‹ Le guide des égarés; (volume 3)Chapitre 87 sur 88 · DE L'INCORPORALITÉ , SELON LE SYSTÈME DES MOTÉCALLEMÎN · texte numérisé non relu

DE L'INCORPORALITÉ , SELON LE SYSTÈME DES MOTÉCALLEMÎN

Les méthodes des Motécallemin et leurs argumentations pour écarter la corporéité (de Dieu) sont très faibles, plus faibles que leurs preuves de l'unité; car, pour eux, l'incorporalité est comme une branche qui se rattache nécessairement à l'unité comme souche : «Le corps, disent-ils, n'est point un (^). » — Quant à celui qui repousse la corporéité par cette raison que le corps est nécessairement composé de matière et de forme [car c'est là une (véritable) composition , et il est évident que la composition est impossible dans l'essence de Dieu (^)], je ne le considère point comme un Moiécallem; car cette preuve n'est point basée sur les principes des Motécallemin, mais c'est une démonstration vraie, basée sur la doctrine de la mature et de la forme et sur la con-

(1) Littéralement : Il n\j a (à porter) plainte qu'à Dieu et à ceux qui ont delà justice d'entre les gens d'intelligence. Au lieu de n^2î!f, quelques manuscrits ont iïlDîi^. Dans la version dlbn-Tibbon il faut lire : nt2Xn 7y D^m^^l ^X*? K^ï<; quelques éditions portent incorrectement : DnioV iSt^^ , ou Dmt:n ^W'7.

(2) C'est-a-dire : le corps est nécessairement quelque chose de composé et ne saurait former une unité absolue ; par conséquent. Dieu, qui est un, ne saurait être un corps.

(3) Dans la version d'Ibn-Tibbon, il faut lire, selon les mss. et Tédit.

princeps: rm^inn V^DH "lï^nn nnDin n«n; les éditions portent généralement 'i:^ l^^nn^Dinn nHtV

ception de ces deux idées (0. C'est là une doctrine philosophique dont je parlerai plus loin, et que j'exposerai en rapportant les démonstrations des philosophes sur cette matière. Dans ce chapitre, nous avons seulement pour but de rapporter les preuves des Motécallemîn sur l'incorporalité , selon leurs propositions et leurs méthodes d'argumentation.

Première méthode : Si Dieu , disent-ils , était un corps , il faudrait nécessairement, ou bien que la véritable idée de la divinité résidât dans toutes les substances (simples) de ce corps, je veux dire dans chacun de ses atomes , ou bien qu'elle résidât dans un seul des atomes de ce corps (^). Or, si elle résidait dans

(1) On a vu plus haut que les Motécallemîn n'admettaient point les idées de matière et de forme. Voy. pag. 398, note 1.

(2) Plus littéralement : il serait indispensable pour Vidée de la divinité et sa réalité que ce qui la constituât fût Vensemble des substances de ce corps ^ je veux dire chacun de ses atomes, ou bien que ce fut un seul des atomes de ce corps qui la constituât. Au lieu de ^2^D a 1^ plupart des manuscrits ont >iy)0 ; mais les deux versions hébraïques ont également ^^7- H eût été plus régulier de dire : p^i ]^< ^)0 ''JJ;D "ht"^ ^^\ la préposition ]D a été suppléée par les deux traducteurs hébreux, qui l'ont rendue par inS^D. Les mots t^'Qi T\:i Dip'' pD"' ]'^ (où le suffixe dans riD se rapporte a ^^'^12) sont rendus, dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, par 'i^l *:)^Dn im^^^îiD D^tmtî^ 1:3 ]pin"':r Ti^nO. 11 est évident qu'on a ici confondu ensemble deux traductions différentes des mots arabes n^ Dlp^; en effet, plusieurs manuscrits portent ipin^tt^ ^17^^ *^'y\ hh^ 12, et en marge on trouve laî;flna/2ie(^^2n; imi^^2i)0 D^Hli^. — Pour comprendre le sens de ce passage, il faut se rappeler la V^ proposition des Motécallemîn y suivant laquelle l'accident ou la qualité ne compète pas a l'ensemble du corps , mais à chacun de ses atomes , ou bien à l'un d'entre eux, comme par exemple l'accident de Tâme, ou celui de l'intelligence, ou celui de la science (voy. ci-dessus, pag. 387 et 388) ; si donc Dieu était un corps, et par conséquent composé d'atomes, il faudrait que l'idée ou la qualité de divinité résidât dans chacun des

-i52 PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. LXXVI.

un seul atome, à quoi serviraient les autres atomes? L'existence de ce corps n'aurait pas de sens. Si (au contraire) elle résidait dans chacun des atomes de ce corps, il y aurait là beaucoup de dieux, et non pas un seul dieu ; mais on a déjà exposé qu'il n'y en a qu'un seul.

Si tu examines celte démonstration, tu la trouveras basée sur la P et la Y^ de leurs propositions. JMais on pourrait leur objecter (^) : que le corps de Dieu n'est point composé de pareilles indivisibles, c'est-à-dire, qu'il n'est point composé de (petites) substances semblables à celles qu'il crée, comme vous le dites, mais qu'il est un corps unique et continu qui n'est susceptible de division que dans l'idée, et qu'il ne faut pas avoir égard aux fausses idées ^-\ C'est ainsi, en effet, que tu t'imagines que le corps du ciel est susceptible d'ôtre dé(^biré et morcelé, tandis que le philosophe dit que ce n'tst là que l'effet de l'imagination et (que c'est) jugur par ce qui est visible [c.-à-d., par les corps qui existent près de nous] de ce qui est invisible (3).

atomes (lu corps divin , ou bien qu'elle résiJàt dans l'un de ses atome-;, comme il en est p. ex. de Taccident de Xàmc ou de celui de V intelligence, qui, selon les Moiccallemtn, réside dans Tun des atomes du corps animé ou intelligent.

(1) Le texte dit littéralement : mais si on leur disait etc. La phrase est elliptique et il faut sous-entendre : que diraient-ils ^ Le sens est : qu'auraienl-ils a répondre, si celui qui soutient la corporelle de Dieu leur objectait etc.? Cf. Silv. de Sacy, Grammaire arabe (2«^ édit.), t. Il, p. 464,

(2) On a vu que les Motécallemvi eux-mêmes, tout en soutenant que rien n'est impossible pourvu qu'on puisse s'en former une idée, reconnaissenlpourtanlqu'il y a certaines pmom];/io//5 ou idées fausses (j}j>j]) qui sont absolument inadmissibles. Voy. ci-dessus, pag. 411 et ibid.^ note 2.

(3) Cest-a-dire : Toi, le Motécallem, lu l'imagines aussi que la sphère céleste est composée d'atomes et susceptible de division à l'infini ; mais le pbilosophe déclare que c'est là une erreur et une vaine imagination, cl ({uo lu ne juges ainsi qu'en établissant une analogie entre la sphère céleste, inaccessible a nos sens, et les corps qui se trouvent près de nous.

La DKUXiiîiMZ MÉTHODE, qii'ils Considèrent coinmc très importante, est (prise dans) V impossibilité de la similitude. Dieu (disent-ils) ne saurait ressembler à aucune de ses créatures ; mais, s'il était un corps, il ressemblerait aux autres corps. Ils s'étendent beaucoup sur ce sujet, et ils disent (entre autres) : « Si nous disions (qu'il est) un corps, non comme les autres corps, ce serait là une contradiction (•); car tout corps est semblable à tout autre corps sous b rapport de la corporéilé, et les corps ne diffèrent entre eux que sous d'autres rapports, c'est-à-dire, dans les accidints.» Il s'ensuivrait en outre, selon eux, que Dieu aurait créé son semblable (^).

Cette preuve peut se réfuter (^) de deux manières. Premièrement, quelqu'un pourrait objecter: «Je n'accorde pas la nonsimilitude , car comment démontrerez-vous que Dieu ne saurait ressembler en rien à aucune de ses créatures? A moins, par Dieu (''0 ! que vous ne vous en rapportiez à cet égard [je veux dire, pour ce qui concerne la négation de la similitude] à quelque texte d'un livre prophétique; mais alors l'incorporalité de Dieu serait une chose reçue par tradition, et non pas un objet de rintelligence. » Et si l'on disait que Dieu, s'il ressemblait à quelque chose d'entre ses créatures, aurait créé son semblable, l'ad-

(l) Littéralement : tu te réfuterais toi-même; c'est - a-dire , ces paroles renfermeraient en elles-mêmes une contradiction.

(^) C'est-a-dire : dès quon admet que Dieu est un corps, tous les corps étant semblables sous le rapport de la corporéité , il s'ensuivrait que Dieu aurait créé son semblable, c.-a-d., un être nécessaire comme lui, ce qui est absurde. Cf. Abron ben-Eli, Arbre de la vie, cbapitre XV (pag. 43), la 1^ démonstration de Tincorporalité.

(3) Littéralement : est percée ou défectueuse.

(4) î.es éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent généralement D^TI^Xn, ce qui serait un adjectif de D^inn; mais il faut lire DTI^^^n, comme vocatif, ainsi que Tont en effet les mss. et Tédit. princeps.

A^i PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. LXXVI.

versaire pourrait répondre : «Mais ce n'est pas sou semblable sous toutes les faces; car je ne nie pas que la divinité renferme des idées nombreuses et qu'elle se présente sous plusieurs faces. » Et en effet, celui qui croit à la corporéité de Dieu ne conteste pas cela. — Une seconde manière, qui est plus profonde (*), est celleci : Il][est établi et avéré pour quiconque a. étudié la philosophie et s'est plongé dans les systèmes des philosophes que, si Ton a (en même temps) appliqué le mot corps aux sphères célestes et à ces corps hyliques (^), ce n'est que par simple homonymie^ car il n'y a là identité ni de matière, ni de forme ('^), mais, au contraire, c'est également par homonymie que les mots matière et forme sont appliqués à ce qui est ici-bas et aux sphères célestes. S'il est vrai que la sphère céleste a indubitablement des dimensions, ce ne sont pas les dimensions en elles-mêmes qui font le corps, mais celui-ci est quelque chose qui est composé de matière et de forme. Or, si cela se dit à l'égard de la sphère céleste, à plus forte raison celui qui admet la corporéité pourra-t-il le dire à Tégard de Dieu. Il dira, en effet: Dieu est un corps ayant des dimensions j mais son essence, sa véritable nature et sa substance ne ressemblent à rien d'entre ses créatures , et ce n'est que par homonymie qu'on leur applique, à lui et à elles, le mot corps, de môme que c'est par homonymie que , selon les vrais penseurs, on leur appplique, à lui et à elles, le mot être. Celui qui soutient

(1) Ibn-Tibbon traduit : D^niK3 "inV-» pliis convenable; ce traducleur a pris le comparatif J^i»l dans le sens de decentior, venustior. Al- 'Harizi a 2f 212^ D *)W, pliis confuse, ou mieux plus obscure, plus profonde, l/auteur veut dire, sans doute, que celle seconde réfutation est plus difficile à comprendre.

(2) Cest-à-dire , aux corps sublunaîres, composés des quatre éléments, el dont la matière (TAr,) est différente de celle des sphères célestes. Voy. ci-dessus, pag. 356 el suiv., et cf. pag. 442, note 2.

(3) Lillèraîemenl : car celte malière-ci n^esl pas celte matière-là, ni ces formes-ci ne sont celle forme-là; c'esl-a-dire : la matière et la forme des dioscs sublunaîres ne sont pas les mêmes que celles des sphères célestes

la corporéité n'accorde pas non plus que tous les corps soient composés d'atomes pareils , mais il dit que Dieu est le créateur de tous ces corps, qui varient de substance et de nature; et de même que pour lui le corps de la fiente (*) n'est pas (la môme chose que) le corps du globe solaire, de même il dit que le corps de la lumière crééCy je veux dire, de la schekhînâ (2), n'est pas le corps des sphères et des astres ni le corps de la schekhînâ^ ou de ]a colonne de nuée créée, n'est, selon lui, le corps de Dieu. Ce corps, dit-il au contraire, est l'essence parfaite et sublime qui ne fut jamais composée, qui ne changea jamais et dont le changement est impossible ; car, au contraire, ce corps a toujours nécessairement existé tel qu'il est, et c'est lui qui fait tout ce qui est en dehors de lui, selon son intention et sa volonté. — Je voudrais savoir comment ce système, quelque malade qu'il soit,

(1) Deux des meilleurs manuscrits d'Oxford (codd. Poe. 212 et 345)

]>orlenttrès distinctement n^ll^^^^ ('^'jj^^)i 1^1^^- ^^ "^JJ ^^ "^hj^ fiente de cheval ; cette leçon est confirmée par la version d'Ibn-Tibbon, qui, dans la plupart des manuscrits et dans Védit. princeps, porte nit<12in Dtî^J (c.-a-d. corpus stercorum) ^ et c'est h tort que dans la plu- ]3artdes éditions on a imprimé m^lîiin. Quelques manuscrits de ceUe version ont DTlDlin 0^:^-, et de même l'ancienne version latine (Paris, 1520, in-FoL): corpus plantœ. Plusieurs manuscrits arabes ont nN1"I^^7^< ou n^^li^^^i^ (si\ec daleth), mot qui n'offre pas de sens. Un seul des manuscrits d'Oxford (le n« 359 du Calai. d'Uri) porte ni^m:*'?^^ , mot dont le sens n'est pas clair, mais qui pourrait bien avoir quelque rapport avec le mot hébreu m!il!iin. — C'est sans doute la singularité de l'expression choisie par fauteur qui a donné lieu aux différentes variantes qu'offrent les manuscrits de l'original arabe et ceux de la version d'ibn- Tibbon. L'auteur veut dire que les partisans de la corporéité de Dieu mettent entre le corps de Dieu et celui des choses même les plus élevées de la création, telles que la lumière créée et les sphères célestes, une distance aussi grande que celle qui existe entre le globe resplendissant du soleil et les fientes ou les choses les plus infimes de la terre.

(2) Voy. ci-dessus, chap. LXIV, pag. 286, note 3.

pourrait être réfuté au moyen de leurs étonnantes méthodes que je t ai fait connaître !

La troisième mkthode est celle-ci : Si Dieu, disent-ils, était un corps, il serait fini [ce qui est vrai], et s'il était fini, il aurait une certaine mesure et une certaine figure déterminée [ce qui est également une conséquence vraie]. Or, disent-ils, quelles que soient la mesure et la figure (qu'on suppose), Dieu, en tant que corps, pourrait être plus grand ou plus petit que cette mesure et avoir une figure différente de celle-là ; si donc il est déterminé par une certaine mesure et une certaine figure, il a fallu pour cela un être délerminant (*). — Cette démonstration aussi, je l'ai entendu vanter par eux, bien qu'elle soit plus faible que tout ce qui précède, étant basée sur la X^ proposition, dont nous avons déjà exposé toutes les difficultés qu'elle présente à l'égard même des autres êtres [puisqu'on suppose qu'ils pourraient avoir une nature différente de celle qu'ils ont (-)] , et à plus forte raison à l'égard de Dieu. Il n'y a pas de différence entre ce raisonnement-ci et ce qu'ils disent au sujet de la préférence accordée à l'existence du monde sur sa non-existence, et qui (selon eux) prouverait qu'il y a un agent qui en a préféré l'existence à la non-existence,

(1) C'esl-a-dire : Dieu ne pouvait être ainsi déterminé que par un être en deiiors de lui, de sorte qu'il y aurait un être antérieur à Dieu et au dessus de lui, ce qui est absurde. CL Aliron ben-Élie, Arbre de la vie, chap. XV (pag. 43) , 6« démonstration. Ce raisonnement des Motécallemin, comme va le dire Tauleur, est basé sur leur X® proposition ; il est analogue à celui qui sert de base à quelques unes de leurs démonstrations de la Création; voy. chap. LXXLV, V*^ et W^ méthodes.

(2) Lillôralement : puisqiCih sont estimés (existes) contraireme?it à leur nature. Le verbe Tip (j-^)i au masculin et le suffixe dans nny^2Û se rapportent au mot TND-

Tune et Tautre étant possibles (^). Or, si on leur demandait : pourquoi cela ne s'appiique-t-il pas à Dieu et pourquoi ne dit-on pas que, puisqu*il existe, il doive y avoir un être qui en ait préféré l'existence à la non-existence? i!s répondraient sans doute : c'est parce que cela conduirait à un enchaînement (infini) et qu'il faudrait nécessairement s'arrêter à un être nécessaire, dans lequel il n'y ail point de possibilité et qui n'ait pas besoin d'un autre être qui le fasse exister. Mais cette même réponse peut s'appliquer à la figure et à la mesure. En effet, pour que les figures et les mesures ne soient que d'une existence possible, il faut qu'elles s'appliquent à un être qui existe après ne pas avoir existé, et d'un tel être seulement on pourra dire C^) : il était possible qu'il fût plus grand ou plus petit qu'il n'est réellement et qu'il eût une figure différente de celle qu'il a, de sorte qu'il avait absolument besoin d'un être déterminant. Mais, pour ce qui est de la figure et de la mesure de Dieu [loin de lui toute imperfection et assimilation !] , le partisan de la corporéité dira : «♦ Ce n'est point après ne pas avoir existé qu'il est arrivé à l'existence, de sorte qu'il ait eu besoin d'un être déterminant. Au contraire, son essence avec la mesure et la figure qu'elle a est ainsi d'une existence nécessaire; elle n'a point eu besoin d'un être qui la déterminât ni qui en

(1) Voy. chap. LXXÏV, Vl« méthode. — Tous les manuscrits portent nD"iyi mUI |i<305<^ , excepté l'un des deux manuscrits de Leyde , qui a seulement nilil JJODi^Sî d'après celte dernière leçon, il faudrait traduire: «son existence étant (seulement) possible., )} c.-a-d., n'étant point une chose nécessaire. C'est cette leçon qui a été reproduite par les deux traducteurs hébreux; Ibn-Tibbon a •)n'l«''2iO nniTÊi^^ , et Al- 'Harizi, nntt^£ï« IHIN^Î^Dtr l^:l]:2'

(2) La construction de cette phrase est irrégulière ; en voici à peu près le mot h mot : Car toutes les figures et les mesures d'une existence possible (le sont) dans ce sens que quelque chose navait (d'abord) pas existé el qu ensuite il a existé; c'est de cela qu'on dira etc.

préférât (^) l'existence à la non-existence, car il n'y a en elle aucune possibilité de non-existence; et de même elle n'a point eu besoin d'un être qui lui donnât une figure et une mesure déterminées , car son existence était nécessaire de cette manière ('^). »

Et maintenant, ô lecteur! si tu préfères la recherche de la vérité, si tu rejettes loin de toi la passion, la croyance sur autorité et la prévention pour ce que tu étais habitué à respecter, et si tu ne veux pas t'abuser toi-même, regarde à quoi sont réduits ces penseurs, ce qui leur est arrivé et ce qui est sorti d'eux (3); car ils sont (*) comme quelqu'un qui s'échappe de la cendre bcûlante (pour tomber) dans le feu (^). En effet, ils ont effacé toute loi naturelle (^) et altéré la nature du ciel et de la terre, en prétendant que par ces propositions on peut démontrer que le monde est créé. Mais, loin d'avoir démontré la nouveauté du monde,

(1) Les mots PlSlD? N/l ne se trouvent que dans un seul des manuscrits d'Oxford (Uri, n^ 359) et ne sont pas non plus rendus dans la version dlbn-Tibbon ; mais ces mots me semblent nécessaires pour compléter le sens, et la négation {<7, qui, dans tous les manuscrits (excepté dans l'un des mss. de Leyde), précède le mot r^i^D?, indique suffisamment qu'il manque ici quelque chose. AI-'Harizi traduit :

(2) C'est-a-dire : Dieu, selon les partisans de la corporéité, est, tel qu'il est, Vêtre nécessaire; tout dans lui, Tattribut comme l'essence, est d'une nécessité absolue, et rien dans lui ne suppose un être antérieur qui Tait déterminé de telle ou telle manière.

(3) Littéralement : considère (7ûï<n5) la condition de ces penseurs

(c.-a-d. des Motécallemîn^ et ce qui est arrivé à eux et de leur part.

(4) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, on a mis par erreur Nintt^ ; les mss. ont DHtt^.

(5) C'est-à-dire : qui, pour éviter un mal, tombe dans un mal plus grand encore.

(6) Littéralement : ils ont détruit la nature de Vétre.

ils nous ont détruit les démonstrations de l'existence, de l'unité et de rincorporalité de Dieu; car les démonstrations par lesquelles fout cela devient clair ne peuvent être prises que dans la nature de l'être, talle qu'elle est établie, visible et perçue par les sens et l'intelligence.

Après avoir complètement résumé leurs paroles (*), nous allons rapporter aussi les propositions des pbilosophes et leurs démonstrations (établissant) que Dieu existe, qu'il est un et qu'il est impossible qu'il soit un corps ; et cela , en leur accordant d'abord (l'hypothèse de) l'éternité du monde, bien que, pour nous, nous ne l'admettions pas (^). Ensuite, je te montrerai la méthode que, guidé par une spéculation vraie, j'ai adoptée moi-mcme pour compléter la démonstration de ces trois questions (3) ; et enfin , avec l'aide du Tout-Puissant , je reviendrai m'engager avec les philosophes dans ce qu'ils ont dit de l'éternité du monde W.

(1) Littéralement : Après avoir achevé (d'exposer') le but extrême de leurs paroles; c'est-à-dire , après avoir fait connaître en substance les opinions et les démonstrations des Motécallemîn.

(2) Cf. ci-dessus, pag. 350, et ibid.^ note 1,

(3) Littéralement : notre méthode à nous dans ce à quoi une spéculation vraie nous a conduits pour compléter etc.

(i) C'est-à-dire : Après avoir d'abord raisonné dans l'hypothèse de l'éternité du monde, je reviendrai sur cette hypothèse même et je m'en gagerai à ce sujet dans une discussion avec les philosophes.

Page 1