PLUS PROFOND QUE CE QUI PRÉCÈDE
Sache que les vrais attributs de Dieu sont ceux où l'attribution se fait au moyen dénégations, ce qui ne nécessite aucune expression impropre, ni ne donne lieu, en aucune façon, à attribuer à Dieu une imperfection quelconque (^) ; mais l'attribution énoncée
(t) Littéralement : sache que décrire (ou désigner^ Dieu — qu'il soii glorifié et exalté ! — au moyen de négations , c'est la vraie description (ou manière de lui donner des attributs^^ qui n'est affectée d'aucune expression impropre (sur ^»L«j* , vo\ . ci-devant, page 235, note i), et dans laquelle il n'y a aucunement , m de quelque manière que ce soif, une défectuosité à l'égard de Dieu; c'est-a-dire : les aUributs exprimés par des négations sont les seuls vrais, ne renfermant, dans les termes, rien qu'on ait besoin de considérer comme une expression impropre, et ne disant, à l'égard de Dieu, rien qui implique une imperfection. — Déjà avant Maïmonide, les théologiens juifs , et notamment ceux d'Espagne, avaient insisté sur ce point et avaient établi qu'on ne saurait exprimer ce que Dieu est, mais seulement ce qu'il n'est pas, et que les attributs qu'on lui prête communément, loin d'avoir un sens affirmatif, n'indiquent autre chose que l'exclusion de leur contraire ; par un, on veut dire seulement que Dieu n'est pas multiple ; par éternel , qu'il n'est pas créé , et ainsi de suite. Yoy. Ba'hya, Da'oirs des cœurs, liv. I, chap. 10; lehouda ha-Lévi, Khozari, liv. II, § 2; Abraham ben-David , Émounâ ramà (la Foi sublime), l. 11, 3« fondement (pag. 51 du texte, et pag. 65 de la traduction allemande de M.SimonWeil, Francfort, 1852). Les philosophes arabes se prononcent dans le môme sens, et quelques sectes musulmanes avaient fait des attributs négatifs un point essentiel de leur doctrine, comme, p. ex., les M/mr(7T« (voy. Schahrestàni , trad. allem., t. 1, pag. 94). Le karaïte Ahron ben-Flie, dans son D^^n y^ ou Arbre de la vie (chap. LXXI), réfute les partisans drs attributs négatifs. (>oux-ci croyaient
PHEMIÈRK PARTIE. — CHAI». LVHî 239
affirmativement renferme l'idée (V association et d'impeifection , ainsi que nous l'avons exposé (^).
pou voir s'appuyer de l'opinion d'Aristote, que Ba'hyacile expressément a cet égard. Voici les termes de l'original arabe du traité des Dei'oirs des cœurs :
^^1 nniSi -«D npnh' n^ py^i^i im:^^< pbi^ti py^x i^^ -im:'?^^
« c'est peurquoi Aristote dit : Les attributs négatifs du Créateur sont plus vrais que les aftîrmatifs; car tous les attributs qu'on lui donnerait affirmativement ne pourraient être que des attributs de la substance ou de l'accident, et le Créateur de la substance et de l'accident ne peut avoir dans son essence aucun de leurs attributs. Mais les attributs qu'on écarte de lui (c'est-à-dire, les attributs exprimés négativement) sont indubitablement vrais. )> — Ce passage, qui est cité aussi par Ibn-Falaquera {More ha-Moré , pag. 29), est évidemment apocryphe. Il est vrai qu'Aristote, en parlant du premier moteur, s'exprime très souvent par des termes négatifs, tels que: être immuable, séparé de tout ce qui est sensible, qui ne peut avoir d'étendue, qui est iiLdivisible, etc. (Métaph., XII, 7 Qipassim^', mais il n'exclut nullement les termes affirmatifs, et ce que la doctrine des philosophes arabes a d'absolu a cet égard paraît être puisé dans les commentateurs néoplatoniciens et se rattacher aux doctrines de Plotin (cf. Ritter, Geschichte der Philosophie, t. IV, pag. 573 et suiv.). St. Thomas a son tour, en disant que nous ne pouvons nous exprimer sur Dieu que par la voie négative , a suivi les philosophes arabes, auxquels il a sans doute emprunté le terme de via rcmotionis (^jJt ^^ »i). Voy. Summa C. Cent., liv. ï, chap. 14.
(1) Littéralement : quant d sa description au moyen des affirmations ^ il va là, en fait d'association et d'imperfection, ce que nous avons déjà exposé; c'est-à-dire: en donnant à Dieu des atiribuls affirmatifs, on reconnaît implicitement qu'il y a en lui des idées diverses associées ensemble, et on lui attribue aussi l'imperfection. Par le mot ^"lîi' (>^^i.), association, l'auteur paraît faire allusion à la comparaison qu'il a établie plus haut (chap. L, pag. 181) entre la croyance aux attributs essentiels et le dogme chrétien de la Trinité. Pour les Mo'tazals aussi, donner à Dieu un attribut, c'est lui donner un associé (Jjj.iu). Leur chef disait expressément : Celui qui admet avec l'idée (divine) un attribut éternel, admet deux dieux, (^f. Pococke , Spécimen hist. Ar. , pag. 21 H.
240 rUL.MIÈUH l'AUTlL. — Cfl.U'. Lviir.
Il faut que je t'explique d'abord comment les négations sont, d'une certaine façon, des attributs, et en quoi elles se distinguent des attributs afïirmatifs; ensuite je t'expliquerai comment nous n'avons pas de moyen de donner à Dieu un attribut, si ce n'est par des négations, pas autrement. Je dis donc : l'attribut n'est pas seulement ce qui particularise le sujet de telle manière qu'il ne partage pas cet attribut avec autre chose , mais l'attribut est aussi parfois attribut d'un sujet, quand même celui-ci le partagerait avec autre chose et qu'il n'en résulterait pas de particularisation. Si , par exemple , voyant un homme de loin , tu demandes quel est l'objet vu, et qu'on te réponde {que c'est) un animal, c'est là indubitablement un attnbut de l'objet vu ; car, bien qu'il ne le distingue pas particulièrement de toute autre cl>ose, il en résulte pourtant une certaine particularisation, dans ce sens que l'objet vu est un corps qui n'appartient ni à l'espèce des plantes, ni à celle des minéraux. De même encore : si, un homme se trouvant dans telle maison, tu sais qu'il s'y trouve un certain corps, sans savoir ce que c'est, et que, ayant demandé ce qu'il y a dans cette maison, quelqu'un te réponde qu'il ne s'y trouveni minéralni corps végétal, il résulte (de cette réponse) une certaine particularisation, et tu sais qu'il s'y trouve un animal ^ bien que tu ne saches pas quel animal c'est. De ce côté donc les attributs négatifs ont quelque chose de commun avec les attributs afïirmatifs ; car ils produisent nécessairement une certaine particularisation , quoique celle-ci se borne à écarter, par la négation , tout ce que nous ne croyions pas d'abord devoir être nié O. Mais voici le côté par lequel les attributs négatifs se distinguent des attributs aflTirmatifs : Q'est que les attributs afïirmatifs, lors même qu'ils ne particularisent pas (le sujet), indiquent toujours une partie de la chose
(1) LiUéralenient : (juoifju'il n'y oit dans eux d'autre particularisation que (celle^ d'écarter ce qui est nie d'entre tout ce que nous croyions ne pas dei'oir être nié , c'esl-k-dire , do dépouiller le sujet de certaines qualités qu'on pouvait lui attribuer, et de le resserrer par les négations dans un cercle plus étroit, de manière a le déterminer d'une certaine façon.
qu'on désire connaître, soit une partie de sa substance, soit un de ses accidents, tandis que les attributs négatifs ne nous font savoir, en aucune façon, ce qu'est réellement l'essence que nous désirons connaître (^), à moins que ce ne soit accidentellement, comme nous en avons donné des exemples.
Après cette observation préliminaire, je dis : C'est une chose démontrée que Dieu , le Très-Haut , est l'être nécessaire^ dans lequel, comme nous le démontrerons , il n'y a pas de composition. Nous ne saisissons de lui autre chose, si ce n'est qu'il est y mais non pas ce qu'il est (^h On ne saurait donc admettre qu'il ait un attri-
(1) Littéralement : ne nous font absolument rien connaître de l'essence dont on désire sai'oir ce quelle est.
(2) Littéralement : nous ne saisissons que son que seulement, non son QUOI (car Dieu, ne pouvant être défini, nous ne pouvons pas dire ce qu'il est; voy. ci-dessus, pag. 190). Le mot n>i5< (V^) ^^^ dérivé, sans doute, de la conjonction ^1 ou ^1, queÇquod), et, pour rendre exactement ce terme arabe, il faudrait former le mot quoddité (analogue à quiddité). C'est le oV', qu'Aristote met à la tête des objets que Tintelligence a en vue dans toute science , et qui désigne la pure existence de la chose (voy. Derniers Analitiques , liv. II, chap. 1). Ce n'est qu'après avoir reconnu que la chose est, qu'on s'enquiert de ce quelle est (jxz-zv. raira yvôvT-g", oTt iaxi ta, ri o\>v totjt' stti, Ç'/toO^îv. /^/g?., chap. 2). Dans le A'iV«3a/-7'«'n/a^^ on lit la définition suivante: ^^i ^y^3^^ i3^^ V^' AjJ'tJJt lôj v^^2!k. ^ (.(Vanniffa constate l'existence en elle-même, considérée au degré de la pure essence. » Le sens de celte définition est celui-ci : le on (le que ou la quoddité) se borne à constater Texistence pure et abstraite, au point de vue de Vétre, ou de Yessence (pour rendre exactement Lj*' jJ! , il faudrait former le mot essentialite) ; c'est Vétre considéré en lui-même et en faisant abstraction de tout ce qui peut servir a le déterminer, comme la quiddité (ri saxf), la qualité {jiô ç sar ) et la cause (to StÔTt). Cf. mes Extraits de la Source de la vie d'Ibn-Gebirol , ou Avicebron, liv. V, § 30. M. Silv. de Sacy a donné de ladite définition une traduction toute différente de la mienne; mais il avoue lui-même qu'il ne garantit pas l'exactitude de sa traduction , et il donne sur l'étymologie du mot ^Vt une conjecture fort peu plausible. Voy. Notices et extraits des manuscrits, t. X, pag. 85.
but affirmatif : car il n'a pas d'être en dehors de sa qidcldité^ de manière que l'attribut puisse indiquer l'une des deux choses O ; à plus forte raison sa quiddité ne peut-elle être composée^ de manière que l'attribut puisse indiquer ses deux parties (2); et, à plus forte raison encore, ne peut-il avoir d'accidents qui puissent être indiqués par l'attribut. Il n'y a donc (pour Dieu}, d'aucune m.anière , un attribut affirmatif.
Les attributs négatifs sont ceux dont il faut se servir pour guider l'esprit vers ce qu'on doit croire à l'égard de Dieu; car il ne résulte de leur part aucune multiplicité , et ils amènent l'esprit au terme de ce qu'il est possible à l'homme de saisir de Dieu. Puisqu'il nous est démontré , par exemple , qu'il existe nécessairement quelque chose en dehors de ces essences perçues par les
(1) Ainsi que l'auteur Ta dit au commencement du chapitre précédent, V existence et la quiddité dans Dieu sont une seule et même chose , et ne sauraient être séparées Tune de l'autre ; on ne saurait donc faire de Tune des deux l'attribut de l'autre, et, comme on l'a dit plus haut, on ne peut pas même donner à Dieu pour attribut Vétre ou Vexistence. Il a été établi d'ailleurs que Dieu ne peut être défini, et que, par conséquent, on ne saurait lui donner aucun attribut indiquant sa quiddité (voy. chap. LU, pag. 190). — Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent : imi!^^^ pn ninD "h r^^tt^ "«iDD ; il faut lire, d'après l'arabe, ininD^ pn niîi^\ comme l'ont en effet plusieurs manuscrits , et de même Ibn-Falaquera, More ha-Moré^ pag. 29.
(2) Les êtres qui ont une cause antérieure entrent dans ur\ genre ei se dislinguentpar une différence, et \e\XY quiddité , par conséquent, se compose de deux choses; Thomme., par exemple, est animal ei raisonable ^ et sa quiddité est renfermée dans ces deux attributs, dont l'un indique le genre, et l'autre la différence. Dieu n'a pas de cause antérieure et n'entre dans aucun genre, et sa quiddité ne peut être que d'une simplicité absolue. Cf. ci-dessus, pag. 190 , et ibid.^ note 3. — Les éditions de la version dlbn-Tibbon portent généralement D^p^PI ^jli^ ^y ; il faut lire: ri^p7n ^itt^ 7)^1 comme l'ont les manuscrits et l'édition princeps. Al- 'Harizi et Ibn-Falaquera (l. c.) ont, l'un Dp^fl ^y, l'autre D'^p^HH ^y, ce qui est inexact.
sens et dont nous embrassons la connaissance au moyen de l'inlelligence, nous disons de ce quelque chose qu'il existe^ ce qui veut dire que sa non-existence est inadmissible. Comprenant ensuite qu*il n'en est pas de cet être comme il en est , par exemple , de l'existence des éléments, qui sont des corps inanimés, nous disons qu'il est vivant j ce qui signifie que Dieu n'est pas sans vie. Comprenant ensuite qu'il n'en est pas non plus de cet être comme de l'existence du ciel, qui est un corps (bien que) vivant, nous disons qu'il n'est point un corps. Comprenant ensuite qu'il n'en est pas de cet être comme de l'existence de l'intellect, qui , bien qu'il ne soit ni un corps, ni sans vie, est toutefois produit d'une cause, nous disons que Dieu est éternel^ ce qui signifie qu'il n'a pas de cause qui l'ait fait exister. Puis nous comprenons que l'existence de cet être, laquelle est son essence (*), ne lui sufiit point de manière à ^^is/^r seulement (lui-même), mais qu'au contraire , il en émane de nombreuses existences; et cela, non pas comme
(1) C'est-à-dire : laquelle estTessence même de cet être et n'a pas de cause en dehors de lui (cf. ci-dessus, au commencement du chap. LVII). — Il y a un peu d'obscurité dans cette phrase, dont la traduction littérale est celle-ci : ensuite nous comprenons que (quant a) cet être, son existence, laquelle est son essence, ne lui suffit point , pour qu'il existe seulement, mais qu'au contraire il EN émane , etc. On ne voit pas bien si le mot n^J^, que nous avons rendu par en, signifie de lui (se rapportant à cet être) ^ ou bien d'elle (se rapportant a \existence). Dans les édifions de la version d'Ibn-Tibbon, il y a ici quelques inexactitudes; voici comment il faut lire , d'après les manuscrits : iniN^lJQ ]^X XîiDin T\W ^'mJT\ p n^^Ç")
mxD niysTti' b^x nub xi^d^ n\Tti^ h p^sDo imy t^in -itrx
m2"l nVIN^ÎiD- C'est à dessein que le traducteur a ici donné au mot niX^liû le genre masculin, afin, comme il le dit lui-même, de laisser subsister l'ambiguïté que nous avons signalée dans le texte arabe; voici comment il s'exprime dans une note, aux mots loi^;; XTH lîi'N (ms. du fonds de la Sorbonne, n" 108) : -i^î \^iîh Sv HUX^Î^D n^D nJH ^Hûti^
nus^îiûn ^^< ix xî^d^h h\< i"^ xinti^ -^îi^ex inxo ^i:Dn:)Dm^n3
'•n"'M rcpi ^iti'b nix^iJD ^vj r\^\v ^n^M i^'ni ht ''Nid ^ ni \sni
• rhyi^ rh}2 ^npnyni hîd ^nni2i imn -]mn ynr»
la chaleur émane du feu, ni comme la lumière provient du soleil, mais par une action divine qui leur donne la durée et l'harmonie en les bien gouvernant (^), ainsi que nous l'exposerons. Et c'est à cause de tout cela que nous attribuons à Dieu la puissance , la science et la volonté, voulant dire par ces attributs qu'il n'est ni impuissant, ni ignorant, ni étourdi, ni négligent. Si nous disons qu'il n est pas impuissant, cela signifie que son existence suffit à faire exister des choses autres que lui; no7i ignorant signifie qu'il perçoit , c'est-à-dire qu'il vit, car tout ce qui perçoit a la vie (-) ; par ni étourdi ni négligent, nous voulons dire que tous ces êtres suivent un certain ordre et un régime, qu'ils ne sont pas négligés et livrés au hasard, mais qu'ils sont comme tout ce qui est conduit, avec une intention et une volonté, par celui qui le veut ^^h Enfin nous comprenons que cet être n'a point de semblable -, si
(1) Littéralement : jiiais c'est un épanchement qui leur prolonge constamment la durée et l'ordre , par un régime bien établi ; c'est-a-dire, que Dieu, en produisant ces existences, agit avec liberté et avec pleine conscience , et non pas sans volonté, comme la nature. Le mot v^d (ij^ épanchement , émanation^ désigne l'épanchement de la grâce divine, l'inspiration par laquelle Dieu se manifeste dans les prophètes, et, en général, Vaction divine se manifestant sur les êtres créés. L'auteur explique luimême , dans un autre endroit, pourquoi l'action divine est appelée ^jiaJ , par comparaison avec l'eau jaillissant d'une source et se répandant de tous les côtés. Voy. la II® partie de cet ouvrage, chap. XIL
(^2) Voy. ci-dessus, pag. 214, note 1.
(3) Littéralement: qu'ils ne sont pas négligés et existant comme il arrii>e (jjar hasard)^ mais ^qu'ils sont^ comme est tout ce que, celui qui veut, conduit avec intention et volonté. Il faut lire J"|DD (avec câf), et non pas PD^ (avec^c/A), comme l'ont quelques manuscrits; de même il faut lire, dans la version d'Ibn-Tibbon, nVHD, comme Fa l'édition princeps, et non pas nVPI^i comme l'ont les autres éditions.
donc nous disons (*) : il est unique^ cela signifie qu'il n'y en a pas plusieurs ^-\
Il est donc clair que tout attribut que nous lui prêtons, ou bien est un attribut (ï action, ou bien [s'il a pour but de faire comprendre y essence de Dieu, et non son aclion\ doit être considéré comme la négation de ce qui en est le privatif (3). Mais ces négations elles-mêmes , il ne faut s'en servir, pour les appliquer à Dieu, que de la manière que tu sais; (je veux dire) qu'on nie quelquefois d'une chose ce qu'il n'est pas dans sa condition de posséder,
(1) Dans plusieurs manuscrits, on lit •'i^ûS^^1 ^^^^l H^t^ t^i^pD-.- (jious disons donc qu'il est unique , ce qui signifie.,.'), CO qui est plus conforme à la manière dont Tauteur s'est exprimé dans les passages précédents.
(2) Littéralement: la négation de la pluralité. Le mot arabe nriNI signifie en morne temps un (c'est-a-dire non multiple) et unique; il a ici nécessairement ce dernier sens, puisqu'il s'agit de nier qu'il y ait un autre être semblable à Dieu, et, pour la même raison , le mot HlPlD doit ici se traduire par pluralité, et non par multiplicité. Pour exposer plus complètement l'idée qui s'altache au mot hébreu in^ et au mol arabe *>^!^, l'auteur aurait dû dire : « Enfin nous comprenons que cet être n'a point de semblables, et quil n'y a en lui rien de composé. » Voici comment l'auteur, dans ses Treize articles de foi, s'exprime sur Vunité de Dieu : « C'est que celui qui est la cause (première) de toutes choses est un , non pas comme ïun on genre, ni comme Vun de Vespéce , ni comme l'individu composé , qui se divise en plusieurs unités, ni môme comme le corps simple , un en nombre , mais qui est susceptible d'être partagé et divisé à Tinfini ; mais Dieu est d'une unité a laquelle nulle unité ne ressemble d'aucune manière. » Voy. commentaire sur la Mischnâ, IV« partie, traité Synhédrin, chap. X (Pococke, Porta Mosis, p. 465).
(3) Littéralement : ou bien son sens est la négation de sa privation; c'esl-a-dire : l'attribut affirmatif qu'on prête a Dieu, s'il ne désigne pas une action émanée de Dieu , doit être considéré comme la négation d'un adjectif privatif. Ainsi , par exemple , puissant doit être pris dans le sens de non impuissant; vii^ant, dans le sens de non inanimé; il est UN signifie il n'est pas NON UN (ou multiple), et ainsi de suite. Al-Gazâli , dans son Makâcid al-Falâsifa (section de Métaphysique , liv. III), parlant
246 PREMIÈRE Partie. — chap. lviii.
comme quand nous disons du mur qnHl ne voit pas (*). — Tu sais, ô lecteur de ce traité ! que ce ciel même — [qui pourtant est un corps mû C^), et que nous avons mesuré par empans et par coudées, jusqu'à embrasser de notre science les mesures de certaines de ses parties et la plupart de ses mouvements (^ ] — , nos intel-
au nom des péripaléticiens, s'exprime ainsi sur les attributs d'action (qu'il appelle aussi relatifs) et les attril)uts négatifs — (nous citons la version hébraïque)—, ^h niDlî^ X^^^^h H^^bti^m PjlTî^n n^PD n':??'!
]rD-im ^^nvr\ rh'hvj irjy r\:n nnx -iox:i nti'XD o immy^ ^-^21 n^'^n^ imx^iiroD nbnnnn th'h^' ^T:iV ^:^^ ]io-ip -idn: ^''^^2^ ^ibnr^ Th'h]V^
« Des attributs relatifs eX négatifs , il en résulte pour Têlre premier (Dieu) des noms qui- n'impliquent point de multiplicité dans son essence; car, quand nous disons un, nous voulons nier Tassociation et Tassimilation (d'autres êtres a Dieu), ainsi que la divisibilité; quand nous disons éternel, nous voulons nier que son existence ait eu un commencement; quand nous disons bon, glorieux, miséricordieux , cela exprime une relation aux actions émanées de lui. ))
(1) L'auteur veut dire que les attributs négatifs de Dieu doivent toujours avoir le sens des négations universelles et absolues , et non celui des négations particulières ; la négation renfermée dans Tattribut négatif doit ressembler, dit l'auteur, à cette proposition : le mur ne voit pas , qui signifie : aucun mur ne voit jamais, parce qu'il n'est pas dans sa nature de voir, tandis que cette autre proposition : V homme ne voit pas ^ signifie que tel homme ne voit pas, parce qu'il est aveugle ou qu'il dort, ou par une autre acaV/^/jf quelconque, quoiqu'il soit dans sa nature de voir (cf. Aristole, Catégories, chap. 11; traité de VHerméneia, chap. 7; et VAbrégé de Logique , de notre auteur, ch. 2 et 11). 11 est évident que les attributs négatifs, par lesquels on veut écarter de Dieu toute imperfection, ne sauraient être des négations de la dernière espèce, c'est-à-dire des négations particulières ; car l'imperfection doit être niée ici dans un sens absolu, comme une chose qui ne peut jamais exister dans Dieu.
(2) C'est-à-dire, qui est mû par autre chose, et qui , par conséquent, n'a pas sa cause en lui-même.
(3) Le suffixe fc^n i dans ^nni<2"in ? que nous avons rapporté aux mots t<DD?t< nin ce ciel, pourrait aussi se rapporter à J<ÎJ5< parties (mot qui désigne ici les différentes sphères), de sorte qu'il faudrait tra-
iigences sont beaucoup trop faibles pour comprendre sa quiddité, bien que nous sachions qu'il a nécessairement (^) matière et forme , seulement que ce n'est pas là une matière comme celle qui est en nous; c'est pourquoi nous ne pouvons le qualifier que par des mots sans précision C^), et non par une affirmation précise. En effet, nous disons que le ciel n'est ni léger, ni pesant, qu'il est impassible, et qu'à cause de celai'/ ne reçoit pas d'impression; qu'il n'a ni goût, ni odeur, et d'autres négations semblables (3; tout cela à cause de notre ignorance sur ladite matière. Et que sera-ce de nos intelligences, si elles cherchent à saisir celui qui est exempt de matière, qui est d'une extrême simplicité, l'être nécessaire, qui n'a point de cause et qui n'est affecté de rien qui soit ajouté à son essence parfaite, dont la p^?'/fr//07i signifie (pour nous) négation des imperfections , comme nous l'avons exposé? car nous ne saisissons de lui autre chose si ce n'est qu'il est, qu'il y a un être auquel ne ressemble aucun des êtres qu'il a produits, qu'il n'a absolument rien de commun avec ces derniers , qu'il n'y a en lui ni multiplicité, ni impuissance de produire ce qui est en dehors de
duire : et la plupart de LEURS mom>ements. En effet, les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent Dn^ni3^13n i avec le suffixe pluriel, se rapportant a Dp/Pi; "lais dans les manuscrits on lit VrilV^Jn, où le suffixe se rapporte à p^pl.
(1) Le mot nnn^ (iiécessairement) manque dans plusieurs manuscrits; il est également omis dans la version d'Al-Harizi.
(2) Sur le sens du participe n7!inD (àLa.s^) , cf. ci-dessus , pag. 190, note i.
(3) C'est h peu près dans les mêmes termes négatifs qu'Aristote s'exprime sur Xétlier, qui, selon lui, forme la substance des sphères célestes; voy. le traité da Ciel, liv. I, chap. 3 : to Ss 7.0x"X&) «rwf/.a (pîpô^a-vov àSvvarov zyziv fiûpoç Yi Y.ovfÔTnTO., v.. r. ).., et pluS loin : wai* ump T5 y.yy.lco (Tw|JLa ijl-ot oavçnaL'J eyjfj iv^i-yzrcx.t jjt^Tî (j-Gto-iv, z'jloyov Y.ui àva).- /otwTov eï-jy.i. Aiôrt f/èv ovv atStov xaî out' o.vç,yj(jLV e';^ov outî cpôîciv, à).À ùyôpaTov v.al Kva)//otwTov y.ut ànuOéç sort to tTjOwtov twv (Twy-«Twv, 7. t. l» Cf. la 11^ partie de cet ouvrage, chap. XIX.
248 PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. LVllI, LIX.
lui, et que son rapport au monde est celui du capitaine au vaisseau; non pas que*ce soit là le rapport véritable, ni que la comparaison soit juste, mais il sert de guide à Tesprit (pour comprendre) que Dieu gouverne les êtres , c'est-à-dire qu'il les perpétue et les maintient en ordre, comme il le faut. Ce sujet sera encore plus amplement exposé.
Louange à celui qui (est tellement élevé que), lorsque les intelligences contemplent son essence, leur compréhension se change en incapacité , et lorsqu'elles examinent comment ses actions résultent de sa volonté, leur science se change en ignorance, et lorsque les langues veulent le glorifier par des attributs, toute éloquence devient un faible balbutiement (^) !