‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 76 sur 88 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Et les Tables (dit TÉcriture) étaient V œuvre de Bleu (Exode, XXXII, 16) : cela veut dire qu'elles étaient une production de la nature, et non de Vart (3); car toutes les choses naturelles ^oni

(1) Toutes les œuvres de îa création ne sortirent du néant que par cette parole divine elle-même ; par conséquent il n'existait encore aucun être à qui cette parole pût s'adresser, et les mots Dieu dit ne peuvent signifier autre chose si ce n'est Dieu voulut. — Au lieu de 7^1i<^p^^7^^ , quelques manuscrits portent ^D^î^î< S"'1^pi^ ; de même Ibn-Tibbon:

(2) Le mot ntDb^ étant ici employé dans ie sens de ^')'21^ et comme régime du verbe 131, il en résulte que les racines lDt< et ly^ sont synonymes.

(3) Littéralement : que leur existence était naturelle^ et non artificielle. — L'auteur, voulant exposer dans ce chapitre c^uQ^diY l'écriture de Dieu gravée sur les Tables de la Loi on entend, comme par parole de Dieu, la volonté éternelle et immuable de la divinité , doit montrer d'abord

appelées œuvre de Dieu; p. ex.: Eux^ ils ont vu les œuvres de l'Éternel (Ps. GVIl, 24); et de même, après avoir mentionné toutes les choses naturelles, telles que plantes, animaux, vents, pluies, etc., (le poète) s'écrie : Que tes œuvres sont grandes, ô Éternel (Ps. CIV, 24)! Mais ce qui est encore plus expressif que cette attribution (^), ce sont ces mots : Les cèdres du Liban, quil a plantés (Ibid., v. 16); car, comme ils sont une production de la nature, et non de l'art, on dit que Dieu les a plantés. De môme, quand on dit une écriture de Dieu (Exode, XXXII, 16), il est évident qu'on attribue Y écriture à Dieu; et en effet on dit (que les Tables étaient) écrites du doigt de Dieu (Ibid., XXXI, 18). On dit ici du doigt de Dieu, de même qu'on dit, en parlant du ciel : Vouvrage de tes doigts (Ps. VIII, 4), bien qu'on dise expressément qu'il a été fait par la parole : Les deux ont été faits par la porole de l'Éternel (Ps. XXXIII, 6). Il est donc clair que les textes (sacrés) expriment métaphoriquement par les verbes amar (dire) et dibber (parler) qu'une chose a été produite (par Dieu) et que cette chose-là même qu'on dit avoir été faite par la parole^ on l'appelle aussi ouvrage du doigt (de Dieu) ; ainsi l'expression écrites du doigt de Dieu équivaut à (écrites) par la parole de Dieu, et si, en effet, on avait dit OTi^i^^ "i^lD > p(^^' Ici parole de Dieu, cela équivaudrait à ûTi^^ l^DriD, c'est-à-dire, par la volonté et l'intention de Dieu.

Quant à Onkelos , il a adopté à ce sujet une interprétation

que les mots owrage de Dieu, appliqués aux Tables, désignent en général une œuvre de la nature , c'est-à-dire, une œuvre créée en même temps que toutes les autres œuvres de la création, et non pas une œuvre nouvellement produite dans un certain moment, comme les choses artificielles.

(1) C'est-a-dire , l'attribution renfermée dans les mots œuvres de VÈternel, et par laquelle tout ce que la nature produit est attribué au Créateur.

étrange^*), car il a dit (dans sa version) : i"n t^^n^it^n ]'':i''n:D, écrites du doigt de Dieu, en considérant le mot doigt comme quelque chose qui est mis en relation avec Dieu, et en interprétant doigt de Dieu comme (il interprète) montagne de Dieu et verge de Dieu; il veut dire par là que ce fut un instrument créé qui grava les Tables par la volonté de Dieu ('^). Je ne sais ce qui Ta engagé à cela; car il était plus simple de traduire : ^"^n i^ir^'^'ûn Tyn:^, écrites par la parole de Dieu, conformément à ces mots : Les deux ont été faits par la parole de V Éternel. Peut-on, en effet, trouver l'existence de l'écriture sur les Tables plus extraordinaire que celle des astres dans les sphères? De même que cette dernière est l'effet d'une volonté primitive (de Dieu), et non d'un instrument qui aurait fabriqué (les astres), de même cette écriture a été tracée par une volonté primitive, et non par un instrument. Tu connais les termes de la Mischnâ dans (ce passage) : « Dix choses furent créées (la veille du Sabbat) au coucher du soleil, etc. » ; de leur nombre étaient V Écriture (sainte) et V écriture [gravée

(1) L'auteur veut dire qu'Onkelos, qui, dans sa version chaldaïque,

cherche toujours à faire disparaître les anthropomorphismes du texte

hébreu, s'est écarté ici de sa méthode habituelle, en conservant l'expression de roriginal.

(2) Voici le sens de tout ce passage : Onkelos, en laissant subsister dans sa version les mots doigt de Dieu, devait considérer le mot doigt comme désignant quelque chose de matériel mis en rapport avec Dieu, et non pas quelque chose d'inhérent a l'essence divine, comme la volonté; il devait, par conséquent, avoir pour les mots doigt de Dieu une interprétation analogue à celle qu'il donne a d'autres expressions où quelque chose de matériel est mis en rapport avec Dieu. Ainsi, p. ex., pour les mots la montagne de Dieu (Exode, III, 1), Onkelos met: la montagne sur laquelle se révéla la gloire de Dieu; pour la verge de Dieu (Ibid., IV, 20), il dit : la verge avec laquelle avaient été faits des miracles de la part de Dieu; et de même l'auteur suppose que, dans la pensée d'Onkelos, les mots doigt de Dieu désignent un instrument qui grava miraculeusement sur les Tables les commandements de Dieu, et qui, comme les Tables elles-mêmes, faisait partie des œuvres de la création.

sur les Tables) (^), ce qui prouve qu'une chose sur laquelle ou a été généralement d'accord, c'est qu'il en est de V écriture des Tables comme de toutes les autres œuvres de la création, comme nous l'avons exposé dans le Commentaire sur la Misclmâ.

(1) Voy. Mischnâ, IV« partie, traité Abôth, chap. V, § 6. Les mots Sn^Dni DH^n , qui, l'un et l'autre, signifient écriture, ont été diversement interprétés; plusieurs commentateurs ont vu dans ^p^ les figures des lettres tracées sur les Tables, et dans yr\'2'Ù la manière dont étaient tracées ces lettres, lisibles de tous les côtés des Tables. Nous avons dû adopter ici l'interprétation que noire auteur donne lui-même dans son Commentaire sur la Mischnâ, et qu'il fait précéder d'une observation générale sur la préexistence àesdix choses en question et de tous les autres miracles (Cf. ci-dessus, chap. LXIV, pag. 287, a la fin de la note). Nous citons textuellement ce passage du Commentaire, d'après l'original arabe :

n^tro^i^ nnnn p"ipny ^"7 oni^^ ]D^^n^^^ h'^é^^ "'d -|^ rn^i -ip ï^n^D ^Dyr î^^ «nn^^'^nD ^d hv^ ^^':;i<W h^'j; ^1^^ ""d hi ]''n h^ "«d

(( J'ai déjà dit, dans le Vlll^ chapitre (cf. la note précitée), qu'ils n'admettaient pas qu'il y eût chaque fois une nouvelle intervention de la volonté (divine), mais (qu'on croyait) au contraire que, dès le moment où les choses furent produites (par le créateur), elles furent naturellement disposées de manière à se prêter à tout ce qui s'y est opéré ensuite , n'importe que la chose qui devait s'opérer arrivât fréquemment, et c'est la (ce qu'on appelle) une chose naturelle, ou qu'elle arrivât rarement, et alors c'est le miracle. C'est pourquoi ils disent que dès le sixième jour (de la Création) tout fut disposé de manière a ce que la terre engloutît Kora'h, que la pierre fît jaillir de Teau, que Tânesse parlât, et ainsi de suite. — Viiv kethâb (DD^) on entend la Loi, qui était écrite devant Dieu, nous ne savons comment, ainsi qu'il résulte de ce passage : Et je te donnerai les Tables de pierre, etc. (Exode, XXIV, 12); par mikhtâb (3rûD) on entend Vécriture qui était sur les Tables, ainsi qu'il est dit: Et l'écriture était une écriture de Dieu (ïbid.^ XXX II, 16).n

PREMIKRE PARTIE. — CHAP. I.XVIl.

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