‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 62 sur 88 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Toutes les fois qu'un sujet a un attribut affirmatif (2) et qu'on dit qu'il est tel , cet attribut ne peut manquer d'être de l'une des cinq classes suivantes.

I. La PREMIÈRE CLASSE cst Celle où la chose a pour attribut sa définition, comme, p. ex., lorsqu'on désigne l'homme (en

mot hébreu, a traduit: *^lin HtlD IID D''li*it<*I ; Al-'Harizi, prenant "]"n dans le sens de '^^^"T^K (^tj>^^ 1 perception) ^ a encore plus mal rendu ce passage, en traduisant : ipnil n:i:i^nn riNT 12^1 «S D^'îr:^') n^SyD- La même faute a été commise, par les deux traducteurs, au ch .Vllï de la \W partie du Guide, où les mots ^DD^^^i»^ ^"1"!^^ DKtûniN^^ '^ (non pour descendre au degré le plus bas) sont rendus, dans les deux versions, par: ^dITH :^'^W7]h mi^ ^h-

(1) Voy. ci-après, chap. LIIL

(2) Les mots nj^îi Tv) 3Jin signifient : auquel un attribut est donné affirmativement. Dans ce chapitre l'auteur commence ses recherches sur les attributs qui conviennent ou ne conviennent pas à Dieu, et il parcourt les différentes classes des attributs affirmatifs; on verra dans la suite qu'il n'admet a l'égard de Dieu que des attributs négatifs. — Le mot îio, employé dans le sens à' ai tribut, signifie littéralement description , du

verbe ^^ ^*^^ , décrire, qui, dans le langage philosophique, signifie aussi :

désigner par un attribut. Nous traduisons ce verbe, selon que l'exige l'ensemble de la phrase , tantôt par donner ou ai'oir un attribut, tantôt par désigner, tantôt enfin par qualifier, en prenant ce dernier mot dans un sens général, et non pas dans le sens spécial ^attribuer une qualité, c'est-a-dire de donner un attribut de la CATÉGORIE de la qualité. Dans ce dernier sens on emploie le verbe ^^ ^ comme on le verra plus loin, à la \W classe des attributs.

disant) qu'il est un animal raisonnable. Un tel attribut indique l'être véritable d'une chose (^), et nous avons déjà exposé qu'il est l'explication d'un nom et pas autre chose (^). Ce genre d'attribut doit, selon tout le monde, être écarté de Dieu , car Dieu n'a pas de causes antérieures qui aient causé son existence, de manière qu'elles puissent servir à le définir (3). C'est pourquoi il est généralement admis par tous les penseurs qui s'expriment avec précision (^) que Dieu ne saurait être défini.

(1) Littéralement : la quiddité d'une chose et sa réalité, c est-à-dire, ce qu'une chose est en réalité.

(2) Voy. le chap. précédent, pag. 183.

(3) Il faut se rappeler que , selon Aristote , la meilleure définition , c'est-a-dire celle qui fait connaître Tessence de la chose, est celle qui en fait en même temps connaître la cause (Derniers Analytiques , livre II, chap. 10). La définition se fait par \q genre et la différence, et il faut qu'elle parte de choses antérieures et plus connues; aux intelligences faibles on montre quelquefois l'antérieur par le postérieur, mais ce ne sont pas là de vraies définitions (Voy. Métaph.^ livre VII, chap. 12; Topiques, livre VI, chap. 4). Il s'ensuit que ce qui est primitif et simple ne peut se définir, car la définition suppose quelque chose de général renfermant l'objet particulier qui est à définir, tandis que l'être primitif n'a rien de général qui le précède et qui en soit la cause. Voy. Métaph.^ livre VIII, chap. 6 : 0a« Se [L-h 'î/j.i uÀïjv, u-ïjts vo/jtïjv pits atcrÔrjTïjv, sùÔ'jç OTTsp iv Ti ctvKt èartv ïy.cx.ijTov y coçttî^ xat oitep ov rt, tÔ tôSô , xo ttoiov, tô TToaôv . §iô y. aï où y. e'vsffTtv iv zolç ooiaaolç oxîrs xo ov ours tÔ Êv • zaî TO x'i ^v civai eùôù? ev x'i èaxu (ôçiztp -/aï ov xi, 3to xaî oOx i'axLV ÊTspov XI aiTtov Toù £V ôlvat oùôsvî toÛtwv, oOSè xoî) ov XI ehja.1. Cf. ibid.^ chap. 3 : war' ovcjiag etrxi p.èv xiç è'j^iyjxocL ehat opov y. où ^ôyov, -/.. T. ). Dieu, par conséquent, ne peut être défini; car il n'a pas de cause antérieure , il n'entre pas dans un genre et ne se distingue pas par une différence, et, en général, il n'est pas dans les conditions de la vraie définition.

(4) Les mots Hil^lp^ i^O^ ]"'^!inû^t< signifient : qui ramènent ce qu'ils disent à son vrai sens , c'est-à-dire , qui emploient les termes dans leur sens précis et s'expriment ai'cc netteté et justesse. Le mol ]"'7!i^D?^< (^JL^us-^l) est le participe de la 11*^ forme du verbe J^^aa. , prise dans

II. La DEUXIÈME CLASSE Gst Celle où la chose a pour attribut une partie de sa définition (^\ comme, p. ex., lorsqu'on désigne l'homme par la qualité d'animal ou par la raison. Ici il y a l'idée d'inhérence (^) ; car, si nous disons : tout homme est raisonnable,

le sens de : ad summam ac sensum suum redegit (sermonern). Quelques

niss. portent 7^27DD7t^ (ciT^^ ^ ) ' c'est-a-dire : qui expliquent on exposent a^ec clarté. La version d'Ibn-Tibbon (inss, et édit. princeps) porte D'''113Dn ; dans plusieurs éditions, ce mot a été travesti en D^l^^DÛH. Al-'Harizi traduit: D"'")tD1^^ UTW HD^ D''^''Dlt^Dn , c'est-a-dire , qui réfléchissent bien à ce qu'ils disent^ qui s'en rendent bien compte. — Parles mots en question l'auteur veut faire entendre que ceux qui ne se rendent pas un compte exact de ce que c'est que \ai définition s'imaginent que Dieu peut être défini ; car, en employant une définition défectueuse et en montrant l'antérieur par le postérieur, on peut dire, p. ex. : Dieu est l'être qui meut l'univers, ou : Dieu est la forme de l'univers. C'est cet exemple que cite Ibn-Roschd en parlant des définitions où la chose, n'ayant pas d'antérieur, est définie par ce qui lui est postérieur (et qui ne sont pas de véritables définitions) : à'A j\ JUJ djar^' àib JjLx!)* ^jLJî 3.^. ^^ vJJi JLl* J^i 'ijjy^. Yoy. Abrégé de l'Organon (livre de la Démonstration, chap. des définitions) ; cf. Ibn-Falaquera , More ha-Moré , pag. 25. Ailleurs Ibn-Roschd fait observer que, si les philosophes ont dit que l'être premier ne saurait entrer dans un même genre avec un autre être, ni n'en être distinct par une différence, cela n'est vrai que lorsqu'on prend les mots genre et différence dans leur sens propre , se rapportant aux choses qui ont en même temps une forme générale et une forme particulière , et dont on peut donnerune véritable définition ; mais si, par homonymie, on prenait le moi genre dans un sens impropre, c'est-a-dire, en prenant le postérieur pour l'antérieur, on pourrait aussi renfermer Dieu dans un genre, en disant, p. ex., qu'il est l'être ou la substance etc., et alors on pourrait en donner une définition, quoiqu'insuffisante. Voy. Destruction de la Destruction, au commencement de la VII'^ question; cf. le Commentaire de Moïse de Narbonne, a notre passage.

(1) G'est-a-dire , où la chose est qualifiée par le genre seul ou par la différence seule.

(2) Le mot Dtt^7n7t^ (("j^') clésigne la liaison étroite et nécessaire entre deux choses. Dans le Kitâb al-Ta'rifât, au mot A/»j5i^ , on lit : que ce mot exprime l'impossibilité de séparer deux choses Tune de l'autre,

cela signifie que dans tout ce qui possède la qualité d'homme se

et qu'on emploie dans le même sens les mots ^^y et /»j-*J. Cf. le Dictionnaire de Freytag, a la racine ^y . L'énoncé de cette liaison ou inhérence forme une proposition ou un jugement nécessaire, comme, p. ex., la proposition citée ici par notre auteur : tout homme est raisonnable. — L'auteur paraît avoir en vue ce qu'Aristote dit au sujet de la démonstration, en expliquant les trois termes par lesquels il désigne les différents degrés du nécessaire. Voy. Derniers Analytiques, 1. I, chap. 4. Il paraît faire allusion notamment aux termes xarâ Travrô? et zaG' aùrô. Le xarà -avTÔ? désigne une attribution qui est a tout individu, et non pas seulement à tel ou tel, ce qui est toujours et non point dans un tel ou tel temps. Ainsi, animal se disant de tout homme Q/.uzà izuvxoç àvQpwTroiy) , il suffira qu'il soit vrai que tel individu soit homme pour qu'il soit vrai d* dire de lui qu'il est animal. Le terme /aO' aûrô, en soi (qui a quatre sens principaux), désigne d'abord l'attribution qui exprime qu'une chose est essentielle ou inhérente à une autre, et où l'attribut entre dans la définition essentielle de son sujet ; p. ex., la ligne dans le triangle, le point dans la ligne. En second lieu, le -/aO' aûrô désigne l'attribution où le sujet entre dans la définition essentielle de l'attribut, ou, en d'autres termes, où l'attribut est tellement essentiel au sujet que celui-ci en renferme la définition (oaoïç Twv ivuTrap^ôvTwv aOrotç aura èv tw J.ôyro é-JVTvctoy^ovTi to), tî £«7Tt,

Si3).oOvTt). Ainsi, p. ex., la ligne entre nécessairement dans la définition du droit et du courbé, le nombre dans celle du pair et de Yimpair. Ibn- Roschd fait observer que, dans le premier cas, c'est-a-dire , lorsque l'attribut entre dans la définition du sujet, il s'agit soit de la définition complète, soit d'une partie de la définition, comme, p. ex., lorsqu'on définit le triangle en disant qu'il est une figure limitée par trois lignes droites; dans le second cas, c'est-à-dire, lorsque le sujet entre dans la définition de l'attribut, il s'agit de la définition partielle, comme, p. ex., lorsqu'on prend la ligne comme définition du droit et du courbé, qui existent dans la ligne, ou bien le nombre comme définition du. pair et de Vimpair, qui existent dans le nombre. Ce qui, dit-il, entre surtout dans les propositions servant a la démonstration , ce sont ces deux premières espèces du -/aô' aiJTÔ (D2iV^ "IÎTN) , où il y a une attribution nécessaire et essentielle ; car, ajoute-t-il, la définition partielle se trouve avec la chose définie dans une relation nécessaire OniDn nTr» "n:ian bii "n:în p^H DH'' ''^). Voy. le Commentaire moyen sur les Derniers Analytiques, version hébraïque, au passage en question. On comprendra maintenant ce que notre auteur avait en vue en disant qu'// > a ici Vidée d'inhérence etc.

trouve la raison. Ce genre d'attribut doit, selon tout le monde, être écarté de Dieu ; car, s'il avait une partie d'une quiddité^ sa quiddité serait (une chose) composée. Cette classe des attributs est donc aussi inadmissible à son égard que Test la précédente.

III. La TROISIÈME CLASSE cst Celle où la chose a pour attribut quelque chose en dehors de sa réalité et de son essence , de sorte que cela ne fait pas partie de ce qui achève et constitue l'essence (*), et que, par conséquent, il y forme (seulement) une qualité. Mais la qualité^ comme genre supérieur , est un des accidents (-) ; si donc Dieu avait un attribut de cette classe, il serait le subslratum des accidents , et cela seul suflit pour montrer que ce serait s'éloigner de sa réalité et de son essence que de dire qu'il possède une qua-

(1) Littéralement : de ce par quoi l'essence s^achèi^e et subsiste,

(2) VdiV genre supérieur, l'auteur entend la catégorie de la qualité dans toute sa généralité ; car on verra plus loin que cette catégorie comprend quatre espèces diverses. C'est dans le même sens que les mots genre supérieur sont employés par Al-Farâbi, qui, dans sa Logique, en parlant de la catégorie de la qualité, s'exprime ainsi (selon la version hébraïque): ny^nj^ h^ ]vhv'^ ^IDH NIH llTi^ mD^XH p^nnni D^^yîiQi^ U^yVD « La qualité , qui est le genre supérieur, se divise en quatre genres moyens. » Voy. ms. hébr. de la Bibl. imp., fonds de l'Oratoire, n» 107. Maïmonide, dans son Abrégé de Logique (chap. X), désigne les catégories, en général, sous la dénomination de genres supérieurs. Aristote lui-même donne souvent aux catégories le nom de genres (vô'v/), parce qu'elles représentent les notions les plus générales désignées par les mots. Voy., p. ex., le traité de l'Ame, livre I, chap. I (§ 3), où les mots £v Tvn Twv ysvwv signifient évidemment : dans laquelle des catégories; voy. aussi Catégorie, à la fin du chap. 8 : h v.ix(^^jxzpotç roïç yévttn, dans les deux catégories (de\a.qualité et de la relation^ ; de même, dans plusieurs passages dels. Métaphysique. — L'auteur veut dire que laqualité, considérée d'abord dans sa généralité, comme l'une des dix catégories, fait partie des neuf accidents, et ne saurait être attribuée à Dieu. 11 fera ensuite la démonstration spéciale pour chacun des quatre genres de la qualité.

19i PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. LU.

lité ('). Mais on doit s'étonner que ceux qui admettent les attributs écartent pourtant de Dieu l'assimilation (aux créatures) et la qualification (^) ; car, lorsqu'ils disent qu'il ne peut être qualifié^ cela ne signifie autre chose si ce n'est qu'il ne possède pas de qualitéj et pourtant, tout attribut qui est donné à une essence dans un sens afïirmatif et esvsentiel (^) ou bien constitue l'essence, — et alors c'est (l'essence) elle-même , — ou bien est une qualité de cette essence.

Les genres de la qualité sont au nombre de quatre W, comme tu le sais; je vais te donner de chacun de ces genres un exemple sous forme d'attribut, afin de te montrer l'impossibilité d'admettre pour Dieu ce genre d'attribut.

Premier exemple : lorsqu'on qualifie ITiomme par une de ses

(1) Littéralement : et cela suffirait pour être loin de sa réalité et de son essence, je veux dire (d'admettre) qu'il possède une qualité. Le sens est : Dieu devenant, par les attributs qualificatifs, un substratum d'accidents, c'est une raisan suffisante pour en écarter cette sorte d'attributs.

(2) Quoiqull soit évident, dit l'auteur, qu'on ne saurait donner à Dieu des attributs qualificatifs, on doit s'étonner que les partisans des attributs aient écarté de Dieu la qualification; car, à leur point de vue et pour être conséquents, ils doivent nécessairement admettre les attributs qualifica tifs, puisque tout attribut, a moins d'être l'essence même et, par conséquent, une tautologie (comme on l'a dit plus haut, chap. LI), est nécessairement qualificatif.

(3) Voy. ci-dessus, et chap. L, pag. 180, note 1.

(4) Ces quatre genres, énumérés par Aristotc, sont les suivants : l"" la capacité (ou le talent) et la disposition ( ç-? v.olï StaO-T/c) ; 2« ce qui se dit par rapport à la puissance ou à l'impuissance naturelle (oW xarà 3ûva|;xiv (fvGty-h ri àSuvapiîav léyiTa.i) ; 3^ les qualités affectives ci les affections, ou passions (^Tzv.Oorty.ut T.oiÔTfixzq yM rAOrî) ; A^ la figure et l'a forme extérieure qu'a chaque chose (jyjiu.é. rs /.où -n Ttepi r/ao-rov v7:Oipyou(7Cf. y-^co-n). Voir les détails dans les Catégories d'Aristote, chap. 8; les exemples que Maïmonide va citer se rattachent aux paroles d'Aristote.

capacités (^) spéculatives ou morales, ou par les dispositions qu'il possède comme être animé C^\ comme, p. ex.;, lorsqu'on dit : un tel, charpentier, ou chaste, ou malade. Il n'y a pas de diflerence (à cet égard) entre la dénomination de charpentier et celle de sava7ity ou àQsage (3), qui toutes (désignent) des dispositions dans Tâme, et de même il n'y a pas de différence entre dire chaste et dire miséricordieux^ car tout art, toute science et toute qualité

(1) n:D7D (à^U) est ici la traduction du mot grec ïliç ^ qui, selon Tcxplication d'Aristote lui-même (Catégorie^ 1-c.), désigne quelque chose de plus durable et de plus solide ÇyjovLûTspov vmX povt/jtwTspov) que la disposition; cf. ci-dessus, pag. 121, note 2, et 129, note 3.

(2) Les mots sa? -/aî StâGsatj que la version arabe d*Arislote rend par JLs^l^ aST-UI (hébr. pym ]''l'p'n) sont ainsi expliqués^par Al-Farâbi

(1. c.) : trc2 hv2 Ninir nm :i»D2 ^y:::} nji^n ^di z*^i^ ^L* n:i:în ^d

<( Toute disposition dans Vâme, et toute disposition dans l'être animé en tant qu'être animé. » Les dispositions dans l'âme, ou les i'^stç, sont des capacités acquises, comme les sciences, les arts, les vertus, ou des capacités naturelles, comme la connaissance des axiomes ou les arts que possèdent certains animaux ; les dispositions que possède l'être animé comme tel, ou les Srxôso-sif, sont, p. ex., la chaleur, le refroidissement, la santé, la maladie, etc. Ibn-Roschd, dans son Abrégé de VOrganon, distingue dans les mêmes termes ces deux espèces de dispositions, en appelant les unes ^»«iJt ^ ^M <oL.^Î, et les autres jJLclJ' CL>L^)!

(3) Les deux versions hébraïques portent KDIin , mais nous ne croyons pas que l'auteur ait employé ici le mot >^,^-^ dans le sens de médecin, qu'il a quelquefois dans le langage vulgaire ; l'auteur veut dire que les mots savant et sage désignent des dispositions dans l'âme (voir la note précédente), aussi bien que charpentier, et que toutes ces dispositions ne peuvent, pas plus les unes que les autres, être attribuées a Dieu. Immédiatement après, il fait la même observation pour les dispositions morales , voulant dire qu'on ne peut pas plus attribuer à Dieu la qualité de miséricordieux que celle de chaste.

morale permanente (^), est une disposition dans l'âme. Tout cela est clair pour celui qui s'est tant soit peu occupé de la Logique.

Deuxième exemple : lorsqu'on qualifie la chose par une puissance ou une impuissance naturelle qui s'y trouve, comme, p. ex. , lorsqu'on dit : le mou et le dur. 11 n'y a pas de différence entre dire mou et dur et dire fort et faible (^) ; tout cela (désigne) des aptitudes naturelles.

Troisième exemple : lorsqu'on qualifie l'homme par une qualité affective ou par les affections, comme, p. ex., lorsqu'on dit : un tel en colère, ou irrité, ou ayant peur, ou compatissant, sans toutefois que cela désigne une quaUté morale permanente (^). De ce même genre est la qualification par la couleur (^), le goût, l'odeur, la chaleur, le froid, la sécheresse et l'humidité.

Quatrième exemple : lorsqu'on qualifie la chose par ce qu'elle est sous le rapport de la quantité comme telle i^\ comme, p. ex.,

(1) Littéralement: puissante ou qui s'est emparé (de riiomme). Cf. ci-après, note 3.

(2) L'auteur veut dire qu'on ne peut pas plus donner a Dieu l'attribut de fort que celui de dur; car fort el faiùle désignent, comme dur et mou, une aptitude ou une inaptitude naturelle a faire ou k souffrir certaines choses. Cf. Aristote , Catégories, 1. c. Ça. la seconde espèce de la qualité).

(3) Littéralement : lorsque la qualité morale nest pas devenue puissante, ou ne s'est pas consolidée (dans l'homme) , c'est-a-dire, lorsqu'elle n'est que le fait d'une impression passagère ; car, dans ce cas, ce n'est pas une qualité proprement dite, mais une simple affection. Cf. Arist.,

ibid. '. OTOC §£ àîTO pu^io^ç Sta'/'uou.ivojv y.c/l "zayy ÙToy.x^JLazuy.vjovj yivi'zui Trâôfl )iy£Tat, Trotôrn'tç §£ o-j. y. t. /.

(i) Les couleurs sont dites qualités affectives, en tant qu'elles viennent d'une affecfion (àvrô TrâGouc), comme, p. ex., la rougeur qui vient de la honte, la pâleur qui vient de la peur. Voy. Arist., iùid.

(5) liittéralement : par ce qui l'atteint ou la touche du coté de la quantité en tant qu'elle est quantité. Notre auteur désigr>e le quatrième genre de la qualité par des termes qui diffèrent totalement de ceux employés par Aristote , bien que la traduction arabe des Catégories soit ici

lorsqu'on dit : le long , le court , le courbé , le droit , et autres choses semblables.

En considérant tous ces attributs et d'autres semblables, tu les trouveras inadmissibles à Tégard de Dieu : car il n'a pas de quantité, pour qu'il puisse y avoir en lui une qualité telle qu'il y en a dans la quantité comme telle; il n'est pas impressionné ni passivement affecté , pour qu'il puisse y avoir en lui une qualité d'affections; il n'a pas d'aptitudes^ pour qu'il puisse y avoir en lui des puissances (facultés) (*) ou quelque chose de semblable ; enfin Dieu n'a pas d'àme , pour qu'il puisse avoir une disposition

entièrement conforme au texte grec; les mots cx^pa xz -/.ai. yi Tr?pl éy^yrrrov •JTTOc/îyouo-a fio/xf/ïj sont ainsi rendus en arabe : 'i^^^ji\ 'LLX^\j J.X!iJ| *Xa.ij J.=s.!j ^3. Les termes dont se sert Maïmonide sont les mêmes qui ont été employés par Al-Farâbi et, en général, par tous les philosophes arabes. Voici comment s'exprime Al-Farâbi , dans sa Logique (version

hébraïque) : i^^n^ nul} niD^H ^i'^J22 it<2D^ iiTt^ nviD-i^n ''^'^"'n :iiDm

mOD « Le quatrième genre (comprend) les qualités qui se trouvent dans les différentes espèces de la quantité, en tant qu'elle est quantité. » Al- Farâbi donne pour exemple la droitesse et la courbure des lignes , la convexité etla concavité des surfaces, la figure (jjyjiaa) géométrique, telle que le cercle, le triangle, le carré, etc., etla forme (^iiopr^r,^ ^ qui, dit il, est une espèce de figure dans la surface du corps animé , enfin le pair et l'impair dans le nombre. Ibn-Roschd, dans son Abrégé de VOrganon,

s'exprime ainsi : I^UJCJ^I ^^a ^s, ^ ^XJI /^tj^t ^^^ «..jlJt ^^^Jlj

i^r^ g L^Ji J ^î sji^LûXM il^L)^ JSU\j .L^^l^. « Le quatrième des genres de la qualité (comprend), p. ex., la droitesse, la courbure et la figure (géométrique) , et, en général , les qualités qui sont dans la quantité en tant qu'elle est quantité. )> On voit que les mots (j-X/i[i-a. et aopt^ri , dont se sert Aristote, ont été généralement interprétés, par les philosophes arabes , dans le sens d'une qualité quantitatif^ e , ou , comme ils s'expriment eux-mêmes, d'une qualité située dans la quantité en tant que quantité, c'est-à-dire.., qui qualifie la chose au point de vue de la quantité abstraite ou de la forme géométrique ou arithmétique en général, sans désigner le plus et le moins.

(1) Les deux versions hébraïques ont DDH, au singulier; de même, quelques mss. arabes portent : HIp^N.

et qu'il y ait en lui des capacités (^^^i?)^ telles que la mansuétude, la pudeur et d'autres semblables , ou ce qui appartient à Vêtre animé comme tel W , p. ex.: la santé et la maladie. Il est donc clair que tout attribut qui revient au genre supérieur de la ^wa- /f/e (^) ne peut se trouver en Dieu.

Ainsi il est démontré que ces trois classes d'attributs, — savoir, tout ce qui indique une cjuiddité i^\ ou une partie d'une quiddité, ou une qualité quelconque qui se trouve dans la quiddité, — sont inadmissibles à Tégard de Dieu ; car tous ils indiquent la composition, qui, comme nous le démontrerons W, est inadmissible à l'égard de Dieu (^).

IV. La QUATRIÈME CLASSE dcs attributs est celle où Ton désigne la chose par son rapport avec autre chose, en la mettant, p. ex., en rapport avec un certain temps , avec un lieu , ou avec un autre individu, comme, p. ex., lorsqu'on désigne Zéid (en disant) qu'il est père d'un tel , ou associé d'un tel , ou habitant de tel endroit, ou celui qui existait dans tel temps. Ce genre d'attributs n'implique ni multiplicité, ni changement dans l'essence du sujet ; car ce Zéid en question est (en même temps) associé de 'Amr, pèredeBecr, maître de Khâlid, ami de (l'autre) Zéid, habitant de telle maison, et celui qui est né dans telle année. Ces idées de rapport ne sont ni son essence, ni, comme les qualités, quelque chose dans son essence , et il paraît au premier abord qu'on pourrait prêter à Dieu ce genre d'attributs; cependant, en vérifiant la

(1) Voy. ci-dessus, pag. 195, note 2.

(2) C'est-a-dire, qui appartient a la catégorie de la qualité , en général. Voy. ci-dessus, pag. 193, note 2.

(3) Voy. ci-dessus, pag. 190, note 1.

(4) Voy. la 11*^ partie de cet ouvrage, chap. l.

(5) Quelques mss, ajoutent : p^S^'^DX:: ^^^^1 ''^i^yn Til^ h^p "l^lS> «C'est pourquoi on a dît que Dieu est absolument z//?/» de même la versioi^ d'Ibn-Tibbon : 110:1 IRH ^^IHl^ "IDK: HT^V I^a version d'Aï-

Harizi n'a pas rendu ces mots.

chose et en rexaminant avec soin , il sera clair que cela ne se peut pas. D'abord il est évident que Dieu n'est pas en rapport avec le temps et Tespace : car le temps est un accident qui compète au mouvement, lorsque, dans celui-ci, on envisage Tidée d'antériorité et de postériorité, de sorte qu'il est nombre (par le temps) , — comme cela est expliqué dans les endroits particulièrement consacrés à ce sujet W — ; or, le mouvement étant de ce qui compète aux corps, et Dieu n'étant point un corps, il s'ensuit qu'il n'y a pas de rapport entre lui et le temps. De même il n'y a pas de rapport entre lui et l'espace (^). "liais ce qu'il y a lieu de rechercher et d'examiner, c'est (de savoir) s'il y a entre Dieu et une des substances créées par lui un certain rapport véritable, en sorte qu'il puisse lui servir d'attribut. Qu'il ne peut y avoir de

(1) Le temps, dît Arîstote, n'est pas lui-même le mouvement, car le chang-ement et le mouvement sont dans la chose seule qui change et qui se meut, tandis que le temps est partout et dans toute chose. Tout changement est plus ou moins rapide ou lent ; le temps n'est ni Tun ni l'autre , car c'est par lui que s'indiquent la rapidité et la lenteur (Voy. Physique, liv. iV, à la fin du chap. 10). N'étant pas lui-même le mouvement, il <loit être nécessairement quelque chose du moui>ement (àvàyz/j rriç ztvïiTso')? Il slvai aOxôv), OU, comme dit notre auteur, un accident qui compète au mouvement. Nous reconnaissons le temps, en déterminant le mouvement par la détermination de l'antérieur et du postérieur (oVav ôpto-wy-sv T^v /tvï3(Ttv To -npôxcpo-j xat -jurtpov ôpiÇovTs?) , c'est-k-dire , par ce qui est avant et après un point intermédiaire , lequel est le présent (to vOv^ Le temps est donc le nombre du mouvement, suivant Vai^ant et Y après («piG/uioç zivrjGgw? -/arà t6 ■Kpoxzpo^t /ai uorTs/Jov. Ibid.^ chap. 11). Le temps étant la mesure ou le nombre du mouvement, il s'ensuit que ce qui est toujours (rà ont ovza) n'^st pas dans le temps; car il n'est pas renfermé dans le temps, et son être n'est pas mesurépar leiem^sQbid.^ chap. 12). Cf. la 1I« partie de cet ouvrage, chap. XIIL

(2) Car l'espace n'est pas quelque chose qui soit contenu , mais quelque chose qui contient (Voy. Aristote, ibid.^ chap. 2); il ne peut donc pas être mis en relation avec Dieu.

relation (proprement dite) 0) entre lui et une des choses créées par lui, cela est évident au premier coup d'œil : car Tune des propriétés des deux relatifs est la réciprocité parfaite (2); or Dieu est d'une existence nécessaire^ et ce qui est en dehors de lui est d'une existence possible, comme nous Texposerons (3), et, par conséquent, il ne peut y avoir de relation (entre Dieu et la créature). Mais qu'il y ait entre eux un rapport quelconque , c'est une chose qui a été jugée admissible, bien qu'il n'en soit pas ainsi. En effet, on ne saurait se figurer un rapport entre l'intelligence et la couleur, bien que, selon notre opinion, une même existence

(1) Le mot n^03 Ch^) désigne un rapport ou une relation quelconque, notamment un rapport proportionnel, tandis que le mot HDN^K (IsLtol) s'emploie particulièrement pour désigner la Catégorie de la relation (rà TTpô,- T'), ou la relation entre deux choses dites telles par rapport l'une à l'autre, comme, p. ex., plus grand et plus petit, père et fils, maître et esclave (Voy. Arist., Catégories, chap. 7). C'est cette relation que l'auteur dit ici être absolument inapplicable à Dieu.

(2) Littéralement: l'inversion avec égalité mutuelle. Les relatifs, ou les mots qui entrent dans la catégorie de la relation, ont celte propriété qu'ils sont dits de choses réciproques (7:av-a §è rà 77^6? rt Trpô? «vTiaTpi^jpovTa léyEra.1, Arist., 1. c). Ainsi, l'esclave est l'esclave du maître, comme le maître est le maître de l'esclave ; l'un et l'autre , ils ne sont ce qu'ils sont que par leur condition réciproque , et ils ne sauraient être l'un sans l'autre. — Le mot D^^!Dy3^^ (^iX*; ! , inversion) , dont se sert ici notre auteur, vient du verbe jt»X&, qui, dans les versions arabes, correspond au verbe grec àvris-rpÉç-tv. Ibn-Roschd, dans VAlfrégé de VOrganon, en parlant des deux relatifs, s'exprime de même : (j' ... ^^j l-y^l^ ^j L»Xjcl« a^Lô \a L^.^ OowIj j^ tu^j) «Ce qui est aussi une de leurs propriétés ..., c'est qu'ils se rapportent l'un à l'autre réciproquement. »

(3) Voy. la II<^ partie de cet ouvrage, introduction (Propos. XIX et suiv.) et chap. L

les embrasse toutes deux (*); et comment donc pourrait-on se figurer un rapport entre deux êtres dont l'un n'a absolument rien de commun avec ce qui est en dehors de lui (2) ? — car, selon nous, ce n'est que par simple homonymie que (le mot) exister se dit en môme temps de Dieu et de ce qui est en dehors de lui.il n'y a donc absolument aucun rapport en réalité entre lui (Dieu) et quoi que ce soit d'entre ses créatures : car le rapport nécessairement n'existe toujours qu'entre deux choses qui sont sous une même espèce prochaine (^) , mais, lorsqu'elles sont (seulement) sous un même genrCj il n'y a pas de rapport entre elles W ; c'est

(1) C'est-a-dire, bien que rexistence de rintelligence et celle de la ■couleur soient de la même nature. L'auteur fait ici allusion à ce qu'il exposera plus loin, savoir, qu'à l'exception de l'existence de Dieu, toute existence est un accident de la chose qui existe. Cette thèse, soutenue par Ibn-Sînâ et contestée par d'autres , est adoptée sans réserve par notre auteur; c'est pourquoi il ajoute ici les mots: selon notre opinion. Voy. ci-après, au commencement du chap. LVII.

(2) Plus littéralement: entre celui qui n'a absolument rien de commun tn^ec ce qui est en dehors de lui. On voit que l'auleur s'est exprimé d'une manière incomplète , et qu'il faut sous-entendre les mots : et un autre être. Le sens est : Comment pourrait-on se figurer un rapport entre deux êtres qui n'ont absolument rien de commun, pas même le genre d'existence? car dans l'un, l'existence est sa substance, et dans l'autre, •elle est un accident.

(3) Uesipèce prochaine ou immédiate est celle qui suit immédiatement l'individualité, et qui, sous aucun rapport, ne peut être considérée comme genre; c'est la species specialissima (to stSiy.wTaxov zlloi). Cf. VIsagoge de Porphyre, chap. 2 : v.où T^âv to vfo twv azôpiwv Tr^offs^w?

(4) Ainsi que le fait remarquer Moïse de Narbonne, l'auteur se rapporte ici à ce qui a été exposé par Aristole à la lin du VII*^ livre de la Physique (chap, 4-). Aristote y parle des différentes espèces du mouvement et des rapports qu'elles peuvent avoir entre elles ; il s'agit de savoir quels sont les mouvements entre lesquels on puisse étabhr une comparaison «t qui ne diffèrent entre eux que par la quantité seule. Pour que deux

202 PREMIÈRE PARTIE. — CllAP. LU.

pourquoi on ne dit pas : « Ce rouge est plus fort ou plus faible que ce vert , ou lui est égal », quoiqu'ils soient tous deux (*) sous un même genre^ qui est la couleur. Que si les deux choses se trouvent sous deux genres ('^), alors il est clair, même pour le simple sens commun, qu'il n'y a pas de rapport entre elles, quand même elles remonteraieut à un seul genre (supérieur). Ainsi, p. ex., il n'y a pas de rapport entre cent coudées et la chaleur du poivre; car Tune des deux choses est du genre (3) de la qualité y tandis que l'autre est de celui de la quantité. Mais il n'y a pas

mouvements puissent être comparés entre eux, il faut qu'ils soient susceptibles d'être également rapides, c'est-a-dire, ils ne doivent différer que par la quantité, et il ne doit exister entre eux aucune différence de qualité. En général, pour que deux choses puissent être comparées entre elles, il ne suffit pas qu'elles ne soient pas de simples homonymes, mais il faut que les deux choses ne se distinguent par aucune différence essentielle, ni en elles-mêmes, ni dans leur substratum , c'est-a-dire , qu'elles soient non seulement comprises dans le même genre, mais aussi caractérisées par la même différence , en un mot qu'elles soient de la même espace ". A).), ùpù où pôvov Zzl rà (jv\i.^\r,-zv. (iiq o'jlÛvvuo. stvat à).^à Y.y't [iri eyjiv ^tafopûv, /ztîts o pr^T'èv w. Ainsi, p. cx., dit Aristote , la couleur a une division (en différentes couleurs). Les couleurs comme telles ne sont donc pas comparables entre elles ; on ne peut pas dire que tel noir soit plus fort que tel blanc. La comparaison ne peut s'établir que pour une même couleur, p, ex., entre deux objets blancs ou noirs. Cf. ci-dessus, pag. 131, note 2.

(1) Les mss. portent n3b^D; niais il faut peut-être lire ^^D^<D o» mieux ^^ni^^^.

(2) La version d'Ibn-Tibbon porte D^'aT'by U^T€) "•J'^T nnn (sous deux genres supérieurs) ; il faut effacer le mot D^iV^y , bien qu'il se trouve aussi dans les mss. de cette version. Il faut également effacer les mots .-•ly pDD ]''K, et un peu plus loin, les mots D■^^î Dltl^^ pCD i^NIt', qui ne se trouvent ni dans les mss. de la version d'Ibn-Tibbon, ni dans le texte arabe.

(3; Le mot genre est ici employé dans le sens de catégorie. Voy. cidessus, pag. 193, note 2.

PREMlKTxE PARTIE. — CHAP. LU. 203

non plus de rapport (*) entre la science et la douceur, ni entre la mansuétude et ramertume , quoique tout cela soit sous le genre supérieur de la qualité. Comment alors pourrait-il y avoir un rapport entre Dieu et une chose d'entre ses créatures, avec la grande distance dans la réalité de l'être, distance (tellement grande) qu'il n'y en a pas de plus tranchée? S'il y avait un rapport entre eux (^), il s'ensuivrait aussi que V accident de rapport compète à Dieu; car, s'il est vrai que ce ne serait pas là un accident dans l'essence même de Dieu, c'est toujours, en somme, une sorte d'accident. Il n'y a donc, en réalité, aucun moyen (^) de donner à Dieu un attribut affîrmatif, fût-ce même (en le qualifiant) par un rapport ^^\ Mais ces attributs (de rapport) sont ceux qu'on doit se montrer plus facile à admettre à l'égard de Dieu (^ ; car ils n'impliquent point de multiplicité dans l'Être éternel (6), et

(1) Après avoir donné un exemple de deux choses appartenant a deux genres supérieurs ou à deux catégories différentes , l'auteur donne ici un exemple de deux genres intermédiaires appartenant a une même catégorie.

(2) Le suffixe féminin dans î^nr^ se rapporte a Dieu et aux créatures

(3) Le mot {>7in, que je prononce ^.Lsr^, comme infinitif de la V® forme, signifie délivrance, moyen de salut; le sens est : il n'y a pas moyen de s'en tirer en voulant donner à Dieu un attribut quelconque , €t, de quelque manière qu'on s'y prenne, on rencontre des difficultés. C'est lacequ'Al-'Harizi a exprime par les mots NltOn^ D^DH^ lîi^D.^ ''t^l. Ïbn-Tibbon, qui traduit : *?!^in xb Hin, a prononcé ^yaisr"', comme 2«^ personne du fut. passif de la W forme.

(4) Littéralement : même du coté du rapport, c'est-a-dire , dût cet attribut être pris dans le rapport qui existe entre Dieu et ses créatures.

(5) Plus littéralement : mais ils (les attributs de rapport) sont parmi les attributs ceux qui méritent le plus qu'on soit indulgent pour leur emploi comme qualifications de Dieu.

(6) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent généralement

mD1pn^i::'^:i''''nn"'KWs H faut lire, avec les mss.: >^T\ ^^'^n^ ^^

îiD-îpn.

ils n'impliquent pas non plus de changement dans l'essence de Dieu par suite du changement des choses avec lesquelles il est mis en rapport.

V. La CINQUIÈME CLASSE dcs attributs affirmatifs est celle où la chose a pour attribut son action. Par son action, je ne veux pas dire la capacité artistique qui s'y trouve [comme, p. ex., lorsqu'on dit le charpentier (^) ou le forgeron] , car celle-ci appartient à l'espèce de la qualité, comme nous l'avons dit (2); mais je veux dire par là l'action (en général) que quelqu'un a accomplie, comme, p. ex., lorsqu'on dit : Zéid est celui qui a charpenté cette porte , bâti cette muraille et tissé cette étoffe. Les attributs de cette sorte sont loin de l'essence du sujet (3) ; c'est pourquoi il est permis de les attribuer à Dieu , pourvu qu'on sache bien que ces actions diverses n'émanent pas nécessairement de conditions diverses existant dans l'essence de leur auteur (^), comme on l'exposera (^). Au contraire, les actions diverses de Dieu se

(1) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ajoutent T^2in (le peintre), mot qui ne se trouve pas dans les mss. de cette version.

(2) Voy. plus haut (pag. 194) le premier exemple de la III*^ classe des attributs.

(3) Littéralement : de l'essence de celui à qui ils se rapportent ou d qui ils sont attribués. L'un des mss. de Leyde porte F)12i"lû^N -, niot qui désigne le sujet de l'attribut; c'est cette dernière leçon qui a été adoptée par AJ-'Harizi, qui traduit: "it^inDH. Le sens est que les actions, tout en émanant de la seule essence divine, comme on va le dire, ne sont cependant pas quelque chose de permanent dans l'essence, comme le serait la capacité artistique, et la pensée les sépare de l'essence en les limitant à un moment passé, présent ou futur. Cf. le Commentaire d'Ibn-Caspi :

(4) Littéralement : qu'il ne faut pas que ces actions diverses soient faites par des choses (ou des idées) dii^erses dans l'essence de l'agent.

(5) Voir le chapitre suivant, où l'auteur s'étend sur les attributs d'action. On verra que l'auteur partage à cet égard l'opinion d'autres philosophes arabes.

font toutes par son essence même , et non par quelque chose qui y serait joint (*), ainsi que nous l'avons déclaré, v" En résumé donc, on a exposé dans ce chapitre (2) que Dieu est un de tous les côtés, qu'il n'y a en lui point de multiplicité ni rien qui soit joint à l'essence, et que les nombreux attributs de sens divers employés dans les livres (sacrés) pour désigner Dieu indiquent la multiplicité de ses actions, et non pas une multiplicité dans son essence (^), Quelques uns (sont employés) pour indiquer sa perfection par rapport à ce que nous croyons être une perfection, ainsi que nous l'avons exposé (^^. Quant à savoir s'il est possible que l'essence une et simple, dans laquelle il n'y a point de multiplicité, accomplisse des actions variées, c'est ce qui va être exposé par des exemples, v^

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