CHAPITRE LXXIL
Sache que cet univers dans son ensemble ne forme qu'un seul individu ; je veux dire : le globe du ciel extrême avec tout ce qu'il renferme est indubitablement un seul individu, au même titre d'individualité que Zéid et 'Amr (*). Il en est de ses ditYérentes substances, je veux dire, des substances de ce globe avec tout
(1) Déjà Platon, dans le Timée, présente l'univers comme un seul individu, comme un tout animé et organique ayant la forme sphérique, et c'est là aussi la base de la cosmologie d'Aristote, exposée dans le traité du Ciel et dans celui du Monde. La comparaison que l'auteur va établir entre l'organisme de l'univers et celui de l'individu bumain n'est que la reproduction d'une idée très répandue cbez les écrivains juifs de toutes les époques et qui a sa source plutôt dans les doctrines de Pylbagore et de Platon que dans celles d'Aristote. L'idée du niacrocosme ei microcosme, qui apparaît ça et la dans les allégories du Talmud et des Midraschim, a été surtout développée dans le livre Ahoth de Rabbi Nathmi (chap. 31) et dans le livre Yecirâ, et accueillie par plusieurs pbilosopbes juifs du moyen âge; voy., p. ex., les Extraits de la Source de vie d'Ibn-Gebirol, liv. III, §§ 6 et 44, et le 'Olâm katân, ou le Microcosme, de R. Josepb Ibn- Çaddîk (récemment publié par M. Ad. Jellinek, Leipzig, 1854, in-8''), livre II, sect. 1^^. Cbez notre auteur, la comparaison n'a pour but que d'établir l'individualité de l'univers; elle se borne a des rapprocbements ingénieux et n'a rien du caractère symbolique et mystique que les kabbalistes et certains moralistes on! donné à la théorie du microcosme. — L'auteur va présenter dans ce chapitre les points principaux de la p/it/sique, telle qu'elle était enseignée dans les écoles arabes; les théories d'Aristote y sont complétées et développées ça et là par celles de Ptolémée, de Galien et des néoplatoniciens. Nous ne saurions entrer dans les détails des diverses théories résumées par l'auteur, et nous devrons nous borner, dans nos notes, à éclaircir certains points dont rintelligence esl plus particulièrement nécessaire au lecteur de cet ouvrage. Divers détails relatifs à la cosmologie péripatéticienne et au système de Ptolémée seront plus amplement exposés, pai l'auteur lui-même, dans la 11*^ partie de cet ouvrage, et il serait inutile de nous y arrêter en ce moment.
ce qu'il renferme, comme il en est, par exemple, des différentes substances des membres de Tindividu humain. De même donc que Zéid, par exemple, est un seul individu, bien que composé de différentes parties, telles que la chair et les os, de différentes humeurs et d'esprits C^), de même ce globe dans son ensemble
(l) Sur'les humeurs, voy. ci-après, pag. 366, note 4.— Les esprits sont des fluides subtils qui , selon les hypothèses des anciens naturalistes, ont leur siège dans différents organes du corps animal et concourent aux manifestations des différentes facultés de Tâme. Les trois espèces d'esprit correspondent aux trois facultés de l'âme admises par les anciens médecins, et qui sont la faculté naturelle, la faculté vitale et la îacuhè psychique (ou animale). Voy. le Canon d'Ibn-Sînâ, liv. I, fen. 1 , ch. 6 (texte ar., pag. 38; vers, lat., t. I, pag. 76); cf. Maïmonide, Huit chapitres, au commencement du chapitre I, et la III® partie de cet ouvrage, vers la fin des chapitres XII et XLYI, où l'auteur fait allusion a ces trois facultés. Voici comment Maïmonide lui-même , dans un de ses traités de médecine, expose la théorie des esprits et de leurs différentes espèces, d'après les anciens médecins: ^^^Kn^< K3Dï^^J< J^n^DDH ^rhi< Hln
Knm^D Dî^v^i ^^n^^-inD ]«rn^x dd:; ^s m)m n^'^h niin^ ^n
••B niiio^« n^rn^i^i n^j^vn^i^ nn^« •'ûd^ j^ntr^Ni ^bpbi^ ^^
Ni^^s ii^:D p piranDD^i^ i<)rhi< p nm^D iri^Ki y^DjSi< n-ii^di
]^<D p)to^« mi^« r\:i^:i kd^di ':2t «d r^ah:^ ^^y NniDi^ nii
^i«vn^ nn^^< p th:^H '];'2\û^ nii^t^s -in:?^^ Nin^t^ T:in:3 Nm^:;n -T»:!!!^ T:in "iD^fc< i<inSi< tjjh n:);£ •'jj^d^j^n p b^:jN ^Ji<vn^i<i np D«i^« ]o t^i^no lin •^^-i^i nn nptr^ N-i^;n •'jkdb:^^ bi^n
on^ï^ySN niNiD J^^^ ::sn ]t^!^pai -|^^"n^^ iiî^pi ans nii^b^ onb
Tjnn NH^S -l^î^'' ^b n^i?'»:iD^i<1 (TiNrn'?^^ « Ce que les médecins appellent espri^*^ ce sont des vapeurs subtiles qui existent dans le corps de l'animal et qui tirent leur origine et leur matière principale de Tair attiré du dehors par la respiration. La vapeur du sang existant dans le foie et dans les veines qui partent de celui-ci s'appelle l'esprit naturel ou physique Qf va t'/.iv ir-jzZ au); la vapeur du sang existant dans le cœur et
356 PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. tXXlL
embrasse les sphères et les quatre éléments avec ce qui en est composé. Il n'a absolument aucun vide, mais il est un solide plein qui a pour centre le globe terrestre ; la terre est environnée par l'eau, celle-ci par l'air, celui-ci par le feu (*), et ce dernier enfin est environné par le cinquième corps ^^). Celui-ci W se compose de
dans les artères s'appelle Vesprit vital (ÇvjTt/ôv t:-. .); enfin, la vapeur qui se trouve dans les cavités du cerveau et ce qui s'en répand dans les canaux des nerfs s'appelle esprit animal (•|/v;^r/ôv rv.). L'origine de tous (ces esprits) et leur principale matière viennent (comme nous l'avons dit) de l'air attiré par la respiration ; si donc cet air est corrompu, ou puant, ou trouble, tous ces esprits s'altèrent et ne sont plus ce qu'ils doivent
être Plus l'esprit est subtil, et plus il est altéré par l'altération de
l'air. Or, comme l'esprit naturel est plus épais que l'esprit vital et celui-ci plus épais que l'esprit animal, il s'ensuit qu'à la moindre altération de l'air l'esprit ajiimal subira une altération sensible. C'est pourquoi tu trouveras beaucoup d'hommes dans lesquels on remarque un affaiblissement des fondions animales ou psychiques (c'est-a-dire des fonctions dépendant des esprits animaux)^ quand l'air est corrompu; je veux dire, qu'il leur arrive d'avoir l'intelligence obtuse , la compréhension difficile et la méjnoire affaiblie , bien qu'on ne remarque pas d'altération dans leurs fouitions vitales et naturelles. » Cf. Galien, De Hippocr. et Plat, placitis, liv. VII, chap. 3, et ci-dessus, pag. 111, note 2. — Le passage que nous venons de citer se trouve au commencement du liv. IV du traité intitulé ÀŒ-^I v^.j Jj* ^J, (du Régime de la santé), que Maïmonide composa sur la demande d'Al-Mâlic al-Afdhal, fils de Saladin, et dont l'original arabe, copié en caractères hébraïques, existe a la Bibliothèque impériale (voy. mss. hébr. de l'ancien fonds n°4l2, fol. 107 a.b, et n^ 411, fol. 57 b et 46 a). La version hébraïque de ce traité, due a R. Moïse Ibn-Tibbon, a été publiée dans le recueil intitulé n^n D15, t. Ill (Prague, 1838, in-8°), pag. 9 etsuiv. Il en existe aussi une version latine qui a été imprimée plusieurs fols.
(1) Voy. ci-dessus, pag. 134, note 2»
(2) C'est-à-dire, par un cinquième élément, qui est Véthcr et ({ui forme la substance des sphères célestes. Voy. ci-dessus, ^^ag. 247, note 3, et cf. la II® partie, chap. Il, XIX et passim.
(8) Le pronom ini se raj)porte à D'0t<-'7^< CDi7^^. f>ans les éditions de la version d'Ibn-Tibban, le pluriel DH*) <^sl une faute; les manuscrits ont KinV
sphères nombreuses, contenues les unes dans les autres, entre lesquelles il n'y a point de creux ni de vide, mais qui s'enceignent exactement, apjliquées les unes aux autres. Elles ont toutes un mouvement circulaire égal, et dans aucune d'elles il n'y a ni précipitation ni ralentissement, je veux dire qu'aucune de ces sphères ne se meut tantôt rapidement, taptôt lentement , mais que chacune , pour sa vitesse et sa manière de se mouvoir, reste soumise à sa loi naturelle. Cependant ces sphères se meuvent plus rapidement les unes que les autres, et celle qui entre toutes a le mouvement le plus rapide, c'est la sphère qui environne tout, c'est-à-dire celle qui a le mouvement diurne et qui les fait toutes mouvoir avec elle comme la partie se meut dans le tout, car toutes elles forment des parties dans elles. Ces sphères ont des centres différents; les unes ont pour centre le centre du monde (^), les autres ont leur centre en dehors de celui du monde (2). Il y en a qui suivent perpétuellement leur mouvement particulier de l'orient à l'occident, tandis que d'autres se meuvent continuellement de l'occident à l'orient (3). Tout astre dans ces sphères fait partie de la sphère, dans laquelle il reste fixe à sa place ; il n'a pas de mouvement qui lui soit particulier, et ne se montre mû que par le mouvement du corps dont il fait partie. La matière de ce
(1) C'est-a-dire , le centre de la t^rre, qui , dans le système dos anciens, est le centre commun de tout Punivers.
(2) L'auteur veut parler des excentriques, qui, dans le système de Ptolémée, servent à expliquer certaines inégalités du mouvement des astres-
(3) L'auteur parle ici des hypothèses des anciens relatives aux deux mouvements opposés, dont l'un est le mouvement diurne, de l'orient à Toccident, imprimé aux planètes et aux étoiles fixes par le mouvement de la sphère supérieure , et l'autre , celui qu€ les astres accomplissent, dans certaines périodes, de l'occident a l'orient. Cf. notre auteur, dans son Abrégé du Talmud, Ye&ôdé ha-Tôrâ, chap. 111, § 2, et ïsaac Israëli, Yesôd 'Olâm, liv. H, eliap. 1 et 7. Nous aurons l'oecasion de revenir sur ces théories au chapitre IV de la ÏP partie.
cinquième corps lout entier, qui a le mouvement circulaire, n'est point semblable à celle des corps des quatre éléments qui se trouvent à l'intérieur. Le nombre de ces sphères qui environnent le monde ne peut en aucune manière être au dessous de dix-huit(^); il est possible cependant qu'il y en ait davantage, et c'est une chose à examiner. Quant à savoir s'il y a des sphères de circonvolution^ qui n'environnent pas le monde, c'est également à examiner ('^0.
A l'intérieur de la sphère inférieure qui est le plus près de nous (^), il y a une matière différente de celle du cinquième corps, et qui a reçu quatre formes primitives par lesquelles il s'est formé quatre corps, (qui sont) la terre, l'eau, l'air et le feu. Chacun de ces quatre (corps) a un heu naturel, qui lui est particulier, et ne se trouve point dans un autre (heu) tant qu'il reste abandonné à sa nature. Ce sont des corps inanimés, qui n'ont ni vie ni percep-
(1) En y comprenant les excentriques, on attribuait trois sphères à la Lune, trois à Mercure, et deux a chacune des cinq autres planètes, ce qui, avec la sphère des étoiles fixes et celle du mouvement diurne, fait le nombre dix-huiL
(2) Sous la dénomination de sphère de circonvolution, les Arabes désignent Vépicycle, qui, dans le système de Ptolémée, est une petite sphère dans laquelle est fixé l'astre et dont le centre se meut, a la surface de la grande sphère, sur la circonférence d'un grand cercle appelé cercle déférent (parce qui! porte l'épicycle). Cf. le traité Yesôdé ha-Torâ, chap. III, § A. Dès le commencement du XÏI* siècle , les astronomes arabes d'Espagne reconnurent ce qu'il y avait d'invraisemblable dans cette hypothèse, par laquelle Ptolémée cherche à expliquer certaines anomalies dans le mouvement de diverses planètes. Ïbn-Bâdja s'éleva le premier contre l'hypothèse des épicycles, etïbn-Tofail rejeta à la fois les excentriques et les épicycles (voy. mon Article Tofail dans le Dict. des se. philos., t. VI, pag. 907), C'est pourquoi Maïmonide dit ici que la question des épicycles doit être soumise à l'examen; il aborde lui-même cette question au chap. XXÎV de la II« partie. Un peu plus tard Abou-Is'hâk al-Bitrôdji, ou Alpetiagius , essaya de substituer d'autres hypothèses à celles de Ptolémée.
(3) L'auteur veut parler de la sphère de la Lune<
Y*REMlfeRC PARTIE. — ClIAP. LXXII. 359
lion et qui ne se meuvent pas par eux-mêmes , mais qui restent en repos dans leurs lieux naturels. Si toutefois l'un d'eux a été forcé de sortir de son lieu naturel, alors, dès que cesse la cause qui l'y a forcé, il se meut pour retourner à ce lieu naturel ; car il a en lui le principe en vertu duquel il se meut en ligne droite pour retourner à son lieu , mais il n'a en lui aucun principe en vertu duquel il doive (toujours) rester en repos ou se mouvoir autrement qu'en ligne droite. Les mouvements en ligne droite que font ces quatre éléments, quand ils se meuvent pour retourner à leurs lieux , sont de deux espèces : un mouvement vers la circonférence, qui appartient au feu et à Tair, et un mouvement vers le centre, qui appartient à l'eau et à la terre ; et chacun, après être arrivé à son lieu naturel, reste en repos (^). Quant à ces corps (célestes) qui ont le mouvement circulaire , ils sont vivants et ont une âme par laquelle ils se meuvent ; il n'y a en eux absolument aucun principe de repos, et ils ne subissent aucun changement si ce n'est dans la position, ayant le mouvement circulaire. Quant à savoir s'ils ont aussi une intelligence par laquelle ils conçoivent^ cela ne peut s'éclaircir qu'au moyen d'une spéculation subtile (^). Le cinquième corps tout entier accomplissant son mouvement circulaire, il en naît .toujours par là dans les éléments un mouvement forcé par lequel ils sortent de leurs régions, je veux dire (qu'il en naît un mouvement) dans le feu et l'air, qui sont refoulés vers l'eau, et tous, ils pénètrent dans le corps de la terre jusque dans ses profondeurs, de sorte qu'il en résulte un mélange des éléments. Ensuite ils commencent à se mouvoir pour retourner dans leurs régions (respectives), et, par suite de cela, des parcelles de terre quittent également
(1) L'auteur résume ici les théories d'Arîstote sur les éléments. Voy. îe traité du Ciel, liv. IV, chap. 3 et suiv,; Phijsique, liv. IV, chap. 5; cf. le traité Yesôdé ha-Tôrâ, chap, ÏIÏ, §§ 10 et H,
(2) L'auteur reviendra sur celte question dans le chapitre IV de la ÏI« partie; le but quil se propose ici n'exige pas la solution immédiate de cette question.
leurs places en se joignant à l'eau, à l'air et au feu. Dans tout cela, les éléments agissent les uns sur les autres et reçoivent les impressions les uns des autres , et le mélange subit une transformation , de sorte qu'il en naît (^) d'abord les différentes espèces des vapeurs (-), ensuite les différentes espèces des minéraux, toutes les espèces des plantes et de nombreuses espèces d'animaux , selon ce qu'exige la complexion du mélange. Tout ce qui naît et périt ne naît que des éléments et y revient en périssant. De même, les éléments naissent les uns des autres et se perdent les uns dans les autres ; car tout n'a qu'une seule matière , et la matière ne peut exister sans forme , de même qu'aucune forme physique de ces choses qui naissent et périssent ne peut exister sans matière. Donc, la naissance et la destruction des éléments, ainsi que de tout ce qui naît de ces derniers et s'y résout en périssant , suivent (en quelque sorte) un mouvement circulaire, semblable à celui du ciel ; de sorte que le mouvement que fait cette matière forméeA^\ à travers les formes qui lui surviennent
(i) Au lieu de ])y, l'un des manuscrits de Leyde a jTbn\ a la V^ forme; de même Ibn-Tibbon et Ibn-Falaquera (^Moréha-Moré, pag. -io): ninn^lî^i tandis qu'Ai- Harizi a n^H^ Le même manuscrit de Leyde a î^HiDi ce qui se rapporterait aux éléments; Ibn-Tibbon et Al-'Haiizi ont en effet DTi'û', au pluriel; mais le suffixe dans niO se rapporte a tD'7n:DD^^, /^ mélange^ et Ibn-Falaquera a également )^'û'Û -, au singuliier.
(2) Selon les théories d'Aristote , les premières transmutations des substances élémentaires sont les exhalaisons et les vapeurs, qui produisent les différents phénomènes au dessus de la terre et dans Tintérieur du globe terrestre; voy. les Météorologiques d'Aristote', liv. Ï-IIL Les vapeurs et exhalaisons qui ne trouvent pas d'issue concourent d'abord a la formation des minéraux (voir ibid.^ a la fin du liv. III), et ensuite graduellement a celle des plantes et des animaux. Cf. l'exposé d'Al-Kazwîni, dans la Chrestomathie arabe de Silv. de Sacy, t. III, p. 389 et suiv., la citation de VAyni Acbéri, ibid.^ p. 454 etsuiv., et l'Analyse de ]di Physique d'Ibn-Sîna, dans l'ouvrage de Schahrestâni, p. 413 (trad. ail., t. II, p. 310). Yoy. aussi la Il*= partie de cet ouvrage, chap. XXX.
(3) C'est-a-dire , qui reçoit la forme, ou qui est apte à la recevoir.
successivement, peut se comparer au mouvement que fait le ciel dans !e lieu ('), les mêmes positions se répétant (^) pour chacune de ses parties.
De même que dans le corps humain il y a (d'une part) des membres dominants, et (d'autre part) des membres doininés qui ont besoin, pour se maintenir, du gouvernement du membre principal qui les régit, de môme il y a, dans l'ensemble de l'univers, des parties dominantes, comme le cinquième corps qui environne (tout), et des parties dominées qui ont besoin d'un guide, comme les éléments et ce qui en est composé.
De même que le membre principal, qui est le cœur, se meut toujours ^3) et est le principe de tout mouvement qui existe dans le corps, tandis que les autres membres du corps sont dominés par lui, et que c'est lui qui, par son mouvement, leur envoie les facultés dont ils ont besoin pour leurs actions , de même c'est la sphère céleste qui, par son mouvement, gouverne les autres parlies de l'univers, et c'est elle qui envoie à tout ce qui naît les facultés qui s'y trouvent; de sorte que tout mouvement qui existe dans l'univers a pour premier principe le mouvement de la sphère céleste, et que toute âme de ce qui, dans l'univers, est doué d'une âme, a son principe dans l'âme de la sphère céleste. Il faut savoir que les facultés qui arrivent de la sphère céleste à ce monde- ci sont, comme on l'a exposé, au nombre de quatre, savoir : une faculté qui produit le mélange et la composition et qui suffit in-
(1) Littéralement : dans Toù , c'est-a-dire, par rapport a la catégorie (hi TTo-:; car, comme Ta dit Tauteur plus haut, les corps célestes ne subissent aucun changement, si ce n'est celui de la position.
(2) Le mot "n:3nn (par la répétition) est rendu dans la version d'Ibn- Tibbon par niinU^H^ (par le changement); cette leçon, qui se trouve aussi dans les manuscrits, est peut-être une faute, pour niiîi^n^»
(3) Ainsi que le fait observer Ibn-Falaquera {3Ioré ha-Moré, pag. 48), il n'est pas exact de dire que le cœur se meut (car il n'a pas de mouvement de locomotion, mais seulement de pulsation^; selon lui, l'auteur veut parler du mouvement du sanp; qui passe du cœur dans les artères.
(jubi table ment pour la production (*) des minéraux, une autre faculté, qui donne l'àme végétative à toute plante, une autre, qui donne Famé vitale à tout ce qui vit, et une autre enfin, qui donne la faculté rationnelle à tout être raisonnable; et tout cela se fait par l'intermédiaire de la lumière et des ténèbres résultant de la lumière des astres et de leur révolution autour de la terre (^).
De môme encore que, lorsque le cœur s'arrête un seul instant, rindividu meurt et tous ses mouvements et ses facultés cessent , de même, si les sphères célestes s'arrêtaient, ce serait la mort de l'univers entier et l'anéantissement de tout ce qui s'y trouve.
De même enfin que l'animal vit tout entier par l'effet seul du mouvement de son cœur, bien qu'il possède des membres dénués de mouvement et de sensibilité, comme, par exemple, les os, les cartilages, etc., de même tout cet univers est un seul individu, vivant par le mouvement de la sphère céleste qui y occupe le même rang quejtient le cœur dans ce qui a un cœur, quoiqu'il renferme beaucoup de corps sans mouvement et inanimés.
(1) Au lieu de T^IHi l'un des manuscrits de Leyde porte 20in , et c'est celte dernière leçon que reproduisent les deux versions hébraïques, ainsi que \e More ha-Moré (pag. 46), qui ont riD!3"in3.
(2) L'auteur veut dire, ainsi qu'il l'explique lui-même au chap. XXX de la II® partie, que la naissance et la destruction des choses sublunaires se font sous l'influence de la variation de la lumière et des ténèbres, ou de la chaleur et du froid ; cette variation résulte de la révolution des astres, par suite de laquelle la lumière et la chaleur se communiquent et se dérobent tour a tour aux différentes parties de la terre. — Le suffixe dans ^nmm t^mii? est irrégulier; car il ne peut se rapporter qu'au mot "l^Ê^J^ 1 qui est au commencement de la phrase , et il eût été plus régulier d'écrire îllli?, avecle suffixe masculin. C'est peut-être pour cette raison qu'Ibn-Tibbon a mis Dv:!^:!!!, au pluriel, quoique tous les manuscrits arabes portent •^7S^^^ , au singulier. Il faut nécessairement sous-entendre dans t^mi:^ le mot 1X^£NS^^, ou n^î^l^^t^. Dans la plupart des éditions de la version dlbn-Tibbon le mot t^nili*? est rendu par D"1l!^V *ini< , tandis qu'il faut lire D"11^^ "IH^^ , comme font les manuscrits et l'édition princeps.
C'est ainsi qu'il faut te représenter l'ensembie de cette sphère comme un seul individu, vivant, se mouvant et doué d'une âme; car cette manière de se représenter (la chose) est très nécessaire, ou du moins (*) très utile, pour la démonstration de l'unité de Dieu, ainsi qu'on l'exposera (^), et de cette manière il sera clair aussi que Vmi n'a créé qu'un seul (être) (3).
De même donc qu'il est impossible que les membres de l'homme existent séparément comme véritables membres de l'homme, je veux dire, que le foie ou le cœur soit isolé, ou qu'il y ait de la chair isolément , de même il serait impossible que les parties de l'univers existassent les unes sans les autres, dans cet être bien constitué dont nous parlons W, de sorte que le feu existât sans la terre, ou la terre sans le ciel, ou le ciel sans la terre.
De même encore qu'il y a dans cet individu humain une certaine faculté qui lie ses membres les uns aux autres, les gouverne, donne à chaque membre ce qu'il lui faut pour se conserver en bon état, et en écarte ce qui lui est nuisible, — savoir celle que les médecins désignent expressément comme la faculté directrice du corps animal , et que souvent ils appellent nature ^^\ — de
(1) Tous les manuscrits arabes portent li^; Ibn-Tibbon et Ibn-Falaquera ont lu "ît^ , ce qu'ils ont rendu par IDl?^; mais cette leçon n'offre pas de sens convenable.
(2) Voy. la II® partie, chap. I.
(3) C'est-a-dire que Dieu, qui est un, n'a créé qu'un être qui est également un. L'auteur fait ici allusion a une question qu'il abordera au chap. XXII delà II® partie, et que nous avons touchée plus haut, p. 211, note 2.
(4) La version d'Ibn-Tibbon est ici défigurée, dans les éditions, par quelques fautes d'impression ; les manuscrits et l'édition princeps portent :
ni«^!:î3n na Dmp ^n^nn omp D^iyn ^p^n i^îiD^rr i^bh ^« p
(5) On entend par la la faculté principale de Pâme, qui a son siège dans le cerveau ; elle est désignée comme ce qui guide et gouverne le corps animal (-ô v/îaovr/ôv, ou tô pa7t),::ov :•«■. i- TV/7T0'). Voy. Galien, Défini-
même il y a dans l'ensemble de l'univers mie faculté qui en lie les parties entre elles, qui empcche les espèces de périr et conserve aussi les individus de ces espèces tant qu'il est possible de le faire, et qui conserve également une partie des individus de l'univers (*). Il est à examiner toutefois si cette faculté agit, ou non, par l'intermédiaire de la sphère céleste (^).
Dans le corps de l'individu humain il y a (d'une part) des choses qui ont un but particulier : les unes, comme les organes de la nutrition, ont pour but la conservation de l'individu; les autres, comme les organes de la génération, ont pour but la conservation de l'espèce; d'autres encore, comme, par exemple, les mains et les yeux, sont destinées à pourvoir à ce dont l'homme a besoin en fait d'aliments '^^ et d'autres choses semblables. Et (d'autre part) il y existe (^^ aussi des choses qui n'ont pas de but en elles-mêmes, mais qui se rattachent comme accessoires à la complexion de certains membres, complexion particulière qui est nécessaire (à ces derniers) pour obtenir telle forme propre, afin de
tiones medicœ, CWll (ëàii. deKûlin, t. XÏX, pag. 378). Cette faculté porte quelquefois le nom de nature, comme le dit Galien, en parlant des différentes acceptions du mot -fOo-T, ibid.^ XCV (pag. 371): fvci; y.rxl -h ^Loty.ovfjy. TÔ Ç.')ov Svvaa'c Hy-zw. Cf. Cicéron, De Tiatura Deorum, II, 9.
(1) C'est-a-dire, les sphères célestes et les astres, qui ne périssent point, tandis que dans les choses sublunaires les espèces seules se conservent et les individus périssent.
(2) L'auteur veut dire qu'on n'est pas d'accord sur la question de savoir si cette faculté qui régit l'univers vient directement de Dieu, ou se communique par l'intermédiaire des intelligences des sphères ; cette question sera traitée ailleurs. Voy. la II« partie, chap. X et XII.
(3) Plus littéralement: ... ont "pour but le besoin auquel il est astreint pour ses aliments.
(4) Le suffixe dans n'^^l se rapporte au corps (p^). Un seul de nos manuscrits a la leçon incorrecte t^.Tfîl i q»i a été reproduite par les traducteurs hébreux; Ibn-Tibbon et Ibn-Falaquera ont DH^I » et Al- 'Ilarizi DHO 1^"»%
remplir les fonctions auxquelles ils sont destinés. Ainsi, à ce qui y est formé pour un certain but (^), il se joint, suivant l'exigence de la matière, certaines autres choses, comme, par exemple, le poil et la couleur du corps ; c'est pourquoi i^) ces choses n'ont point de régularité, il y en a même qni souvent manquent (complètement), et il existe à cet égard une différence très grande entre les individus 3), ce qui n'a point lieu pour les membres. En effet, tu ne trouveras point un individu qui ait le foie dix fois aussi grand que celui d'un autre individu, tandis que tu trouveras tel homme dépourvu de barbe , ou (qui n'a pas) de poil dans certains endroits du corps, ou qui a la barbe dix ou vingt fois plus grande que celle d'un autre individu ; et cela est très fréquent (^^ dans cet ordre de choses, je veux parler de la différence (qui existe entre les individus) pour les poils et les couleurs.— Et de même(^), dans l'ensemble de l'univers, il y a (d'une part) des espèces dont la génération a un but déterminé, qui suivent avec constance une certaine règle et dans lesquelles il n'y a que de petites anomalies restant dans les limites de l'es-
(1) Littéralement : à son être (ou à sa nature) qu'on a eu pour but. Le suffixe dans T\T\'2 (son être) me paraît se rapporter au corps, comme celui de n^Bl (voir la note précédente); le sens est: qu'il se joint a la formation du corps, où tout est constitué dans un certain but et d'après un certain plan , diverses choses accessoires, résultant de la qualité matérielle de certaines parties du corps.
(2) C'est-k-dire, parce que ces choses ne sont qu'accessoires.
(3) Les mots ^ND'lTN^^ 1^2 '^^NSn^^ signifient que les individus se surpassent les uns les autres, et que les choses en question se trouvent chez les uns en beaucoup plus grande quantité que chez les autres.
(4) Sur le mot nn^t^, cf. ci-dessus, pag. 300, note 2.
(5) Le mot "l^ilD correspond aux mots ]t^ NQ51, de même que, qui se trouvent au commencement de cette longue période , et que nous avons supprimés dans notre traduction , afin de rendre la construction des phrases moins embarrassée.
pèce SOUS le rapport de la quaiité et de la quantité (*) ; et (d'autre part) des espèces qui n'ont pas de but (en elles-mêmes), mais sont une conséquence nécessaire des lois générales de génération et de destruction (^), comme, parexemple, les différentes espèces de vers qui naissent dans les fumiers, les différentes espèces d'animalcules qui naissent dans les fruits lorsqu'ils se corrompent, ce qui naît de la corruption des choses humides , les vers qui naissent dans les intestins, etc. En général, il me semble que tout ce qui n'a pas la faculté de procréer son semblable est de cette catégorie ; c'est pourquoi tu trouveras que ces choses n'observent pas de règle, bien qu'elles doivent nécessairement exister, de même qu'il faut que les individus humains soient de couleurs différentes et aient différentes espèces de poils.
De même encore que dans l'homme il y a des corps d'une permanence individuelle ^^\ tels que les membres principaux, et des corps permanents comme espèce, et non comme individu, comme les quatre humeurs ^'^\ de môme il y a dans l'ensemble de l'univers
(1) Littéralement : dans lesquelles il n'y a que peu d'écart^ selon la mesure de Vétendue de l'espèce dans sa qualité et sa quantité/ c'est-a-dire, selon les limites que la nature a fixées, sous le rapport de la qualité et de la quantité , a Tespèce dont il s'agit. Sur le mot T>iy , voy. ci-dessus , pag. 236, note 2.
(2) Littéralement : mais se rattachent à la nature de la génération et de la destruction générale. L'auteur veut dire que ces espèces sont produites par la nature sans intention et sans un but particulier, et qu'elles se forment par suite de certains accidents résultant des lois physiques générales qui régissent la partie de l'univers soumise à la génération (jhzdiq) et à la destruction ou corruption ((oOopc^^.
(3) Littéralement : dont les individus sont stables ou permanents; c'est-adire , des corps qui restent individuellement constitués dans chaque individu.
(4) Les médecins anciens comptent dans le corps humain quatre humeurs principales, qui sont le sang, le flegme, la bile jaune et la bile noire. Ces humeurs n'ont point, comme les membres, une existence individuelle; car elles sont mêlées, et c'est tantôt lune, tantôt l'autre, qui
des corps stables, d'une permanence individuelle, comme le cinquième corps avec toutes ses parties (^), et des corps permanents comme espèce , tels que les éléments et ce qui en est composé i^). De même encore que les facultés au moyen desquelles l'homme naît et se conserve pendant un certain temps (^) sont elles-mêmes celles qui causent sa destruction et sa perte, de même, dans Tenserable du monde de la naissance et de la destruction W, les causes de la naissance sont elles-mêmes celles de la destruction. En voici un exemple : Si ces quatre facultés qui existent dans le corps de tout ce qui s'alimente, savoir, l'attractive, la coërcitive, la digestive et l'expulsive ^^), pouvaient ressembler aux facultés intellectuelles , de manière à ne faire que ce qu'il
prédomine. La nature du mélange constitue le tempérament, qui est ou sanguin, ou flegmatique, ou bilieux, ou mélancolique. Voy. Galien, Definitiones medicœ^ LXV-LXX (^édit. de Kiihn, t. XIX, pag. 363 et suiv.). Cf. Sprengel,Fer5Mc/i einer pragmatischen Geschichte der Ar%eneykunde, t. II, pag. 164.
(1) C'est-à-dire , la matière des sphères ou l'éther, les sphères et les astres, qui ont une pei'manence individuelle dans Tunivers.
(2) Tout étant composé des quatre éléments, les éléments existent partout comme élément en général, mais non pas comme tel élément en particulier.
(3) Littéralement : Et de même que les facultés de l'homme qui produisent sa naissance et sa durée tant qu'il dure.
(4) C'est-a-dire , dans le monde sublunaire, où tout est soumis au changement perpétuel de naissance et de destruction^ par opposition au monde supérieur, où rien ne naît ni ne périt.
(5) Par la faculté attractive, chaque partie du corps animal extrait des aliments et attire a soi les parties qui conviennent a sa nature ; par la faculté rétentive ou coërcitive, les diverses parties du corps retiennent cette substance attirée ; par la faculté digestive, elles la disposent a se convertir en leur propre substance ; enfin, par la faculté expulsive, le corps rejette les résidus qui ne conviennent point a son organisation. Cf. Al-Kazwîni, dsius \si Chrestomathie arabe de Silv. de Sacy, t. III, pag. 487--488; Sprengel, l. c, pag. 162.
faut, au moment OÙ il le faut et dans la mesure qu'il faut, l'homme serait préservé des plus grandes calamités et de nombreuses maladies; mais, comme cela n'est pas possible et qu'au contraire elles remplissent des fonctions physiques, sans réflexion ni discernement et sans comprendre en aucune manière ce qu'elles font, il s'ensuit qu'elles font naître de graves maladies et des calamités, quoiqu'elles soient l'instrument par lequel l'animal naît et se conserve pendant un certain temps. Ainsi, pour m'expliquer, si la faculté attractive, par exemple, n'attirait que ce qui convient sous tous les rapports , et seulement dans la mesure du besoin , l'homme serait préservé de beaucoup de maladies et do calamités. Mais, comme il n'en est point ainsi et qu'au contraire elle attire toute matière qui se présente, (pourvu qu'elle soit) du genre de son attraction 1*), quand même cette matière s'écarterait un peu (de la juste mesure) sous le rapport de la quantité et de la qualité , il en résulte qu'elle attire aussi la matière qui est plus chaude, ou plus froide, ou plus épaisse, ou plus subtile, ou en plus grande quantité qu'il ne faut; par là les veines s'eugorgent, il survient de l'obstruction et de la putréfaction, la quahté des humeurs est corrompue et leur quantité est altérée, et il arrive des maladies, comme la gale , la grattelle et les verrues , ou de grandes calamités , comme la tumeur cancéreuse , l'éléphantiasis et la gangrène , de sorte que la forme d'un ou de plusieurs membres se trouve détruite. Et il en est de même des autres d'entre les quatre facultés. — Or, c'est absolument la même chose qui arrive dans l'ensemble de l'univers : la chose qui fait naître ce qui naît et en prolonge l'existence pendant un certain temps, — savoir, le mélange des éléments produit par les facultés de la sphère céleste qui les mettent en mouvement et s'y répandent,— est elle-même la cause qui amène dans l'univers des
(1) C'est-a-dire , pourvu que la matière soit du genre de celles que le corps animal peut s'assimiler et qu'elle soit de nature a être attirée par la faculté attractive et absorbée par le corps.
choses nuisibles , comme les torrents, les averses, la neige, la grêle , les ouragans , le tonnerre , les éclairs et la corruption de Tair, ou de terribles catastrophes qui détruisent une ou plusieurs villes ou une contrée, comme les croulements du soH^), les tremblements de terre , les violents orages et les eaux qui débordent des mers et des abîmes (2).
Il faut savoir que, malgré tout ce que nous avons dit de la ressemblance qui existe entre l'ensemble de l'univers et l'individu hurfi^in, ce n'est pourtant pas à cause de tout cela qu'on a dit de l'homme qu'il est un petit monde (microcosme) ; car toute cette comparaison peut se poursuivre à l'égard de tout individu d'entre les animaux d'un organisme complet, et cependant tu n'as jamais entendu qu'aucun des anciens ait dit que l'âne ou le cheval fût un petit monde. Si cela a été dit de l'homme, c'est uniquement à cause de ce qui le distingue particulièrement ; et c'est la faculté rationnelle, je veux dire cette inteUigence qui est Vintellect hylique (^), chose qui ne se trouve dans aucune autre espèce des animaux. En voici l'explication : Tout individu d'entre les animaux n'a besoin ni de pensée, ni de réflexion, ni de régime, pour pro-
(1) Le mot *w^*«*j>. désigne un bouleversement du sol par suite duquel des montagnes et des villes entières sont quelquefois englouties dans la terre; selon les physiciens arabes, ce bouleversement, en rapport avec les tremblements de terre, a lieu lorsque les vapeurs renfermées dans le sein du globe sortent violemment en déchirant le sol et en entraînant avec elle des matières terreuses, de sorte qu'il se forme de vastes cavités souterraines et que le sol s'affaisse. Voy. Al-Kazwîni, Adjâyib al-makhloukât^ publié par M. Wûstenfeld (Gœtting, 1849, in-4°), pag. 119. C'est par inadvertance que plus haut, au ch. LIV (pag. 220), le mot v^j»***=^ ^ été rendu par inondations.
(2) Par ces derniers mots, l'auteur fait allusion aux invasions des eaux marines et souterraines , phénomènes qui accompagnent quelquefois les tremblements de terre , et dont parle Aristote au IP livre des Météorologiques (vers la fin du chapitre VIII) : -n^n §s xaî ySara à^jsppûyYj YtyvoaÉvcov asto-^wv, y., t. 1,
(3) Voy. ci-dessus, pag. 306, note.
êlQ PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. LXXIl.
longer son existence ; mais il va et vient selon sa nature, mange ce qu'il trouve de convenable pour lui , s'abrite dans le premier lieu venu, et saillit la première femelle qu'il rencontre quand il est en chaleur, si toutefois il a une époque de chaleur. Par là l'individu dure le temps qu'il peut durer et Fexistence de son espèce se perpétue ; il n'a nullement besoin d'un autre individu de son espèce pour le secourir et l'aider à se conserver, de manière que ce dernier fasse pour lui des choses qu'il ne puisse faire lui-même. Mais il en est autrement de l'homme; car, si l'on supposait un individu humain^) existant seul, privé de tout régime et devenu semblable aux animaux, (un tel individu) périrait sur-le-champ et ne pourrait pas même subsister un seul jour, à moins que ce ne fût par accident, je veux dire, qu'il ne trouvât par hasard quelque chose pour se nourrir. En effet, les aliments par lesquels l'homme subsiste ont besoin d'art et de longs apprêts qu'on ne peut accomplir qu'à force de penser et de réfléchir, à l'aide de beaucoup d'instruments et avec le concours d'un grand nombre de personnes dont chacune se charge d'une fonction particulière. C'est pourquoi il faut (aux hommes) quelqu'un pour les guider et les réunir, alin que leur société s'organise et se perpétue, et qu'ils puissent se prêter un secours mutuel. De même, pour se préserver de la chaleur à l'époque des chaleurs et du froid dans la saison froide et se garantir contre les pluies, les neiges et les vents , l'homme est obligé de faire beaucoup de préparatifs qui tous ne peuvent s'accomplir qu'au moyen de la pensée et de la réflexion. C'est donc à cause de cela qu'il a été doué de cette faculté rationnelle par laquelle il pense, réfléchit, agit, et, à l'aide d'arts divers, se prépare ses aliments et de quoi s'abriter et se vêtir; et c'est par elle aussi qu'il i:;ouverne tous les membres de son corps, afin que le membre dominant fasse ce qu'il doit faire, et que celui qui est dominé soit gouverné comme il doit l'être. C'est pourquoi, si tu
(1) Littéralement ; Quant à l'homme seulement, si Von en supposait un individu, elc.
supposais un individu humain privé de cette faculté et abandonné à la seule nature animale, il serait perdu et périrait à l'instant même. Cette faculté est très noble, plus noble qu'aucune des facultés de l'animal; elle est aussi très occulte, et sa véritable nature ne saurait être de prime abord comprise par le simple sens commun, comme le sont les autres facultés naturelles. — Do même, il y a dans l'univers quelque chose qui en gouverne l'ensemble et qui en met en mouvement le membre dominant et principal, auquel il communique la faculté motrice de manière à gouverner par là les autres membres (*^, et, s'il était à supposer que la chose en question pût disparaître, cette sphère (de Tunivers) tout entière, tant la partie dominante que la partie dominée, cesserait d'exister. C'est par cette chose que se perpétue l'existence de la sphère et de chacune de ses parties; et cette chose, c'est Dieu [que son nom soit exalté !]. — C'est dans ce sens seulement que l'homme en particulier a été appelé microcosme, (c'est-à-dire) parce qu'il y a en lui un principe qui gouverne son ensemble ; et c'est à cause de cette idée que Dieu a été appelé, dans notre langue , la vie du monde^ et qu'il a été dit : Et il jura par la vie du monde (Daniel, XII, 7) ('^\
Il faut savoir que la comparaison que nous avons établie entre l'ensemble de l'univers et l'individu humain ne souffre de contradiction dans rien de ce que nous avons dit , si ce n'est cependant sur trois points :
1" Le membre dominant (ou le cœur), dans tout animal qui a un cœur, tire profit des membres dominés dont il lui revient de
(1) Littéralement: de sorte qu'il gouverne par elle (c.-à-d. par cette faculté motrice) ce qui est en dehors de lui (c.-a-d. en dehors du membre pnncipal). L'auteur veut parler de la facullé motrice communiquée par le premier moteur a la sphère supérieure qui met en mouvement toutes les autres sphères.
(2) Cf. ci-dessus, chap. LXIX, pag. 321, note 1. L'auteur prend ici, comme ailleurs, le mot D^iy (éternité) dans le sens de inonde, univers; cf. ci-dessus, pag. 1, note 2.
l'utilité. Mais rien de semblable n'a lieu dans l'être général; au contraire, tout ce qui (dans l'univers) exerce une influence directrice ou communique une faculté (^' ne retire de son côté aucun profit de la partie dominée , mais sa manière de donner est comme celle de l'homme bienfaisant et libéral, qui fait le bien par générosité de caractère et par une bonté innée et non pas dans l'espoir (d'une récompense) ('^); bien plus (3), c'est pour se rendre semblable à Dieu [que son nom soit exalté !].
2' Dans tous les animaux qui ont un cœur, celui-ci se trouve au milieu, et tous les membres dominés l'environnent pour lui être généralement utiles, en le gardant et en le {)rotégeant, afin qu'il ne lui survienne pas de malheur du dehors. Mais dans l'ensemble de l'univers , la chose est à l'inverse : la partie plus noble environne ce qui en est moins noble, parce qu'elle n'est point exposée à recevoir une impression de ce qui est en dehors d'elle; et, quand même elle serait impressionnable, elle ne trouverait point en dehors d'elle un autre corps qui put agir sur elle , car elle influe sur ce qui est au dedans d'elle , et il ne lui arrive aucune impression ni aucune faculté (venant) d'un autre corps. — Il y a cependant ici quelque ressemblance : car tout ce qui d'entre les membres de l'animal est plus éloigné du membre dominant est moins noble que ce qui en est plus près ; et de même, dans
(1) C'est-à-dire, toutes les parties principales de l'univers qui gouvernent les autres parties ou leur comaïuniquent certaines facultés.
(2) H"in (^zy^ ^^^ l'infinilif Je la V*^ forme de L=s.j , espérer; les manuscrits ont ' ''iin. Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ce passage est défiguré par quelques fautes ; il faut lire, d'après les manuscrits : n^nin^ «S Dn^ya^l D^ynD ninni^ La version d'Ibn-Falaquera est plus exacte; elle porte (dans les manuscrits du }Ioré ha-Morc) :
(3) Au lieu de j^in ^3, plusieurs manuscrits portent ^in 73, et c'est cette leçon qu'expriment les versions dlbn-ïibbon et d'Al-'Harizi ; Ibn-Falaquera réunit les deux leçons: HT ^^ ^2i< Jlorc ha-Morc, pag. 51).
i'ensembie de runivcrs, à mesure que les corps s'approchent du centre, ils deviennent ternes, leur substance devient plus grossière et leur mouvement plus difficile , et ils perdent leur éclat et leur transparence, à cause de leur éloignement du corps noble, lumineux, transparent, mobile, subtil et simple, je veux dire, de la sphère céleste; mais, à mesure qu'un corps s'en approche, il acquiert quelque chose de ces qualités, à raison de sa proximité, et jouit d'une certaine supériorité sur ce qui est au dessous de lui.
5' Cette faculté rationnelle (dont nous avons parlé) est une faculté dans un corps et inséparable de celui-ci, tandis que Dieu n'est point une faculté dans le corps de l'univers , mais qu'il est séparé de toutes les parties de l'univers. Le gouvernement de Dieu et sa providence s'attachent à l'ensemble du monde par un lien dont la véritable nature nous est inconnue et que les facultés des mortels ne sauraient comprendre ; car on peut démontrer (d'une part) que Dieu est séparé du monde et qu'il en est indépendant (^), et (d'autre part) on peut démontrer aussi que l'influence de son gouvernement et de sa providence s'étend sur chacune des parties du monde, quelque faible et insignifiante qu'elle puisse être(-). Louange à celui dont la perfection nous remplit d'admiration !
Sache que nous aurions du comparer le rapport entre Dieu et l'univers à celui qui existe entre Vintellect acquis et l'homme; car cet intellect aussi n'est point une faculté dans un corps, étant en réalité séparé du corps sur lequel il s'épanche (^). Quant à la
(1) Voy. ci-dessus, chap. LXIX, p. 320, note 1; chap. LXX, p. 325; 11^ pallie, chap. ÏV.
(2) Voy. la III^ partie de cet ouvrage, chap. XVIL
(3) Sur ce qu'on appelle Vintellect acquis, voy. ci-dessus, pag. 307 et 308, note. Ibn-ïibbon rend ici ^^SnDD^^< par les deux mots ^)l'^yr] nip:n, acquis et émané; il dit lui-même, dans son Glossaire des termes techniques (lettre D, au mot ^^b), qu'on emploie également l'un ou l'autre de ces deux mots, mais que souvent il les a réunis ensemble ])0ur rendre exactement le sens du terme philosophique arabeF.
faculté rationnelle, on pourrait la comparer aux intelligences des sphères, qui se trouvent dans des corps. Mais la question des intelligences des sphères , Texistence des intelligences séparées et ridée de Vintellect acquis, qui est également séparée, sont des choses qui ont besoin d'être étudiées et examinées, et dont les démonstrations sont obscures quoique vraies ; elles sont sujettes à beaucoup de doutes et exposées aux attaques de celui qui veut critiquer et chicaner W, Nous avons donc mieux aimé tout d'abord qu'on pût se représenter l'univers par sa forme manifeste; et en effet (^) rien de ce que nous avons avancé d'une manière absolue ne peut être nié si ce n'est par deux sortes de personnes : soit par celui qui ignore même ce qu'il y a de plus évident, comme (par exemple) celui qui n'est pas géomètre nie des choses mathématiques qui sont démontrées; soit par celui qui préfère s'attacher à une opinion préconçue et s'abuser lui-même. Quant à celui qui veut se livrer à une spéculation véritable, il doit faire des études, afin que la vérité de tout ce que nous avons rapporté lui devienne évidente , et qu'il sache , sans avoir à cet égard le moindre doutej, que telle est (en effet) la forme de cet être dont l'existence est (invariablement) constituée. Si quelqu'un veut l'accepter de celui à qui tout a été rigoureusement démontré, qu'il l'accepte et qu'il construise là-dessus ses syllogismes et ses preuves (^) ; mais s'il n'aime pas la simple tradition , pas même pour
(1) Littéralement : // y survient beaucoup de doutes, et il y a là pour le critique de quoi critiquer et pour le chicaneur de quoi chicaner.
(2) La construction du texte est ici irrégulière; le sens littéral est: laquelle Qorme) est telle qu'il n'y a que deux personnes qui pussent nier, etc. L'auteur veut dire qu'il a préféré laisser de côté, dans son exposé, tout ce qui ne peut être compris qu'après de profondes études philosophiques, et qu'il s'est borné a présenter l'être sous une forme saisissable pour tout le monde.
(3) C'est-a-dire , qu'il admette, comme par tradition, ce que nous avons dit de la constitution de l'univers en général, et qu'il construise là-dessus ses preuves pour démontrer les quatre questions dont il s'agit.
ces principes (des choses) (^), alors qu'il étudie, et il lui deviendra manifeste que la chose est ainsi. Voilà ce que nous avons examiné, il en est ainsi; écoute-le et sache-le bien (Job, V, 27).
Après cette préparation, j'aborde le sujet que j'ai promis d'exposer C^).