CHAPITRE XXIV
Tu sais en fait d'astronomie ce que, dans mes leçons, tu as îu et compris du contenu du livre de YAlmageste; mais le lemps n'était pas assez long pour te faire commencer une autre étude (*).
(1) L'auteur se sert ici des paroles prononcées un jour par R. ïo'hanan ben-Zaccaï, dans une discussion qu'il eut avec un saducéen.V. Meghillath laanùh, chap. V, et Talmud de Babylone, traité Baba balhra, fol. U5fc.
(2) C'est-à-dïre , des idolâtres; voy. le t. I, p. 280, note 2.
(3) Voy. ci-dessus, chap. xix, p. 155, et ibid., note 2.
(4) Littéralement : que l'homme a embrassé par la science l'ordre, etc.
(5) Dans tout ce chapitre, Maïmonide s'adresse particulièrement au disciple pour lequel primitivement il composa le Guide (voy. le commencement de la lre partie). Nous savons par d'autres documents que ce
Ce que tu sais déjà, c'est que, pour se rendre compte de la régularité des mouvementset pour que la marche des astres soit d'accord avec les phénomènes visibles, il faut admettre (une de ces) deux hypothèses (■), soit un épicycle, soit une sphère excentrique, ou môme les deux à la fois (2). Mais je vais te faire remarquer que
disciple, émigré du Maghreb et qui s'établit plus tard à Alep, ne passa qu'un court espace de temps auprès de Maïmonide , établi au vieux Caire, et que ce temps fut consacré à des études astronomiques. Cf. ma Notice sur Joseph ben-Iehouda, dans le Journal Asiatique, Juillet 1842, p. 14 et 34.
(1) Littéralement : c'est que, à l'égard de la régularité des mouvements et de la conformité de la marche des astres avec ce qui se voit, tout suit deux principes.
(2) Les astronomes anciens, pour expliquer les inégalités apparentes des mouvements des planètes, les font mouvoir, tantôt dans des excentriques, c'est-à-dire dans des sphères dont le centre s'écarte de celui du zodiaque ou de 1 a terre, tantôt dans des épicycles, c'est-à-dire dans de petites sphères secondaires, portées par les grandes sphères concentriques ou excentriques, et dont le centre est supposé se mouvoir à la surface de la grande sphère sur la circonférence d'un grand cercle, appelé le déférent (Xoj. Almageste, liv.VI, chap. 3). Ces hypothèses, purement géométriques, très ingénieuses et en même temps très compliquées, restèrent, pendant tout le moyen âge, une des bases de la science astronomique. Elles sont devenues inutiles par la découverte des orbes elliptiques des planètes et par celle des lois de l'attraction. Dès le commencement du XIIe siècle, les philosophes arabes s émurent de ce que les hypothèses de Ptolémée offraient d'invraisemblable et de peu conforme aux principes physiques et aux théories du mouvement développées par Aristote. On essaya de leur substituer d'autres hypothèses; mais on ne parvint point à élaborer un système qui pût lutter avec celui de Ptolémée (Yoy. mes Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 412, 430, 520 et suiv.). Ces tentatives n'eurent aucun succès parmi les astronomes, et Maïmonide lui-même, qui attaque ici les hypothèses de Ptolémée au point de vue philosophique, n'hésite pas, dans son traité Kiddousch ha- hodesch, ou de la fixation des néomènies, à les admettre dans toute leur étendue et à les prendre pour bases de ses calculs astronomiques.
chacune de ces deux hypothèses est totalement C1) en dehors de toute règle et contraire à tout ce qui a été exposé dans la science physique. D'abord, établir un épicycle qui tourne sur une certaine sphère, sans tourner autour du centre de cette sphère qui le porte, comme cela a été supposé pour la lune et pour les cinq planètes (2), voilà une chose dont il s'ensuivrait nécessairement qu'il y a roulement, c'est-à-dire que l'épicycle ?w/0 et change entièrement de place, chose inadmissible à laquelle on a voulu échapper, (à savoir) qu'il y ait là (dans le ciel) quoi que ce soit qui change de place (3). C'est pourquoi Abou-Becr-ibn-al-Çâyeg, dans un discours qui existe de lui sur l'astronomie, a dit que l'existence de l'épicycle est inadmissible; et, après avoir parlé de ladite conséquence (du roulement), il dit qu'outre cette chose inadmissiblequi résulterait de l'existence de l'épicycle, il s'ensuivrait encore d'autres choses inadmissibles. Je vais te les exposer: 1° Il y aurait une révolution autour d'un centre qui ne serait pas celui du monde ; et cependant c'est un principe fondamental de tout cet univers, que les mouvements sont au nombre de trois : un mouvement (partant) du milieu , un autre (se dirigeant) vers le milieu et un autre autour du milieu (4). Mais, s'il y avait un épicycle, son mouvement ne se ferait ni du milieu, ni vers lui, ni autour de lui. 2* C'est un des principes posés par Aristote, dans la science physique , qu'il faut nécessairement quelque
(1) Lemotrï'^E:5frO se rapporte, comme adverbe , aux mots N:hfcO DfrTp^N jy, et c'est à tort que les deux traducteurs hébreux l'ont rapporté à ce qui suit, en ajoutant un i copulatif. Ibn-Tibbon traduit: *D1 p^in -Û1 PpDI , et Al-Harîzi : -]£n Nin bbï "|"H bjTI- Un seul de nos mss. (celui de Leyde, n. 18) a rto^NDÏ > avec Ie 1 copulatif.
(2) Car pour le soleil, Ptoiémée se borne à l'hypothèse d'une sphère excentrique. Cf. ci-dessus, p. 93, n. 4.
(3) C'est-à-dire : on a établi que toutes les parties du ciel, bien que perpétuellement en mouvement, ne changent jamais de place, et que les différentes sphères, en tournant sur elles-mêmes, ne se transportent pas d'un endroit à un autre.
0) Cf. le t. 1, chap. LXXII, p. 359.
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chose de fixe au lotir de quoi se fasse le mouvement, et c'est là pourquoi il faut que la terre reste fixe; mais, si l'épicycle existait, ce serait là un mouvement circulaire autour de rien de fixe. J'ai entendu dire qu'Abou-Beer disait avoir trouvé un système astronomique dans lequel il n'y avait pas d'épicycle, mais (où tout s'expliquait) uniquement par dessphères excentriques; cependant, je n'ai point entendu cela (de la bouche) de ses disciples (0. Mais, quand même il y aurait réussi, il n'y aurait pas gagné grand' chose ; car, dans (l'hypothèse de) Y excentricité, on s'écarte également des principes posés par Arislote et auxquels on ne peut rien ajouter. Et ceci est une observation qui m'appartient. En effet, dans Y excentricité aussi, nous trouvons un mouvement circulaire des sphères qui ne se fait pas autour du milieu (de l'univers), mais autour d'un point imaginaire qui s'écarte du centre du monde ; et c'est là également un mouvement qui ne se fait pas autour de quelque chose de fixe. Il est vrai que ceux qui n'ont pas de connaissances en astronomie prétendent que, puisque ces points (imaginaires) sont à l'intérieur de la sphère de la lune, comme cela paraît de prime abord, l'excentricité aussi admet un mouvement autour du milieu (de l'univers) ; et nous voudrions pouvoir leur accorder qu'il (le mouvement) se fait autour d'un point dans le feu ou dans l'air, bien que cela ne soit pas un mouvement aulour de quelque chose de fixe (2). Mais nous leur ex-
(1) Cf. ci-dessus, p. 82, oti l'auteur dit avoir étudié chez un des disciples d'Abou-Becr lbn-al-Çayeg.
(2) C'est-à-dire: nous nous contenterions, au besoin, de leurs raisonnements, s'il était réellement établi que le centre de l'excentrique est toujours à l'intérieur de la sphère de la lune et qu'il se trouve dans la sphère du feu ou dans celle de l'air, bien qu'on puisse objecter que, même dans cette hypothèse, ce ne serait toujours pas là un mouvement autour de quelque chose de tixe. — Pour comprendre ce que l'auteur dit ici du mouvement autour Sun point dans le feu ou dans l'air , il faut se rappeler les théories d'Aristote sur la position des quatre éléments, à l'intérieur de la sphère de la lune, et sur leurs différentes régions. Voy. le t. I,p. 134, n. 2, et p. 359, n. 1.
poserons que les mesures des excentricités ont été démontrées dans VAlmageste, selon les hypothèses qui y sont adoptées ; et les modernes ayant établi par une démonstration vraie, dans laquelle il n'y a rien de douteux, quelle est la mesure de ces excentricités relativement au demi-diamètre de la terre (4), comme aussi ils ont exposé toutes les distances et les grandeurs (desastres), il a été prouvé que le centre de l'excentrique du soleil^) est nécessairement hors de la concavité de la sphère de la lune et audessous de la convexité de la sphère de Mercure (3). De même, le point autour duquel tourne Mars, je veux dire le centre de son excentrique, est hors de la concavité de la sphère de Mercure et au-dessous de la convexité de la sphère de Vénus. De môme encore, le centre de l'excentrique de Jupiter se trouve à cette même distance W, je veux dire entre les sphères (5) de Mercure et de Vénus. Quant à Saturne, le centre de son excentrique tombe entre Mars et Jupiter. Vois (6), par conséquent, combien toutes ces
(1) L'auteur veut dire que les astronomes arabes ont fixé les distances entre les centres des excentriques et le centre du zodiaque ou de la terre, et de même les distances des planètes et leur grandeur, en prenant pour unité le rayon ou demi-diamètre de la terre. C'est, en effet, ce que fait Albatâni, ou Albategnius (mort en 929); Voir son traité d'astronomie, publié en latin sous le titre de De Scientia stellarum, chap. 50, et Cf. Delambre, Histoire de l'astronomie du moyen âge, p. 50. On verra plus loin que, selon notre auteur, c'est surtout Al-Kabîci, ou Alkabitius, qui en a donné la démonstration complète.
(2) Littéralement : que le point excentrique du monde, autour duquel tourne le soleil.
(3) Il faut effacer, dans la version d'Ibn-Tibbon, le mot HDn.
(4) C est-à-dire : il est à la même distance du centre du monde que le centre de l'excentrique de Mars.
(5) Tous lesmss. ont, ici et dans la phrase suivante, -|^>£, au singulier; le duel "O^S (t&i) serait plus correct. Ibn-Tibbon a, la première fois, b^, et la seconde fois ^;^ , au pluriel. Cf. ci-dessus, p. 80, n. 5.
(6) Sur la forme de l'impératif nN , Voy. le t. I, p. 19, n. 2.
choses s'éloignent de la spéculation physique! Tout cela te deviendra clair, quand tu auras étudié les distances et les grandeurs que Ton connaît pour chaque sphère et pour chaque astre ; et l'évaluation de tout cela se fait par le demi-diamètre de la terre, de sorte que tout (se calcule) d'après un seul et même rapport, sans en établir aucun entre l'excentricité et la sphère respective.
Mais il y a quelque chose de plus étrange encore et de bien plus obscur : c'est que, toutes les fois qu'il y a deux sphères placées l'une dans l'autre, appliquées de tous côtés l'une à l'autre, mais ayant des centres différents C*), il se peut que la petite se meuve dans la grande sans que celte dernière se meuve aussi ; mais il est impossible que la grande se meuve sur tout axe quelconque, sans que la petite se meuve aussi ; car toutes les fois que la grande se meut, elle emporte nécessairement la petite par son mouvement, excepté toutefois quand le mouvement se fait sur Taxe qui passe par les deux centres f2). Or, en raison de cette pro-
(1) Au lieu de tfonŒUDl, plusieurs mss. portent NOnNOlOI , ou NOÏTOIQI , au duel; mais tous les mss. ont rjbrDJÛ , au singulier.
(2) Cette proposition est assez obscure. Voici, ce me semble, quel en est le sens : Les sphères célestes étant toutes exactement emboîtées les unes dans les autres, sans qu'il y ait aucun vide entre elles (voy. le t. I, p. 356-357), il faut nécessairement que, de deux sphères qui ont des centres différents, la supérieure, ou la plus grande, forme d'un côté sur la moins grande une voûte épaisse, tandis que , des autres côtes, elle formera autour de la petite sphère intérieure une enveloppe dont Tépaisseur ira diminuant, en raison de la distance des deux centres. Il est évident alors que, toutes les fois que la grande sphère se meut autour d'un axe autre que celui qui passe par les deux centres, elle entraînera toujours la petite par son mouvement. Mais, si le mouvement de la grande sphère se fait autour de l'axe qui passe par les deux centres, il ne sera pas gêné par la sphère intérieure, qui pourra toujours rester dans la même position ; de sorle que la grande sphère pourra rouler autour de la surface de la petite, sans l'entraîner par son mouvement. — Ibn- Tibbon s'est exprimé d'une manière inexacte, en disant : l^iyn "iDlpH DWOn W p2ï au lieu de ]*3, il fallait dire ty.
posilion démonstrative, en raison de ce qui a été démontré que le vide n'existe pas 0 ), et enfin, en raison de l'hypothèse de l'excentricité (2\ il faudrait que, la (sphère^ supérieure étant en mouvement, elle emportât l'inférieure, par son mouvement, autour de son (propre) centre ; et cependant nous ne trouvons pas qu'il en soit ainsi, mais au contraire nous trouvons qu'aucune des deux sphères, l'une contenant et l'autre contenue, ne se meut ni par le mouvement de l'autre, ni autour du centre de cette dernière, ni autour de ses pôles, et que chacune a un mouvement qui lui est particulier. C'est pourquoi on a été forcé d'admettre (qu'il existe), entre les sphères prises deux à deux, des corps autres que ceux des sphères (des planètes) (3). Mais, combien resteraitil là encore d'obscurités, s'il en était réellement ainsi ! où supposerait-on les centres de ces corps qui existeraient entre chaque couple de sphères ? Et il faudrait que ces corps aussi eussent un mouvement particulier. — Déjà Thâbit (4) a exposé cela dans un
(1) Car, s'il y avait un vide suffisant dans l'intérieur de la grande sphère, son mouvement, n'importe autour de quel axe, ne serait plus gêné par la petite, qui, par conséquent, ne serait plus forcée de se mouvoir avec elle.
(2) C'est-à-dire, de l'hypothèse des sphères excentriques, qui suppose l'existence de sphères à centres différents emboîtées l'une dans l'autre.
(3) Cette hypothèse permet de supposer un intervalle entre les deux sphères, qui, n'étant plus enchaînées Tune à l'autre, restent libres et indépendantes dans leur mouvement respectif. Le vide est supposé être rempli par des corps sphériques qui ne participent point à la vie et aux mouvements de la sphère céleste, et qui varient de formes, selon le vide qu'ils ont à remplir. R. Lévi ben-Gerson, qui adopte cette hypothèse, appelle un tel corps : indien lïïW TI^O DBtt- Voy. Miïhamoth Adona'U 1. V, IIe partie, chap. 2.
(4) C'est le célèbre astronome arabe Thâbit-ben-Korra (vulgairement appelé Thébith), Sabien de 'Hàrran, mort en 901. Voy. sur cet astronome, d'Herbelot, Bibliothèque orientale , édit. in-fol., p. 1015; Casiri, Bibliolh. arab. hisp., t. I, p. 386 et suiv. Maïmonide le cite encore dans la IIIe partie de cet ouvrage, chap. XIV, où il lui attribue la même théorie des corps intermédiaires.
traité particulier, et il a démontré, selon ce que nous avons dit, qu'il faut nécessairement (admettre) un corps sphérique entre chaque couple de sphères. — Je ne t'ai point expliqué tout cela, quand tu suivais mes leçons, afin de ne pas te troubler dans ce que j'avais pour but de te faire comprendre.
Pour ce qui concerne Yinclinaison et Y obliqui té donl il est question pour la latitude de Vénus et de Mercure {i\ je t'ai exposé de vive voix et (clairement) montré qu'il est impossible de se tigurer comment pareille chose peut exister dans les corps (célestes) (2). Ptolémée en a clairement avoué la difficulté (3), comme tu l'as vu ; car il s'exprime en ces termes : « Que personne ne croie que ces principes et d'autres semblables puissent difficilement avoir lieu, en considérant ce que nous avons présenté ici comme des choses obtenues par artifice et par la subtilité de l'art, et qui peuvent difficilement avoir lieu ; car il ne convient pas de comparer les choses humaines aux choses divines W. » Tels sont ses propres termes, comme lu le sais.
(1) L'auteur veut parler des écarts de ces deux planètes en latitude. La théorie à laquelle il est fait allusion est exposée dans YAlmngeste, liv. XIII, chap. I. et suiv. Cf. Al-Farghàni, Elementa astronomica , chap. XYI1I. Les mots arabes Joyo et ôU^Ï correspondent aux mots grecs eyKkkvtç et Ào?w<nç ; Delambre pense que le premier de ces deux mots désigne l'inclinaison de l'excentrique sur le zodiaque, et le second, l'inclinaison de l'épicycle sur l'excentrique. Voy. les notes sur YAlmageste, édit. de l'abbé Halma, t. II, p. 25. La version hébraïque d'ibn- Tibbon ne rend pas le mot qfconJN. Al-Harizi a mOXTIl îTÊMn-
(2) Delambre (1. c.) s'exprime à peu près dans le même sens sur la difficulté de cette théorie : « Tout ce chapitre, dit-il, est difficile à entendre, impossible à retenir. On ne peut se faire une idée bien précise de toute cette théorie qu'en examinant les tables où elle est renfermée. Cette remarque s'applique plus ou moins à tout ce qui suit, jusqu'aux tables. »
(3) Littéralement: a manifesté l'impuissance en cela; c'est-à-dire : il a déclaré que l'homme est incapable de s'en faire une juste idée.
(4) Ce passage, tiré par Maïmonide de la vers. ar. de YAlmageste (liv. XIII, chap. 2), diffère un peu du texte grec, qui porte : lUî jMîSstç
Je t'ai indiqué les endroits par lesquels tu peux vérifier tout ce que je t'ai dit, excepté cependant ce que je t'ai dit M de l'observation de ces points qui sont les centres des excentriques, (pour savoir) où ils tombent ; car je n'ai jamais rencontré aucun (auteur) qui s'en soit préoccupé. Mais cela te deviendra clair, quand tu sauras la mesure du diamètre de chaque sphère, et quelle est la distance entre les deux centres, relativement au demi diamètre de la terre, comme Ta démontré Al-Kabîci dans le traité des Distances (-); car, quand tu examineras ces distances, tu reconnaîtras la vérité de ce que je t'ai fait remarquer.
rùç xoioi-jxv.ç twv •JT:of)i(jZ(>iV èpy&S-iç voats-aroj, cr/.OTr&iv vit t&jv r.v.p r.y.rj èrt- Tî^vï3,aaTwv 'Auxaav.iiiç ' Où yàp Kpocnt'iY.st TtocpaÇéôlsiv t« àvQo^Tzrjv. rolç
Oeioiç. «Que personne ne croie que de semblables hypothèses soient difficiles (à admettre), en considérant ce qu'il y a de dur dans les artifices employés par nous ; car il ne convient pas de comparer les choses humaines aux choses divines. »
(1) Les mots-p n"D"l NO N^N , manquent dans le ms. de Leyde, n. 18, et les deux traducteurs hébreux les ont également négligés, quoiqu'ils soient nécessaires pour le sens de la phrase.
(2) Cf. ci-dessus, p. 187, n. 1, et la IIIe partie de cet ouvrage, chap. XIV. Nous ne trouvons nulle part des renseignements sur l'astronome Al-Kabîci, ni sur son traité des Distances, et nous ne savons pas de quelle manière il a démontré les distances entre les centres des excentriques et le cenire du zodiaque, en prenant pour unité le demidiamètre ou le rayon de la terre. L'astronome dont il s'agit est sans doute le même que les scolastiques citent souvent sous le nom patronymique, à'Alkabitius, et qui, selon Albert le Grand, s'appelait Abdilaxil, ou mieux 'Abd-al-'Azîz. Voy. Spéculum astronomiœ, chap. V et XI (Opp. t. V, p. 659 et 663). LaBiblioth. Imp. possède plusieurs mss. renfermant une Introduction à l'astrologie, par Alkabitius, qui commence par ces mots : Postulala a Domino prolixitate vitœ Ceyfaddaula, id estgladii regni (ms. du fonds de la Sorbonne, n. 976). On peut conclure de là que notre astronome vivait à la cour de Seif ed-Daula, ' Ali-ben-'Hamdàn, à Alep, et, par conséquent, qu'il florissait dans la première moitié du Xe siècle de l'ère chrétienne. Cf. le Dictionnaire bibliograpliique de 'Iladji-Khalfa , édit. de M. Flûgel, t. V, p. 4-73. Les deux ouvrages indiqués par le bibliographe arabe sous les nos 11,681 et 11,682 me paraissent être identiques. Lo
Regarde, par conséquent, combien tout cela est obscur ; si ce qu' Aristote dit dans la science physique est la vérité, il n'y a W ni épicycle ni excentrique, et tout tourne autour du centre de la terre. Mais d'où viendraient alors aux planètes tous ces mouvements divers? Est-il possible, d'une manière quelconque, que le mouvement soit parfaitement circulaire et égal, et qu'il réponde (en même temps) aux phénomènes visibles, si ce n'est (en l'expliquant) par l'une des deux hypothèses W ou par les deux à la fois? D'autant plus qu'en admettant tout ce que Ptolémée dit de l'épicycle de la lune et de sa déviation vers un point en dehors du centre du monde et aussi du centre de l'excentrique (3), les calculs faits d'après ces hypothèses ne se trouvent pas en défaut d'une seule minute, et que la vérité en est attestée par la réalité des éclipses, toujours calculées d'après ces hypothèses et pour lesquelles on fixe si exactement les époques, ainsi que le temps et
premier, qui était dédié à Seif-ed-Daula, est anonyme ; le second est attribué à 'Abd-al-'Azîz ben-'Othmân al-Kabîci. L'un et l'autre portent le titre à' Introduction à l'Astrologie. — Quant an nom de ^^-Juî, on peut le prononcer Al Kabîci ou Al-Kobéici; la version d'Ibn-Tibbon pourrait justifier cette dernière prononciation, car elle porte *£tOpn.
(1) Il faut supprimer dans la version d'Ibn-Tibbon les mots : ig^j *3 inyï» qui se trouvent aussi dans les mss. de cette version, mais qui sont contraires à la construction de la phrase arabe.
(2) C'est-à-dire, par celle de l'excentrique ou par celle de l'épicycle. Tous les mss. ont]^N, sans article, et de même Ibn-Tibbon : infcO CBnV WD; Al-Harizi D^ip^n, avec l'article.
(3) L'auteur fait ici allusion à une observation ingénieuse de Ptolémée (Abnageste, liv. V, chap. 5), relative au mouvement oscillatoire de la ligne des apsides ou du diamètre de l'épicycle de la lune, et qui forme un corollaire aux deux inégalités de l'excentricité et de Yévcction. Voy. mes Notes sur les découvertes attribuées aux Arabes relativement aux inégalités du mouvement de la lune (Comptes-rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XVI, p. 1444 et suiv., et t. XVII, p. 76 et suiv.), et le mémoire de M. Biot dans \c Journal des Savants, octobre 1843, p. 623 et suiv.
DELXIÈME PARTIE. — CUAP. XXtV. 193
les mesures (*) de l'obscurcissement. — Comment encore se figurer la rétrogradation (apparente) d'une planète, avec ses autres mouvements, sans (l'hypothèse de) l'épicycleW? Comment enfin peut-on s'imaginer qu'il y ait là (dans le ciel) un roulement ou mouvement autour d'un centre non fixe? Et c'est là une perplexité réelle.
Je t'ai déjà expliqué de vive voix que tout cela ne regarde pas l'astronome; car celui-ci n'a pas pour but de nous faire connaître sous quelle forme les sphères existent , mais son but est de poser un système par lequel il soit possible d'admettre des mouvements circulaires, uniformes et conformes à ce qui se perçoit par la vue, n'importe que lachose soit (réellement) ainsi, ou non (*). Tu sais qu'Abou-Becr ibti-al-Çàyeg, dans son discours sur la Physique, exprime ce doute : si Aristote a connu l'excentricité du soleil, et si, la passant sous silence, il ne s'est préoccupé que de ce qui résulte de l'inclinaison, — l'effet de l'excentricité n'étant point distinct de celui de l'inclinaison^), — ou bien s'il ne Ta pointconnue. La vérité est qu'il ne l'a point connue et qu'il n'en avait jamais entendu parler; car les sciences mathématiques étaient im-
(1) C'est-à-dire, le moment où commence l'éclipsé, et l'étendue de la surface obscurcie. Le suffixe masculin dans nT"ïNpD (Ibn-Tibbon VttJJtîfi), ses mesures, se rapporte au mot NnON^ÊÛN , leur obscurcissement; quelques mss. ont NîiTlNplûl , et leurs mesures, le suffixe se rapportant aux éclipses, et de même, la version d'Al-Harizi et quelques mss. de celle d'Ibn-Tibbon ont DTiytiH-
(2) Voy. Ptolémée, Almagesle, liv. XII, chap. I et suiv. et Cf. cidessus, p. 86, n. 2.
(3) C'est-à-dire : l'astronome, comme tel, ne se préoccupe pas de savoir si ses hypothèses peuvent être admissibles ou non, au point de vue philosophique, mais seulement si elles suffisent pour expliquer les phénomènes. Cf. ci dessus, chap. XI, p. 92, 93.
(4) Ibn-al-Çayeg voulait dire qu'Aristote connaissait peut-être l'hypothèse de l'excentricité, mais la croyait inutile, parce qu'il pensait qu'on peut aussi bien trouver le lieu du soleil , au moyen de sphères homocentriques, en admettant une certaine inclinaison. Cf. ci-dessus, p. 57 note 1.
parfaites de son temps. S'il en avait entendu parler, il l'aurait certainement repoussée avec violence ; et si elle lui avait été avérée, il se serait trouvé dans une grande perplexité, à l'égard de tout ce qu'il a établi sur cette matière. Ce que j'ai déjà dit plus haut (*>, je le répéterai ici : c'est que tout ce qu'Aristote a dit sur les choses sublunaires a une suite logique ; ce sont des choses dont la cause est connue et qui se déduisent les unes des autres, et la place qu'y tiennent la sagesse et la prévoyance de la nature est évidente et manifeste. Quant à tout ce qui est dans le ciel, l'homme n'en connaît rien, si ce n'est ce peu de théories mathématiques (2) ; et tu vois ce qu'il en est. Je dirai, en me servant d'une locution poétique : Les cieux appartiennent à l'Eternel; mais la terre, il Va donnée aux fils d'Adam (Ps. CXV, 16), c'est-à-dire, que Dieu seul connaît parfaitement la véritable nature du ciel, sa substance, sa forme, ses mouvements et leurs causes ; mais, pour ce qui est au-dessous du ciel, il a donné à l'homme la faculté de le connaître, car c'est là son monde et la demeure où il a été placé et dont il forme lui-même une partie. Et c'est la vérité; car il nous est impossible d'avoir les éléments (nécessaires) pour raisonner sur le ciel, qui est loin de nous et trop élevé (3) par sa place et son rang; et môme la preuve générale qu'on peut en tirer, (en disant) qu'il nous prouve (l'existence de) son moteur, est une chose à la connaissance de laquelle les intelligences humaines ne sauraient arriver (4). Mais,
(1) Voy. ci-dessus, chap. xxn, p. 179.
(2j Littéralement : l'homme rien embrasse rien, si ce n'est cette petite dose de mathématiques.
(3) Les verbes masculins ly 2 , et N^y, se rapportent au Ciel; le subst. NEDbx est du genre commun, et le plus souvent l'auteur met au féminin les ajectifs et les verbes qui s'y rapportent.
(1) La leçon de ce passage est uniforme dans tous lesmss., excepte que les mots N3T1 H3N manquent dans l'un des mss. de Leyde (n° 18). La version d Al-Ilarîzi s'accorde parfaitement avec la leçon de nos mss. arabes; elle porte : DjrôO by DHD fifcnïOn nWïSl ïT*om V»bN D"l« UD myi yrr ta WK "OT NliT lbn-Tibbon ajoute après
fatiguer les esprits avec ce qu'ils ne sauraient saisir, n'ayant même pas d'instruments pour y arriver, ne serait qu'un manque de bon sens et une espèce de folie. Arrêtons-nous donc à ce qui est en notre puissance; mais ce qui ne peut être saisi par le raisonnement, abandonnons-le à celui qui fut l'objet de la grande inspiration divine, de sorte qu'il mérita qu'il fût dit de lui : Je lui parle bouche à bouche (Nom. XII, 8).
Voilà tout ce que je sais dire sur cette question; mais il est possible qu'un autre possède une démonstration qui lui rende évidente la vérité de ce qui a été obscur pour moi. Le plus grand hommage que j'aie pu rendre à la vérité, c'est d'avoir ouvertement déclaré combien ces matières me jetaient dans la perplexité (1) et que je n'avais ni entendu, ni connu de démonstration pour aucune d'elles.