair (Deutér., XII, 25). Ensuite c'est le nom de Vâme rationnelle, je veux dire de (celle qui constitue) la forme de V homme; p. ex. : Par le Dieu vivant qui nous a fait cette âme (nj^m rDirrn^) (Jérémie, XXXVIII, 16). C'est encore le nom de la chose qui reste de Thomme après la mort (-) ; p. ex. : Lame (rci) de mon seigneur sera enveloppée dans le faisceau de la vie (I Sam., XXV^ 29). Enfin ce mot signifie volonté^ p. ex. : Pour enchaîner ses princes à son âme (itt^Din) (Ps. CV, 22), cVst-à-dire à sa volonté; de même : Et ne le livre pas à Vâme (rci^) de ses ennemis (Ps. XLI, 5) (^), c'est-à-dire ne le livre pas à leur volonté. Je

(i) Cf. Aristote, Traité de VAme, \\\. II, cbap. III et Y.

(2) Si raulenr distingue ici de Vâme rationnelle ce qui reste de Fhomme après la mort, il faut se rappeler qu'il ne voit dans Tame raSionnelle qu'une disposition physique ; c'est l'intellect en puissance €|ui , par la méditation et l'influence de l'intelle-ct actif universel , devient intellect acquis et intellect en acte, et, comme tel, est impérissable. Voy. ci-après, cliap. LXX et cbap. LXXII , vers la fin. Sur celle doctrine et ses diverses nuances chez les philosophes arabe?, voy. mes articles Un-Badja et Jbn-Roschd dans le Dictionnaire des sciences philosophique», tome III , pag. 157, 166 etsuiv. Sur Maïmonide en particulier, voy. Seheyer, Das^ psycliologische System des Maimonidcs, pag. 30 et suiv. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans d'autres endroits.

(3) Dans les deux versions hébr. la citation porte : niî îi»Ci2 "'iinn *?>?, ne me livre pas à Famé de mes adversaires (Vs. XXVII, 12). L'auleur paraît avoir écrit, par une erreur de mémoire : Vit: i:»!:^^ IHinn 7X. comme on le trouve dans plusieurs mss. de l'original arabe et de la version d'Ibn-Tibbon. Quelques copistes ont changé V12i en V2^1^^t

PURMIÈRE PAnTIK. — CHAP. XLI. i Al

prends dans le même sens (les mots) : S'il est dans votre âme {D::z*Drr\^) d'enterrer mon mort (Genèse, XXIlï, 8), c'est-àdire si cela est dans votre intention et dans votre volonté y de mcme : Quand Moïse et Samuel se tiendraient devant moi y mon âme{>^^r^l) 7ie serait pas pour ce peuple (Urémie, XV, 1), où le sens est : ma volonté ne serait pas pour eux, c'est-à-dire je ne voudrais point les conserver.

Toutes les fois que le mot néphesch (rrcj) est attribué à Dieu , il a le sens de volonté, comme nous l'avons dit précédemment au sujet des mots : // fera selon ce qui est dans mon cœur et dans mon âme (I Sam., II, 55 (^), dont le sens est : dans ma volonté et dans mon intention. Conformément à cette signification les mots ^Nltr^'' St2V^ irD:i llipni (J"ges, X, 16) devront être expliqués ainsi : et sa volonté s abstint d'affliger Israël. Jonathan ben-Uziel n'a point traduit ce passage ;' car l'ayant entendu conformément à la première signification (du mot néphesch), il en résultait pour lui une passivité (attribuée à Dieu) , et pour cela il s'est abstenu de le traduire (^). Mais si on prend (le mot néphesch) dans la

(Fautres ont substitué (dans la version d'Ibn-Tibbon) le passage du psaume XXVII, verset 12 ; mais ce qui prouve que Tauteur a écrit ininn avec le suffixe de la troisième personne , c'est qu'il explique lui-même ce mot par le mot arabe HD'^Dn qu'on lit dans tous les mss. Dans la plupart des mss. de la version d'Ibn-Tibbon on lit également "inT^^lDn^ et ce mot a été arbitrairement changé en "i^T^iDn- (l) Voy. ci-dessus, chap. XXXIX, pag. 143.

^^2) R. David Kim'hi, dans son commentaire sur le livre des Juges, dit également que Jonathan ben-Uziel, dans saparaphrase chaldaïque, a passé ce passage sous silence; cependant Ibn-Caspi, dans son commentaire sur le More, affirme que les mots en question étaient rendus dans les mss. qu'il avait sous les yeux comme ils le sont en effet dans nos éditions de la paraphrase chaldaïque. Selon Ibn-Caspi, l'auteur a pu vouloir dire que Jonathan n'a pas modifié les expressions du passage, mais qu'il l'a rendu mot pour mot, sans faire disparaître l'anthropomorphisme; mais les mots nii2 riD^nn^ ob n'admettent point cette interprétation, et il résulte évidemment des termes dont se sert Maïmonide que Jonathan n'avait pas traduit ce passage. En effet, il existe encore maintenant des

dernière signification, l'explication (de notre passage) est très claire; car il est dit précédemment que la Providence divine les avait abandonnés, de sorte qu'ils périrent, et qu'ils avaient imploré son secours, mais qu'elle ne les secourut pas. Lors donc qu'ils montrèrent un extrême repentir, se trouvant dans un profond abaissement et sous la domination de l'ennemi (*), il eut pitié d'eux, et sa volonté s* abstint de faire durer leur affliction et leur abaissement. Il faut bien te pénétrer de cela , car c'est (une explication) remarquable. Le ^ dans ^j<"iti^> ^DV3 est à la place de p, de ^ c'est comme si l'on avait dit ';)K"i:r'' ^Dp }D- Les grammairiens ont énumére beaucoup d'exemples pareils, comme : urhy\ 'xr^^ imini et ce qui restera de la chair et du yain (Lévit., YIII, 52); D^2tt^3 "li^î^i ce qui reste des années (Jbid., XXV, 52); pi^n mrx:î1 i:i^ (quelle soit du nombre) des étrangers ou des indigènes (Exode, XII, 17) (^). Cela se trouve fréquemment.

Page 1