CHAPITRE XLIIL
Canaph (n^iD) est un homonyme, et il Test surtout sous le rapport de l'emploi métaphorique. Il désigne primitivement Y aile des volatiles; p. ex. : ... de tout oiseau ayant des ailes (nj^) qui vole dans les deux (Deutér. , IV, 17), Ensuite on l'a employé métaphoriquement pour (désigner) les extrémités et les coins des vêtements ; p. ex. : Aux quatre coins (niDJ^) de ton vêtement [Ihid. , XXII, 12). On l'a encore employé métaphoriquement pour (désigner) les extrémités et les bords de la partie habitée de la terre, éloignés de nos contrées ; p. ex. : Pour saisir les extrémités ir\)^:^:i) de la terre (Job, XXXVIII, 15); Bu bout (p]iD^) de la terre nous avons entendu des chants (Isaïe, XXIV, 16). Ibn-
lelligence , conformément a ce que dit le Talmud au sujet de ces mots : Afin que tu sois heureux et que tu vwes long-temps (Ihid.. XXII, 7):
^"nx ^h^:^\î; uh^vh y^^ î^^n^ ]);d^i 2rô ^h^'2^ uh^^S ij :3D^"' jy^S
<( Afin que tu sois heureux dans un monde de bonheur parfait, et que tu vives long-temps dans un monde de durée éternelle.)) Voy. Talmud deBabylone, traité Kiddouschin, fol. 39 b; 'Hullm, fol. 142 a; cf. la troisième partie de cet ouvrage, a la fin du chap. XXVII.
(1) Voy. Talm. de Bab., traité Berakhot, fol. 18 a^ b. L'auteur paraît entendre' ce passage dans ce sens : que les hommes pieux qui, par Tétude, ont formé leur intelligence , et dans lesquels Vintellect en puissance est devenu, par la méditation, intellect en acte, arrivent a la véritable vie éternelle, tandis que les impies, même pendant leur vie, doivent être considérés comme morts, ne cherchant pas à se mettre en rapport avec le monde supérieur par la méditation et les études spéculatives.
Djanâ'h (*) dit que (ce mot) se rencontre aussi dans le sens de voiler' (cacher, dérober), conformément à Tarabe, où Ton dit (2) canaftou al-schél (»^5^l <£^) dans le sens de : fai caché la chose, et il explique -|niD "113; ^ly i^h"i (Isaïe, XXX, 20): et celui qui f éclaire (^) ne se dérobera pas à toi et ne se voilera pas, ce qui est une bonne explication. De là vient, selon moi, (cette expression) vnx f]:d n^:'' N*?! (Deutér., XXIII, 1), c'est-à-dire: il ne soulèvera pas le voile de son père (^). De même les mots '^nJ2H h]^ 1D3^ nmci (Ruth, III, 9) doivent être expliqués, selon moi : étends ton voile sur ta servante.
C'est dans ce dernier sens , selon moi , qu'on a appliqué métaphoriquement le mot canaph (n^^) au Créateur, et de même aux anges; car les anges, selon notre opinion, n'ont pas de corps, ainsi que je l'exposerai (^). Ainsi les mots VDilD nnn niDD^ r\i<:i "ir^K (Ruth, II, 12) doivent se traduire : sous le voile duquel tu es
(1) C'est le célèbre grammairien et lexicographe R. lonâ, appelé en arabe Aboul-Walîd Merwân ibn-Djanâ'h. Voy. mai Notice sur cet homme illustre dans le Journal asiatique, année 1850, cahier d'avril, etc.
(2) Les mss. portent p^lp'' ''"i^X ; dans un ms. nous lisons ^Ip"» nit<. Nous avons écrit plus correctement 7ip'' ^"17^^ ; dans quelques mss. de la version d'Ibn-Tibbon le verbe est également au singulier (iD^'^ïi^)-
(3) Tous les mss. du Guide portent très distinctement ^t^q; dans le passage original du Dictionnaire d'Ibn-Djanâ'h, tel qu'il est cité par Gesénius, dans son Commentaire sur Isaïe et dans son Thésaurus (rad.r^^^), on lit nnl^D (y^j^)- Cependant la copie que M. Goldberg a bien voulu m'adresser de ce passage d'Ibn-Djanâ'h, d'après le ms. d'Oxford, porte *^*ltOD ; si cette leçon est exacte, Ibn-Djanâ'h aurait pris ici le mot miQ dans le sens de pluie (Jiâti^e)^ ce qui, en effet, serait d'accord avec l'explication do R. Salomon Par'hon et de R. David Kim'hi, empruntée, sans doute, a Ibn-Djanâ'h. Le mot "niDD a pu facilement, par une faute de copiste, être changé en "^"i^JÛ-
(4) Ou : il ne découi^rira pas le mystère de son père, la chose que son père entoure de mystère, c'est-à-dire, sa femme.
(5) Voir ci-après , chap. XLIX.
venue t' abriter (^). De même, toutes les fois que le mot canaph (m^) est relatif aux anges, il a le sens de voile. N'as-tu pas remarqué ces mots : Avee deux (ailes) il couvrait sa face et avec deux il COUVRAIT ses pieds (Isaïe, VI, 2)? En effet, la cause de son existence — je veux parler de celle de l'ange — est enveloppée d'obscurité (^), et c'est là (ce qu'on a appelé) sa face. Et de même les choses dont celui-ci — je veux dire l'ange — est la cause, et qui sont (désignées par) ses pieds [comme nous l'avons expliqué en parlant de l'homonyme régliel (^) j , sont obscures aussi ; car l'action des Intelligences (^) est obscure , et leur influence (^) ne se manifeste (à nous) que lorsque nous nous sommes livrés à Tétude, et cela pour deux raisons, dont l'une est en elles et l'autre en nous , je veux parler de la faiblesse de notre compréhension et de la difficulté de comprendre V Intelligence séparée dans sa
(1) La leçon varie dans les différents mss. ; la plupart portent pnonS ^ quelques uns ]^Dn^ ou inDD^ ; »iais le verbe doit être au féminin. La véritable leçon me paraît être ^iDnOn? (^^^^)i X® forme du verbe J^. C'est par ce même, verbe que Saadia rend le verbe hébreu non- Voy., p. ex., a la fin du Ps. IT (Ewald, Beitrœge etc., pag. 10).
(2) Littéralement : est voilée et très cachée.
(3) Voir ci-dessus, chap. XXVIII, pag. 94.
(4) C'est-a-dire, l'action que les intelligences des sphères exercent sur le monde sublunaire. Il faut se rappeler que Maïmonide identifie les anges avec les intelligences séparées ou les intelligences des sphères. Voy. la II« partie de cet ouvrage, chap. VI et XII. Cf. ci-dessus, chap. XXXVII, pag. 140, note 1.
(5) Le mot i^mriK (leur trace ou impression^ a été rendu dans la version d'Ibn-Tibbon par DJ^^y (leur choses, ce quelles sont) ; le traducteur a lu sans doute NHID^- Ailleurs il rend le mot arabe ir\H par nit^yiD '■) ^^ais Ibn-Falaquera fait observer qu'il vaudrait mieux le rendre par DlU^n (impression). Voir les notes critiques d'Ibn-Falaquera sur le chap. LXXIl de cette T® partie {More ha-Moré, pag. 153).
réalité. Quant à ces mots : et avec deux il volait (ibicl.) , j'expliquerai dans un chapitre à part pour quelle raison on a attribué aux anges le mouvement de vol (•).