CHAPITRE XLVI
D'un seul individu on peut conclure sur tous les individus de la même espèce et apprendre que chacun de ses individus a telle forme (). En disant cela, j’ai pour but (d'établir) que, de
(4) Toute cette observation nous paraît superflue; car il nous semble : que l’auteur s’est déjà suffisamment expliqué plus haut, en disant que c’est dans le songe seul que le prophète peut croire entendre directement la parole de Dieu. Cf, p. 344, note 8.
(2) C'est-à-dire, par l'influence directe de l’intellect actif universel, qui se communiquait à l’intelligence de Moïse, sans que l'imagination y eût aucune part.
(3) Voy. Mischné Torà, ou Abrégé du Talmud , traité Yésôdé ha-Torà, ch. VIT, $ 6, et cf. ci-dessus, ch. XXXV (p. 277, note 2),
(4) En d’autres termes : En examinant un seul individu d’une espèce
la forme de l’une des relations des prophètes 4), {tu peux conclure sur toutes les autres relations de la même espèce.
Après cette observation préliminaire, il faut savoir que, de même qu'un homme croit voir, dans un songe, qu’il a fait un voyage dans tel pays, qu’il s’y est marié, et qu'après y être resté un certain temps, il lui est né un fils à qui il a donné tel nom et qui se trouvait dans tel état et dans telle circonstance (), de même ces paraboles prophétiques qui apparaissent (au prophète),
quelconque, et en reconnaissant ce qui en fait la forme essentielle ou la quiddité, on en conclut, par induction, que tous les individus de la même espèce ont la même quiddité. — Le mot 3% désigne ici une forme spécifique, et c’est à tort qu'Ibn-Tibbon l’a rendu par HNDN, constitution. La version d’Al-Harîzi porte : 391 wN 55 nat NNT 2 JS.
(1) Mot à mot: d’une seule forme d'entre les formes des relations des prophètes. L'auteur veut dire, ce me semble, qu’il suffit d’avoir reconnu la forme d’une certaine partie de la relation du prophèté pour en conclure sur toutes les parties de cette relation; si l'une des parties de la vision relatée par le prophète se fait reconnaître comme parabole, tout le reste aura également un sens parabolique. Le sens que j’attribue à notre passage me semble ressortir de l'exemple suivant d’un songe dans lequel on croit faire un voyage et où l’on voit toute sorte de détails imaginaires. Chacun des exemples que l’auteur va citer d'Ézéchiel et d’autres prophètes se fait reconnaître comme vision par une des expressions qui désignent la vision prophétique, et dès lors tous les détails rapportés par le prophète font partie de cette même vision. |
(2) Littéralement : et il en élait de son état et de sa chose (ou condition) de telle et telle manière. Les mots n°51 n°5 ne se trouvent que dans un * seul des mss. que j'ai pu consulter, et où ils ont été ajoutés par une main plus récente. Cependant Le sens de la phrase demande ces mots, ou une autre expression semblable. La version d'Al Harizi paraît exprimer les mots n55 m5; elle porte : 75172 09%2p nn. Ibn-Tibbon traduit: mnt m9 NID MM, ce qui ferait supposer que son exemplaire arabe avait 33 ND. Les deux traducteurs ont rendu ces deux mots bun et 1N, à peu près synonymes, par le seul mot y. Maïmonide avait peut-être écrit : 792 FOR 70) oNn 19 ND; les copistes ont pu omettre le mot 072 , parce que ce mot était répété immédiatement après …. DNADNÔN 117 792.
ou qui, dans la vision prophétique, se traduisent en action () [quand la parabole exige ©) un acte quelconque], ainsi que certaines choses que le prophète exécule, les intervalles de temps qu’on mentionne paraboliquement entre les différentes actions et les translations d’un endroit à un autre, tout cela (dis-je) n'existe que dans la vision prophélique, et ce ne sont pas des actions réelles (existant) pour les sens extérieurs (). Quelquesunes (de ces choses) sont rapportées, dans les livres prophétiques, d’une manière absolue (4); car, dès qu’on sait que tout l'ensemble était une vision prophétique, il était inutile de répéter à chaque détail de la parabole qu’il avait eu lieu dans la vision prophétique. Ainsi, le prophète ayant dit: Et l’Éternei me dit, n’a pas besoin de déclarer que c'était dans un songe &); mais
(4) Littéralement : qui sont vues, ou qui sont faites, dans la vision prophétique, etc.
(2) La version d’'Ibn-Tibbon porte : 71% M3, ce qui est inexact. AL-Harîzi traduit : 51 nwpDD nn bwbn sooniw mt b9); ici le verbe arabe ÉNDN est rendu exactement par 5%n'w; mais les mots nt 95 sont une traduction inexacte des mots arabes Nt 5.
(3) L'auteur veut dire que tous les détails racontés dans une vision prophétique, ainsi que tous les actes qu’on y attribue au prophète, font partie de la vision et ne doivent pas être considérés comme des faits réels.
(4) C'est-à-dire : quelques-uns de ces détails sont racontés simplement et d’une manière absolue, sans qu’on dise expressément qu'ils appartiennent à la vision, de sorte que le vulgaire les prend pour des faits réels. — Au lieu de N71SV2, le ms. de Leyde, n°18, a n'ya, leçon peu plausible, mais qui a été reproduite par Al-Harizi : 12? N31 Don NDS 71 TAN NNIN MED nt. Au lieu de l’adverbe NDbD (mss. poUt) , plusieurs mss. ont ADoUD, adjectif qui se rapporte à NnËy2 ; de même Ibn-Tibbon : bn Dnv>.
(3) Car, comme l’auteur l’a dit plus haut (chap. XLI, p. 314): «Toutes les fois qu'un passage (de l’Écriture) dit de quelqu'un qu’un ange lui parla, ou que la parole de Dieu lui fut adressée, cela n’a pu avoir lieu autrement que dans un songe ou dans une vision prophétique. » L'auteur fait ici allusion à plusieurs passages où l’on trouve la formule
le vulgaire s’imagine que ces actions, ces déplacements, ces questions et réponses, que tout cela (dis-je) a eu lieu dans l’état de la perception des sens (), et non pas dans la vision prophétique. Je vais ten citer un exemple sur lequel personne n’a pu se tromper, et j'y rattacherai quelques autres exemples de la même espèce; de ces quelques exemples, tu pourras conclure sur ce que je n’aurai pas cité. Ce qui est clair et sur quoi personne ne peut se tromper, c’est quand Ézéchiel dit : J'étais assis dans ma maison, et les anciens de Juda étaient assis devant moi, etc. Un vent me porta entre la terre et le ciel et me fit entrer à Jérusalem, dans les visions DE Dieu (Ézéch., VI, 1 et 3). De même quand il dit: Je me levai et je sortis vers la vallée (1bid., NT, 25), ce n’était également que dans les visions de Dieu, comme il est dit aussi au sujet d'Abraham : Et il le fit sortir dehors (Genèse, XV, 5), ce qui eut lieu dans une vision (1bid., v. 1). De même quand il dit: Et il me déposa au milieu de la vallée (Ézéchiel, XXXVIF, 1), ce fut encore dans les visions de Dieu. Ézéchiel, dans cette vision où il fut introduit dans Jérusalem, s’ex prime (?) en ces termes : Je vis, et ul y avait une ouverture dans le mur. Etil me dit: Fils de l’homme ! creuse donc dans le mur, et je creusai Vs le mur, et il se trouva là une porte (Ibid., VIN, 7-8). De même donc qu’il lui avait semblé dans les visions de Dieu qu’on lui ordonnait de creuser le mur afin d’y entrer et de voir ce quise faisait là, et qu’ensuite il creusa, comme il le dit, dans ces mêmes visions de Dieu, entra par l'ouverture et vit ce qu’il vit, tout cela dans une vision prophétique, de même, quand Dieu lui dit: Prends une
bg 1 SONY, ec l'Éternel me dit, et où l’on attribue au prophète soit des actions, soit des déplacements, soit des entretiens avec Dieu. Voy. p. ex. : Jérémie, chap. E, v. 7, 9, 12 et 14; chap. XIII, v. 6 et suiv.; Ezéchiel, chap. XLIV, v. { et suiv.; Zacharie, chap. XF, v. 13 et suiv.
(1) C'est-à-dire, que ce sont des faits réels, accomplis par le prophète pendant que ses sens fonctionnaient et manifestaient toute leur activité.
(2) Le verbe 5ND est un pléonasme qui répète inutilement le verbe 72. Ibn--Tibbon n’a pas traduit le verbe ND.
brique ete., couche-loi sur le côté gauche etc. Prends du froment, de l'orge etc. (Ibid. IV, 1, 4et9), et de même encore, quand il lui dit: Et passe (le rasoir) sur ta têle et sur ta barbe, etc. (1bid., V, 1), tout cela (signifie que), dans une vision prophétique, il lui semblait qu'il faisait les actions qu'il lui avait été ordonné de faire. Loin de Dieu de rendre ses prophètes une risée pour les sots et un objet de plaisanterie (1), et de leur ordonner de faire des actes de démence ®) ! Ajoutons à cela qu’on lui aurait ordonné de désobéir (à la Loi); car, comme il était prêtre, il se serait rendu coupable de deux transgressions pour chaque coin de barbe ou de chevelure (qu'il aurait coupé) 8). Mais tout cela
(1) La plupart de nos mss. portent : 501 Nn12D55 on, et c’est cette leçon qu’exprimela version d’Al-Harîzi, qui porte: Sn) D°p79 195. Au lieu de A SNS, risée, quelques mss. ont NET, un point de mire, leçon qu'avait aussi Ibn-Falaquéra, qui critique Ibn-Tibbon pour avoir mis dans sa version : Dn2%5) D'wS Dia (voy. Appendice du Moré. ha-Moré, p.156). On ne comprend pas d’où Ibn:Tibbon a pris le mot D‘), semblables. Quant au mot D%15#5", Ibn-Falaquéra fait observer qu'au lieu de 50 (és) ou 30 (8), qui signifie risée (bp) 3p9), 1bn-Tibbon a lu 759, avec un 5 sans point, c’est-à-dire 5, pluriel de su homme ivre; mais, dans ce cas, la construction demandait 19095) ou AS5D9N), avec l’article.
2) Dans les éditions de la version d’Ibn-Tibbon, ces derniers mots sont traduits deux fois : mp5 Du D‘biwn nwyo nwpo Din nyiwn nwpn. Le mot PT20N est considéré une fois comme pluriel (GS , pluriel de Ge) et une fois comme singulier dans le sens de stupidité, démence; les mss. ont seulement la 2° version, ya we, et de même Al-Harizi.
(3) L'auteur veut parler du dernier passage d'Ézéchiel qu’il vient de citer (chap. V, vers. 1), et où il est ordonné au prophète de passer le rasoir sur sa tête et sur sa barbe. En faisant cela, Ézéchiel, qui était prêtre (ibid., chap. [, v. 3), aurait deux fois violé la loi de Moïse; car, non-seulement il est défendu à tout israélite de se couper les coins de la chevelure et de raser les coins de la barbe (Lévitique, XIX, 27), mais cette défense est encore particulièrement répétée pour les prêtres Gibid., XXI, 5). — Tous les mss. ar. du Guide, ainsi que ceux de la version d’Ibn-Tibbon, ont: WN7 MN5 1N, et c’est à tort que, dans les
n'eut lieu que dans une vision prophétique. De même, quand on dit : Comme mon serviteur Isaïe a marché nu et déchaussé (Isaïe, XX, 5), cela n’a eu lieu que dans les visions de Dieu. I n’y a que les hommes faibles en raisofhément qui croient que dans tous ces passages le prophète raconte qu'il lui avait été (réelle ment) ordonné de faire telle chose, et qu'il l’a faite; c’est ainsi qu'il raconterait qu’il lui avait été ordonné de creuser le mur qui était sur la montagne du temple (à Jérusalem), quoiqu'il füt alors à Babylone, et il ajouterait qu'il le creusa (réellement), comme il le dit: Et je creusai dans le mur (Ézéch., VII, 8). Cependant, il dit expressément que cela eut lieu dans les visions de Dieu. C’est comme on lit au sujet d'Abraham : £a parole de l’Éternel fut à Abräm dans une vision, en disant (Genèse, XV, 1), et on dit dans cette même vision prophétique : Et il le fit soruir dehors et dit : Regarde donc vers le ciel, et compte les étoiles (Ibid., v. 9); il est donc clair que ce fut dans la vision prophétique (1) qu'il lui semblait être emmené hors du lieu où il se trouvait, de sorte qu’il vit le ciel, et qu’ensuite on lui dit : Compte les étoiles. Tel est le récit, ainsi que tu le vois. J'en dirai autant de l’ordre qui fut donné à Jérémie de cacher la ceinture dans l’Euphrate; l'ayant cachée, il alla la chercher après un long espace de temps et la trouva pourrie et corrompue (). Tout cela, ce sont des paraboles de la vision prophétique (%) ; car Jérémie n’était pas parti du pays d’Israel pour Babylone et n’avait pas vu l'Euphrate. De même, ces paroles adressées à Hosée : Prends une femme prostituée et (aie d’elle) des enfants (nés) de prostitution (Hos., I, 2), et tout ce récit de la naissance des enfants et des noms tel
éditions de la version d’Ibn-Tibbon et dans le ms. d'Al-Harîzi, on a mis NT NNO.
(4) Dans la version d’Ibn-Tibbon, au lieu de HN1233 AN, il faut lire, d’après le texte arabe, AN3237 FIN902. |
(2) Voy. Jérémie, chap. XIE, v. 4-7.
(3) Littéralement : Touies ces paraboles (furent) dans la vision prophétique.