CHAPITRE LIV
Sache que le prince des savants , notre maître Moïse [que la paix soit avec lui!] , adressa (à Dieu) deux prières, et obtint une réponse à ces deux prières (^) : par Tune, il demanda à Dieu de lui faire connaître sa véritable essence; par l'autre [qui est celle qu'il lui adressa d'abord (^)], de lui faire connaître ses attributs. Dieu lui répondit sur ces deux demandes, en lui promettant de lui faire connaître tous ses attributs, qui sont ses actions, et en lui faisant savoir que son essence ne saurait être perçue dans toute sa réalité; toutefois il éveilla son attention sur un point de vue spéculatif d'où il pourrait percevoir tout ce qu'en dernier lieu il est possible à l'homme de percevoir. Ce qu'il perçut, lui, personne ne Ta perçu ni avant lui ni après lui.
Quant à sa demande de connaître les attributs de Dieu, elle est
(1) C'est-a-dire , que ce sont des attributs se rapportant aux actions.
(2) L'auteur aborde ici Tinterprélation de quelques passages importants du Pentaieuque, où il est parlé, d'une manière allégorique, de la perception de l'essence divine et des attributs de Dieu. Les commentateurs font remarquer que Moïse est appelé \d prince des sa^'ants, et non pas, comme ailleurs, prince des prophètes, parce qu'il s'agit ici des plus hautes questions métaphysiques, dont Moïse cherchait la solution, et qui devaient être pour lui l'objet de la spéculation philosophique.
(3) C'est sans doute a dessein que l'auteur a interverti ici l'ordre des deux prières de Moïse, pour mentionner d'abord la plus importante, celle qui avait pour objet l'essence même de Dieu. Quant k Moïse, dit Abravanel , il suivit l'ordre habituel des études , en commençant par le plus facile, pour passer ensuite à ce qui est plus difficile.
contenue dans ces mots : Fais-moi donc connaître tes voies ^ ajin que je te connaisse y etc. (Exode, XXXIIl, 15). Considère bien ce que ces paroles renferment de remanjuable : les mots Fais-moi donc connaître tes voies, afin que je te connaisse., indiquent que l'on connaît Dieu au moyen de ses attributs , car c'est après avoir reconnu les voies (disait Moïse) qu'il le connaîtrait ; les mots 'pour que je trouve grâce devant tes yeux (Ibid.) indiquent que celui-là seul qui connaît Dieu trouve grâce devant ses yeux, et non pas celui qui se borne à jeûner et à prier. En effet , quiconque le connaît est un objet de faveur, approché (de lui) , et quiconque l'ignore est un objet de colère, éloigné (de lui); et c'est en raison de la connaissance ou de l'ignorance qu'a lieu la faveur ou la colère, le rapprochement ou l'éloignement. Mais nous sommes sortis du sujet du chapitre-, je vais donc y revenir.
Ayant donc demandé à connaître les attributs , en implorant en même temps le pardon pour la nation , et ayant ensuite , après avoir obtenu ce pardon, demandé à percevoir l'essence de Dieu, en disant : Fais-moi donc voir ta gloire (Ibid., v. 18) , il lui fut accordé ce qu'il avait demandé d'abord par ces mots : Fais-moi donc connaître tes voies, et il lui fut répondu : Je ferai passer tout mon bien devant ta face {Ibid., v. 19); mais sur la seconde demande il reçut cette réponse: Tu ne pourras pas voir ma face, etc, [Ibid., V. 20). Quant aux mots tout mon bien, ils renferment une allusion à la présentation devant lui (Moïse) de tous les êtres, au sujet desquels il a été dit : Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait, etc était très bien (Genèse, I, 31); par \q\w présentation devant lui, je veux dire que (selon la promesse divine) il devait comprendre leur nature , leur liaison les uns avec les autres , et savoir comment Dieu les gouverne dans leur ensemble et dans leurs détails. C'est aussi à cette idée qu'on a fait allusion par ces mots : Dans toute ina maison il est solide (Nombres, XII, 7) (*), c'est-à-
(1) L'auteur, comme on va le voir, ne prend pas ici le mot p^^3 dans le sens de fidèle, mais dans celui de vrai el de stable ou solide, et il y voit une allusion aux pensées vraies et solides.
dire : il a de tout mon univers une intelligence vraie et solide; car les opinions qui ne sont pas vraies n'ont pas de solidité. Il s'agit donc ici de la perception des actions (de Dieu), qui sont ses attributs (^) au moyen desquels on le connaît ; et la preuve que les actions de Dieu étaient la chose dont la perception lui fut promise, c'est qu'on ne lui fit connaître que de simples attributs d'actioUy tels que : clément ^ miséricordieux ^ indulgent , etc. (Exode, XXXIV, 6 et 7). Il est donc clair que les voies dont il demanda la connaissance, et qu'on lui fit connaître, étaient les actions qui émanent de Dieu. Les docteurs les appellent middôth (nno), et parlent de trei%e middôth (de Dieu) ; ce mot, dans leur usage, s'applique aux qualités morales (2)), p. ex. : Il y a quatre middôth (qualités, ou manières d'agir) che% ceux qui donnent l'aumône^ Il y a quatre middôth chez ceux qui fréquentent Vécole (3), et encore fréquemment. On ne veut pas dire ici (en parlant des middôth de Dieu) qu'il possède des qualités morales, mais qu'il produit des
(1) Le texte arabe s'exprime ici d'une manière irrégulière, en disant littéralement : ainsi donc la perception de ces actions sont ses atttrihuts etc. On serait tenté de croire qu'il y a ici quelque faute de copiste, et, en effet, les mss. offrent ici diverses variantes qui montrent que ce passage a été corrompu par les copistes. L'un des mss. de Leyde porte :
l^m ^t^v^^^^ l**?^ ^^f^n ^ ^^^ r\r\^r\^ tj^k t^iN^N ;n^
"•^N^n nn^^Dli TI '^î^yDN^t^; dans un autre manuscrit, on lit:
n ^n^^< ^î<yDX^t< i^n i^^-n^^ mnn '^ t\T\^r\i T:i^t< nin^x ]t<^
"•^Nyn nnND2i. On voit que la leçon que nous avons adoptée est encore la moins incorrecte ; la version d'ibn-Tibbon est parfaitement d'accord avec notre leçon, et reproduit la même incorrection. Le ms. unique de la version d'Al-'Harizi porte : D-i^pHn ^ nvnON Dr^<•Lr m^^H ^D VnnD on Dnn D'^^yorn Dn:iîi^n ; dans l'édition qui a été faite à Londres de la première partie de cette version (pag. 53), ce passage a été arbitrairement changé; on y ht: D^''pnn '^ niTI^J^ DrNlT mV^H ^^
vnnD on onn uhv^r\ n:i:rn p d« onrirn-
(2) Le mot mo , qui signifie mesure, s'emploie, dans le langage rabbinique, dans le sens de propriété, qualité, caractère.
(3) Voy. Mischnâ, ÏV^ partie, traité ^/^oVA^ chap. V, §§ 13 et U.
actions semblables à celles qui, chez nous, émanent de qualités morales , je veux dire de dispositions de Fâme , non pas que Dieu ait de ces dispositions de l'âme. Si l'on s'est borné à mentionner ces treize middôthy quoiqu'il (Moïse) perçut tout son bien, je veux dire , toutes ses actions , ce n'est que parce que ce sont là les actions émanant de Dieu pour faire exister les hommes et pour les gouverner; et c'était là le dernier but de sa demande , car il termine en disant : que je te connaisse, afin que je trouve grâce devant tes yeux y et considère que cette nation est ton peuple (Exode, XXXIII, 15), celui que je dois gouverner par des actions imitant celles par lesquelles tu le gouvernes (*).
Il est donc clair que les derakhîm (voies) et les middôth (qualités) sont la même chose ; ce sont les actions qui émanent de Dieu (et se manifestent) dans l'univers. A mesure donc qu'on percevait une de ses actions , on lui attribuait la qualité dont cette action émane et on lui prêtait le nom dérivé de cette action. En percevant, p. ex., les tendres soins qu'il met à former Tembryon i^) des animaux et à produire, dans lui et dans (l'animal) qui doit l'élever après sa naissance, des forces qui puissent l'empêcher de périr et de se perdre , le préserver du mal et l'aider dans ses fonctions nécessaires, — manière d'agir qui, chez nous, ne proviendrait que d'une passion (^) et d'un sentiment de tendresse qu'on désigne par (le mot) miséricorde^ — on a appelé Dieu Dim? miséricordieux, conformément à ce qui a été dit : Comme un père a compassion de ses enfants, etc, (Ps. ClII, 15) ; Et j'aurai pitié
(1) Littéralement : par des actions par lesquelles je dois imiter tes actions (employées^ dans leur gouvernement,
(2) Tous les mss. portent lli^ix (^-^î i ph de /^t^^) , les embryons, bien que tous les suffixes qui s'y rapportent , dans les mots suivants, soient au singulier.
(3) Il faut se rappeler que nous employons ici, comme ailleurs, le moi passion dans le sens du mot grec rté-Boç , rendu en arabe par JL*â>i, et qui désigne la passivité en général, ou l'affection par une impression venant du dehors.
d'eux, comme un homme a pitié rf^5on/i/5(Malachi, IIÏ, 17); non pas que Dieu soit passivement affecté et attendri , mais une manière d'agir semblable à celle qui a lieu de la part du père envers son enfant , et qui est le résultat de la tendresse , de la commisération et d'une pure passion, a lieu aussi de la part de Dieu à l'égard de ses favoris, sans que ce soit par une passion ni par (un sentiment qui implique) un changement (*). De même, puisque chez nous autres, quand nous donnons quelque chose à celui qui n'a pas de droit sur nous, cela s'appelle^ dans notre langue, nr:n, grâce, — p. ex., Gratifie^-nous (i:i:n) d'elles (Juges, XXI, 22) (^); ...dont Dieu a gratifié (Genèse, XXXIII, 5); carDieum'a gratifié (Ibid., v. il), et beaucoup d'autres passages, — et que Dieu fait exister et gouverne ceux qu'il n'a point le devoir de faire exister et de gouverner, il a été appelé pour cela pan, gracieux (clément). De même, nous trouvons, au nombre de ses actions qui se manifestent sur les hommes , de grandes calamités qui fondent sur certains individus pour les anéantir, ou qui en« veloppent dans leur destruction (3) des familles , et même une contrée entière, font périr plusieurs générations à la fois W et ne laissent ni culture ni progéniture, comme, p. ex., les inondations , les tremblements de terre , les orages destructeurs , l'expédition faite par un peuple contre un autre pour le détruire par le glaive et pour effacer sa trace , et beaucoup d'autres actions
(1) La passion, ou la passivité, implique un changement dans celui qui est Tobjet de Timpression , et, par conséquent, aucune passivité ou qualité affective ne saurait être attribuée à Dieu. Voyez vers la tin du chap. XXXV (pag. 133), et ci-après, au commencement du cbap. LV (pag. 225).
(2) C'est-a-dire , accordez-nous les femmes que nous ai'ons enlevées; Dn\i^ se rapporte aux femmes, et le suffixe masculin est irrégulier, comme dans Dm^t< et DriTIi^- Dans plusieurs éditions de la version dlbn-Tibbon on a substitué un autre exemple, tiré de Job (XIX, 21); mais ï éd\X\on princeps est conforme à notre texte.
(3) Littéralement : ou une chose générale qui fait périr, ou qui détruit.
(4) Littéralement : les enfants, et les enfants des enfants.
semblables, qui, chez nous, ne sont entreprises, par les uns contre les autres (*), que par suite d'une forte colère, ou d'une grande haine, ou dans le but de se venger; on l'a donc appelé, par rapport à ces actions : jaloux, vengeur, gardant rancune, irascible (Nahum, 1, 2), ce qui veut dire que des actions comme celles qui, chez nous, émanent d'une disposition de l'âme, savoir, de la jalousie, de la vengeance, de la haine, ou de la colère, se manifestent aussi, de la part de Dieu, en raison du démérite de ceux qui sont punis, mais (n'émanent) nullement d'une passion [qu'il soit exalté au dessus de toute imperfection!]. C'est ainsi que toutes les actions (attribuées à Dieu) sont des actions semblables à celles qui, chez les hommes, émanent de passions et de dispositions de l'âme ; mais , de la part de Dieu , elles n'émanent nullement de quelque chose d'accessoire à son essence.
Il faut que celui qui gouverne l'état, s'il est prophète (^), prenne pour modèle ces attributs (divins), et que lesdites actions émanent de lui par (une juste) appréciation et selon ce qui est mérité mais non par le seul entraînement de la passion. Il ne doit pas lâcher la bride à la colère, ni se laisser dominer par les passions • car toute passion est un mal. Il doit, au contraire, s'en préserver autant qu'un homme le peut, de manière à être tantôt, à l'égard des uns, clément et gracieux, non par simple attendrissement et commisération, mais selon ce qui est dû ; tantôt, à l'égard des autres vengeur, gardant rancune et irascible, en raison de ce qu'ils ont mérité, et non par simple colère, à tel point qu'il doit ordonner de brûler un individu , sans éprouver contre lui ni indignation ni colère, ni haine, n'ayant égard, au contraire, qu'à ce qu'il lui paraîtra avoir mérité, et considérant ce que l'accomplissement de cet acte a de souverainement utile pour la grande multitude. Ne vois-tu pas que, dans les textes de la loi, après avoir ordonné la destruction des sept peuplades et avoir dit : Tu ne laisseras pas
(1) Littéralement : qui n émanent d'aucun de nous contre un autre.
(2) C'est-k-dire , s'il veut, comme Moïse, connaître les voies de Dieu, et conformer ses actions à celles qui émanent de Dieu.
vivre une âme (Deutéron. , XX, 1 6), on fait suivre immédiatement ces paroles : Afin quils ne vous apprennent yo'mt à faire selon tourtes les abominations quils ont faites à leur Dieu et que vous ne péchiez point contre V Éternel votre Bien [Ihid.y v. 18)? ce qui veut dire : Ne crois pas que ce soit là de la dureté ou un désir de vengeance; c'est , au contraire , un acte qu'exige la raison humaine, savoir, de faire disparaître tous ceux qui se détournent des voies de la vérité, et d'écarter tous les obstacles qui empêchent d'arriver à la perfection, c'est-à-dire à la perception de Dieu. Malgré tout cela, il faut que les actes de miséricorde, de pardon, de commisération et de bienveillance, émanent de celui qui gouverne l'état , bien plus fréquemment que les actes de punition, les treize middôth étant toutes des qualités de miséricorde^ à l'exception d'une seule , savoir : Punissant Viniquité des pères sur les enfants (Exode, XXXIV, 7); car les mots npr N^ np:*) (/^ic^O^^S^ifi^^^* et Une déracine (détruit) pas entièrement (*), (sens dérivé) du mot nnp:"i (ïsaïe, III , 26), et elle sera détruite. Il faut savoir que les mots punissant Viniquité des pères sur les enfants ne se rapportent qu'au péché d'idolâtrie en particulier, et non pas à d'autres péchés ; ce qui le prouve, ce sont ces paroles du décalogue : . . , sur la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent (Exode, XX, 5), car, par celui qui hait (Dieu), on ne désigne que ridolàtre (^), (qui est présenté aussi comme objet de la haine
(1) L'auteur s'écarte ici de Tinterprétation d'Onkelos et du Talmud (Ydmà, fol. 86 a) et de celle de tous les commentateurs, qui s'accordent a donner au verbe npi le sens de déclarer pur ou innocent, absoudre. Dans le passage d'Isaïe, le mol nnpiT signifie littéralement : elle sera rendue vide, ce qui veut dire : elle sera dépouillée de ses habitants, déi'astée; c'est donc mal à propos que l'auteur cite ce passage à l'appui du sens de déraciner, détruire, qu'il donne ici au verbe np3.
(2) Littéralement : et on n'appelle H^)i^ (/laissant, ennemi) que l'idolâtre. Ibn-Tibbon ajoute le mot seul (1^7), qui ne se trouve pas dans notre texte arabe, lequel n'exprime pas non plus les mots 10^^ ISi^ND»
de Dieu) : Car tout ce qui est en abomination à Dieu (et tout) ce quilhaity etc. (Deutéron., XIÏ, 51). On s'est borné à quatre générations, parce que l'homme ne peut voir de sa postérité que tout au plus la quatrième génération. Ainsi, lorsqu'on tue la population d'une ville livrée à l'idolâtrie (*), on tue le vieillard idolâtre et sa race jusqu'à l'arrière petit-fils, qui est l'enfant de quatrième génération. On a donc, en quelque sorte, indiqué C^) qu'au nombre des commandements de Dieu , qui indubitablement font partie de ses actions , est celui de tuer les descendants des idolâtres, quoique jeunes enfants, pêle-mêle (^) avec leurs pères et leurs grand-pères. Cet ordre, nous le trouvons partout répété dans le Pentateuque, comme, p. ex. , il a été ordonné à l'égard de la ville séduite : de la vouer à la destruction^ elle et tout ce qui s'y trouve (Deut., XIII, 16) ; tout cela pour effacer jusqu'à la trace
qu'on trouve dans les deux versions hébraïques. Nous avons cru devoir ajouter les mois : qui est présenté aussi comme objet de la haine de Dieu; car, dans le passage cité, la haine n'est pas aUribuée a l'idolâtre, mais à Dieu, et ce passage ne s'adapte pas bien a ce qui précède.
(1) Voy. Deutéronome, chap. XIII, vers. 13-19.
(2) C'est-à-dire , dans l'énumération des treize middôth et dans le Décalogue, mis en rapport avec le passage du Deutéronome relatif à la ville idolâtre.
(3) La leçon varie un peu dans les mss. : la plupart portent 1^^D:l (^Lçê), quelques uns "lû:; (^ ou^yâ), et l'un des mss. de Leyde, It^D^K (ji-ç^t); tous ces mots, les uns des singuliers, les autres des pluriels , signifient troupe mélangée, foule (iniscella hominum turha). La version d'Ibn-Tibbon (mss. et édition princeps) porte "^Tù. -, uu milieu, ce qui, dans plusieurs éditions, a été arbitrairement changé en J^tûPl^i pour le péché. Le ms. unique de la version d'Al- Harizi porte ''^n^ -, du vivant; l'éditeur de Londres a , nous ne savons pourquoi , substitué Kton^î en suivant la leçon fautive des éditions de la version d'ibn- Tibbon,
de ce qui produit une si grande perdition , ainsi que nous l'avons exposé.
Nous nous sommes écarté du sujet du chapitre; mais nous devions expliquer pourquoi , en parlant ici des actions de Dieu , on s'est borné à celles-là ('). C'est qu'elles sontnécessaires pour gouverner les états ; car la suprême vertu de l'homme est de se rendre semblable à Dieu autant qu'il le peut , c'est-à-dire que nous devons rendre semblables nos actions aux siennes , comme l'ont exposé (les docteurs), en commentant les mots soyez saints^ etc. (Lévit., XIX, 2) : « De môme, disent-ils, qu'il est, lui, gracieux, toi aussi tu dois être gracieux ; de même qu'il est, lui, miséricordieux, toi aussi tu dois être miséricordieux (2). » Notre but, en somme , est (de montrer) que les attributs qu'on lui prête sont des attributs (dérivés) de ses actions, et (ne veulent dire) nullement qu'il possède une qualité.
(1) C'est-à-dire, a celles désignées par les treize midddth.
(2) L'auteur paraît avoir fait ici une erreur de mémoire en disant que ces paroles des rabbins servent de commentaire a ce passage du Lévitique : Soyez saints; car moi, l'Eternel votre Dieu, je suis saint. Ailleurs l'auteur dit lui-même que les paroles en question s'appliquent à ce passage du Deutéronome (XXVIII, 9) : et tu marcheras dans ses voies; voy. Mischfié Torâ, ou Abrégé du Talmud, traité Dé'oth, chap. I, § 6. En effet, lesdites paroles se trouvent dans le commentaire sur le Deutéronome connu sous le nom de Siphri, non pas au passage indiqué par Maïmonide, mais k un autre passage analogue : de marcher dans toutes ses voies, etc. (Deut., X, 12) ; voy. aussi le Yalkout, a ce dernier passage, et cf. Talmud de Bahylone, traité Sôtâ, fol. 14 a, où on explique, d'une manière semblable, les mots : Vous marcherez après l'Eternel, votre Dieu (DeuL, XIII, 5). L'auteur, en disant ici que lesdites paroles des docteurs servent d'explication aux mots soyez saints etc.^ a peut-être confondu dans sa mémoire le passage du Siphrî avec un passage du Midrasch^ Wayyikrâ rahba (sect. 24;, où on lit: DWID ITIH ^D tTIID ""i^'i^r DITD
l'Tîn D^trnp "i"nn D'^^np vnn ^:d i»mp ^i^^ Dtt^^-
PUEMIÈKE PAKTIE. — CHAI', LV. 225