RECOMMANDATION AU SUJET DE CE TRAITÉ
Si tu veux comprendre tout ce que (ce traité) renferme, de manière à ce qu'il ne t'en échappe rien , il faut combiner ses chapitres les uns avec les autres , et en lisant un chapitre il ne faut pas seulement avoir pour but de comprendre l'ensemble de son sujet ,
(1) Liiléralement : et dans laquelle elles composent (des livres).
mais aussi de saisir chaque parole qui s'y présente dans la suite du discours, quand même elle ne ferait pas partie du sujet (principal) du chapitre. Car dans ce traité il ne m'est jamais arrivé de parler comme par hasard , mais (tout a été dit) avec une grande exactitude et avec beaucoup de précision , et en ayant soin de n'y laisser manquer l'explication d'aucune obscurité ; et si on y a dit (çà* et là) quelque chose qui n'est pas à sa place , ce n'a été que pour expliquer quelque autre chose à sa véritable place. Il ne faut donc pas l'aborder avec tes opinions préconçues , car tu me ferais du tort sans en profiter toi-même ; mais il faut, au contraire, que tu apprennes d'abord tout ce qu'il est nécessaire d'apprendre. Tu en feras l'objet continuel de tes études, car il t'expliquera les plus graves obscurités de la Loi , qui sont difficiles même pour tout homme intelligent. J'en conjure par Dieu le Très-Haut tous ceux qui auront lu le présent traité de ne pas en commenter un seul mot et de n'en rien expUquer aux autres , si ce n'est ce qui est déjà clairement expliqué dans les paroles de ceux qui m'ont précédé d'entre les célèbres docteurs de notre Loi. Mais (le lecteur) qui en aura compris quelque chose de ce que d'autres de nos hommes célèbres n'ont pas dit ne devra pas l'expliquer à d'autres ; il ne devra pas non plus se presser de me réfuter (^) ; car il se pourrait que ce qu'il aura compris dans mes paroles fût le contraire de ce que j'ai voulu dire, et alors il me ferait du tort en retour de ce que moi j'ai voulu lui être utile, et il paierait le bien par le mal. Il faut, au contraire, que celui à qui (ce traité) tombera entre les mains l'étudié avec soin , et s'il y trouve de quoi satisfaire son désir (^) , ne fut-ce que sur un seul point
(1) Les mots -n^^ HD^^nn'' vh^ sont ainsi rendus par Ibn-Tibbon : n:3n ^y n^irn^ ID^y p^p^l Or\rV ^h^' C^est Maïmonide lui-même qui lui avait conseillé de traduire ainsi, comme on le voit dans le supplément de la lettre qui commence par les mots : '1^1 C*^^^ 77in^ r}yv ""D?- Ce supplément s'est conservé dans un manuscrit de la bibliothèque Bodléienne (Cod. Poe, n° 74).
(2) Littéralement : et s'il (ce traité) lui étanche la soif. Ibn-Tibbon
- a traduit un peu librement : ^^3^ nno )b NST Oi^) , et s'il lui guérit
de tout ce qui est obscur, il doit remercier Dieu et se contenter de ce qu'il en a compris. S'il n'y trouve absolument rien qui lui soit utile , il doit le considérer comme s'il n'avait jamais été composé ; mais s'il lui semble en résulter un dommage par rapport à ses opinions , il doit interpréter (mes paroles) de manière à me juger favorablement (mjî ^zh ]'»"!'') , fut-ce même par r interprétation la plus recherchée , comme cela nous a été prescrit à l'égard de nos gens du vulgaire et à plus forte raison à l'égard de nos savants et des soutiens de notre Loi ' qui s'efforcent de nous enseigner la vérité selon leur faculté.
Je sais que tous les commençants qui n'ont encore fait aucune étude spéculative tireront profit de certains chapitres de ce traité; mais les hommes parfaits , imbus de l'étude de la Loi et qui sont troublés, comme je l'ai dit, profiteront de tous ses chapitres , et combien ils en seront joyeux et avec quel plaisir ils en écouteront (la lecture) ! Mais quant aux gens embrouillés dont le cerveau est troublé par des opinions contraires à la vérité et par de fausses méthodes , et qui croient cependant que ce sont là des sciences vraies et prétendent être des hommes d'études spéculatives, tandis qu'ils ne connaissent absolument rien qui puisse en réalité s'appeler science, — quant à ceux-là , (dis-je,) ils se détourneront d'un grand nombre de ses chapitres , et ils en éprouveront une grande répugnance, parce qu'ils n'en saisiront pas le' sens , et aussi parce qu'on reconnaîtra par là la fausseté de la mauvaise monnaie qu'ils ont dans leurs mains et
la maladie de son cœur; cependant Maïmonide lui-même avait conseillé au traducteur de rendre ces mots par IJ^Qîi ni"! Dfc^l , comme on le voit dans le supplément dont nous venons de parler dans la note précédente. Au lieu de nn)ï2i un manuscrit de la version hébraïque porte DiriD, et en marge on lit la, variante ijooîi "h niT" DNV On peut comparer ci-après, ï»" partie , a la fin du chapitre 45, où les mots *|7^^:i ''Dti'^^ i^D sont rendus par -|t<0!i mi''tt' HD- — Au lieu^ de HDli^ (vJUi;L) , comme nous avons écrit dans notre texte , on lit nb^Dtî^ dans tous les manuscrits que nous avons consultés (au nombre de /m//), ainsi que dans le supplément de la lettre de Maïmonide dont nous venons do parler.
qui est leur trésor et la fortune mise en réserve pour leur détresse ^^).
Dieu le Très-Haut le sait que j'ai toujours éprouve une très grande crainte de mettre par écrit les choses que je veux déposer dans ce traité ; car ce sont des choses cachées et sur lesquelles on n'a jamais composé un livre parmi nos coreligionnaires dans ce temps de la captivité dont nous possédons encore les ouvrages '^K Et comment donc pourrai-je, moi, créer quelque chose de nouveau et le mettre par écrit ! Cependant je me suis appuyé sur deux principes : d'abord sur ce que (les rabbins) ont dit au sujet de choses analogues : Lorsque c'est le moment cV agir pour Bien, etc. (^); ensuite, sur ce qu'ils ont dit encore : Que toutes les œuvres se fassent au nom du ciel. C'est donc sur ces deux principes que je me suis appuyé pour ce que j'ai écrit dans certains chapitres de ce traité. Enfin je suis l'homme lequel, se voyant serré dans une arène étroite et ne trouvant pas le moyen d'enseigner une vérité bien démontrée, si ce n'est d'une manière qui convienne à un seul homme distingué et qui déplaise à dix mille ignorants, préfère parler pour cette seule personne, sans faire attention au blâme de la grande multitude, et prétend tirer ce seul homme distingué de l'embarras dans lequel il est tombé et lui montrer la voie (pour sortir) de son égarement afin de devenir parfait et d'obtenir le repos.
(1) L'auteur veut dire qu'ils fuiront les vraies doctrines parce qu'elles leur révéleront toute la fausseté des hypothèses et des théories qu'ils ont imaginées pour faire taire leurs doutes et apaiser le trouble de leur âme , et qui sont, pour ainsi dire, leur unique trésor, préparé d'avance pour les sauver de la détresse. Il est ici question, sans doute, de ceux qui suivaient les doctrines des Motécalemîn. Voy. ci-dessus p. 5 , note 1.
(2) Les mois ^^n''D ^hi^ t^Q Nili); ^n^^<, qui se trouvent dans tous les mss. arabes, ont été omis par les deux traducteurs hébreux.
(3) On sait que les rabbins prêtent au verset 126 du Ps. CXIX le sens que voici : Lorsque c'est le moment d'agir pour Dieu, il est même permis de transgresser la Loi, c'esl-a-dire on peut se permettre de violer quelques "préceptes secondaires lorsqu'il s'agit de consolider l'édifice religieux en général.