‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 77 sur 88 · CHAPITRE LXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVII

Puisque le verbe amar (dire) a été métaphoriquement employé pour la volonté (se manifestant) dans tout ce qui fut produit pendant les six jours de la création, de sorte qu'on a dit chaque fois : iDi^^l, et Dieu dit, on a aussi appliqué à Dieu le verbe schabalh (ny^l^, cesser y se reposer)^ en parlant du jour de sabbat, pendant lequel il n'y eut pas de nouvelle création, et on a dit : Et il cessa ou se reposa (n:::!^''l) au septième jour (Genèse, II, 2); car on emploie aussi le verbe schabath dans le sens de cesser de parler; p. ex. : Et ces trois hommes cessèrent ()r\n^^)) de répondre à Job (Job, XXXII, 1).

De môme on trouve le verbe noua h (nii ? être trariquille, se reposer) employé dans le sens de cesser déparier, comme, p. ex., dans ce passage : Et ils dirent à Nabal, au nom de David, toutes ces paroles, puis ils se tinrent tranquilles (inin) (I Sam., XXV, 9), ce qui signifie, selon moi : ils cessèrent de parler pour entendre la réponse. En effet, on n'a point raconté précédemment qu'ils se fussent fatigués ; de sorte que, quand même ils se seraient réellement fatigués, le mot ini:"»! (dans le sens de ils se reposèrent) serait toujours fort impropre ^^) dans ce récit. Mais on ne fait ici que rapporter qu'après avoir habilement disposé (^) tout ce discours, dans lequel il y avait tant d'affabilité, ils se turent, c'est-à-dire, qu'ils n'ajoutèrent à ce discours rien autre chose, ni

(1) On appelle ^^î (étranger) un mot ou une expression qui ne convient pas a l'ensemble de la phrase, et qui dérange soit la structure grammaticale, soit la suite des idées. Cf. Silv. de Sacy, Grammaire arabe (2*^ édition), t. II, pag. 161, nolel, et pag. 208, note 1.

(2) Au lieu de i<*niD (de ^^, bene disposuit narrationem) , un manuscrit a i^niD, et un autre ^I^QD ; ces deux variantes n'offrent pas de sens convenable.

aucune action qui méritât la réponse qu'il leur fit; car le but de ce récit est de décrire sa bassesse ^^\ parce qu'il était d'une bassesse extrême. — C'est aussi dans ce sens (de cesser ou s'arrêter) qu'il a été dit ty^^uî^n DV:: m^l (Exode, XX, 11) (2). Cependantles docteurs et d'autres commentateurs ont pris ce mot (ni^l) dans le sens de re'pos et en ont fait un verbe transitif; les docteurs disent : « Il fit reposer son univers au septième jour ^^h^^ c'est-à-dire, la création fut arrêtée W en ce jour. Il est possible que ce soit un verbe ayant pour première ou pour troisième radicale une lettre faible (^), et que le sens soit : « Il affermit, ou il fit durer (^^ l'univers tel qu'il était au septième jour u; ce qui voudrait dire qu'à chacun des six jours il survint des événements (qui étaient) en dehors (de la loi)

(i) Le mot Or? doit se prononcer A) (venant de ^) ; un manuscrit a nDt<7 (^^) 1 ce qui est la même chose. Al-'Harizi a rendu ce mot par ni72J, et sa traduction est ici plus exacte que celle d'Ibn-Tibbon, qui porte rili^î ce dernier mot correspond a pJ, blâme.

(2) L'auteur veut dire que ces mots doivent être traduits: et il cessa (ou s'arrêta) le septième jour.

(3) Voy. Beréschith rahha, sect. 10, à la fin : DrT'aip "«T VHC' pt ^:3

'(4) Au lieu de pMiî^, quelques manuscrits ont y^^Dpi^^1 a Tinfinitif; de même Ibn-Tibbon : pODH. Al-'Harizi a npDD, ce qui s'accorde avec notre leçon.

(5) C'est-a-dire , un verbe irrégulier de la classe v'^ ou de la classe n"?, de sorte que la racine serait pir ou nPli-

(6) Dans le premier cas, nn serait l'aoriste de rT'Sn, il posa ou affermit (que les grammairiens font venir de la racine pir) i dans le second cas, il viendrait de nn^n, il conduisit, étendit, prolongea.

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de la nature (*) telle qu'elle est établie et qu'elle existe maintenant dans l'ensemble de l'univers, mais qu'au septième jour tout se consolida et prit la stabilité actuelle C^). On ne saurait nous objecter ^) que le mot en question n'est pas conjugué comme le sont les verbes ayant pour première ou pour troisième radicale une lettre faible ^^' ; car il y a quelquefois des formes verbales qui s'écartent (de la règle) et qui ne suivent pas l'analogie, et surtout dans ces verbes faibles. Et d'ailleurs, quand il s'agit de faire disparaître un pareil sujet d'erreur, on ne saurait opposer une règle

(1) Les mots ^y^nDS^< nin (V i^:ilJ^i signifient en dehors de cette nature; le sens est: il survint des événements extraordinaires, qui n'étaient point conformes aux lois de la nature telles qu'elles nous apparaissent dans la création achevée, car ces lois n'étaient pas encore établies. Ibn-Tibbon traduit: ^nDH T\XÙ D''i<îiV, ce qui peut s'interpréter dans le sens que nous venons d'indiquer; cependant il eût mieux valu dire y^DH HtD Tin, car D^i^îiV correspondrait à ni"i^^:}, tandis que tous les manuscrits portent i"l^^i, ce qui n'est qu'une faute d'orthographe, pour ^^":i"^^^:: (car le j^ de l'accusatif adverbial est souvent omis dans les manuscrits). Al-'Harizi a fait un contre-sens en traduisant: y^^n nt n^Û D^Ï^Î^V, c'est-a-dire , qui sortaient ou émanaient de la faculté de cette nature.

(2) Littéralement : la chose devint stable et s'affermit telle quelle est maintenant,

(3) 11 faut lire î>pi^ (avec ]> ponctué), verbe qui signifie renverser, réfuter i Ibn-ïibbon , qui traduit ce mot par niPID'' , l'a pris dans le sens ^amoindrir, en lisant Vpr (sans point sur le J^), comme on le trouve en effet dans plusieurs manuscrits. Le sujet de ce verbe est nD"'1!in jl3, et le mot fc^37lp en est le régime ; le sens est : cette circonstance, qu'il n'est pas conjugué comme etc.. ne renverse pas notre dire.

(4) En effet, l'aoriste de n^^H serait ri3''1, et celui de nPlin serait ni**"! (comme 7}}^)\ ainsi, en admettant l'interprétation qui vient d'être donnée, la forme n3*1 serait irrégulière.

de conjugaison (i) , surtout lorsque nous savons que nous n'embrassons point aujourd'hui la connaissance (complète) de notre langue et que (d'ailleurs) les règles de toute langue sont une chose de pluralité ^2) . Nous trouvons du reste dans celte racine, même en lui donnant pour deuxième radical une lettre faible (^\ le sens de poser et

(1) Littéralement : Et enlever ou écarter une chose qui tellement induit en erreur (et quelque chose qui^ ne saurait être rendu vain par une règle de conjugaison; c'est-a-dire : la nécessité dans laquelle nous nous trouvons d'écarter du verbe nn l'idée de repos, afin de ne pas donner lieu à croire que Dieu soit sujet à la fatigue et ait besoin de repos, cette nécessité est beaucoup trop grave pour qu'elle doive céder devant une règle de conjugaison. — Au lieu du mot ];d"1, au commencement de la phrase, quelques manuscrits ont ^DT, avec daleth, ce qui ne modifie point le sens.

(2) C'est-a-dire : les règles ne sont jamais générales et s'appliquent seulement a la pluralité des cas, de sorte qu'il est permis d'admettre des exceptions. L'adjectif ^jlS\ (dérivé de ►ii'i) désigne ce qui se rapporte au plus grand nombre, ce qui est le plus fréquent. Cf. plus loin, chap. LXXII (fol. 101 ^ de notre texte): ^in^^^ N"im ^3!i75^ N*in "^D, et cela est très fréquent dans cette espèce; de même, 11® partie de cet ouvrage , au commencement du chapitre XX : nnh^K N^T HD^^n nO^^ »i^p«DnX*'?^^ IIQ^^^N, les choses du hasard narri^'ent ni continuellement, ni même le plus fréquemment; III® partie, au commencement du ch. XXXIV : nnn^î^^i^ "nt:^î^^^, les choses qui arrivent le plus souvent (par opposition a 5;^p^S^< ^''Sp^^< *lt2^^7^^ , la chose qui arrive rarement^. Voy. aussi, dans le passage cité au chapitre précédent, p. 296, note 1, les mots nn:D^< '^PQ^J^ "«i^i^ ^l^*S^^ ;i< ^"ID- — Ibn-Tibbon ne paraît pas avoir saisi, dans notre passage, le vrai sens du mot (inn^^^, qu'il traduit par D^l"i; Ibn-Falaquera (Appendice du More ha-Moré, pag. 132) propose de rendre ce mot par D^^S"! i adjectif dérivé du mot ni, signifiant la plupart, Je grand nombre. Al-'Harizi rend le mot en question par nit^^DID, c'esl-a-dire, que les règles de toute langue sont conventionnelles, ce qui s'écarte également du sens véritable du passage.

(3) C'est-a-dire, même en admettant que le mot ^\y^^ est un verbe yy, venant do la racine TT\l-

d'affermir; p. ex.: o^ nn*3ni, et elle sera posée là (Zacharie, V, 11); de même : Et elle ne permit pas aux oiseaux du ciel de se POSER {T\)h) sur eux (II Sam., XXI, 10). Tel est aussi, selon moi, le sens (de ce verbe) dans : m!i ùrh rr\l^ ^^^, car j attends FERME (ou tranquille) le jour du malheur (Habacue, III, 16) (*). Quant au mot wayijinnaphasch (t^D^I, Exode, XXXI, 17), c'est un niph'al de néphesch (i^dj) ^). Nous avons déjà exposé que néphesch est un homonyme, et qu'il est (employé) dans le sens d'intention et de volonté ^^) ; par conséquent (le verbe tt^sri) signifie que son intention s'était accomplie et que toute sa volonté avait été exécutée.

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