‹ Le guide des égarés; (volume 4)Chapitre 4 sur 80 · DIEU DE L’UNIVERS · texte numérisé non relu

DIEU DE L’UNIVERS

Les propositions dont on a besoin pour établir l'existence de Dieu et pour démontrer qu’il n’est ni un corps, ni une force dans un corps, et qu'il est un [que son nom soit glorifié!|, sont au nombre de vingt-cinq, qui, généralement démontrées, ne renferment rien de douteux; — (car) déjà Aristote et les péripatéticiens qui lui ont succédé ont abordé la démonstration de chacune d'elles (1), — Il y a (en outre) une proposition que nous leur accordons come concession @), parce que’ce sera le moyen de démontrer les questions dont 1l s’agit, comme je l’exposerai ; cette proposition, c’est l’éternité du monde.

PREMIÈRE PROPOSITION. — L’existence d’une grandeur infinie quelconque est inadmissible (3). ,

(1) Tous les mss. ar. portent Nn3 HMINS 09 JR ‘by. Ibn- Tibbon s’écarte un peu de l'original, en traduisant : n559 .… ny 25 179 N'IN bs by. La version d’Al-Harizi porte : n2 5y … p72 923 nn nnn 52.

(2) C'est-à-dire, que nous leur concédons provisoirement comme hypothèse; voy. ci-après la xxvi® proposition, et cf. t. [, pag. 350, note 1. à |

(3) Sur l'infini en général, voy. Aristote, Physique, Liv. IT, chap. 4-8; Métaph., Liv. HE, chap. 2; liv. XI, chap. 10. Aristote montre dans ces divers passages que, dans la nature, l’infiniment grand en acte, c'est-àdire létendue infinie, est inadmissible, et il n’admet en fait d'infini

DEUXIÈME PROPOSITION. — L'existence d’un nombre infini de

que linfiniment petit ou la divisibilité infinie de l’espace, qu’il désigne (ainsi que l’infinité du nombre abstrait) comme l'infini en puissance. Par conséquent, l'univers lui-même, qui est le corps le plus étendu, est hmité dans l’espace (voy. le traité du Ciel, liv.[, chap. 7, où Aristote dit en terminant : Ore LRÉY TOLVUY OÙX ÉGTL TO.GOLX TO TOÙ TUYTOS UTRELp0Y ÊZ TOUTOY pav:e0v). La démonstration la plus générale de cette première proposition est donnée dans la définition même du corps. Aristote fait observer qu'au point de vue logique (isy&s), l'existence d’un corps infini est inadmissible : car, si l'idée qu’on se fait du corps, c’est d'être limité par des surfaces, 1l ne peut y avoir de corps illimité ni pensé, ni sensible (zi y2p dre couutos }6yos To Ériméd® Gotrpévoy, oÙx Gv Elu cœUX UTELPOY, OÙTE VONTOY oùre œisOnrov. Physique, I, 5; Métaph., XI, 10). Au point de vue physique, Aristote montre que le corps infini ne pourrait être ni composé ni simple : 1° S'il était composé, les parties de la composition seraient ou infinies ou finies; or il est évident qu’elles ne sauraient être infinies, car l’infinité de chacune d’elles exclut nécessairement celles des autres; mais elles ne sauraient non plus être finies, car elles seraïent consumées par l’infini, et disparaïtraient complétement, devant lui. 2° Le corps infini ne saurait pas non plus être simple; car aucun des éléments, dont chacun a sa région déterminée, n’est infini, et il n’existe pas de corps sensible, en dehors des éléments, qui les réunisse tous, comme l'ont cru plusieurs physiciens. — Une autre preuve physique (qui se rattache en quelque sorte à la preuve logique) est celle-ci : « Tout corps sensible est dans l’espace. Les espèces et différences de l’espace sont : le haut et le bas, le devant et le derrière, ce qui est à droite et ce qui est à gauche. Ces distinctions n'existent pas seulement par rapport à nous et par la position, mais sont fondées dans le tout lui-même. Cependant elles ne sauraient exister dans l'infini. » (Voy. Physique, L. c. à la fin du chap. 5). Ibn-Sinâ et d’autres auteurs, arabes et juifs, ont multiplié les démonstrations des propositions énumérées par Maïmonide. Abou-becr-Mo’hammed al-Tebrizi, qui a fait un commentaire sur les vingt-cinq propositions, est entré dans de longs détails pour en démontrer la vérité. Cette 1" proposition a été démontrée par les Arabes de plusieurs manières différentes. Nous citerons ici une démonstration qui est empruntée à Ibn-Sinà : Soit la grandeur supposée infinie une ligne AB AN D 07; nôus pourrons supposer que cette ligne se prolonge à l'infini des deux côtés ou seulement d'un côté B. Dans ce dernier cas, figurons-nous que du côté fini on coupe une partie AC; nous aurons

grandeurs est inadmissible (1), si l'on veut qu’elles existent (toutes) simultanément ®),

alors deux lignes AB et CB, dont chacune sera infinie du côté B et finie de l’autre côté. Or, si nous appliquons le point C sur le point À, il arrivera de deux choses l’une : ou bien la ligne C8 se prolongera à l'infini comme la ligne AB, et alors nous aurons AB—AC—AB, ce qui est impos. sible, car la partie ne peut être égale au tout; ou bien la ligne CB se prolongera moins que la ligne AB, et alors elle sera finie du côté B, ce qui est contraire à l’hypothèse. Si la ligne AB est supposée infinie des deux côtés, on pourra la couper à un point quelconque, de manière à en faire deux lignes dont chacune sera infinie d’un côté et finie de l’autre, et la démonstration sera la même que celle qu’on vient de donner. Cf. Schahrestâni, pag. 403 (trad. allem., t. IT, pag. 295 et 296). — Nous ne pourrons pas reproduire les preuves alléguées pour chacune des propositions énumérées ici par Maïimonide, et nous devrons nous borner à indiquer les endroits d’où notre auteur a tiré ces différentes propositions. Ainsi qu’on le verra , elles ne sont pas toutes empruntées à Aristote, et plusieurs sont tirées des œuvres d'Ibn-Sinâ, qui, comme nous l’avons déjà dit ailleurs, sont la principale source à laquelle Maïmonide a puisé sa connaissance des doctrines péripatéticiennes. Sur cette première proposition et les deux suivantes, voy. aussi la 1° partie de cet ouvrage, chap. LXXII, 11° proposition, et les notes que nous y avons jointes (tom. 1, pag. 413 et 414).

(1) Cette seconde proposition énonce de la grandeur discrète ce qui, dans la première proposition, a été énoncé de la grandeur continue. L’infinité numérique en acte est aussi inadmissible que l’étendue infinie: car les unités qui composent la quantité discrète peuvent former toutes ensemble une quantité continue, et il est clair que, puisque cette dernière ne peut être infinie, la première ne saurait l'être davantage. On peut d’ailleurs, comme le fait observer le commentateur Schem-Tob, appliquer directement à cette proposition la démonstration que nous avons donnée de la première proposition, d’après Ibn-Sinâ. En effet, en diminuant d’un certain nombre d'unités la quantité discrète supposée infinie , le reste sera ou infini ou fini; or, s’il était infini, la partie serait égale au tout, ce qui est impossible ; s’il était fini, le tout serait également fini, ce qui est contraire à l'hypothèse.

(2) On a déjà vu que, selon notre auteur, l'inadmissibilité de l'infini par succession n’est pas démontrée. Voy. t. 1, pag. 414 et 415, et cf. ci-après à la 26° proposition.

TROISIÈME PROPOSITION. — L'existence d’un nombre infini de causes et d'effets est inadmissible, lors même que ce ne seraient pas des grandeurs; ainsi, par exemple, il est évidemment inadmissible que telle intelligence ait pour cause une seconde intelligence, cette seconde une troisième, cette troisième une quatrième, et ainsi de suite jusqu’à l'infini (1),

QUATRIÈME PROPOSITION. — Le changement se trouve dans quatre catégories : 1° dans la cagorie de la substance, et le changement dont est susceptible la substance, c’est la naissance et la corruption ; 2’ dans la catégorie de la quantité, et ici c’est la croissance et le décroissement ; 5° dans la catégorie de la qualité, ce qui est la transformation ; 4° dans la catégorie du lieu, cequi est le mouvement de translation ®); c’est à ce changement dans

(1) Gette proposition a été développée par Aristote, dans la Métaphysique, liv. Il, chap. 2, où il est montré en général que, dans les quatre espèce de causes, on arrive nécessairement à un dernier terme, et que ces causes ne peuvent se continuer à l’infini: AX& uév o7i y eativ dpyu vus 2ai OÙX UTSLPA TO UITLG TOY OVTwY, oÙT els EVOUwpIHY OÙTE zar' et006 » do, . t. ). Cf. le tome I de cet ouvrage, pag. 313, note 1.

(2) Voy. Aristote, Métaphysique, Div. XIF, chap. 2 : Eï 0 ai perau6ohut TÉTTUOES, À RATE To Ti N XUTU TO ToL0Y N TOT0Y À Fo» ni JÉVES JLEV N Ur \û xai pOopa ñ rura TOds, aUËnots dE rat wDiais à rar TO Tocov, KAloiwat dË É X0T TO TuÛos, pnpu de n zuTu TOTOY, Elc ÉVUVTIMTELS Un ets roc 200 Era roy ai perubohai, x. t. ). Cf. Physique, Liv. HT, chap. 1 : Mera6dder yap ro peTaBalloy Get à zur’ oÙciav, à xuTk rordv, à xuT0 rouùv, à 2474 Toro. On voit que par changement (uzzao%), il faut entendre le passage mutuel des opposés l’un à l’autre, et 1l ne faut pas le confondre avec l’idée de mouvement, qui, comme le dit Aristote ailleurs, ne s'applique qu'aux catégories de la quantité, de la qualité et du lieu, et non pas à celle de la substance. Voy. Physique, Liv. V, à la fin du chap. 1, et au commen cement du chap. 2. Cf. le traité de l’Ame, liv. T, chap. 3, $ 3, où Aristote parle de quatre espèces de mouvement, qui, au fond, n’en forment que trois, appartenant à trois catégories, savoir : vop&, à la catéyorie du lieu, &oiacris, à Celle de la qualité, ofires OL «dEnais à celle de la quantité. Cependant, dans les six espèces de mouvement (awässw<) énumérées au commencement du chap. 14 des Catégories, Aristote comprend aussi la génération et la corruption (yévscs #ai #0opé), qui s'appliquent à la caté-

le lieu que s'applique en particulier le (terme de) mouvement (). CINQUIÈME PROPOSITION. — Tout mouvement est un changement et un passage de la puissance à l'acte ).

SIXIÈME PROPOSITION. — Les mouvements (3) sont tantôt essentiels (ou dans la chose en elle-même), tantôt accidentels, tantôt dus à la violence, tantôt partiels, et (dans ce dernier cas) c’est

gorie de la substance. Les quatre autres sont : l'augmentation (abEnsis), la diminution (usiwois bios), la transformation [xNoiwors) et le changement de lieu (zur rôroy perafow); les deux premières espèces sont relatives à la catégorie de la quantité, la troisième à celle de la qualité, et la quatrième à celle du lieu. On voit que ce passage des Catégories correspond exactement à celui de la Métaphysique, et qu'Aristote y a pris le mot «incts dans le sens plus étendu de p:ru6ori. Cf. ci-après, note 2.

(1) On à vu dans la note précédente qu’en général les changements dont il est ici question, à l’exception du premier, sont aussi désignés comme mouvements; mais ce n’est que parce qu’au fond tous ces différents changements sont en quelque sorte un mouvement local : +äsue yap ai heyOsiour rivnasts és rome (Traité de l'Ame, l. c.); ainsi, par exemple, dans la croissance et le décroissement, on peut attribuer aux différentes parties du corps un mouvement local. Cf. ci-après la 14° proposition. — Toutes les éditions de la version d’Ibn-Tibbon ajoutent ici les mots: 0653 pin Su bp, et aux autres changements (il s’applique) en général; les mss. de la version n’ont point cette addition. Cf. au commencement du chap. FE.

(2) L'auteur reproduit ici la définition qu’Aristote donne du mouvement. Et ici, le mot mouvement embrasse toutes les espèces de changements dont parle la proposition précédente ; aussi bien le changement de la naissance et de la corruption, qui se fait instantanément et pour ainsi dire sans mouvement, que les autres changements , qui se font peu à peu et par un véritable mouvement. Dans ce sens donc, le mouvement est le changement qui peut être désigné, de la manière la plus générale, comme le passage de la puissance à l'acte. Voyez Aristote, Physique, Liv. NI, chap. 1 : Qore wicows rai perubolñs Éatir ddr rooadre Gc4 TOÙ OYTOs * dtnpnuévou dE za9 EzaoToy yévos ToÙ pév Évrehsyeta Tod dé Juve, n ToÙ duvet OYToS ÉVTEEYELG y ñ TOLOÜTOV, YÉVNOLS ÉGTIV y %. Te Je CF. Métaphysique, liv. XI, chap. 9.

(3) L'auteur parle ici du mouvement par excellence, c’est-à-dire du mouvement local.

w 8 DEUXIÈME PARTIE. — INTRODUCTION.

une espèce de (mouvement) accidentel. Essentiels, comme la translation du corps d'un endroit à un autre; accidentels, comme on dirait (par exemple) de la noirceur qui est dans tel corps, qu’elle s’est transportée d’un endroit à un autre ; dus à la violence, comme lorsque la pierre se meut vers le haut par quelque chose qui l’y force; partiels, comme le mouvement du clou dans le navire : car lorsque le navire se meut, nous disons aussi que le clou se meut. Et ainsi, toutes les fois qu’une chose composée s2 meut tout entière, on dit aussi que sa partie se meut (1), SEPTIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui subit le changement est divisible @); c’est pourquoi tout ce qui est mù est divisible et est

(1) Les différentes distinctions que l’auteur fait ici dans le. mouvement local sont empruntées à Aristote, et doivent servir à montrer que tous les mouvements particuliers, quels qu'ils soient, ont leur source dans un premier mouvement éternel dont ils dépendent. Ce qui est mü, dit Aristote, l’est ou en soi-même (244° «vro) ou accidentellement (zara cuu6:6n10s). Dans ce qui est mû accidentellement, il distingue des choses qui pourraient aussi être mues en elles-mêmes. comme par exemple les parties du corps animal et le clou dans le navire, et d’autres choses qui sont toujours mues accidentellement, comme la blancheur (dans le corps) et la science (dans l'âme) ; car celles-ci ne changent de place qu'avec la chose dans laquelle elles se trouvent. Enfin, daus ce qui est mû en soi-même, il distingue encore ce qui est mû par soi-même et ce qui l'est par autre chose, ce qui est mü naturellement et ce qui l’est par violence el contre nature (Bi ai ruoù wow). Voy. Aristote, Physique, lv. IV, chap. 4, etliv. VINS, chap. 4; cf. le traité de l’Ame, Uv. IF,

chap. 3 (K2et 3), et le traité du Ciel, lv. HT, chap. 2.

(2) Voy. Aristote, Physique, liv. VI, au commencement du chap. 4 : To 0 pzraf))os Gray Gyäyrn dieroerov ever. La démonstration donnée par Aristote peut se résumer ainsi : Tout ce qui subit un changement passe d'un état de choses à un autre; il ne peut être un seul instant dans aucun des deux états, car alors il ne changerail pas; mais 1l ne peut pas non plus être dans l’un des deux états, car alors ou il ne changerait pas encore, ou il serait déjà changé. Il faut donc nécessairement qu’il soit en partie dans l’un et en partie dans l’autre, et par conséquent il est divisible.

nécessairement un corps (1). Tout ce qui n’est pas divisible n’est

point mû (), et, par sara ne peut nullement être un COTpS.

HUITIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est mù accidentellement sera nécessairement en repos, SOn mouvement n'étant pas dans son essence; C'est pourquoi il est impossible qu'il acocmsse perpétuellement ce mouvement accidentel (3). nil

(1) La cinquième proposition établit que tout mouvement est un changement; par conséquent, tout ce qui est müù subit le changement et est nécessairement divisible. Aristote, qui avait déjà établi la divisibilité de l'étendue, du temps et du mouvement (cf. le tome 1 de cet ouvrage, p. 380, note 2), montre, au chap. cité dans la note précédente, que la divisibilité doit s'appliquer aussi à ce qui est mü : Érei dé my ro xuopevov Év Tue auveîTue xui YpOVOY TUVG, RU TauvrOs ÉGTL ALVNOUS, Gvaryzn Ts aÙTas eivai Oimtpicers To Té Ypovou rai Ts xLYÂTEU, ai v05 zuwestolar, 2œi Toù #ivouuévor, ai êv © à aivnais, x. TX CF. Liv. VIII, chap. 5 (éd. Bekker pag. 257 a, lig. 33): Avayzaïoy dn +0 xuvoduevoy Grav elour diuuperdv eïs Gi OLULGETR 5 He Ts À

(2) Comme, par exemple, le point géométrique et l'intelligence, qui n’ont point de mouvement essentiel, mais seulement un mouvement accidentel. Cette thèse, que l’auteur ajoute ici comme corollaire, est une conséquence nécessaire de ce qui précède. Cependant Aristote est entré dans quelques détails pour démontrer que l’indivisible est immobile en lui-même, et n’a qu’un mouvement accidentel, et il fait observer notamment que si l’on admettait le mouvement du point, on arriverait par là à établir que la ligne est composée de points et le temps de petits instants où de moments présents (èz r&» vüv), ce qui est faux. Voy. Physique, liv.VI, chap. 10, au commencement : Aëyousv dre rù auspès où Evdé= qetar muvsioôzr my zarx auupéebnxds, #. Tr. }. Et plus loin : oz’ oùx èvde- HET To Guespès zlvsto0œ oùd nlwe perTubd}ke, #e Te À.

(3) Cette proposition , énoncée d’une manière trop concise, a été trouvée obscure, et, prise dans un sens absolu, elle a rencontré des objections (voir le commentaire de Moïse de Narbonne). Voici comment elle doit être entendue : Toute chose qui n’a pas en elle-même le principe de son mouvement, mais à laquelle un mouvement accidentel est imprimé par une cause extérieure qui peut cesser d’exister, sera nécessairement en repos quand cette cause cessera, comme par exemple le passager d’un navire, qui n’est mù que parce qu'il est accidentellement dans une

NEUVIÈME PROPOSITION. — Tout corps qui en meut un autre

chose en mouvement, qui peut cesser de se mouvoir (cf. Aristote, de l’'Ame, liv. I, chap. 3, $ 2). Ce qui prouve que Maïmonide entend ainsi cette proposition, c’est que plus loin, au commencement du chap. I, en démontrant que le premier moteur ne saurait être considéré comme l’âme de la sphère céleste, il applique cette VIIL- proposition à âme humaine, qui est mue accidentellement avec le corps par une cause extérieure, soit en cherchant ce qui lui est convenable, soit en fuyant ce qui lui est contraire. C’est donc à tort que le commentateur arabe Al- Tebrizi objecte à cette proposition de Maïmonide qu’il y a certains mouvements qui, quoique accidentels, n’en sont pas moins perpétuels, comme, par exemple, le mouvement diurne de lorient à l’occident, imprimé par la neuvième sphère aux huit sphères inférieures, et qui est contraire à leur mouvement propre et essentiel, de loccident à l’orient; ou comme le mouvement circulaire de la sphère du feu et des autres éléments, dont le mouvement essentiel est en ligne droite (cf. le t. [ de cet ouvrage, p. 357-359). Il est évident que ces mouvements accidentels, ayant pour cause un mouvement essentiel et perpétuel, doivent être eux-mêmes perpétuels. La proposition aont il s’agit ici paraît se rattacher à un passage du traité du Ciel (iv. f, fin du chap. 2), où Aristote établit qu’au-dessus des quatre éléments qui, par leur nature, ont un mouvement en ligne droite, il y a une substance simple d’une autre nature qui a le mouvement circulaire. Or, fait-il observer, ce mouvement doit être inhérent à la nature de cette substance ; car il serait étonnant et tout à fait irraisonnable que ce mouvement, qui seul est continuel et éternel, püût être contre nature, puisqu'en général ce qui est contre nature est promptement détruit : Ei dé rapc PUGLY PÉPETUL TU PEpÔEVX AVR TAY REpié vopuv, Daunaoroy al ravrehüs &)07y0v TO H0YNY ELV&L GUVEYA TAUTAY TAY XVNGLY HG &tÔLoY, oÙTav RAPO Pia * paivetTar yap y ye Tois dors TuyioTa pÜsupouEYX TA Top pUGLV. La version arabe qui rendait les mots contre nature (rapa puauw) par accidentel, explique mieux Les termes de la proposition de Maïmonide. Voici comment le passage que nous venons de citer a été paraphasé dans le commentaire moyen d'Ibn-Roschd, de Cœlo et Mundo, Liv. 1, summa IV; demonstrai. 5 (vers. hébr.) :

mans Dbnn Nô JUN 90 NA DNA APINA NNTE NY nn 2 DNS NANEL NY IDP1 NNPD IN my230 0011 mit mt npynws 79 Db9N PR NITIDN NLDNE IWEN ÔN NPD DIR 052 DDDA DAT DINNT TN 2 WPn 22) MNUT

ne se meut qu’en étant mû lui-même au moment où il meut (1),

DixIÈME PROPOSITION. — Tout ce dont on dit qu'il est dans un corps est de l’une de ces deux classes ©) : c’est ou bien quelque chose qui subsiste par le corps, comme les accidents, ou bien quelque chose par quoi le corps subsiste, comme la forme physique &'; dans les deux cas, c’est une force (qui est) dans un corps (4),

«Ce mouvement circulaire, qui s’accomplit autour du centre, est nécessairement ou naturel ou accidentel à ce (cinquième) corps. Or, il est inadmissible qu’il soit accidentel, car Le mouvement accidentel ne saurait être perpétuel et sans fin ; supposer cela serait tout à fait irraisonnable, car nous voyons que les choses accidentelles cessent et périssent. »

Cf. la version latine des OEuvres d’Aristote avec les comment. d’Averroës, édit. de Venise, t. V, 1550 , in-fol. , fol. 6 c et 126 c. — Ibn- Falaquéra (Moré ha-Moré , p. 67) indique, pour cette VIII proposition, le même passage d’Aristote.

(4) Cette proposition a été longuement développée par Aristote, qui, pour établir l'existence d’un premier moteur non müû, montre que ce qui meut, si ce n’est pas le premier moteur lui-même, ne peut être qu'une cause intermédiaire de mouvement, qui est nécessairement mue elle-même par une autre cause. 11 s’ensuit naturellement que le corps physique ne peut communiquer le mouvement à un autre corps qu'en étant mû lui-même. Voy. Phys., iv. VIH, chap. 5 ; cf. Métaph., Uv. XI, chap. 6.

(2) Littéralement : se divise en deux parties.

(3) C'est-à-dire, la forme qui constitue le genre ou l'espèce, et qui fait qu’une chose est ce qu'elle est. Cf. t. 1, p. 398 , et ibid. , note 1.

(4) C'est-à-dire : ce qu’on appelle une force dans un corps peut être ou bien un accident, comme par exemple la chaleur et la froideur dans les corps qui, par leur nature, ne sont ni chauds ni froids, ou bien une forme physique , comme p. ex. la chaleur ou la nature ignée du feu , ou la froideur de la glace. Le mot #.$ (puissance), que les philosophes arabes emploient dans les divers sens qu’Aristote attribue au mot Süvems, doit êlre pris 101 non pas dans le sens de possibilité ou facullé d'être opposé à l'acte (évépys1æ), mais dans son sens primitif et absolu qu’Aristote définit comme « le principe duquel émane le mouvement ou lechangement produit dans une autre chose en tant qu'autre chose » (Métaph., Hv. V, chap. 12, commencem. et fin), ou en d’autres termes dans le sens de force ou de facullé agissante. Cette force peut se trouver en dehors du

OxZÈME (1) PROPOSITION. — Certaines choses qui subsistent par le corps se divisent par la division du corps, et sont, par conséquent, accidentellement divisibles, comme, par exemple, les couleurs et en général les forces répandues dans tout le corps: De même, certaines choses qui constituent l'être du corps ne se divisent en aucune manière, comme l’âme et l'intelligence P).

DOUZIÈME PROPOSITION. — Toute force qui se trouve répandue dans un corps est finie, parce que le corps (lui-même) est fini ().

corps sur lequel elle agit, ou dans ce corps même; et dans ce dernier cas, c’est une force dans un corvs.

(1) Les mss. portent ici et dans les propositions suivantes 7#y ; nous avons écrit plus correctement N'w D.

(2) Voici le sens plus précis de cette proposition : parmi les accidents ou les qualités qui ne subsistent que dans le corps, il ÿ en a qui se divisent avec le corps, comme p. ex. la chaleur d’an corps chaud ou la coujeur inhérente à un corps; car chaque parcelle du corps conserve la même chaleur et la même couleur. D'autres ne suivent pas la division du corps, comme p. ex. la figure, qui ne reste pas toujours la même quand le corps est divisé. D’autre part, même parmi les choses qui constituent ou achèvent l'être du corps, il y en a qui ne sauraient se diviser en aucune façon, ni en réalité ni même dans la pensée, et telles sont notamment l’âme rationnelle et l'intelligence ; d’autres, comme certaines formes physiques, se divisent avec le corps auquel elles appartiennent.—Par

‘âme et l'intelligence, l’auteur entend non-seulement l’âme rationnelle de

l’homme et l'intellect hylique, mais aussi les âmes des sphères célestes et l'intelligence par laquelle elles conçoivent le but particulier de leur mouvement ; car on verra plus loin (chap. IV) que l’auteur, d’après la théorie d’Ibn-Sinâ, attribue aux sphères célestes non-seulement une âme , mais aussi une pensée qui leur est inhérente, et qu’il ne faut pas confondre avec les intelligences séparées objet du désir de leurs sphères respectives, et qui en détermine le mouvement.

(3) Aristote, après avoir établi que le premier moteur n'est point mû, veut montrer qu’il n’a ni parties ni étendue. Partant de cette proposition déjà démontrée qu'il n’y a pas détendue ou de grandeur infinie, il montre que le premier moteur ne saurait être une grandeur finie, car le mouvement qui émane de lui étant infini, il s’ensuivrait que dans une grandeur finie il peut y avoir une force infinie; or, cela est impossible, car la force infinie devrait produire son effet dans un temps moindre que

TREIZIÈME PROPOSITION. — Rien dans les différentes espèces de changement W) ne peut être continu, si ce n’est le mouvement de translation ®), et dans celui-ci le (seul mouvement) circulaire (). |

QUATORZIÈME PROPOSITION. — Le mouvement de translation est

celui qu'il faudrait à toute force finie pour produire le même effet, c’està-dire la force infinie produirait son effet dans un rien de temps ou instantanément, ce qui est inadmissible, car toute transformation se fait dans un certain temps. Dira-t-on que la force infinie aussi produira son effet dans un certain temps? Mais alors on pourra trouver une force finie qui produira dans le même temps le même eflet, et il s’ensuivrait que cette force finie serait égale à une force infinie, ce qui est impossible. Telle est en substance la démonstration par laquelle Aristote établit que dans une grandeur finie il ne saurait y avoir une force infinie. Voy. Physique, liv. VIT, chap. 40 (édit. Bekker, P- 266 a) 2 otre d ohwe oÙùx évdéyeTar y rimepacpéve peyéder Gmeupoy sivur OUvaprv, x ToYde Ondov, #. Te À.

(4) Voy. ci-dessus la IVe proposition.

(2) Les trois premières espèces de changements énumérées plus haut (propos. IV) indiquent toutes le passage d’un état à un autre état opposé; or, les deux états opposés sont nécessairement séparés l’un de l’autre par -un intervalle de temps, et par conséquent le changement n’est point continu. Rien de semblable n’a lieu dans la quatrième espèce de changement , ou dans le mouvement local, qui seul peut être continu. Voy. Arist., Phys., Liv. VIT, chap. 7 (p. 261 a) : ôre pêv oùv r@v &Xwv xuwnoewy oùdeuiay ÉvdÉyETUL oUVEyA ElUI, ÊR TOVÔE PAVEPOY. Âraout yap èë äyriremuévoy sig dvrursipeva eiour ai auaets rat erabokai, ». +.) Cf. ibid., liv. V, chap. 4 (p. 228 a, D): Keïror yüp vo œuveyés, Ov Ta Écyxra Ev…. Foldai oùv at où uiæ n xivnots, Ov Écriy npeuia peraëv,

(3) Dans le mouvement local lui-même, il n’y a que le mouvement circulaire qui soit réellement continu ; car le mouvement en ligne droite, ne pouvant pas se continuer à l'infini. aura nécessairement un point d’arrêt d'ou il se tournera, pour prendre une autre direction , ou pour revenir dans la direction opposée. Voy. ibid. , liv. VII, chap. 8, au commencement : Ürt d'évdsyetur elvai Tiva GmEtpoY, piuy eÙcav xaL GUVEYR, xœt

aÜrn Ésriv 9 xUrxÂMS, Jéyomer vUy... Cru ÔE To p:pouevoy Ty evOetuy rat rérepuopéves où péparar ouveys, Jahor. AvanduntTes Jhp, To Ÿ GvuxGurTow Tv eUOelay Tac ÉVUYTIAS YIVELTOL HIVNGELS. Voy. aussi Métaphys., liv. XIT, Chap. 6, où notre proposition est énoncée en ces termes : Kivnoes d'oux dt ousyus WAX A n xuTX TOmOV, ra TAUTAG à AÜAÀWe

antérieur à tous les mouvements et en est le premier (1) selon la nature; car (même) la naissance et la corruption sont précédées d’une transformation ; et la transformation (à son tour) est précédée d’un rapprochement entre ce qui transforme et ce qui doit être transformé; enfin, il n’y a ni croissance, ni décroissement, sans qu'il y ait d’abord naissance et corruption (®).

(1) Les mss. portent RASNY au masculin, au lieu de RMNOINT.

(2) Dans cette proposition, l’auteur établit qué le mouvement local (bien entendu celui qui, dans la proposition précédente, a été désigné comme le seul qui soit continu) ést antérieur selon la nature à tous les autres mouvements et changements; et par antérieur selon la nature À faut entendre, conformément à la définition d’Aristote (Métaph., iv. N, chap. 11), ce qui peut être sans que d’autres choses soient, mais sans quoi d’autres choses ne peuvent pas être. Les termes de cette proposition sont puisés dans la Physique d’Aristote, Liv. VIIT, chap. 7 (cf. liv. VIT, chap. 2), quoique l’auteur , ce me semble, ne suive pas strictement le raisonnement du Stagirite. On a vu plus haut, p. 6, note 2, que selon Aristote, l’idée du mouvement s'applique aux catégories de la quantité, de la qualité et du lieu. Or, dit-il, de ces trois espèces de mouvement , celle du lieu est nécessairement la première : caril est impossible qu'il ÿ ait croissance sans qu’il y ait eu d’abord transformation. La transformation est le changement en ce qui est opposé; mais lorsqu’il y a transformation, il faut qu’il y ait quelque chose qui transforme et qui fasse, par exemple, que ce qui est chaud en puissance devienne chaud en acte. Or il est évident que le mobile de cette transformation est tantôt plus près tantôt plus loin de la chose à transformer, et que la transformation ne saurait se faire sans mouvement local; celui-ci, par conséquent, est le premier d’entre les mouvements. Plus loin, Aristote établit par d’autres preuves que le mouvement local, bien qu’il soit le dernier qui se développe dans les êtres individuels de ce monde, est le premier dans l'univers et précède même la naissance (yévecus) de toutes choses, laquelle est suivie de la transformation et de la croissance (uer& qap To yevécôar rpotor aNoiwors zut adEnos ; Phys., VIT, 7, pag. 260 b, lig. 32). On pourrait s'étonner d’abord que Maïmonide place la transformation avant la naissance et la corruption; mais il paraît que notre auteur considère la transformation à un point de vue plus général, c’està-dire non-seulement par rapport à la catégorie de la qualité, comme dans la IVe proposition, mais aussi par rapport à la naissance, qui est

QUINZIÈME PROPOSITION. — Le temps est un accident qui accompagne le mouvement et qui lui est inhérent (), et aucun des deux n’existe sans l’autre ; un mouvement n’existe que dans un temps, et on ne saurait penser le temps qu'avec le mouvement. Par conséquent, tout ce pour quoi 1l n'existe pas de mouvement (?) ne tombe pas sous le temps.

SEIZIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est incorporel n’admet

elle-même en quelque sorte une transformation de la matière par la forme, transformation qui s’opère par un ageñt plus ou moins éloigné, qui a besoin de se rapprocher de la matière à transformer. C’est aussi dans ce sens qu'Ibn-Roschd explique le passage de la Physique. Voy. les OŒEuvres d’Aristote avec les Commentaires d’Averroès, édit. in-fol., t. IV, fol. 180 c : « Deinde dicit : Et manifestum est quod disposilio motoris tunc non currit eodem modo, sed forte quandoque erit propinquior allerato et quandoque remotior, etc. Id est, et quia primum alterans quod non alteratur, non alterat semper, sed quandoque, necesse est ut non habeat se cum alterato in eadem dispositione, sed quandoque appropinquetur ei, et alteret , et quandoque removeatur, et non alteret : et propinquitas, et distantia non est, nisi per translationem : ergo translatio præcedit naturaliter alterationem, scilicet quod , cum utraque fuerit in actu : deinde alterans alteravit, postquam non alterabat : necesse est ut alterum moveatur in loco aut alterans, aut alteratum, aut utrumque. Si autem alterum fuerit generalum, aut utrumque, et posuerimus hoc esse causam ejus, quod quandoque alterat, et quandoque non, manifestabitur quod translatio debet prœcedere eodem modo, cum alleralio etiam præcedat generationem; generalio enim aut est alteratid aut sequitur alterationem. »

(1) I est, comme s'exprime Aristote, quelque chose du mouvement (=üs xwñssos ri). VNoy. sur cette proposition le t. I de cet ouvrage, p. 199, note 1, et p. 380, note 2.

(2) C'est-à-dire, tout ce qui n'est pas mü, mais qui est lui-même la cause du mouvement, ou en d’autres termes tout ce qui est en dehors de la sphère céleste, comme Dieu et les intelligences séparées. Voy. Arist., traité du Ciel, liv. 1, chap. 9 : Auœ 08 dñdov or od08 rôros oùë

, Y ‘ se , = , 9» + xevoy où0ë ypovos Égriv SÉw ToÙ oÙpuvoÙ..... HIVNOIS Ô HVEU DUGIXOÙ GHUATOS » ee Es , Û 0" ? , , oÙx Ecriv * Ebu dé Tod oÙpayod dédernTar TL oùT eoTiV oÙT ÉvdéyerTa ysvéc Or ue . F æ € \ copa, #. 7. Le Cf. Phys., LV. IV, chap. 12 : Qoz: puvspôy der +2 si ovru

cc [NE À 0 # ’ L] , n Gel OVTU, OÙ EGTIV ÉV POV, He Te de

point l’idée de nombre (); à moins que ce ne soit une force dans un corps, de sorte qu'on-puisse nombrer les forces individuelles en nombrant leurs matières ou leurs sujets @?. C’est pourquoi les = choses séparées, qui ne sont ni un corps, ni une force dans un ; corps, n’admettent aucunement l'idée de nombre, si ce n'est (dans ce sens) qu'elles sont des causes et des effets les unes des autres) (3). w

Dix-SEPTIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui se meut a nécessairement un moteur (#. Ou bien il a un moteur en dehors de lui, comme la pierre que meut la main; ou ee il a son moteur dans lui-même, comme le corps de l’animal 5), Ce dernier est composé d’un moteur et d'une chose mue; c’est pourquoi, lorsque l’animal meurt, et qu'il est privé du moteur, qui est l'âme, la chose mue, qui est le corps (6), tout en restant telle qu’elle était, cesse aussitôt d’avoir ce mouvement (7), Mais, comme le moteur qui existe

(4) Littéralement : Dans tout ce qui n'est pas un corps on nè saurait pénser la numération… Cf. Arist., Métaph., liv. XII, Chap. 8 : AY êga &pi- TUO modÂXs, Unv Eyes, %e Ta de

(2) C'est-à-dire, les différentes matières ou les sujets dans lesquels elles se trouvent. | |

(3) Voy. le t. I de cet ouvrage, p: 434, et sbid., notes 2, 3et4, et ci-après , au commencement du chap. I, pag. 31, note 2. De

(4) Voy. Arist., Phys., liv. VIL, chap. 1 : Arav r0 zuvovgevoy üvdyxn dr0 tuvos wivetoQur. Aristote démontre cette proposition en argumentant surtout de la divisibilité infinie de ce qui est mû (Voy. la VHS propos.), qui ne permet pas de s'arrêter à une partie quelconque de la chose mue pour y voir le principe moteur de l’ensemble; d'où il s'ensuit que ce moteur est nécessairement autre chose que l'ensemble de la chose mue. Cf. Liv. VIH, chap. 6, vers la fin. dé

(5) Voy. Arist., Phys., iv. VILE, Chap. 4. Aprés avoir distingué ce qui est mû accidentellement avec autre chose de ce qui est mû en lui-même (240° airo), Arisiote ajoute : Tév dé 240” aûré ra pêv Vo” Éauroo rx d’ Ün &NIOU... muveirur yép To EG œÜTo dp avTou, #. Te À

(6) Au lieu de 1Di5R, qui Jean mieux le Corps inanimé, quelques mss. ont DDÏN. Er

(7) C'est-à-dire , le mouvement local qui Pre venait de l’âme.

dans la chose mue est occulte et ne se manifeste pas pour les sens, on s’est imaginé que l’animal se meut sans moteur. Toute chose mue, qui a son moteur en elle-même, est dite se mouvoir d'elle-même 4); ce qui veut dire que la force qui meut essenhellement ce qui en est mü se trouve dans son ensemble (), Dix-HUITIÈME PROPOSITION. — Toutes les fois que quelque chose passe de la puissance à l’acte, ce qui l'y fait passer est autre chose que lui, et nécessairement est en dehors de lui @) : car, si ce qui fait passer (à l’acte) était dans lui, et qu’il n’y eût là aucun empêchement, il ne resterait pas un instant en puissance, mais serait toujours en acte (). Que si, cependant, ce qui fait passer une chose (à l’acte) élait dans elle, mais qu’il y eû existé un

(1) Les mots arabes MNDUN 1, du côlé ou de la part de lu:-même correspondent aux mots grecs ÿy” éœutoÿ.

(2) En d’autres termes : que la force motrice qui lui est inhérente, et par laquelle une partie quelconque du corps mû reçoit un mouvement essentiel et non pas accidentel (comme par exemple le mouvement que recevrait la main par une impulsion extérieure), réside dans l’ensemble de ce corps.

(3) Cette proposition résulte de la combinaison des propositions V et XVII. Le mouvement ayant été défini comme le passage de la puissance à l'acte (voy. Phys., HI,-1 et 2; Métaph., XI, 9), et tout mouvement supposant un moteur qui est autre que la chose mue, il s’ensuit que toute chose en puissance a besoin d’une impulsion extérieure pour passer à l’acte. La puissance est une faculté d'agir ou une faculté de recevoir l’action (cf. Métaph., IX, 1); dans les deux cas, la puissance ne passe à l’acte que par quelque chose qui lui vient du dehors. Ainsi par exemple l'artiste, qui a la faculté de produire une œuvre d’art, a besoin d’une matière extérieure pour réaliser cette faculté, et de même, le bronze, qui a la faculté de devenir une statue, a besoin, pour que cette faculté se réalise, du travail de l'artiste.

(4) Ainsi, par exemple, ce qui est d’une légèreté absolue, comme le feu, ou d’une pesanteur absolue, comme la terre, a non-seulement la faculté de se mouvoir l’un vers le haut, l’autre vers le bas, mais cette faculté ou puissance est toujours en acte, à moins qu’il n'existe un obstacle qui empêche le mouvement naturel et nroduise un mouvement contraire.

2e it,

to

empêchement qui eût été enlevé, il n’y a pas de doute que ce qui a fait cesser l’empêchement ne soit ce qui a fait passer celte puissance à l'acte (1). Tâche de bien comprendre cela Ÿ). Dix-NEUVIÈME PROPOSITION. — Toute chose dont l'existence a une cause est, par rapport à sa propre essence, d’une existence possible ®) : car, si ses Quees sont présentes, elle existera (4) ;

(1) Si, par exemple, quelqu'un retire une colonne qui soutient une chose pesante , de manière que cette chose tombe , on peut dire en quelque sorte que c’est lui qui a fait tomber la He en enlevant l’obstacle qui empêchait la pesanteur de suivre sa loi naturelle. Voyez Arist., Phys., liv. VI, fin du chap. 4. Cf. Maïmonide, III° partie de cet ouvrage , Chap. 10.

(2) Littéralement : et comprends cela. Les commentateurs font observer que l’auteur ajoute ici ces mots à cause de la grande portée de cette proposition, qui semble renverser le dogme de la création : car Dieu étant l’énergie absolue toujours en acte, et rien ne pouvant mettre obstacle à son action, il n’a pu, à un Hient donné, créer le monde, ou passer de la puissance à l’acte. Voyez sur cette question, le chap. XVIII de cette Ile partie.

(3) Cette proposition et les deux suivantes sont empruntées à Ibn-Sinä, qui le premier a fait, dans l’idée d’étre nécessaire (cpposé au possible absolu, qui naît et périt) , cette distinction entre ce qui est nécessaire en lui-même ou le nécessaire absolu, et ce qui est nécessaire par autre chose, étant par sa propre essence dans la catégorie du possible. De la deuxième espèce sont, selon Ibn-Sinà, les sphères célestes, dans lesquelles on distingue la puissance et l'acte, la matière et la forme, et qui ne tiennent la qualité d’étres nécessaires que de leur rapport avec la cause première, ou Dieu. Ibn-Sinâ s’écarte, sous ce rapport, d’Aristote, qui étend expressément l’idée d’être nécessaire à ce qui est mû éternellement, ou aux sphères célestes, lesquelles, dit-il, ne sont point en puissance et n’ont pas de matière proprement dite, c’est-à-dire de

matière sujette à la naissance et à la destruction. Voy. Métaph., 1. IX, , chap. 8 : OÙdéy Gp Tov GpHa LT ar) uvde Ectiy Ov unr@e oÙdE TOY £Ë Urdyans 0TOYV, at Tor TuÜtTa mpéTu.... Ô10 Ge évepyet Atos xui GoTpa AK clos 6 ovpuvos, x. =. 2. Cf. Traité du Ciel, 1, 2. Ibn-Roschd a combattu la théorie d’Ibn-Sinà dans plusieurs endroits de ses ouvrages. Cf. mes Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 358-359.

(4) Ibn-Sinâ donne pour exemple le nombre quatre,qui n’existe qu’en

mais, si elles n'ont jamais été présentes, ou si elles ont disparu, ou enfin, si le rapport 4) qui rendait nécessaire l'existence de la chose est changé, elle n’existera pas.

VINGTIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est d’une existence nécessaire, par rapport à sa propre essence, ne tient son existence, en aucune façon, d’une cause quelconque ().

VINGT ET UNIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est un composé de deux idées différentes a nécessairement, dans cette composition même, la cause (immédiate) de son existence telle qu’elle est, et, par conséquent, n’est pas d’une existence nécessaire en lui-même : car il existe par l'existence de ses deux parties et de Jeur composition (3),

vertu du nombre deux pris deux fois, et qui, par conséquent, cesse d'exister dès que le nombre deux, qui est sa cause, n’existe plus. Voy. Schabrestäni, p. 373 (tr. all., t. II, pag. 250), et A!-Nadjäh, Métaph., au commencement du livre II, p. 62.

(4) C’est-à-dire, le rapport entre la cause et l'effet, ou la condition nécessaire sous laquelle seule telle cause produit tel effet. « Toute chose, dit Ibn-Sinâ (1. c.), dont l’existence est nécessaire par autre chose est en elle-même d’uneexistence possible : car la nécessité de son existence dépend d’un certain rapport (&xws), où l’on considère autre chose que l'essence même de la chose en question. » Ainsi, par exemple, le soleil ne devient la cause du jour pour une partie de la terre que lorsqu'il se trouve dans une certaine position vis-à-vis de cette partie.

(2) C'est-à-dire : il n’a ni une cause extérieure , ni même une cause intérieure, qui supposerait une composition. Voy. la propos. suiv.

(3) IL est évident, et l’auteur y insiste très souvent (Voy., dans le t. T, les chapitres sur les attributs, et ci-après, ch. 1), que l’être absolu et nécessaire ne saurait être composé de deux choses différentes, et que la pensée ne saurait même pas y distinguer deux idées différentes, ou deux choses intelligibles. Par conséquent, toute existence qui se présente, dans notre pensée, comme un composé de deux idées, comme par exemple matière et forme, ne saurait être, telle qu’elle se présente, nécessaire en elle-même, puisqu’elie est, tout au moins pour la pensée, le résultat d’une composition : car, comme le fait observer Ibn-Sinâ, il est impossible d’admetire que le tout soit, par son essence, antérieur aux parties, mais il est ou postérieur, ou ensemble avec elles, Voy. 4!-Nadjâh, L. c., p. 63, ligne 9. |

ViNGT-DEUXIÈME PROPOSITION. — Tout corps est nécessairement composé de deux idées différentes et est nécessairement affecté d'accidents. Les nu idées qui en constituent l’être sont sa matière et sa forme (1); les accidents qui l’affectent sont la quantité, la figure et la ado (2),

VINGT-TROISIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est en puissance, de manière à avoir dans son essence même une certaine possi-

bilité, peut, à un certain moment, ne pas exister en acte ($).

(1) Les idées de puissance et d’acte , de matière et de forme, sont si familières aux péripatéticiens, que la proposition dont il s’agit ici n’a pas besoin d’explication. 11 faut faire remarquer seulement que l’auteur entend ici par corps, non-seulement ce qui est soumis à la naissance et à la corruption, mais aussi les corps célestes; ceux-ci, selon Aristote, tout en n’ayant pas de matière susceptible de génération, en ont une qui sert de substratum au mouvement de translation. Voy. Arist., Métaph., IX, 8, à la fin et XI, 2, et Cf. Mélanges de philosophie juive et arabe, pag. 4, note 1, et p. 18, note 1. Maïmonide a adopté l'opinion d'Ibn- Sinâ, qui a prétendu donner, de l’existence de la matière et de la forme dans les corps, une démonstration générale, s'appliquant à tous les corps, y compris les corps célestes. Cf. Schahrestâäni, pag. 366 (tr. all., IT, p. 239-240). Cette opinion, par laquelle on pourrait être amené à attribuer aussi aux corps célestes un étre en puissance (ce qui serait contraire aux théories d’Aristote), a été combattue par Ibn-Roschd; celui-ci considère les corps célestes comme des corps simples qui trouvent leur forme ou leur entéléchie dans les intelligences séparées. Cf. Ibn-Falaquéra , Moré ha-Moré, sur cette proposition (pag. 71-72).

(2) Ces trois accidents sont inhérents à chaque corps: on ne saurait se figurer un corps sans quantité, et il a nécessairement des limites qui constituent la figure; enfin ses parties sont dans une certaine situation les unes à l'égard des autres, et le corps tout entier est dans une certaine situation à l’égard de ce qui est en dehors de lui.

(3) Il y a une nuance entre la puissance et la possibilité ; la première peut n’exister que dans notre pensée, la seconde est dans les choses mêmes. Ainsi, nous distinguons souvent la puissance et l’acte d’une manière purement idéale , lors même qu’en réalité les deux idées sont 'inséparables l’une de l’autre; la matière première, par exemple, est une puissance, mais cette puissance n’existe séparément que dans la pensée, car la matière première est inséparable de la forme. La possibilité,

VINGT-QUATRIÈME PROPOSITION. — Tout ce qui est une chose quelconque (1) en puissance à nécessairement une matière : car la possibilité est toujours dans la matière C),

au contraire, est dans l’objet même, et désigne ce qui peut être ou ne pas être ; ainsi, par exemple, le bronze peut être ou ne pas être une statue, et la statue peut cesser d’être ce qu’elle est en perdant sa forme. Ainsi donc, l’auteur qui veut caractériser, dans cette proposition, ce qui, à un certain moment, peut ne pas exister en acte, doit ajouter à la puissance la condition de possibilité dans l’essence même de la chose, voulant dire que tout ce qui est en puissance, non pas seulement dans notre pensée , mais parce que la chose même renferme l'idée du possible, peut être pensé aussi ne pas exister en acte à un certain moment. En somme, cette proposition revient à ce qu’a dit Aristote, à savoir que tout ce qui est possible peut ne pas être en acte, et que par conséquent il peut être et ne pas être. Voyez Métaphysique, liv. IX, chap. 8 (édit. de Brandis, p- 187-188): Éote d'odOëv duvéer Géduov. To Juvarovy dé müv Évdsyetar pû évepysiy® To Ana Ouvardy elvar évdsyerar elvar ai pu siva. Une explication que l’auteur a donnée lui-même sur cette XXIIIe proposition est citée dans le Moré ha-Moré (pag. 72, lig. 9-48): 99 0r 3999 123 Wa 45 DINAN NN YA 7297. Cette explication est tirée de la lettre adressée par Maïimonide à R. Samuel ibn-Tibbon, et dont nous avons parlé dans d’autres endroits (cf. t. 1, pag. 23, note 1). — On verra au chap. 1 (à la quatrième spéculation) l'application que l’auteur fait de cette proposition, pour démontrer la nécessité de remonter à un premier moteur, dans-lequel il n’y ait absolument aucune idée de possibilité.

(1) Les mots ND %# sont rendus dans la version d’Ibn-Tibbon par les mots nN 727, qu'il faut se garder de rendre ici par une seule chose, et qui ont le sens de quelque chose ou une chose quelconque. Ces deux mots, omis dans presque toutes les éditions, se trouvent dans l’édition princeps. Jbn-Falaquéra les a remplacés avec raison par 79 27, et Al-Harizi par 27 0.

(2) Cette proposition, qui forme un des points principaux du péripatétisme , n’a pas besoin d’explication. La puissante est le principe de la contingence ou la faculté de devenir queique chose, et cette faculté est nécessairement dans un substratum, qui est la matière. Tout ce qui est sujet à un changement quelconque a une matière (révra Ô ny éyec dou peraGaler, Métaph., XII, 2). On a déjà vu qu'Aristote attribue aussi aux sphères célestes une certaine matière comme substratum du mouvement de translation. Cf. ci-dessus, p. 20, n. 1.

VINGT-CINQUIÈME PROPOSITION. — Les principes de la substance composée et individuelle sont la matière et la forme (), et il faut nécessairement un agent, c’est-à-dire un moteur, qui ait mù le substratum afin de le disposer à recevoir la forme (2); et c’est ici le moteur prochain, qui dispose une. matière individuelle quelconque 6). C’est là nécessairement le point de départ pour la recherche sur le mouvement, le moteur et ce qui est mü. Toutes les explications nécessaires ont été données sur ce sujet (4) et Aristote dit expressément : « La matière ne se meut pas elle-même G). » C’est ici la proposition importante qui conduit à la recherche sur l’existence du premier moteur.

De ces vingt-cinq propositions que j'ai mises en tête, les unes sont claires au plus léger examen, et (ce sont) des propositions démonstratives et des notions premières (6), ou à peu près, (iniel-

(4) Voy. Phys., liv. I, chap. 7.

(2) Les éditions de la version d’Ibn-Tibbon portent Nm nn ; il faut effacer le mot Nnn, qui n’est pas dans les mss.

(3) C'est-à-dire, qui dispose une matière particulière à recevoir telle forme particulière, comme par exemple l'artiste, qui donne au bronze la forme d’une statue. |

(4) Littéralement : Et déjà a été exposé à l'égard de tout cela ce qu'il est nécessaire d'exposer. L'auteur veut parler des explications développées, données par Aristote dans la Physique et dans la Métaphysique.

(5) Voyez Métaph., Liv. XII, chap. 6 : Iüs yép xuwvniastar, si pnôèy éotar évepyeia altuov; OÙ y&p À JE On ruvñaet adTÿ ÉmurTuv, &Â\G TexTovtzd, x ve Xe Cf, tbid., liv. I, chap. 3 : Où yép Ôn ro ys droxcipevoy adro moust peraballers éœuro.

(6) La plupart des mss. portent nNYpy sans le : copulatif, et de même les deux versions hébraïques, ainsi que le Moré ha-Moré, ont m5, comme adjectif de mn mbspn, de sorte qu’il faudrait traduire : des propositions démonstratives, intelligibles du premier abord ; mais aldrs la forme NN DDpD serait incorrecte, car l’adjectif devrait avoir la forme fém. sing. AOPYD. Je considère donc ce mot comme substantif neutre, dans le sens de intelligibilia, de sorte que les mots DN NNpyr signifient, comme toujours, des nolions premières ou des

ligibles) par le simple exposé que nous en avons fait (1): les autres ont besoin de démonstrations et de prémisses nombreuses, mais ont été déjà toutes démontrées d’une manière qui ne laisse pas de doute, (et cela) en partie dans le livre de l’Acroasis @) et dans ses commentaires, et en partie dans le livre de la Métaphysique et dans son commentaire 6). Je t'ai déjà fait savoir que j'ai pour but, dans ce traité, non pas d’y transcrire les livres des philosophes, ni d'y exposer les propositions les plus éloi-

axiomes. Ces mots ne sauraient être un simple appositif des mots FIN NNDTpPD; car les propositions démonstratives ne sauraient être qualifiées d’axiomes. J'ai donc ajouté un copulatif, et j'ai écrit NNOPYE", comme on le trouve en effet dans l’un des deux mss. de Leyde (r° 221).

(1) Littéralement: par ce que nous avons résumé de leur arrangement ou

de leur énumération. Le mot NH3 dépend de PNOIDYD ; des (notions) intelligibles par, etc.

(2) Voy. le t. I, -pag. 380, n. 2.

(3) Tous les mss. portent nv) au sing., de même la version d’Al- ’Harisi : #Y759, tandis que la version d’Ibn-Tibbon a le pluriel 75), et ses comment. On sait que les commentaires grecs sur la Métaphysique étaient peu nombreux; les Arabes ne connaissaient qu’un commentaire incomplet d'Alexandre d’Aphrodisias sur le XII: livre et une paraphrase de Thémistius sur ce même livre. Voici comment s'exprime à cet égard Ibn-Roschd au commencement de son introduction au liv. XII de la Métaphysique (vers. hébr., ms. du fonds de lOrat., n° 114, fol. 139 a): NNT MDNDA VITE Done Ninnw Mb Rô 5DIÈRS Run N° 13 909685 JNUD VMIN 92 ONDN M2 NON DIN N91 TOO

+ PDA 2 DNS 13 DNODNN DNLDY MONT Ou AU LITE

« On ne trouve sur les différents livres de cette science (de la métaphysique) aucun commentaire (7 r*) ni aucune paraphrase ( DE), ni d'Alexandre, ni des commentateurs qui lui ont succédé, si ce n’est sur ce (XII) livre; car jai trouvé un commentaire d'Alexandre sur les deux tiers de ce livre, et une paraphrase de Thémistius sur ce même livre. » Maïmonide a donc voulu parier du commentaire (> [*) d'Alexandre, le seul qui lui füt connu.

gnées (1), mais d'y rapporter les propositions qui sont à notre portée et nécessaires pour notre sujet.

Aux propositions qui précèdent j'en ajouterai une qui implique l'éternité (du monde), et qu’Aristote prétend être vraie et tout ce qu’il y a de plus admissible ; nous la lui concédons à titre d’hypothèse (), jusqu’à ce que nous ayons pu exposer nos idées à cet égard (),

Cette proposition, qui est LA VINGT-SIXIÈME, dit que le temps et le mouvement sont éternels, perpétuels, et toujours existant en acte (4), De cette proposition donc, il s'ensuit nécessairement,

(4) Tous les mss. que j'ai pu consulter portent nNTpk PAR JAN); cètte lecon est confirmée par la version d’Ibn-Tibbon, qui porte 1N2ô1 NPA NID. Il paraît néanmoins que le traducteur hébreu avait ici un doute sur lequel il consulta l’auteur ; car voici ce que nous lisons dans la lettre adressée par Maïmonide à R. Samuel Ibn-Tibbon :

NDS NAË 02 NME pp ND NUDI NME JN NID MON ADTPDÈN 0p3 AoNpOôR min Pia DV ND DN93ON VIDA NDINI D27p NNDTPDÔN PA jan NIN NME AEDN)D0N 3n3. «Tu supposais que, dans la XXVe propos., il manquait quelque chose; mais il n’y manque rien, et au contraire la leçon est telle que vous l'avez. Mes paroles ne disent autre chose que ceci : Le but de ce traité n’est pas d'y transcrire les livres des philosophes, mais d'exposer certaines propositions. » — Si ce sont là réellement les termes de Maïimonide, et qu’il n’y ait pas de faute dans le ms. unique que nous avons de la lettre en question, il faudrait continuer la phrase ainsi: ou plutôt de rapporter les propositions qui sont à notre portée, etc. — La version d’Al-’Harizi porte AD DA p PONS LNw NIMNIPM NIPININ NID TpAN IN2) NON. Cette version, dans tous les cas, est inexacte; mais le mot 85 offre une trace de la leçon donnée dans la lettre de Maïmonide.

(2) Cf. ci-dessus, p. 3, note 2.

(3) Littéralement : Jusqu'à ce qu'il ait été exposé ce que nous nous proposons d'exposer.

(#) Voyez surtout Phys., liv. VII, chap. 1, où Aristote établit l'éternité . du mouvement comme conséquence nécessaire de l’éternité du temps, qui, comme s'exprime Aristote, est le nombre du mouvement : Ei ÉdTIV 0 HpOvOs xtVñoEwS MpuQuds À rivnais Tue; EUTEP UEL YPOVOS ÉGTLV, &VGyAN HU

#tvaciy Giduov eivar. CE, Métaph., XIT, 6 : *AXX &dovarov zivnauv n yevécôar à

selon lui, qu'il y à un corps ayant un mouvement éternel, toujours en acle, et c’est là le cinquième corps 4). C’est pourquoi il dit que le ciel ne naît n1 ne périt : car le mouvement, selon lui, ne naît ni ne périt. En effet, dit-il, tout mouvement est nécessairement précédé d’un autre mouvement, soit de la même espèce, soit d’une autre espèce ®’; et, quand on s’imagine que le mouvement local de l'animal n’est précédé absolument d'aucun autre mouvement, cela n'est pas vrai; car la cause qui fait qu’il (l'animal) se meut après avoir été en repos, remonte à certaines choses qui amènent ce mouvement local : c’est ou bien un changement de tempérament produisant (dans l'animal) le désir de chercher ce qui lui convient, ou de fuir ce qui lui est contraire, ou bien une imagination, ou enfin une opinion qui lui survient, de sorte que l’une de ces trois choses le mette en mouvement, chacune d'elles étant à son tour amenée

plapivor * Ke yap nv * oÙde HLPOVOY. 4e Te À Voyez aussi ci-dessus, la XVe proposition et les passages indiqués dans les notes qui l’accompagnent.

. (1) C'est-à-dire, le corps de la sphère céleste, qui est au-dessus des quatre éléments, et dont la substance a été désignée sous le nom d’éther. Voy. le traité du Ciel, liv. I, chap.2 et 3, Météor., liv. I, chap. 3, et cf. le t. I de cet Ouvrage, p. 247, n. 3, et 425, note 1. — L'expression cinquième corps (réurrov cœu«) est familière aux commentateurs d’Aristote. Voy., par exemple, Simplicius, sur le traité du Ciel, 1. 1, chap. 3 (Scholia in Aristotelem, collegit Brandis, pag. 475 a). Arist. lui-même emploie plutôt les expressions ro &vo côux (traité de l’Ame, II, 7, et passim; cf. le commentaire de Trendelenburg, pag. 373 et suiv.), ro rpüroy cépa (du Ciel, 11, 12), +ô rporoy orouyetoy (Méléorol., 1, 2 et 3). C’est sans doute de cette substance céleste que traiïtait l’écrit d'Empédocle intitulé « De la cinquième substance » (repi rûs réunrns oùaias) et qui, à ce qu’il paraît, fut réfuté par Plutarque dans un écrit mentionné par Lamprias. Cf. Sturz, Empedocles agrigentinus (Lipsiæ, 14805, in-8°), pag. 73.

(2) Ainsi, par exemple, le mouvement circulaire de chacune des - sphères célestes, considéré en lui-même, est causé par un mouvement de la même espèce qui le précède; la naissance des éléments et leur mouvement procèdent du mouvement circulaire des sphères célestes, qui n’est pas de la même espèce.

par d’autres mouvements (4). II dit de même que, dans tout ce

(1) Voyez Phys, liv. VITE, chap. 2. Après avoir parlé de cette objec-

tion, tirée du mouvement des animaux, qui paraît être spontané et ne procéder d’aucun mouvement venu du dehors, Aristote fait observer que ce n’est là qu’une fausse apparence, et que nous remarquons toujours, dans ce qui compose l’organisme animal, certains mouvements dont la cause ne doit pas être cherchée dans l’animal même, mais dans ce qui l’environne au dehors, de sorte qu’il y a des mouvements extérieurs qui agissent sur les facultés intellectuelles et appétitives : Opôusy yüp dei TL ALVOUREVOY Êy TD ho TOY GUUPUTUY.... OÙ 009 2WAUE, AXoY Ÿ Eows avayaatoy T6 copatTr ro\GS ÉVylyvec ur xLVATELS UT TOÙ REPIÉYOYTOS y TOÛTOY d évins Thv duvoruy À vhv Opsbuv uvstv, 2. 7. N. Cf. le traité du Mouvement des animaux, chap. 6 : Opus dE rù aivodura +d Éov ducvoruv, zai pavraaiuy xai mpouipeov, xai Bounorv, xui émtupias * Tuëra de mavTa GvdyeTuu els voUY xai ôpetu. — Pour qu’on puisse mieux comprendre les termes que Maïmonide rapporte ici au nom d’Aristote, nous citerons encore le passage de la Physique d’après la version arabe-latine avec l’explication d’Ibn-Roschd (OEuvres d’Aristote avec les commentaires d’Averroës, {. IV, f. 161, col. 3) : « Semper enim invenimus aliquid moveri in animali, quod cest naturale in eo; et causa istius motus animalis non est anima ejus, sed aër qui continet animal in eo, quod reputo. Et cum dicimus ipsum moveri a se, non intendimus omni motu, sed motu locali. Et nihil prohibet, immo dignum est ut sit necessarium, ut in corpore fiant plures motus a continente, quorum quidam movent voluntatem et appetitum, et tuncista movebunt animal secundum totum. » Voici comment Ibn-Roschd explique la fin de ce passage : « Et dixit et nihil prohibet, etc., id est et necesse est ut principium motuum animalis sit ex continente : immo hoc est necessarium. Et quia posuit quod in corpore animalis fiunt plures motus ex continente, narravit quomodo accidit ex istis motibus ut animal moveatur in loco, et dixit guo: rum quædam moventur, etc., id est, et hoc estita, quod in animali fiet ab eo, quod accidit sibi, opinio, voluntas , et appetitus ad motum, aut ad expellendum nocumentum contingens ex continente, aut ad inducer= dum juvamentum. Et intendit hic per opinionem aliquid commune virtuti imaginativæ, et rationali. Animali enim non accidit appetitus, nisi ex imaginatione ; v. g. quod, cum patitur et cum timet, fugit : etcum auferuntur appetitus, quiescit : aut, cum accidit ei fatigatio, et appetit quietem.» Sur l’imagination, voir aussi plus loin, au commencement du chap. IV.

qui survient, la possibilité de survenir précède dans le temps ce qu survient, et 1l en üre différentes conclusions pour confirmer sa proposition (1). — Selon cette proposition, le mobile qui est fini 2) devra se mouvoir sur une étendue finie un nombre de. fois infini, en retournant toujours sur la même étendue, ce qui n'est possible que dans le mouvement circulaire, comme cela est démontré par la treizième de ces propositions. Il s'ensuit que l'infini peut exister par manière de succession et pourvu qu'il n’y ait pas simultanéité 6).

(4) Voy. Phys., VIT, 1 (p. 251 a). Aristote, après avoir rappelé la définition du mouvement donnée plus haut, ajoute que, même sans cette définition du mouveinent, chacun accordera qu’à l’égard de chaque mouvement, il faut que ce qui se meut soit capable de se mouvoir, comme par exemple capable de transformer ce qui se transforme, et capable de changer de place ce qui se transporte, de sorte qu’il faut qu'une chose soit combustible avant de brûler, et capable d’enflammer avant qu'elle enflamme. (are det rpôrepoy ravsrdy eva rpiv AGec0at, Aa HUUGTIXOY TV zceuw). Selon Ibn-Roschd (1. c., f. 155,c. 3) ce passage ne veut direautre chose, si ce n’est que le mouvement (qui, selon Aristote, est l’entéléchie d'une chose mobile en tant que mobile) doit exister en puissance dans toute chose mobile. Mais le commentateur arabe nous apprend qu’Al-Farabi entendait ce passage dans ce sens que toute puissance doit temporellement précéder l’acte, non-seulement dans le mouvement, mais en général dans tout ce qui survient : « Dico secundum hanc expositionem intellexit Alpharabius et alii hoc capitulum, scilicet quod induxit definitionem motus ad declarandum potentiam esse ante actum; et hoc non est proprium motui, secundum quod est motus, sed est proprium novo facto secundum quod est novum factum, scilicet nt potentia et posse novi præcedat ipsum secundum tempus. » Il est évident que Maïmonide a emprunté les termes de l’explication d’Al-Farabi, qu'Ibn-Roschd déclare erronés : «Et hoc quod dixit et sine hac definitione, etc., hoc decepit homines in hoc : et existimaverunt ipsum declarare potentiam esse ante actum in tempore, et ipse intendebat dicere quod non dicitur moveri nisi illud in cujus natura est motus, scilicet corpus mobile : et quod non invenitur in immobili. »

- (2) C'est-à-dire, la sphère céleste, qui est un corps fini.

(3) C'est-à-dire, qu’on peut Du l'existence de l'infini en nombre (Voy. la Ie propos.), pourvu que les unités qui le composent n’existent

Cette proposition, Aristote s’efforce toujours de la confirmer. Quant à moi, il me semble qu’il ne prétend nullement attribuer aux preuves dont il l’appuie une force démonstrative (1); mais elle est, selon lui, ce qu’il ya de plus admissible. Cependant, ses sectateurs et les commentateurs de ses écrits prétendent qu’elle est nécessaire et non pas seulement possible, et qu’elle a été démontrée (2). Chacun des Motécallemin (au contraire)s’efforce d'établir qu’elle est impossible: car, disent-ils, on ne saurait se figurer qu’il puisse survenir, même successivement, des faits infinis (en nombre) ; et ils considèrent cela, en somme, comme une notion première (%). Ce qu’il me semble à moi, c’est que ladite proposition est possible, (et qu’elle n’est) ni nécessaire, comme le disent les commentateurs des paroles d’Aristote, ni impossible, comme le prétendent les Motécallemin. Je n'ai pas pour but, en ce moment, d'exposer les preuves d’Aristole, ni de produire mes doutes contre lui, ni d'exposer mon opinion sur la nouveauté du monde; mais mon but, dans cet endroit, a été d’énumérer les propositions dont nous avons besoin pour nos trois questions (4). Après avoir mis en tête ces propositions et les avoir concédées, je commence à exposer ce qui en résulte.

pas simultanément, mais successivement , les unes après les autres, : comme par exemple les instants qui se succèdent dans le temps et les mouvements successifs et non interrompus de la sphère céleste. Voy. le t. F, chap. LXXIIT, pag. 413-415.

(1) Littéralement : Qu’il ne tranche pas (ou ne décide pas) que ses preuves sur elles soient une démonstration.

(2) Voy. sur cette question, le chap. XV de cette Ile partie.

(3) Littéralement : La force de leurs paroles (c.-à-d., ce qui en résulte en somme) est que c’est là, selon eux, une notion première ; c’est-à-dire : ils considèrent généralement comme un simple axiome que l'infini par succession est impossible. Cf. le t. 1, p. 416. — Tous les mss. portent K'IN On"2y, et il faut prendre le suffixe fém. de Rn3R dans le sens neutre, ou bien le rapporter à un mot ADP , Qui serait sous-entendu, c’est-à-dire, la proposition qui déclare inadmissible l'infini par succession. La version d’Ibn-Tibbon porte Rÿntw au masc., celle d’AL-Harizi Sn au fém.

(4) C'est-à-dire l’existence , l’incorporalité et l'unité de Dieu.

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