‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 43 sur 64 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Il en est des opinions des hommes sur la prophétie comme de leurs opinions concernant l'éternité ou la nouveau (é du monde; je veux dire que, de même que ceux pour qui l'existence de Dieu est avérée professent trois opinions (diverses) sur l'éternité ou la nouveauté du monde, comme nous l'avons exposé, de même aussi les opinions concernant la prophétie sont au nombre de trois (-). Je ne m'arrêterai pas à l'opinion de l'épicurien, — car

(1) Littéralement : un bienfait général pour la confirmation de l'opinion spéculative et pour le bien-être de l'état corporel. La plupart des mss. portent : ■nîM^tf iN"lbN I"Pni£ SS- Et c'est aussi cette leçon que paraît exprimer Ibn-Tibbon, qui a : vppyn TlûNn n)TQ ; mais la construction nous oblige de considérer ici le mot nTtëi comme un nom d'action, dans le sens de rPntfH- Le ms. de Leyde (n° 18) porte en effet rvrtën '•S, et Al-'Harîzi traduit: jvyn n)H DVpS-

(2) Nous croyons, avec Isaac Abravanel, que l'auteur voyait une certaine relation entre les trois opinions sur la prophétie et les trois opinions qu'il a rapportées plus haut (chap. XIII) sur l'origine du monde; car on ne saurait supposer qu'il n'ait voulu parler que de la triplicité des opinions dans les deux sujets, qui n'est qu'une chose tout accidentelle et qui n'aurait pas mérité que l'auteur y insistât. Selon Abravanel, la première opinion sur la prophétie, celle de la foule vulgaire des croyants, est analogue à la première opinion sur l'origine du monde, celle qui fait tout émaner de la seule volonté de Dieu, sans admettre aucune espèce de matière première ou de substratum préexistant et apte à recevoir la forme. La deuxième opinion sur la prophétie correspond à la troisième sur l'origine du monde, ou à celle des péripatéticiens. Ces derniers, n'admettant rien de surnaturel, ne voient dans la prophétie que le développement et Yentéléchie d'une faculté que toute l'espèce humaine possède en puissance, de même que, selon eux, il y a dans

celui-ci ne croit pas à l'existence d'un Dieu, et comment, à plus forte raison, croirait- il à la prophétie? — mais je n'ai pour but que de rapporter les opinions de ceux qui croient en Dieu t*).

I. La première opinion, professée par ceux d'entre les peuples païens ^ qui croyaient à la prophétie, est aussi admise par certaines gens du vulgaire appartenant à notre religion (3). Dieu (disent-ils), choisissant celui qu'il veut d'entre les hommes, le rend prophète et lui donne une mission ; et peu importe, selon eux, que cet homme soit savant ou ignorant, vieux ou jeune. Cependant ils mettent aussi pour condition qu'il soit un homme de bien et de bonnes mœurs ; car personne n'a prétendu jusqu'ici que, selon cette opinion, Dieu accorde quelquefois le don de prophétie à un homme méchant, à moins qu'il ne l'ait d'abord ramené au bien.

l'univers une matière préexistante qui , de* toute éternité, a reçu la forme. Enfin, la troisième opinion, qui attribue la prophétie à une faculté préexistante se développant par la volonté divine, est analogue à celle que Platon professe sur l'origine du monde, et selon laquelle le monde, sorti du chaos éternel, a eu un commencemeut temporel et a été ordonné par la libre volonté de Dieu. Voy. le commentaire d'Isaac Abravanel sur diverses parties du More Néboukhim, publié par ML J. Landau, IIe livraison (Prague, 1832, in-4°), fol. 20; cf. Isaac Arama, 'Akédâ, chap. 35.

(1) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ajoutent le mot nN"D33. Selon cette leçon, il faudrait traduire : Les opinions que ceux qui croient en Dieu professent sur la prophétie; mais tous les mss. du texte arabe ont seulement nN^N^N IpnyD N1N , et de même Al-'Harîzi : mjn KTD3 DTÛNOT.

(2) lbn-Tibbon a : D^nSH pûït, et Al-'Harîzi : D^3DH flOT, c'est-à-dire la foule des ignorants; mais, si l'auteur avait voulu parler des ignorants en général , il aurait dit JU^P-. ^ar le mot aÂXé&U^ l'auteur désigne, conformément à l'usage des auteurs arabes, l'état des peuples qui n'ont point été instruits par une révélation divine, ou l'époque du paganisme.

(3) La veision d' lbn-Tibbon porte limin WK ^V nBJTI (dans quelques mss., umm *tfaKD pOH ntfpi); il a lu: bnN DNiy j>y31 NJnjnty, comme le porte en effet le ms. de Leyde, n° 18.

II. La deuxième opinion est celle des philosophes W; à savoir, que la prophétie est une certaine perfection (existant) dans la nature humaine ; mais que l'individu humain n'obtient cette perfection qu'au moyen de Y exercice, qui fait passer à Y acte ce que l'espèce possède en puissance $), à moins qu'il n'y soit mis obstacle par quelque empêchement tenant au tempérament ou par quelque cause extérieure. Car, toutes les fois que l'existence d'une perfection n'est que possible dansunecertaineespèce, ellenesaurait exister jusqu'au dernier point dans chacun des individus de cette espèce (3), mais il faut nécessairement (qu'elle existe au moins) dans un individu quelconque W ; et si cette perfection est de nature à avoir besoin d'une cause déterminante pour se réaliser, il faut une telle causée. Selon cette opinion , il n'est pas possible que l'ignorant devienne prophète , ni qu'un homme sans avoir été prophète la veille le soit (subitement) le lendemain, comme quelqu'un qui fait une trouvaille. Mais voici, au contraire, ce qu'il en est : si l'homme supérieur, parfait dans ses qualités ration-

(1) L'auteur veut parler des péripatéticiens arabes, qui considèrent le don de prophétie comme le plus haut degré de développement des facultés rationnelles et morales de l'âme, degré auquel l'homme parvient moins par l'étude que par la purification de l'âme, en se détachant complètement des choses de ce monde et en se préparant ainsi à l'union la plus intime avec l'intellect actif, qui fait passer à l'acte toutes les facultés que notre âme possède en puissance. Voy. Ibn-Sînâ, dans l'analyse de Schahrestâni, p. 428-429 (trad. ail., t. II, p. 331-332), et cf. mes Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 364-365.

(2) Cf. la lre partie, chap. XXXIV, deuxième cause (t. I, p. 119).

(3) Littéralement: ..., comme il en est de toute perfection dont l'existence est possible dans une certaine espèce; car l'existence de cette perfection ne saurait aller jusqu'à son extrémité et sa fin dans chacun etc.

(4) Car, comme l'auteur le dit ailleurs, ce qui est possible pour l'espèce ne peut pas ne pas arriver nécessairement. Voy. ci-dessus, p. 39, et ibid. note 2.

(5) Plus littéralement : Et si cette perfection est une chose qui a besoin, pour se réaliser, de quelque chose qui la fasse sortir (ou passer à l'acte), il faut quelque chose qui la fasse sortir.

nelles et morales, possède en même temps la faculté imaginative la plus parfaite et s'est préparé de la manière que tu entendras (plus loin), il sera nécessairement prophète; car c'est là une perfection que nous possédons naturellement. Il ne se peut donc pas, selon cette opinion, qu'un individu, étant propre à la prophétie et s'y étant préparé, ne soit pas prophète, pas plus qu'il ne se peut qu'un individu d'un tempérament sain se nourrisse d'une bonne nourriture, sans qu'il en naisse un bon sang et autres choses semblables.

III. La troisième opinion, qui est celle de notre Loi et un principe fondamental de notre religion, est absolument semblable à cette opinion philosophique, à l'exception d'un seul point <l). En effet , nous croyons que celui qui est propre à la prophétie et qui y est préparé peut pourtant ne pas être prophète, ce qui dépend de la volonté divine. Selon moi, il en est de cela comme de tous les miracles, et c'est de la même catégorie^; car la nature veut que tout homme qui, par sa constitution naturelle, est pro-

(1) L'opinion que l'auteur va exposer, et qu'il considère comme l'opinion orthodoxe, est loin d'être celle des principaux théologiens juifs, qui croient en général que les hautes facultés que possèdent les prophètes leur viennent de la volonté de Dieu , et non pas d'une certaine nature innée, DOtty "I2ft N1?! Nlinn I^Q, comme dit Saadia (Livre des croyances et des opinions, liv. III, chap. 4, fin). Aussi l'opinion de Maïmonide, qui attribue aux facultés intellectuelles de l'homme une trop grande part dans la prophétie , et qui ne fait intervenir la volonté divine que comme un obstacle, n'a-t-elle pas manqué de trouver de nombreux contradicteurs. Voy. Joseph Albo, 'Ikkarîm, liv. III, chap. 8 ; Isaac Arama, 'Akedâ, chap. 35 (édition de Presbourg, in-S°, t. Il, fol. 10 b et suiv.), et le post-scriptum d'Abravanel à son commentaire sur ce chapitre , l. c.,fol. 22 a.

(2) Littéralement : et cela est, selon moi, semblable à tons les miracles et courant dans le même ordre. C'est-à-dire : Si l'homme , tout en remplissant les conditions nécessaires pour la prophétie, n'arrive pourtant pas à être prophète, il y a là, comme dans tous les miracles, une véritable interruption des lois de la nature, qui doit être attribuée à la volonté divine.

DEUXIÈME PARTIlù. — CHAP. XXXII. 263

l>re (à la prophétie) et qui s'est exercé par son éducation et par son étude, devienne réellement prophète; et, si cela lui est refusé, c'est comme quand on est empêché de mouvoir sa main, à l'exemple de Jéroboam (I Rois, XIII, 4), ou qu'on est empêché de voir, comme l'armée du roi de Syrie allant chercher f1) Elisée (II Rois, VI, 48). — Quant à ce (que j'ai dit) que c'est notre principe fondamental qu'il faut être préparé et s'être perfectionné dans les qualités morales et rationnelles, c'est ce qu'ont dit (les docteurs) : « La prophétie ne réside que dans l'homme savant, fort et riche W ». Nous avons déjà exposé cela dans le Commentaire sur la Mischnâ (3) et dans le grand ouvrage (4), et nous avons fait connaître que les élèves des prophètes s'occupaient constamment de la préparation. Mais, que celui qui est préparé peut pourtant subir un empêchement et ne pas devenir prophète, c'est ce que tu peux apprendre par l'histoire de Baruch , fils de Neria : car celui-ci s'était fait le suivant de Jérémie, qui l'exerçai5), l'instruisit et le prépara; mais, tout animé

(1) Les deux versions hébraïques ont yC"^K J^ajJS; au lieu de rntfp l^y, les deux traducteurs ont lu figp *uy, leçon qui se trouve en effet dans le ms. de Leyde, n° 18, mais qui est incorrecte.

(2) Voy. ïalmud de Babylone, Schabbalh, fol. 92 a, et Nedarim, fol. 38 a, où les éditions portent : "ft") n^n inJ'Oiy mWD îT'Zlpn pN- L'auteur prend ici les mots fort et riche dans le sens moral qui leur est donné par Ben-Zôma : le fort est celui qui sait dompter ses passions ; le riche, celui qui se contente de ce qu'il possède. Voy. Mischnâ, IVe partie, traité Aboth, chap. IV, § 1, et l'Introduction de Maïmonide à ce môme traité, intitulée Huit Chapitres, chap. VII.

(3) Yoy. l'Introduction de Maïmonide à la lre partie de là Mischnâ, ou Séder Zera'îm (Pococke, Porta Mosis, p. 18 et suiv.).

(4) C'est-à-dire, dans le Mischnc-Tôrâ, ou Abrégé du Talmud, liv. I, traité Yésodé ha-Tôrâ, chap. VII.

(5) Le sujet du verbe nà&OI et des deux verbes suivants est nécessairement Jérémie, et il aurait été plus correct d écrire HiTNnS ; mais la leçon que nous avons adoptée est celle de tous les mss. La version d'Ibn-Tibbon ne rend que deux des trois verbes; les éditions ont î^Dni in»!?1, et les mss. ljnm HÛ^V Al-'Harîzi traduit: nûbl ïbrnm

qu'il était du désir de devenir prophète, cela lui fut pourtant refusé, comme il le dit : Je me suis lassé dans mes gémissements et je n'ai point trouvé le repos (Jérémie, XLV, 3), et il lui fut répondu par l'intermédiaire de Jérémie : Voici ce que tu lui diras : Ainsi dit V Éternel etc. Toi, tu recherches des grandeurs ! Ne les recherche point (ibid., vers. 4 et 5). A la vérité, ou serait libre dédire qu'on a voulu déclarer par là que la prophétie, par rapport à Baruch, était trop de grandeur^); de même on pourrait dire que dans le passage des Lamentations (II, 9) : Même ses prophètes n'ont pas trouvé de vision de la part de l'Éternel, (il faut

(1) Selon les commentaires rabbiniques, le mot grandeurs, dans les paroles de Jérémie, désigne la prophétie qu'ambitionnait Baruch et à laquelle il s'était préparé. 11 résulterait donc de ce passage que, par la volonté divine, le don de prophétie peut être refusé à ceux-là même qui en sont dignes par leurs qualités naturelles et qui s'y sont dignement préparés. Cependant, ajoute l'auteur, il serait permis de voir dans les paroles de Jérémie la déclaration expresse que Baruch n'était pas suffisamment préparé, et que c'était de sa part une trop grande ambition que de vouloir être prophète, de sorte qne le passage de Jérémie ne pourrait pas servir de preuve à la thèse qui vient d'être soutenue. — Les commentateurs s'étonnent que l'auteur réfute ainsi lui-même la seule preuve biblique qu'il a alléguée en faveur de sa thèse, et ils y voient l'aveu implicite qu'il préférait admettre l'opinion des philosophes sans aucune restriction. Mais l'auteur dit expressément que ceux qui voudraient entendre le passage du livre de Jérémie et celui des Lamentations (lï , 9) dans ce sens que l'aptitude naturelle et la préparation suffisent seules pour former le prophète, trouveraient beaucoup d'autres passages, tant dans l'Écriture sainte que dans les écrits des docteurs, qui prouveraient que, par la volonté divine, le don de prophétie peut être refusé à celui-là même qui y est parfaitement préparé. Abravanel cite l'exemple des soixante-dix anciens, qui prophétisèrent quand Vesprit reposait sur eux, mais qui ne continuèrent pas (Nombres, XI, 35), ce qui prouve qu'ils cessèrent de prophétiser aussitôt que la volonté divine les en empêchait; de même les prophètes Hosée (XII, 11) et Amos (III, 8) font évidemment dépendre la prophétie de la parole de Dieu ou de sa volonté. Voy. Abravanel, /. c, fol. 20 h.

sous-en tendre) parce qu'ils étaient dans l'exil (1>, comme nous l'exposerons. Mais nous trouvons de nombreux passages, tant des textes bibliques que des paroles des docteurs, qui tous insistent sur ce principe fondamental, à savoir, que Dieu rend prophète qui il veut et quand il le veut, pourvu que ce soit un homme extrêmement parfait et (vraiment) supérieur; car pour les ignorants d'entre le vulgaire, cela ne nous paraît pas possible, — je veux dire que Dieu rende prophète ^ l'un d'eux, — pas plus qu'il ne serait possible qu'il rendît prophète un âne ou une grenouille. Tel est notre principe, (je veux dire) qu'il est indispensable de s'exercer et de se perfectionner, et que par là seulement naît la possibilité à laquelle se rattache la puissance divine (3).

Ne te laisse pas induire en erreur par ce passage : Avant que je te formasse clans les entrailles {de ta mère), je t'ai connu, et avant que tu sortisses de son sein, je t'ai sanctifie' (Jérém.,\, 5) W; car c'est là la condition de tout prophète, (je veux dire) qu'il lui faut une

(1) C'est-à-dire, parce que les afflictions de l'exil ne leur laissaient pas le loisir nécessaire pour se préparer ; car il faut que le prophète ait l'esprit tranquille et libre de toute préoccupation. Voy. Talmud de Babylone, Schabbath, fol. 30 b: -pntt nVi Hin^y "pno tth PHW HïWn ^N ni^y; cf. Maïmonide, Yesodé ha-Tôrâ, chap. VII, § 4, et ci-après, chap. XXXVI (p. 287).

(2) Le verbe vj3«i est évidemment actif ( JyL?) ayant pour sujet le mot nbbtf sous-entendu et pour régime DïTinN, et c'est à tort que les deux traducteurs hébreux Font traduit comme verbe neutre ou passif, l'un par fcOîPtP et xn^H, l'autre par N2tfWî nous avons donc écrit NINEn et Njn£)£ à l'accusatif, quoique les mss. portent INûn et }Hfî$, sans N.

(3) C'est-à-dire : la puissance divine n'accorde le don de prophétie que lorsque cela est devenu possible par une bonne préparation. Tous les mss. ont PINSON rrnp, ce qu'ïbn-Tibbon a rendu par '^ DtPPI mta, en prenant ftYlp dans le sens de T\p; Al-'Harîzi a : TH^Nn H3.

(4) L'auteur veut dire qu'il ne faut pas conclure de ce passage que certains hommes soient prédestinés à la prophétie, par la seule volonté de Dieu, et sans qu'il leur faille une préparation intellectuelle ou morale.

disposition naturelle dès sa constitution primitive, comme on l'exposera. Quant à ces mots : Je suis un jeune homme, na'ar (ibid.,\ers. 6/1), tu sais que la langue hébraïque appelle le pieux JosepliNA'AU (jeune homme), bien qu'il fût âgé de trente ans(-), et qu'on appelle aussi Josué na'ar, bien qu'il approchât alors de la soixantaine. En effet, on dit (de ce dernier) , à l'époque de l'affaire du veau d'or : Et son serviteur Josué, fils de Nun , jeune homme (na'ar), ne bougeait pas etc. (Exode, XXX11I, 11). Or Moïse, notre maître, avait alors quatre-vingt-un ans(3), et sa vie entière fut de cent vingt ans; mais Josué, qui vécut encore quatorze ans après lui, arriva à l'âge de cent dix ans. Il est donc clair que Josué avait, à l'époque en question, cinquante-sept ans au moins, et cependant on l'appelle na'ak.

Il ne faut pas non plus te laisser induire en erreur par ce qui se trouve dans les promesses (prophétiques) , où il est dit : Je répandrai mon esprit sur tous les mortels , de sorte que vos fils et vos filles prophétiseront (Joël, II, 28); car il (le prophète) a expliqué cela et a fait connaître quelle serait cette prophétie, en disant : Vos vieillards feront des songes, vos jeunes gens auront des visions (ibid.). En effet, quiconque prédit une chose incon-

(1) Jérémie dit : Je ne sais pas parler, car je suis un jeune homme, iy^; ce dont on pourrait inférer que, bien que jeune homme inexpérimenté, il pouvait être chargé d'une mission prophétique, et qu'il n'avait besoin d'aucune élude préparatoire. Pour répondre à celte objection, Fauteur cite quelques exemples qui prouvent que le mot hébreu na'ar désigne aussi quelquefois un homme d'un âge mûr. 11 désigne en effet le serviteur, n'importe de quel âge, comme le mot grec -.à; et le mot latin puer; mais ce sens ne peut s'appliquer au passage de Jérémie, et l'explication de l'auteur est évidemment forcée.

(2) L'auteur paraît faire allusion aux paroles du chef des échansons de Pharaon (Genèse, XLI, 12), qui désigne Joseph comme na'ar, ou jeune homme, quoiqu'il eût alors près de trente ans (cf. ibid., vers. 46).

(3) Tous les inss. portent : pJNDfil 1HH î nous avons écrit plus correctement "HriN au féminin, car il faut ^ous-entendre HiD- Plus loin les mss. portent incorrectement -RPJJ fiymN, pour ftwy }D"1N; de même

niiryi flwo Pour "its'yi îtnd, et riyao pour y^D-

nueW, soit au moyen do la magie et de la divination, soit au moyen d'un songe vrai (-),*esl également appelé prophète; c'est pourquoi les prophètes de Baal et ceux. d'Asehérâ sont appelés prophètes. Ne vois-tu pas que Dieu a dit : S'il s'élève au milieu de toi un prophète ou un SONGEUR (Deut. XIII, 1)?

Quant à la scène du mont Sinaï, bien que tous (les Israélites), par la voie du miracle, vissent le grand feu et entendissent les sons redoutables et effrayants, il ne parvint pourtant au rang de la prophétie que ceux-là seuls qui y étaient propres , et cela à différents degrés. Tu le vois bien par ce passage : Monte vers l'Éternel, toi, Aaron, Nadab, Abihu et soixante-dix d'entre les anciens d'Israël (Exode, XXIV, 1). Lui (Moïse), il occupe le degré le plus élevé, comme il est dit : Moïse seul s approcha de Dieu, mais eux, ils ne s* approchèrent point (ibid. , vers. 2); Aaron est placé au-dessous de lui, Nadab et Abihu sont au-dessous d' Aaron, les soixante-dix anciens au-dessous de Nadab et d* Abihu, et les autres au-dessous de ces derniers, selon leurs degrés de perfection. Un passage des docteurs dit : « Moïse forme une enceinte à part et Aaron une enceinte à part (3). »

Puisque nous avons été amenés à parler de la scène du mont Sinaï, nous appellerons l'attention, dans un chapitre à pari, sur les éclaircissements que fournissent, au sujet de cette scène, les

(1) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont D^iyS TJÛ bï', au lieu de D^yD, il faut lire D^y23 comme Font les mss. Al-'Harîzi traduit: miTl^H jrHID b>

(2) Il nous paraît évident que le mot fîvfl (Hjj) doit être pris ici dans le sens de ^jj, songe, et c'est à tort qu'Ibn-Tibbon a rendu ce mot par pntPfflÛ» pensée. Le songe vrai est ce qu'Aristote appelle eùOuovsipîa. Voy. mes Mélanges de philosophie juive et arabe, p. 95, note 1.

(3) Le mot n^TIOi qui signifie proprement paroi, mur de séparation, compartiment, est ici employé au figuré pour désigner les différents degrés de perception. Voy. Mekhiltha ou comment, rabb. sur l'Exode, au chap. XIX, verset 24 (édit. de Venise, fol. 25, col. 1), et le commentaire de Raschi au môme passage de l'Exode; cf. Abravanel, commentaire sur l'Exode, chap. XIX, 13e question.

textes (bibliques), quand on les examine bien, ainsi que les discours des docteurs.

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