‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 74 sur 88 · CHAPITRE LXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIV

Sache que iparschem (a^) ou nom de l'Éternel on désigne souvent (dans l'Écriture) le simple nom^ comme, p . ex . , dans ces mots : Tu ne proféreras pas le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain (Exode, XX, 6); Et celui qui aura prononcé le nom de V Éternel (Lévit., XXIV, i6)(*). Les exemples en sont innombrables. Quelquefois on désigne par là l'essence de Dieu et son véritable être, p. ex. : SHls me disent : quel est son nom (Exode, III, 15)? D'autres fois on désigne par là Vordre de Dieu, de sorte djue, si nous disons nom de V Éternel y c'est comme si nous disions parole ou ordre de V Éternel; ainsi, p. ex. , les mots car mon nom est dans lui {Jbid. , XXIII, 21) signifient : ma parole ou mon ordîîe est dans lui, ce qui veut dire qu'il (le messager) est l'instrument de ma volonté et de mon désir. J'expliquerai ces paroles en parlant de l'homonymie du mot Malakh {^^hi2) (^).

De môme, par cabôd (il^^) ou gloire de l'Éternel on désigne quelquefois la lumière créée que Dieu fait d'une manière miraculeuse descendre dans un lieu pour le glorifier ^) ; p. ex. : Et la

(1) Cf. ci-dessus, pag. 267, note 3.

(2) Voy. sur le mot 1^^'7Q (messager, ange la 11*^ partie fie cet ouvrage, chap. VI, et ibid,^ chap. XXXIV, où Fauteur explique tout le passage de l'Exode auquel il fait ici allusion.

(3) La manifestation visible de la divinité consiste, selon les théologiens, dans une lumière que Dieu fait apparaître dans un lieu et qui est une création miraculeuse; c'est cette lumière qui est appelée Schckhinâ (nr^îiN majesté) ou cabôd (miJD, gloire)^ et qui apparaît dans le lieu que Dieu choisit particulièrement pour y faire connaître sa présence. Saadia parle également de cette lumière créée que Dieu faisait apparaître dans le sanctuaire pour glorifier ce lieu {'^')r\T\ DIDûn *? n:;:!^) ; >oy. Croyances et Opinions, liv. II, chap. 8 (édit. de Berlin, fol. 33«). (^f.

gloire (i)2^) de l'Éternel demeura sur la montagne de Sinaï, et le nuage la couvrit^ etc. (Ibid.., XXIV, 16) ; Et la gloire de l'Éternel remplissait la demeure {Ihid. , XL, 55). — D'autres fois on désigne

Ahron ben-Élie, Arbre de la vie, ch. LXIII (édit. de Leipzig, pag. 72). Les spéculations de ce genre remontent en général aux anciens Karaïtes, qui prirent pour guides les théologiens musulmans de la secte des Mo'tazales, et ce fut par l'impulsion des Karaïtes que Saadia et d'autres Rabbaniles abordèrent ce genre de questions (voy. ci-après, ch. LXXI). Le Karaïte Abou-'Ali (Jépheth), dans son commentaire arabe sur l'Exode (chap. XIX, V. 20), parle longuement de la manière dont il faut entendre la manifestation de Dieu sur le Sinaï; on y lit le passage suivant relatif au cabod ou a la lumière créée : p^i ]^^ ^^^nD^^ Hi^ *|^"'1

K^ Sn ^J::n^^^« rr^inn ^<^i nn*' ^h^ ^t\^ ^b n^^^ ^^yi ^:i p^N::^^^ ^^iî^^i l>Nn);x^x DHot^m «ij^D^^^N Dn^^y ^innn ]^'ih^ ]'y>^btl^h^

"inn t^*^^"l ^D ^KID t^ykT\^ « En effet, il est impossible d'admettre qu'il s'agisse ici du Créateur, qui ne peut être ni qualifié ni défini, et qui ne saurait être renfermé dans l'espace. Bien plus, on ne saurait dire de lui qu'il est dans le monde, ni qu'il est hors du monde; car de telles qualifications conviendraient aux créatures, qui sont renfermées dans l'espace et accessibles aux accidents. Cela étant ainsi, il n'y a pas de doute que, parles mots: Et l'Éternel descendit, etc., on n'indique une chose créée et limitée, et sa présence locale sur le sommet de la montagne. » Cf. ciaprès, p. 290, note 2. Selon l'opinion que Maïmonide expose ailleurs sur les miracles en général, il faut voir dans ladite lumière créée, ainsi que dans tout ce qui arrive d'une manière miraculeuse, l'effet de la volonté primitive de Dieu, qui, dès le moment de la Création, a disposé les choses de manière a ce que, dans certaines circonstances données, il pût se produire des phénomènes extraordinaires qui nous semblent s'écarter des lois générales de la nature. Ainsi donc les miracles sont les résultats de certaines dispositions physiques établies par Dieu a l'époque de la Création, et non pas l'effet d'une volonté momentanée; car il ne peut survenir aucun changement dans la volonté divine, qui est éternelle et immuable. Voy. ce que l'auteur dit a cet égard dans le dernier des Euit chapitres servant d'introduction au traité Aboth (Porta Mosis de Pococke, pag. 240), et cf. la 11^ partie de cet ouvrage, vers la fin du chap. XXIX. Voy. aussi ci-après, chap. LXVI, pag. 296, note l.

par là Tessence de Dieu et son véritable être ; p. ex. : Fais-moi donc voir ta gloire (Jhid.^ XXXllI, i8), à quoi il fut répondu: ...car V homme ne peut me voir et vivre (v. 20), ce qui indique que la gloire dont on parle ici est son essence. S'il a dit ta gloire, c'était par respect (pour la divinité*), conformément à ce que nous avons exposé au sujet de ces mots : s ils me disent : quel est son nom (*) ? — Enfin on désigne quelquefois par cabôd (ii^d) la glorification dont Dieu est l'objet de la part de tous les hommes, ou plutôt de la part de tout ce qui est en dehors de lui, car tout sert à le glorifier '^\ En effet, sa véritable glorification consiste à comprendre sa grandeur, et quiconque comprend sa grandeur et sa perfection le glorifie selon la mesure de sa compréhension. L'homme en particulier le glorifie (3) par des paroles, pour indiquer ce qu'il a compris par son intelligence et pour le faire connaître aux autres; mais (les êtres) qui n'ont pas de perception, comme les êtres inanimés, le glorifient aussi, en quelque sorte, en indiquant par leur nature la puissance et la sagesse de celui qui les a produits, et par là celui qui les contemple est amené à le glorifier , soit par sa langue , soit même sans parler, si c'est un être auquel la parole n'est point accordée W. La langue hébraïque s'est donné de la latitude à cet égard, de sorte qu'on applique à l'idée en question le verbe -in^î , dire, et qu'on dit même de ce qui

Cl) Voy. au chap. précédent, pag. 284.

(2) L'auteur s'étant exprimé ici d'une manière trop concise, nous avons dû nous écarter un peu du texte pour en rendre plus complètement la pensée ; la traduction littérale serait : ou plutôt, tout ce qui est en dehors de lui le glorifie.

(3) Le texte porte DtCy^ sans suftixe; de même, on lit dans les mss. de la version d'Ibn-Tibbon Sn:J\ tandis que les éditions ont ^^y•^:^^

(4) Par ces derniers mots, l'auteur fait allusion aux sphères célestes, qui ont la vie et la perception, mais non la parole. Voy. la II'' partie de cet ouvrage, chap. V.

n'a pas de perception qu'il loue (Dieu); on a dit, p. ex. (*) : Tous mes os disent : Éternel, qui est semblable à toi (Ps. XXXV, 10; ? ce qui signifie qu'ils font naître cette conviction, comme s'ils la prononçaient (^), car c'est par eux aussi que cela se sait. C'est dans ce sens (de glorification) attribué au mot cabôd (gloire) qu'on a dit : Toute la terre est remplie de sa gloire (Isaïe, VI, 5), ce qui est semblable à ces mots : Et la terre fut remplie de sa LOUANGE (Habacuc, III, 5); car la louange est appelée cabôd (gloire) , ainsi qu'il a été dit : Donner, la gloire (-î*i^r>) à l'Éternel, votre Dieu (Jérémie, XIII, \6); Et dans son temple tout dit : gloire (Ps. XXIX, 9) ! Il y en a de nombreux exemples. Il faut te pénétrer aussi de cette homonymie du mot cabôd (gloire) et l'interpréter dans chaque passage selon ce qui convient, et tu échapperas par là à de grandes difficultés.

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