‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 58 sur 88 · CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIII

Toutes les fois que l'idée d'entendre (ouïr) se trouve attribuée à Dieu, tu trouveras qu'Onkelos, le prosélyte, s'en est écarté et Ta expliquée dans ce sens , que la chose est parvenue jusqu'à Dieu, c'est-à-dire qu'il Va perçue; et, quand il s'agit d'une prière, il explique (le verbe entendre) dans ce sens : que Dieu accueillit ou n'accueillit pas (la prière). Il s'exprime donc toujours, pour traduire les mots r Éternel entendit ^ par vi Q^n yi^tr? il fut entendu devant r Éternel; et, là où il s'agit d'uno prière, il traduit, p. ex. : J'entendrai son cri (Exode, XXII, 22) par ^2pi< N^Dp? f accueillerai; c'est ce qu'il fait continuellement dans sa paraphrase, sans s'en départir dans un seul passage. Mais pour ce qui est des passages où la vue est attribuée à Dieu , Onkelos y a montré une versatilité (^) étonnante dont le but et l'intention ne

(4) Voy. ci-dessus, chap XXVI.

(2) Voir ci-après, chap. L, pag. 180, note 1.

(3) Le verbe p^n Ç^j^) si^niiie prendre différentes couleurs , changer de couleur, et au figuré : être variable, inconstant. La traduction d'Ibn- Tibbon porte : D'^J^^DIÛ D''t!^*nD 1:3 Dl^p^lt^ K^I'^D -, Onkelos a donné à cet égard des explications étonnantes; cette traduction est très peu exacte, comme l'a déjà fait remarquer Ibn-Falaquera Q/Ioré-ha-Moré, pag. 150, 451), qui explique à cette occasion le véritable sens du verbe arabe ^J^ , en rappelant que dans les proverbes arabes on compare l'homme inconstant et versatile au caméléon qui change souvent de couleur. Cf. Freytag, Proi'. ar., I, 409; de Sacy, Comment, ar. sur les Séances de Haririj 22^ séance (^pag. 206 de la nouvelle édition).

me sont pas clairs; car, dans certains passages, il traduit v") j^-^ii par V") j^tm y et l* Éternel vit, et, dans d'autres passages, il traduit ces mots par vi Q-^p ^^^)^ et il fut manifeste devant l'Étemel. Puisqu'il traduit par vi j^ini ? et V Éternel vit, cela prouve avec évidence que le verbe ^in, voir, dans la langue syriaque, est homonyme , et qu'il désigne aussi bien la perception de l'intelligence que celle des sens ; mais, si telle a été son opinion , je voudrais savoir pourquoi il a évité (ce verbe) dans certains passages, en traduisant : et il fut manifeste devant l' Étemel. Cependant, l'examen des exemplaires que j'ai trouvés du Targoum (d'Onkelos), joint à ce que j'avais entendu dire à l'époque de mes études, m'a fait voir (^) que, toutes les fois qu'il trouvait le verbe n^n (voir) se rapportant à une injustice ou à quelque chose de nuisible et à un acte de violence , il le traduisait par : être manifeste devant V Éternel. Le verbe j^tn (voir), dans cette langue (araméenne), implique indubitablement l'idée de percevoir et à' avouer la chose perçue telle quelle a été perçue ^^^ ; c'est pourquoi, quand il (Onkelos) trouvait le verbe voir se rapportant à une injustice, il ne disait pas v^ j^^n») , et V Éternel vit ^ mais v'i Dip h^^ -, et il fut manifeste devant V Éternel. J'ai donc trouvé que partout, dans le Pentateuque , oii le verbe ni^l (voir) est appliqué à Dieu , il le traduit (littéralement) par ^^n (voir) , excepté dans les passages que je vais citer : Pour Car Dieu a vu {7]^i) mon affliction (Genèse, XXIX, 52) il met : i^^^i^ ^'-^ Dnp "h^ nK Car ma honte s* est manifestée devant Dieu; pour Car f ai vu {^n^H')) tout ce que Laban te faisait (Ibid., XXXI, d2) : ^onp 1^:1 n« Car ... est manifeste devant moi; et, bien que celui qui parle ici soit un ange, il ne lui a point attribué la perception indiquant ïaveu

(1) Littéralement: après a^^oir examiné les copies etc. ..^ j'ai trouvé etc.

(2) C'est-a-dire , ce verbe indique non seulement la perception, mais aussi Yai^eu et Vapprobation de la chose perçue ; on ne saurait donc rappliquer à Dieu lorsque l'objet de la perception est un mal, car Dieu ne peut approuver le mal.

(ou V approbation) de la chose , parce qu'il s'agit d'une injustice ; pour Et Dieu vit (i^^^)) les fils d'Israël (Exode, II, 25) il met : ^«Itt^^ ^J:n t<1i:JVt^ '''"' CJlp ''h:^'^ ^f^ l^ servitude des fils d'Israël fut manifeste devant Dieu; pour fat vu (^n'iNl T\ïr\) V affliction de mon peuple (Ibid., III, 7) : ^^yn ^^-nnv:r n^ ^Dnp •'^:i ^^S:lt:, La servitude de mon peuple est manifeste devant moi ; pour Et j'ai aussi vu ("«n^t^i) r oppression (Ibid., v. 9) : ^pm ^mp '^^:i Pji^i Et aussi est manifeste devant moi l'oppression etc. ; pour Et qu'il avait vu (ni<i) leur affliction (Ibid., IV, 51) : jimiD^ii^ ''nin-ip ''^:i n^^i Et que leur servitude était manifeste devant lui; pour J'ai vu (^n^î^"i) ce peuple (Ibid., XXXII, 9) ; jnn i^D]; "«Dnp 'h:^ Ce peuple s est manifesté devant moi, car le sens est : j'ai vu leur rébellion^ de même que dans (les mots) : Et Dieu vit les fils d'Israël^ le sens est : il vit leur affliction i^) ; pour V Éternel vit (î^n^i) et fut irrité (Deutér., XXXII, 19) : Vi Q-ip ^^x\ Et cela fut manifeste devant Dieu etc.; pour Car il voit (nî^"i"') ^^^ la force s'en est allée (Ibid., V. 56) : in*it:np ""S:! ''^i^ ^«'' ^Z ^^^ manifeste devant lui^ car il s'agit ici également d'une injustice commise envers eux et de la victoire de l'ennemi. Partout ici il a été conséquent, et il a eu égard à (ces mots) : Et tu ne saurais regarder l'iniquité (Habacuc, 1, 15) ; c'est pourquoi , toutes les fois qu'il s'agit de servitude et de rébellion , il traduit par Ttlûip ^^:i il fut manifeste devant lui, ou par ^ûnp "h^ il fut manifeste devant moi. Cependant cette bonne et utile interprétation , qui n'est point douteuse , se trouve en défaut dans trois passages (^) que, selon la règle en question, il aurait dû traduire par i"«t D-;p i^;}»; et il fut manifeste devant V Éternel y tandis que nous y trouvons, dans les exemplaires: "'"^ î<rn*i et V Éternel vit. Ce sont les suivants : Et V Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande (Genèse, YI, 5) ; Et Dieu

(1) L'auteur veut dire qu'Onkelos a évité, clans ces deux passages, le verbe voir, parce qu'il s'y agit d'un mal, c'est-à-dire , dans l'un, des actes de rébellion du peuple hébreu, dans l'autre, de son affliction.

(2) Littéralement : m'a été percée ou endommagée par trois passages.

vit la terrCy et voici elle était corrompue (Ibid, v. 12) ; Et V Éternel vit que Léa était haïe (ïbid,, XXIX, 51). Il est probable pour moi que c'est une faute qui s'est glissée dans les exemplaires (*) ; car nous n'en possédons pas l'autographe d'Onkelos pour que nous disions qu'il avait peut-être une interprétation (particulière) pour ces passages (^^ Si, d'un autre côté, il a rendu les mots: Dieu verra {choisira) pour lui l'agneau (Jbid.^ XXII, 8) par i^^J2^ 1^:1 1"'' D*lp Devant Dieu est manifeste l'agneau^ c'était afin que ce passage (littéralement traduit) ne donnât pas lieu de croire que (cet agneau) Dieu eût besoin de le chercher pour le mettre en présence (^), ou bien (c'était) parce qu'il trouvait inconvenant aussi , dans cette langue (araméenne) , de mettre en .rapport la perception divine avec un individu (^) d'entre les animaux irraisonnables. Il faut soigneusement rechercher à cet égard la vraie leçon des exemplaires , et si l'on trouve ces pas-

(1) En effet, dans le premier de ces trois passages, quelques éditions portent ^"^ Dip w^ï î ces mêmes mots se trouvent, au troisième passage, dans la paraphrase attribuée a Jonathan ben-Uziel, et dont Fauteur a eu sous les yeux celle d'Onkelos.

(2) L'auteur veut dire : Si on étai^t sûr qu'Onkeîos a réellement écrit, dans ces trois passages , V's j^tm , il faudrait supposer qu il avait quelque motif particulier pour agir ainsi, et chercher l'interprétation qu'il a pu donner a ces passages; mais, comme il est bien plus probable que ce ne sont que des fautes de copiste , nous ne devons pas lui attribuer une intention particulière à l'égard de ces passages.

(3) Littéralement : afin que cela ne fît pas croire que Dieu fût pour aborder sa recherche et sa production, ou : que Dieu fût devant le chercher et le produire,

{i) Le mot yt^^ individu, qu'lbn-Tibbon a trop faiblement rendu par ini^i un, au lieu de le rendre par ti'^j<, et qu'Al-'Harizi a supprimé dans sa version , n'est pas ici sans importance. Selon le système de Tauteur, les individus de la race humaine sont seuls guidés par la Providence; pour ce qui est des autres animaux, la Providence divine ne s'étend que sur les espèces, abandonnant les individus au hasard. Voyez la 11^ partie de cet ouvrage, chap. XVU.

sages tels que nous l'avons dit ^ je ne connais pas son intention (^) à cet égard.

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