CHAPITRE LXV
Je ne pense pas qu'après être arrivé à ce point et avoir reconnu que Dieu existe, mais non par Vexistence, et qu'il est un, mais non pas V unité (^), tu aies encore besoin qu'on t'expose (la néces-
(1) Dans quelques manuscrits on lit : ^xp NDD t^iD ^t^pl HIlD H^X, qu'il loue et dit telle et telle chose, ainsi qu'on a dit, etc.; la version d'Ibn-Tibbon exprime cette même leçon : -)û^^lr IDID *|:d 'M2\0 H^îi^ ^MW-
(2) C'est-a-dire, que les os nous donnent cette conviction qu'aucun être n'est semblable à celui qui les a si sagement disposés , et c'est comme s'ils s'exprimaient a cet égard par des paroles.
(3) L'auteur mentionne ici deux des questions les plus difficiles qu'il ait traitées jusqu'ici (voir au chap. LVII), et il veut dire que le lecteur, après l'avoir suivi dans des sujets aussi profonds et aussi subtils, a à peine besoin qu'on lui explique la question qui forme le sujet du présent chapitre. Après avoir terminé la discussion sur les attriluts^ et les noms de Dieu, l'auteur ajoute, dans ce chapitre et dans les deux suivants, quelques observations sur la parole et Vécriture attribuées à Dieu, et sur ce qu'il faut entendre par le repos du septième jour de la création.
silé) d'écarler de Dieu l'attribut de la parole^ surtout lorsque notre nation admet d'un commun accord que la Loi est une chose créée (*), ce qui veut dire que la parole attribuée à Dieu est une chose créée (^), et que, si elle a été attribuée à Dieu, ce n'est que parce que le discours entendu par Moïse, c'était Dieu qui l'avait créé et produit comme toutes les œuvres de la création (^\ Il sera parlé plus amplement du prophétisme; ici on a seulement pour but (de montrer) que, si l'on attribue à Dieu la parole, c'est
(1) Selon les anciens rabbins, la Tord ou la Loi révélée a Moïse avait été créée long-temps avant la création du monde (c'est-à-dire qu'elle était de toute éternité dans les vues du Créateur et destinée d'avance à éclairer successivement tout le genre humain); voy. Beréschùh rahhâ, l'"^ section; Talmud de Babylone, Schabbâth, fol. 88 b, etpassim.
(2) C'est-a-dire : que la parole divine, chose réelle et objective qui existe en dehors de l'âme du prophète, est une création miraculeuse. Dieu faisant par miracle retentir l'air de sons qui frappent l'oreille du prophète. Voy. Saadia, Croyances et Opinions, \\\ .M ^ chap. 8 (édit. de Berlin, fol. 33^):
Dvn it< i^^'^iT] ^Dtr W "i^in:: v^^î^ "i^^"i ^"^^ ^^^^ y\y^r] ^^iyi
u Par parole (divine) il faut entendre que Dieu créait des paroles qui arrivaient a travers l'air a Toreille du prophète ou du peuple. » De même Abou-'Ali(comment.surrExode, au commencement du ch. XX):
*^yDi<D'7t^ p^ « I^e Créateur fait naître la parole dans Tair, selon sa volonté, de manière a frapper l'oreille de ceux qui écoutent, etc. » K. lehoudâ ha-Lévi s'exprime dans le même sens {Khozari, liv. I, § 89) :
^y ni-no Dn:^ ni^mt^n nrm^ N^:}:n ]t« ^^ j;^JDn i^iN^n n^Dî^^ p^ îiDnn b^ ^^ ï^^'iir^ h^ D^^DC^n^ y^n ^^r^^ D'-r^yn «L'air arrivé à
l'oreille du prophète se modifie conformément aux lettres qui indiquent les sujets que Dieu veut faire entendre au prophète ou au peuple. » La même question occupa aussi les anciens théologiens musulmans, qui ont cherché a la résoudre de différentes manières. Voy. Pococke, Spécimen hist. Arab.^ pag. 217; Scharestâni, traduct, allem., tome 1, pag. 42 et 43; Schmœlders, Essai etc.^ pag. 187, 188 et 198. Sur l'opinion de notre auteur, cf. plus haut, pag. 286, note 3, et ci-après, pag. 296, note 1.
(3) Littéralement : comme il a crée tout ce qu'il a crée et produit.
PlŒMlÈllK PAUTIÉ. C.1IAP. LXV. 291
comme quand on lui attribue, en général, des actions semblables aux nôtres. Ainsi donc,- pour amener les esprits à (reconnaître) qu'il y a une connaissance divine qu'obtiennent les prophètes, on disait que Dieu leur avait parlé et leur avait dit (telle chose) (^), afin que nous sussions que ces choses qu'ils nous rapportaient de la part de Dieu ne venaient pas simplement de leur pensée et de leur réflexion, ainsi qu'il sera exposé (ailleurs). Nous avons déjà touché ce sujet précédemment (^).
Ce chapitre a uniquement pour but (de montrer) que les verbes dibber (i:}-!, parler) et amar (-|D^^, dire) sont des homonymes. Ils s'appliquent d'abord au langage proprement dit (3)- p. ex. : iriT niTD, Moïse parlait (Exode, XIX, 'J9); n^lD lJ2i^^), Et Pharaon dit {Ibid., V, 5). Ensuite ils s'appliquent à la pensée que l'on forme dans l'intelligence, sans l'exprimer; p. ex.: Et j'ai DIT en mon cœur (Ecclés., II, 15); Et 'fai parlé en mon cœur (Ibid.); Et ton cœur parlera (Prov., XXIII, 55); De toi me disait 7non cœur (Ps. XXVII, 8); Et Ésail disait en son cœur (Genèse, XXVII. 41); il y en a de nombreux exemples. Enfin ils s'appliquent à la volonté; p. ex. : Et il dit de frapper David (II Sam. , XXI, 16), — cequi veut dire, et i/ voulut le frapper^ c'est-à-dire, il s'en préoccupait; — dis-/w de me tuer (Exode, II, 14), — ce qui doit s'expliquer dans le sens de veux-/m me tuer? — Et toute l'assemblée dit de les lapider (Nombres, XIV, 10) ; il y en a également de nombreux exemples.
Toutes les fois que les verbes amar (dire) et dibber (parler) sont attribués à Dieu, ils ont les deux derniers sens, je veux dire qu'ils désignent ou bien la volonté et ïintention, ou bien quelque chose
(1) Littéralement : les esprits furent donc amenés etc... par là (^quon disait) que Dieu leur aidait parlé etc. Le mot Jfc^^ (lO^) ^^ rattache au verbe niîi^li^D , et il faut sous-entendre quon disait^ comme s'il y avait }t< b"'p ]fc^:n; Ibn-Tibbon a ajouté le mot Û^D^<:2.
(2) Voy. ci-dessus, chap. XLYI, pag. 159.
(3) Liltéralemeaf; au langage (exprimé) au moyen de la langue.
qu'on comprend (être rapporté) de la part de Dieu, n'importe qu'où l'ait appris par une voix créée ou par l'urie des voies prophétiques que nous exposerons ; et (ils ne signifient) nullement que Dieu ait parlé par des lettres et des sons, ni qu'il ait une âme, pour que les choses puissent s'imprimer dans son âme (*) de manière à être dans lui quelque chose qui soit ajouté à son essence. Mais on a rattaché ces choses à Dieu, et on les lui a attribuées comme on lui a attribué toutes les autres actions.
Toutefois, si l'on a désigné l'intention et la volonté (de Dieu) par les verbes aniar et dihher, ce n'est pas seulement à cause de ce que nous avons exposé de l'homonymie de ces mots, mais aussi par assimilation à nous, comme nous l'avons fait observer précédemment (^). En effet, l'homme ne comprend pas de prime abord comment la chose qu'on veut faire peut s'exécuter par la simple volonté ; il pense plutôt tout d'abord que celui qui veut qu'une chose soit doit nécessairement la faire lui-même ou ordonner à un autre de la faire. C'est pourquoi on a métaphoriquement attribué à Dieu un ordrey. pour exprimer que ce qu'il a voulu s'est accompli, et on a dit : « il a ordonné que telle chose fût, et elle fut » ; et cela par assimilation à nos actions, et en ayant égard aussi à ce que ce verbe {dire ou ordonner) indique également le sens de vouloir y ainsi que nous l'avons exposé. Ainsi, toutes les fois qu'on trouve, dans le récit de la création, in^^^l , et {Dieu) dit, cela signifie il voulut ou il lui plut^ c'est ce que d'autres ont déjà dit avant nous (3), et c'est très connu. Ce qui en est la preuve, je
(1) C'est-à-dire : pour qu'il reçoive des impressions qu'il ait besoin d'exprimer par la parole.
(2) Voy. ci-dessus, chap. XLVI, pag. 165 et 166. Au lieu de t^JH^J, quelques manuscrits portent K^^ ; de même Al- Harizi : IJIX^^ÎÎ^ IDD.
(3) Selon Moïse de Narbonne , l'auteur ferait allusion a Saadia et au grammairien Ibn-Djanà'h; en effet, Saadia, dans sa version arabe du Pcntateuque, traduit toujours les mots D'TI^N "l^H"^) (Genèse, chap. I) par A-Ut pU'j , et Dieu voulut.
veux dire (ce qui prouve) que partout ici le verbe amar (dire) désigne la volonté, et non la parole, c'est que la parole ne peut s'adresser qu'à un être qui puisse recevoir l'ordre (*). C'est ainsi que ces mots : Les deux ont été faits par la parole de V Éternel (Ps. XXXIII, 6), sont parallèles à ceux-ci : et toute leur armée, par le souffle de sa bouche (ibid.), de même que sa bouche et le souffle de sa bouche sont une métaphore, de même sdiparole et son dire sont une métaphore, et on veut dire qu'ils (les cieux) furent produits par son intention et sa volonté. C'est là une chose que n'ignorait aucun de nos savants renommés. Je n'ai pas besoin d'exposer que les verbes amar et dibber, dans la langue hébraïque, sont aussi synonymes (ce qui résulte de ce passage) : Car elle a entendu toutes les paroles (nDN) de V Éternel, qu'il nous a dites {'\y^) (Josué, XXIV, 27) (2\