CHAPITRE LUI
On a été amené à croire que Dieu a des attributs à peu près de la même manière qu'on a été amené à croire à la corporéité (de Dieu) (^). En effet , celui qui croit à la corporéité n'y a point été amené par une spéculation intellectuelle , mais en suivant le sens littéral des textes des Écritures; et il en est de même à
(1) Un ms. porte nnt^i ''^y T^t; 'Je même Ibn-Tibbon PjDID
(2) Littéralement : donc, l'exposé succinct de ce qui est (contenu) dans ce chapitre est etc.
(3 Littéralement : ... qui se trouvent dans les lii^res (^sacrés) et par lesquels on indique Dieu, sont (employés^ sous le rapport de la multiplicité de ses actions, et non à cause d'une multiplicité dans son essence.
(4) Voir ci-dessus, chap. XXVI, XLVI (pag. 160) et XLVIL '
(5) Littéralement : ce qui a engagé à croire à l'existence d'attributs du créateur, chez ceux qui y croient, est à peu près ce qui a engagé à croire à la corporéité , chez ceux qui y croient.
regard des attributs : trouvant que les livres des prophètes et ceux du Pentateuque (*) prêtaient à Dieu des attributs, on a pris la chose à la lettre, et on a cru qu'il avait des attributs. On l'a, pour ainsi dire, élevé au dessus de la corporéité, sans l'élever au dessus des circonstances de la corporéité, qui sont les accidents, je veux dire, les dispositions de l'âme , qui toutes sont des ^ m alités (2). Dans tout attribut qui, dans Topinion de celui qui croit aux attributs , est essentiel dans Dieu , tu trouveras l'idée de la qualité, quoiqu'ils (les prophètes) ne s'expriment pas clairement à cet égard , assimilant (tout simplement les attributs de Dieu) à ce qui leur est familier des conditions de tout corps doué d'une âme vitale (3) ; et de tout cela il a été dit : « L'Écriture s'est exprimée selon le langage des hommes. >y
(i) Lille ralement : et les Iwres de la révélation; le mot 7^Tin'?t^ (Jj uJl) est ici particulièrement appliqué aux livres de Moïse et employé dans le sens de min. ^f- ci-dessus, chap. XLVI, pag. 158 : «Dans tous les livres des prophètes et aussi dans le Pentateuque y) ^ où le texte porte (fol. 50 «) : min^i^ "^Dl ^^^:}:^^^^^ Dn:> y^:! "'D. D'autres fois, le mot 7^Un7i< s'applique à toute rÉcriture sainte en général; voy., p, ex., a la fin du chap. LI : ^^un^t^ ^TO-
(2) Voy. ce que Tauteur dil, au chap. précédent, sur la III® classe des attributs.
(3) Dans le§ verbes t<in"l!i'' t3t miny, il faut sous-entendre, comme sujet, les prophètes, et non pas ceux qui croient aux attributs , comme Tout cru quelques commentateurs; car, dans ce dernier cas, les verbes devraient être au singulier, comme le mot npnyD- Au lieu des mots 13 iniî^^S qu'on trouve dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , il faut lire 'lm"l^îD'*, comme l'ont les mss. de cette version. Le sens de ce passage est celui-ci : les attributs que les prophètes donnent a Dieu, et dans lesquels on a prétendu voir des attributs essentiels, c'est-îi-dire , faisant partie de l'essence divine (Voy. ci-dessus, pag. 180, note 1), ne sont au fond autre chose que des qualités, et les prophètes, sans se prononcer clairement a cet égard, et en assimilant Dieu métaphoriquement aux êtres animés, lui ont donné des attributs semblables aux conditions de ces êtres, et qui sont familiers à tout le monde.
Le but de tous (les attributs de Dieu) n'est autre que de lui attribuer la perfection (en général), et non pas cette chose même qui est une perfection pour ce qui d'entre les créatures est doué d'une âme. La plupart sont des attributs (venant) de ses actions diverses; car la diversité des actions ne suppose pas l'existence d'idées diverses dans l'agent (^). Je vais te donner à cet égard un exemple pris dans les choses qui existent près de nous, (pour te montrer) que, l'agent étant uriy il en résulte pourtant des actions diverses, lors même qu'il n'aurait pas de volonté, et, à plus forte raison, quand il agit avec volonté. Ainsi, p. ex., le feu liquéfie certaines choses, coagule certaines autres , cuit, brûle, blanchit et noircit; et, si quelqu'un donnait au feu les attributs de blanchissant, de noircissant y de brûlant, de cuisant, de coagulant et de liquéfiant, il serait dans le vrai. Or, celui qui ne connaît pas la nature du feu croit<|u'il y a en lui six vertus différentes : une vertu par laquelle il noircit, une autre par laquelle il blanchit^ une troisième par laquelle il cuit , une quatrième par laquelle il brûle, une cinquième par laquelle il liquéfie , et une sixième par laquelle il coagule , bien que ce soient là toutes des actions opposées les unes aux autres, et que Tidée des unes exclue celle des
(1) Littéralement : par la dwersùé des actions ne sont pas diverses les idées qui existent dans l'agent. Ici l'auteur aborde la discussion sur les attributs d'action a laquelle il a préludé à la fin du dernier chapitre, et il fait comprendre, par des exemples, la distinction qu'on doit établir entre cette sorte d'attributs, applicables a Dieu, et ceux qu'on a appelés attributs essentiels. La question des attributs, comme nous l'avons dit plus haut (pag. 180) , avait déjà occupé les théologiens et les philosophes musulmans, et nous trouvons également chez eux la distinction entre \q% attributs essentiels et les attributs d'action. Voy. Pococke, Spécimen hist. Ar.^ pag. 223 ; Schahrestâni, Histoire des sectes religieuses et philosophiques, texte arabe (publié par M. Cureton) , pag. 64; traduction allemande de M. Haarbriicker, tome I , pag. 95. Cf. Ba'hya, Dei^oirs des cœurs y liv. I (de l'unité de Dieu), chap. 10,
autres (^) ; mais celui qui connaît la nature du feu sait bien que c'est par une seule qualité agissante qu'il produit toutes ces actions, savoir, par la chaleur. Or, si cela a lieu dans ce qui agit par la nature, (il doit en être de même) à plus forte raison, à l'égard de ce qui agit avec volonté, et, à plus forte raison encore, à l'égard de Dieu, qui est élevé au dessus de toute description ; et, lorsque nous percevons dans lui des rapports de sens divers (2), parce que, dans nous, l'idée de la science est une autre que celle de la puissance, et celle de la puissance une autre que celle de la volonté ^^\ comment pourrions-nous conclure de là qu'il y ait en lui des choses diverses qui lui soient essentielles, de sorte qu'il y ait en lui quelque chose par quoi il sache, quelque chose par quoi il veuille, et quelque chose par quoi il jmisse ? Tel est pourtant le sens des attributs qu'on proclame. Quelques uns le
(1) Littéralement : et que l'idée d'aucune action d'entre elles ne soit Vidée de l'autre.
(2) C'est-a-dire, lorsque notre perception nous fait voir dans Dieu des choses auxquelles nous rattachons des idées diverses, parce que, dans nous, elles sont parfaitement distinctes les unes des autres.
(3) Ainsi qu'on le verra plus loin, \discience, \di puissance et la volonté sont, outre la vie, les principaux attributs que les anciens théologiens musulmans, et, d'après eux, certains théologiens juifs (notamment les Karaïtes), reconnaissaient à Dieu comme attributs essentiels et éternels. Voy. Schahrestâni , traduct. ail., tome I, pag. 42, 95 et passim; Pococke, Spécimen hist. Ar., pag. 223; Schmœlders, Essai sur les écoles philosophiques chez les Arabes, pag. 187 et 196. Ce sont ces mêmes attributs que cite Al-Gazâli, dans sa Destruction des philosophes (au commencement de la sixième Question^., en parlant de l'opinion des philosophes eidiQsmo'tazales; nous citons la version hébraïque: D'^DIDI^DH ID'^^Dn
'iDT n^înUDn V^y <' Les philosophes sont d'accord qu'il est faux d'affirmer Xdi. science, \ai puissance et la volonté dans le principe premier (ou dans Dieu), et les mo'tazales aussi sont tombés d'accord Ta-dessus, etc.» CL %didià\di -, Lii're des Croyances et des opinions , II, 1 h 4 ; Ahron ben- Elie, Arbre de la vie, chap. LXVII.
prononcent clairement, en énumérant les choses ajoutées à l'essence; d'autres, sans le prononcer clairement, professent évidemment la même opinion , quoiqu'ils ne s'expriment pas à cet égard par des paroles intelligibles, en disant, p. ex., (que Dieu est) puissant par son essence, sachant par son essence, vivant par son essence, voulant par son essence (*).
Je te citerai encore pour exemple la faculté rationnelle qui existe dans l'homme ; car, par cette faculté qui est une, sans multiplicité , l'homme embrasse les sciences et les arts , et par elle à la fois il coud, charpente, tisse, bâtit, sait la géométrie et gou-
(1) L'auteur fait allusion, d'une part, aux cifâtiyya ou partisans des attributs, qui, sans aucun détour, reconnaissent à Dieu des attributs éternels, et, d'autre part, à une partie des mo'tazales, qui croyaient satisfaire au principe de l'unité absolue en disant que Dieu est puissant, non par la puissance, mais par son essence, qu'il Qsivwant, non par la vie, mais par son essence, et ainsi de suite. Voy, Pococke, /. c, pag. 214, et le texte d'Abou'l-Faradj , pag, 19; Schahrestâni, /. c, pag. 42; Schmôlders, /. c, pag. 196, 197. La discussion sur les attributs se reproduisit chez les théologiens juifs ; il y en eut (notamment dans la secte des Karaïtes) qui, suivant l'exemple de certains mo'tazales, admettaient des attributs essentiels (D^iiDl^V D^IIDD -, voy. Aliron ben-Elie, Arbre de la vie, à la fin du chap. LXVII). Parmi les docteurs rabbanites, Maimonide nomme lui-même l'espagnol R. Joseph ibn-Çaddîk comme ayant suivi l'opinion des D^*lt<nn v^^ o^ partisans des attributs ; voy. le recueil des Lettres de Maïmonide (lettre à R. Samuel ibn-Tibbon) , édit. d'Amsterdam, fol. 14 b. — Quant a l'expression à!)*' JJ, par son essence, les théologiens musuhnans eux-mêmes n'étaient pas tout à fait d'^accord sur son sens précis (Voy. Pococke, ibid.^ pag. 215 et suiv.) ; c'est pourquoi Maïmonide dit qu'^Y* ne s'expriment pas par des paroles intelligibles. Selon Ibn-Falaquera Qtloré-ha-Moré, pag. 151), les motécallemin entendaient par cette expression que la puissance, la science, etc., attribuées a Dieu, sont quelque chose qui appartient à son essence seule, et qu'il n'a en cela rien de commiun avec aucun être.
verne Tétat (*). Voilà donc des actions diverses résultant d'une seule faculté simple, dans laquelle il n'y a pas de multiplicité ; et ce sont des actions très variées, car il y a un nombre infini
(1) Il est bon de rappeler ici ce que Tauteur dit ailleurs de la partie rationnelle de Tâme conformément aux théories péripatéticiennes. Dans le premier des Huit chapitres servant d'introduction au traité Aboth, après avoir parlé de la nutrition, de la sensibilité, de l'imagination et de l'appétition, voici comment il s'exprime sur la cinquième partie de l'âme ou la faculté rationnelle (Voy. la Por/o; i)lfo*/.9 de Pococke , p. 188 et 189): nhdi partie rationnelle est cette faculté existant dans l'homme par laquelle il est intelligent, par laquelle se fait la réflexion, par laquelle il acquiert la science, et par laquelle il distingue entre ce qui est laid et ce qui est beau, en fait d'actions. Les actions (de la faculté rationnelle) sont les unes pratiques, les autres spéculatives. Le pratique est du domaine de l'art ou de la réflexion; le spéculatif est ce par quoi l'homme connaît les êtres invariables tels qu'ils sont, et c'est la ce qu'on appelle science dans un sens absolu. La faculté artistique est celle par laquelle l'homme acquiert les arts, comme, p. ex., la charpenterie , l'agriculture, la médecine et la navigation. La réflexion est ce par quoi on examine dans une chose qu'on veut faire, et au moment où on veut la faire, s'il est possible, ou non, de la faire, et, supposé que cela soit possible, comment il faut la faire. » On voit que ce que l'auteur appelle la partie rationnelle ou raisonnable de l'âme , c'est l'ensemble de toutes ces facultés de l'âme qui n'appartiennent qu'à l'homme seul ; toutes les autres facultés, formant la partie irraisonnable de l'âme, appartiennent également aux animaux. Cette division des facultés de l'âme en deux parties, l'une raisonnable (rè /oytorTr/èv ou tô ^ôyov £/,ov), l'autre irraisonnable (tô ciloyov) , appartient plutôt a Platon qu'à Aristote ; ce dernier semble même la désapprouver ouvertement, en critiquant ceux qui disent que l'âme a des parties (Voy. Traité de l'Ame, l. III, chap. 9, et le Commentaire de Trendelenburg, au même chap., §§ 2 et 3, pag. 528). Néanmoins Aristote fait usage, lui-même, de cette divisiori, dans sa classification des vertus. Voir Etk. àNicom.^ 1. I, chap.
13; 1. VI, chap. 2 : Upàxspov uh ovv Vkiyjiri §û' elvat //éprj xriç ^u;^tSç, to tî /ô-yov èyjQ-j y.ul to a).oyov ' vOv Si Ttzpl toû ).ôyov i'yovxoç rôv aùrôv tjoÔttov 5ta.pszéov. y.ui TJ7TOXSÎO-0&) Sûo rà ^.ôyov sy^ovxdysv pèv w OewpoOpiev rà rotaOra Twv OVTWV o(7wv al Cf. p y al y.t) èvSé^ovrai oiWoiç syîtVf é'v Si m zà
£v5"/ô;^£va • y. T. ). C'est ccttc classification qui a servi de base à ce que Maïmonide dit de \si partie rationnelle de l'âme dans le passage que nous venons de citer.
de ces arts que produit la faculté rationnelle (i). Il n'est donc pas inadmissible, à l'égard de Dieu, que ces actions diverses (qu'on lui attribue) émanent d'une seule essence simple (2), dans laquelle il n'y ait ni multiplicité, ni absolument rien d' accessoire y de sorte que tout attribut qu'on trouve dans les livres divins désigne son action, et non son essence (3), ou indique une perfection absolue, (et il ne s'ensuit) nullement qu'il y ait là une essence composée de choses diverses — [car il ne suffit pas de ne pas parler expressément de composition^ pour que l'essence douée d'attributs n'en implique pas l'idée (^)].
Mais il reste ici quelque chose d'obscure qui a donné lieu à l'erreur (^), et que je vais t'exposer : c'est que ceux qui admet-
(1) Littéralement : et leur nombre n'a presque pas de fin, je veux dire le nombredes arts que produit la faculté rationnelle. Au lieu de n "1 7 1 y D H 1DDD qu'on lit dans toutes les éditions de la version dlbn-Tibbon, il faut lire ni^K ?Dn 1DDt2, comme l'ont les mss. et la version d'Al-Harizi.
(2) L'auteur n'est pas d'accord avec ce qu'il dit ailleurs être l'opinion d'Aristote et de tous les philosophes péripatéticiens, savoir, que la cause première , qui est l'unité absolue , ne peut avoir pour effet que l'unité , et que de Vun absolu ne saurait émaner le multiple. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans la II« partie de cet ouvrage, chap. XXÏI, où cette question est particulièrement traitée.
(3 1 Littéralement : soit un attribut (venant^ de son action, et non un attribut de son essence.
(^4) Littéralement : car parcequils (les partisans des attributs) ne lâchent pas le mot COMPOSITION , Vidée n'en est pas pour cela écartée de l'essence douée d'attributs; c'est à dire : dès qu'on admet une essence ayant des attributs essentiels, on admet implicitement la composition, tandis qu'en n'admettant que des attributs à' action, il ne s'ensuit pas que l'essence dont émanent les actions soit quelque chose de composé. — Les mots n^^^yû ^'^T sont rendus dans la version d'Ibn-Tibbon par n:''jy ^D:}\ le suffixe fém. dans n^iy se rapportant à ni^Dinn rhl2\ c'est par une faute d'impression que les éditions portent, les unes D^J^i les autres QT^y.
(5) Littéralement : mais il y a ici un lieu de doute qui les a amenés à cela, c'est-à-dire, qui a amené certains théologiens à admettre des attributs essentiels.
tent Jes attributs ne les admettent pas (seulement) à cause de la multiplicité des action?^; certes, disent-ils, une seule essence peut produire des actions diverses, mais les attributs essentiels de Dieu ne sont pas de (ceux qui viennent de) ses actions, car on ne saurait s'imaginer, (par exemple) , que Dieu se soit créé lui-même (*). Ils varient ensuite sur ces attributs qu'ils appellent essentiels y je veux dire, sur leur nombre, en suivant chacun quelque texte d'Écriture (^). Mais je veux rapporter (seulement) ceux que tous admettent de commun accord , prétendant qu'ils sont
(1) L'auteur s'est exprimé ici d'une manière tronquée et obscure , et ses paroles ont été diversement interprétées. Il veut dire probablement que, selon les partisans des attributs , il faut distinguer entre les attributs transitifs, qui indiquent une action produite sur un objet, et ceux qu'on peut appeler neutres; ces derniers seuls sont ce qu'ils appellent des attributs essentiels, qui ne viennent pas de ses actions, tandis que les attributs transitifs, au contraire, comme, p. ex., celui de créateur, ne sauraient être essentiels, se rapportant nécessairement à quelque chose en dehors de Dieu , car il serait absurde de dire que Dieu est le créateur de lui-même. \oic\ comment Moïse de Narbonne explique ces derniers mots :
n^n n^n'' n^ pb) iDi:y^ ^b in^iîS ^^"nn Nin N-n^ invn ^^x hî^t
rnl^l^D ^S:DD t^intr ^D^ n^yn^ )h ''Dî^y. « H veut dire : mais être créateur signifie qu'il crée ce qui est en dehors de lui , et non pas luimême; c'est pourquoi ce n'est pas là un attribut essentiel de Dieu, car il fait partie de ses actions. » Joseph Caspi dit que l'auteur parle ici des raisonnements de peu de valeur imaginés par les plus subtils d'entre les motécallemin pour défendre leur opinion concernant les attributs : ils ont, dit-il, divisé les attributs en transitifs et neutres
(Dmin onu^ HD ]^2^ n^i^iiv on^n yn r\p)bn iir^yir^ ^^^^1) , ce que
l'auteur indique en citant pour exemple TaUribut dérivé du verbe créer, auquel (ajoute Caspi) on pourrait substituer tout autre verbe transitif, comme bâtir, écrire, etc.
(2) Les nombreux attributs qu'admettaient les cifàtiyya, d'après les textes duKorân, furent ensuite réduits à sept, qui sont: la vie, la science, la volonté, la puissance, la parole, l'ouïe et la vue. Voy. Schahrestâni, trad. allem., t. 1, pag. 95; Scbmœlders, /. c, pag. 187; cf. Pococke, Sp. hist. yl/-., pag. 216. Ibn-Roschd fait observer que ces sept attributs conviennent aussi bien à lame, et que ressencc de Dieu déterminée par
donnés par la raison, sans avoir besoin de se rattacher à ia parole d'un prophète ; ce sont quatre attributs , savoir : vivanty puissant, sachant^ voulant. Ce sont là, disent-ils, des idées différentes les unes des autres, et des perfections dont pas une seule ne saurait manquer à Dieu , et qui ne sauraient être comptées au nombre de ses actions (*). Voilà le résumé de leur opinion.
Mais, tu le sais bien (^), que, dans Dieu, savoir signifie la même chose que vivre ; car tout (être) qui se perçoit lui-même est doué de vie et de science, (prises ici) dans un seul et même sens — [bien entendu, si par science nous entendons la perception de
c^s attributs serait du même genre que l'âme, avec cette différence qu'elle ne se trouve pas dans un corps. Voy. les observations ajoutées par Moïse de Narbonne, à la fin de son Commentaire, sur ce chapitre. — Le mot ^^HD, Écriture, ne signifie pas ici Idi Bible, mais, en général, un livre considéré comme divin, et notamment le Korân ; car il s'agit ici surtout des doctrines professées par les théologiens musulmans, et que certains docteurs juifs leur avaient empruntées.
(1) Ce sont, comme nous avons dit plus haut, des attributs «cw^re*, n'indiquant point une action produite sur un objet.
(2) L'auteur veut montrer maintenant que c'est à tort qu'on a cru pouvoir séparer ces quatre attributs des autres attributs indiquant des actions et en faire des attributs essentiels. Voici en substance son raisonnement, qu'il n'a pas présenté avec toute la clarté désirable : D'abord, si par sai^oir on entend se percevoir soi-même, la vie et la science sont absolument identiques dans Dieu, indiquant l'une et l'autre une perception de soi-même, et il n'y a pas lieu d'en faire deux attributs distincts. Que si l'on admet le sens que les partisans des attributs attachent ici au mot science, par lequel ils entendent îa science que Dieu a des choses créées, il n'y a aucune raison pour faire de la science un attribut essentiel, et il en est de même de la puissance et de la volonté; car tous ces attributs indiquent nécessairement, selon eux, des rapports existant entre Dieu et les choses créées, et se trouvent dans les mêmes conditions que les attributs d'action, comme, p. ex., celui de créateur. Ainsi, les ^\Sx\\i\)X% essentiels , réduits \ leur véritable valeur, ne sont qu'une vaine hypothèse.
soi-même] (*). L'essence qui perçoit est indubitablement celle-là même qui est perçue ('^^j car, selon notre opinion, il (Dieu) n'est point composé de deux choses, c'est-à-dire d'une chose qui perçoit et d'une autre qui ne perçoit pas, comme l'homme, lequel est composé d'une âme qui perçoit et d'un corps qui ne perçoit pas (^). Si donc par science on entend la perception de soi-même , la vie et la science (dans Dieu) sont une seule et même chose. Mais ceux-là (qui professent les attributs) n'ont pas en vue ce sens (de la science divine) ; au contraire , ils ont en vue la perception (de Dieu) ayant pour objet ses créatures. De même, la puissance et la volonté n'existent ni l'une ni l'autre dans le créateur par rapport à son essence ; car il n'exerce pas de puissance sur luimême, et on ne saurait lui attribuer une volonté ayant pour objet lui-même , chose que personne ne saurait se figurer. Ces attributs , au contraire , ils ne les ont admis qu'à l'égard de rapports divers existant entre Dieu et ses créatures, c'est-à-dire qu'il a la puissance de créer ce qu'il crée , la volonté de faire exister ce qui est tel qu'il l'a produit , et la science de ce qu'il a produit. Il est donc clair que ces attributs aussi (*) sont (donnés à Dieu) , non à l'égard de son essence , mais à l'égard des choses
(1) La vie, dit Aristote, consiste principalement dans la sensibilité et
dans l'intelligence (e'otxs Sri tÔ ÇiV elvat y.vpio)Ç to oùaQv.'jzrjQcAi. T, voîïv, Eth. à Nic.^ 1. IX, chap. 9). Pour dire d'un être qu'il vit, il suffit qu'il y ait en lui l'intelligence, ou la sensibilité, ou le mouvement (Voy. Traité de l'Ame, l. II, chap. 2). Dans Dieu il ne peut être question que d'une perception intelligible, de la perception de lui-même ; sa vie c'est l'intelligence, et pour lui la science et la vie sont absolument identiques. Voy. Métaph.^ XIÏ, 7: xat çwïj Si 7s xmôpyji ' -n yàp voO èvipysicf. çwvj, x. t. )..
(2) C'est ce que l'auteur expliquera plus amplement au chap. LXVIII. — Le premier nDIID^bÇ est le participe actif (ÏLS^Jk^î); le second, le participe passif (à-^jjtç3!).
(3) Le corps inanimé n'a aucune perception, et toutes les perceptions tant sensibles qu'intelligibles appartiennent aux différentes facultés de l'âme.
(4.) C'est-k-dire , les attributs appelés essentiels.
créées ; c'est pourquoi voici ce que nous disons, nous autres qui professons réellement V unité : de même que nous n'admettons pas qu'il y ait dans son essence quelque chose d'accessoire par quoi il ait créé les cieux , quelque autre chose par quoi il ait créé les éléments, et, en troisième lieu, quelque chose par quoi il ait créé les Intelligences (séparées), de même nous n'admettons pas qu'il y ait en lui quelque chose d'accessoire par quoi il puisse, quelque autre chose par quoi il veuille, et, en troisème lieu, quelque chose par quoi il ait la science des choses créées par lui ; mais son essence est une et simple, et il n'y a en elle rien d'accessoire en aucune manière. C'est cette essence (*) qui a créé tout ce qu'elle a créé, et qui sait (les choses), sans que ce soit par rien d'accessoire ; et peu importe que ces attributs divers se rapportent aux actions ou à des rapports divers existant entre lui et 'les choses faites (par lui) (^), sans parler de ce que nous avons exposé concernant le véritable sens du rapport, car on ne l'a admis que par erreur (3).
Voilà ce qu'il faut croire à l'égard des attributs mentionnés
(1) Au lieu de Kim , que portent plusieurs éditions de la version d'Ibn-Tibbon, il faut lire, selon l'arabe: NIHn D!i);n» comme l'ont en effet les mss. et l'édition princeps.
(2) C'est-a-dire , on ne saurait établir une différence entre les attributs d'action et les attributs de rapport; ces derniers ne peuvent, pas plus que les premiers, être appelés attributs essentiels.
(3) Littéralement : et ai^ec ce que nous aidons exposé aussi de la réalité du rapport et {dit) qu'il est erronément admis. L'auteur veut dire : Outre que les attributs de rapport ne peuvent être considérés comme attributs essentiels, nous avons montré plus haut, en exposant le vrai sens du rapport, que ce n'est que par erreur qu'on a cru pouvoir admettre un rapport quelconque entre Dieu et les choses créées. Voy., au chap. précédent, la IV« classe des attributs.— Par les mots n^irt^D J^^Hi^l, l'auteur fait allusion a ce qu'il a dit à l'endroit indiqué (fol. 60 b de notre texte) :
"l^lD D^^i m^ r\^^ na jé' iût< ihd Nt: nno: Nonr:! ]i^n j« nqn
Mais qu'il y ait entre eux un rapport quelconque, c'est une chose qui a été jugée admissible, bien qu*il n'en soit pas ainsi (p. 200).
dans les livres des prophètes (^) ; ou bien, on admettra pour quelques uns que ce sont des attributs servant à indiquer une perfection , par assimilation à nos perfections, telles qu'on les entend chez nous , ainsi que nous l'exposerons.