‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 54 sur 64 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Nous avons déjà exposé, dans nos ouvrages, que les prophètes présentent quelquefois leurs prophéties sous forme de paraboles^); c'est que parfois (le prophète) voit une chose par parabole, et ensuite le sens de la parabole lui est expliqué dans

(1) C'est-à-dire : l'homonymie du mot malakh, qui est employé dans des acceptions diverses, a donné lieu à croire que, dans ce qui est dit de Hagar, ainsi que de Manoali et de sa femme, il s'agit réellement de l'apparition d'un ange.

(2) Au lieu de y£T (avec rêsch), plusieurs mss. ont jjfiT (avec daleth); de même Ibn-Tibbon, niTlin "Ip^îl, et Al-'Harîzi, "ik?n ^p^T\ nrn\ te principe qui repousse (ou réfute). L'auteur veut dire que c'est justement l'homonymie du mot malakh, posée en principe, qui sert à lever les difficultés et à éclaircir les passages douteux.

(3) L'auteur fait observer en terminant qu'on emploie, au sujet de Ilagar, la même expression qu'au sujet de Joseph. Selon les Midraschîm, ou interprétations allégoriques, l'homme qui rencontra Joseph était un ange ; mais on n'a pu vouloir attribuer à ce jeune enfant les perceptions sublimes des prophètes, et il est clair qu'on n'a parlé que d'une apparition que lui présentait son imagination surexcitée. Il en serait donc de même pour Hagar, au sujet de laquelle le texte de l'Écriture emploie les mêmes termes.

(4-) Littéralement : que les prophètes prophétisent quelquefois par des paraboles. Voy. Abrégé duTalmud, traité Yesôdc ha-Tôrâ, ch.VH, § 3. — Les mss. arabes ont généralement m^NTli au pluriel, nos ouvrages ; les versions hébraïques ont, l'une 13Tûn2, l'autre in£D2> au sing.

cette même vision prophétique. Il en est comme (*) d'un homme qui a un songe, et qui, dans ce songe môme, s'imagine qu'il s'est éveillé, qu'il a raconté le songe à un autre, et que celui-ci lui en a expliqué le sens , tandis que le tout n'était qu'un songe. C'est là ce qu'on appelle : « un songe qui a été interprété dans un songe (2), )> tandis qu'il y a aussi des songes dont on connaît le sens après s'être éveillé. De même, le sens des paraboles prophétiques est parfois expliqué dans la vision prophétique, comme cela est évident à l'égard de Zacharie, qui dit, après avoir d'abord présenté certaines paraboles : Et l'ange qui m'avait parlé revint, et m'éveilla comme un homme qu'on éveille de son sommeil; et il me dit : que vois-tu? etc. (Zach., IV, 1 et 2) ; ensuite il (l'ange) lui explique la (nouvelle) parabole (3). Et cela est de même évident à l'égard de Daniel ; car il est dit d'abord : Daniel vit un songe y et sur sa couche (il eut) des visions dans sa tête (Dan., VIII, 1); et après avoir rapporté toutes les paraboles et avoir exprimé combien il était affligé de ne pas en connaître l'explication, il interroge enfin l'ange, et celui-ci lui en fait connaître l'explication, dans cette même vision : Je m'approchai, dit-il, de l'un des assistants, et je lui demandai la vérité sur tout cela; il me parla et me fit connaître l'interprétation de ces choses (ibid., v. 16). Après avoir dit qu'il vit un songe^ il appelle tout l'événement 'hazôn (une vision), parce que, comme il ledit, ce fut un ange qui le lui expliqua dans un songe prophétique. Il dit donc, après cela : Une vision ('hazôn) m' apparut, à moi Daniel, après celle qui m'était apparue d'abord (ibid., Yli\, 1). Gela

(1) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , il faut effacer le mot "û, et lire seulement 103, comme ont les mss., et aussi Al-'Harîzi.

(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Berakhôth, fol. 55 b.

(3) Zacharie, après avoir présenté, dans les ch. l-III, plusieurs paraboles, raconte au ch. IV une nouvelle vision qu'il a eue et qui est présentée par la parabole du chandelier à sept branches ; puis le sens de cette parabole lui est expliqué par l'ange dans cette même vision, d'abord le sens général et ensuite les détails (ch. IV, v. 6-14).

est clair (*); car 'hazôn est dérivé du verbe 'haza, comme marea (vision) est dérivé de ma , et les deux verbes ont le même sens (celui de voir), de sorte qu'il n'y a pas de différence entre les mots marea, ma'hazé et 'hazôn. Il n'y a pas de troisième voie (de prophétie) outre ces deux voies dont parle le Pentateuque : Je me fais connaître à lui dans une vision, je lui parle dans un songe (Nombres, XII, 6)(2) ; mais il y a en cela des gradations, comme on l'exposera (3). — Cependant, parmi les paraboles prophétiques, il y en a aussi beaucoup dont le sens n'est point expliqué dans la vision prophétique, mais dont le prophète connaît l'intention après s'être réveillé, comme il en est, par exemple, des houlettes que prit Zacharie dans une vision prophétique (4).

Il faut savoir que, de même que les prophètes voient des choses qui ont un sens parabolique, — comme, par exemple, les lampes de Zacharie (Zach., IV, 2), les chevaux et les montag?ies {ibid.y VI, 1-7), le rouleau d'Ezéchiel (il, 9), le mur fait au niveau que vit (5) Amos (VII, 7), les animaux que vit Daniel (ch. VII et VIII), la marmite bouillante que vit Jérémie (I, 15), et d'autres

(1) .C'est-à-dire : il est clair qu'il s'agit ici d'une vision, désignée par le mot 'hazôn.

(2) L'auteur veut dire que le mot 'hazôn (]ltn) ne saurait indiquer une troisième voie d'inspiration prophétique, et il est nécessairement synonyme de marea (nNlû) et de ma hazé (ntriE)).

(3) Voir ci-après, ch. XLV.

(4) Voy. Zacharie, ch. XI, v. 7 et suiv. Le sens de cette parabole ne fut point expliqué au prophète dans sa vision , comme le fut celle du chandelier, mentionnée plus haut. Notre auteur essaye lui-môme plus loin d'en indiquer le sens.

(5) Presque tous les mss. portent : nfcO H^N ; le mot nfcO doit se prononcer «J; ; il eût été plus correct de dire NHN"! Ti^N, le mot riDin étant du féminin ; mais peut-être l'auteur a-t-il pensé au mot masculin *^N, ou à un mot arabe masculin tel que ia.>l=*» ouj^j-*», mur. Le ms. du suppl. hébreu de la Bibliothèque impériale, n° 63. écrit de la main de H. Saadia Ibn Danan, porte riNI sn^N-

paraboles semblables, par lesquelles on a pour but de retracer certaines idées , — de même ils voient aussi des choses par lesquelles on veut (indiquer) ce que le nom de la chose vue rappelle par son étymologie ou par son homonymie, de manière que l'action de la faculté imaginative consiste en quelque sorte à faire voir une chose portant un nom homonyme, par l'une des acceptions duquel on est guidé vers une autre , ce qui aussi est une des espèces de l'allégorie M. Quand, par exemple, Jérémie dit : (qu'il voyait) makkel schaked, un bâton de bois dfamandier9 son intention est de déduire (quelque chose) de l'homonymie du mot schaked (2), et il dit ensuite : Car je suis schôked, vigilarit, etc. (Jér.,1,11 et 12); car il ne s'agit ni de l'idée du bâton, ni de celle de V amandier. De même , quand Amos voit Keloub kaïç , un 'panier de fruits d'été, c'est pour en déduire l'accomplissement du temps; et il dit : Car le kèç (ou le terme) est venu (Amos, VIII, 2). — Ce qui est encore plus étonnant , c'est quand on éveille l'attention au moyen d'un certain nom dont les lettres sont aussi celles d'un autre nom , dans un ordre intervertie, quoiqu'il n'y ait entre ces deux noms aucun rapport étymologique, ni aucune communauté de sens, comme on le trouve (par exemple) dans les paraboles de Zacharie, quand', dans une vision

(1) En d'autres termes : Les prophètes voient quelquefois des choses qui ne représentent pas par elles-mêmes un sujet allégorique, mais dont le nom seulement rappelle, par son étymologie, une certaine idée qui s'exprime par un nom semblable, de sorte que toute la vision ne se fonde que sur un jeu de mots, comme l'auteur va l'expliquer par quelques exemples.

(2) C'est-à-dire , de jouer sur le double sens de la racine npa? , de laquelle dérivent à la fois le mot qui signifie amandier, et celui qui signifie vigilant, attentif, de sorte que la vision de V amandier indique ces paroles de Dieu : car je suis vigilant pour accomplir ma parole. Cf. cidessus, ch. XXIX, p. 229, et ibid., note 2.

(3) C'est-à-dire , quand le prophète , pour faire allusion à un certain sujet, se sert d'un nom qui, par lui-même, a un tout autre sens, mais dont les lettres transposées donnent le nom du sujet en question.

prophétique, il prend les deux houlettes (1) pour faire paîlre le troupeau et qu'il donne à l'une le nom de No'am (grâce, faveur) et à l'autre, celui de 'Hôbelîm (destructeurs)^). Dans cette parabole, on a pour but (d'indiquer) : que la nation, dans son état primitif, jouissait de la faveur de l'Éternel qui l'a guidé et l'a dirigé , qu'elle était joyeuse d'obéir à Dieu et en éprouvait du plaisir (3), et que Dieu lui était propice et l'aimait — [comme il est dit : Tu as aujourd'hui exalté V Eternel etc. et V Eternel t'a exalté etc. (Deut. XXVI, 17 et 18) (*)] — , lorsqu'elle était guidée et dirigée par Moïse et par les Prophètes qui lui succédèrent ; mais qu'ensuite elle changea tellement de disposition qu'elle eut en aversion l'obéissance à Dieu, de sorte que Dieu l'eut en aversion et qu'il fit de ses chefs des destructeurs, comme Jéroboam et Manassé. Voilà (quel est le sens) selon l'étymologie; car 'hôbelîm (c^in) est de (la même racine que) me'habbelîm, dwd D^n» (çwi détruisent les vignes, Cantique, II, 15) . Ensuite, il en déduit également, — je veux dire du nom de 'hôbelîm, — qu'ils avaient en aversion la Loi et que Dieu les avait en aversion. Mais ce sens ne peut être dérivé de 'hôbelîm

(1) Plusieurs mss. ont les formes incorrectes JKMÊJJ^N et ]v>N2ÊJjbN ; d'autres ont le pluriel ^ybtf* et de même Ibn-Tibbon, mbpon IPIpb^, tandis qu'Al-'Harîzi a ni^po iJtr innp3.

(2) Voy. Zacharie, ch. XI, v. 7 ; comme on va le voir, l'auteur, en citant cet exemple, a en vue le mot 'hôbelîm.

(3) Au lieu de Jï"ibnDO, le ms. de Leyde, n° 18 , a JTIVIDQ , qui a le même sens. Ce dernier mot a pu être changé en HTlDfc, ce qui explique pourquoi la version d'Ibn-Tibbon a mtiTO ; Al-'Harîzi traduit

(4) Nous supposons que Maïmonide adopte pour le verbe TONH le sens que lui attribue Ibn-Djana'h , dans son dictionnaire : "Hjy nwyoi

-|TD«n ^:yo£> ton ^«yba ]uùb ^p ibiV) ys-in^xi «byb«

"]NbyN1 "îJJB"l « Il a, selon moi, le sens d'élévation et d'exaltation; c'est pourquoi on appelle la branche supérieure ton (Isaïe, XVII, 6). Le sens de *|TONn est donc : il t'a exalté et élevé. » Cf. le Dictionnaire de David Kim'hi.

quau moyen do la transposition des lettres 'H, B, L; il dit donc, à l'égard de l'idée d'aversion et d'abomination que renferme cette parabole: Mon âme s'est retirée d'eux (1) et leur âme aussi a eu de l'aversion (baj h ala) pour moi (Zach., XI, 8), et il transpose les lettres 'H B L (*?nn) pour en faire B 'H L (brin).

Selon cette méthode (2), on trouve des choses extraordinaires, qui sont également des mystères, dans les mots ne- 'hoscheth (ntt>m), kalal (bbp), réghel (bn), 'éghel (^y), et 'haschmal (boirn) employés dans la Mercabâ^. Dans divers passages, (on trouve) d'autres mots qui, après cette observation, te deviendront clairs par l'ensemble du discours, si tu les examines bien dans chaque passage (*).

(1) Nous traduisons l'expression ^£3 Itfpm dans le sens que l'auteur indique lui-même, au ch. XLI de la lre partie (p. 147).

(2) C'est-à-dire, selon la méthode des allusions faites par l'étymologie ou l'homonymie des noms que portent les sujets représentés dans les paraboles.

(3) C'est-à-dire, dans la vision d'Ézéchiel. Tous les mss. ar. ont bbp') et bty) avec le •) copulatif, ce qui prouve que l'observation de l'auteur ne s'applique pas aux expressions bbp nï^riJ et bty bXî (Ézéch., I, 7), comme pourrait le faire croire la version d'Ibn-Tibbon, mais à chacun des quatre mots à part. Cf. ci-dessus, p. 229, et ibid., note 4.

(4) Nous avons dû, pour la clarté, intervertir l'ordre des mots dans cette dernière phrase , dont voici la traduction littérale : Et dans (certains) endroits, il y a d'autres (mots) que ceux-là, qui, si tu les poursuis par ton esprit dans chaque endroit , te deviendront clairs par l'intention du discours, après celte observation. L'auteur veut dire, qu'outre les mots d'Ézéchiel qui viennent d'être cités, on en trouve çà et là d'autres, dont le sens, après l'observation faite ci-dessus, pourra être facilement deviné par l'ensemble de chaque passage, si on y applique bien son es-

'prit. — Il faut ajouter, après "|3n*T3ï les mots yâlû bï *Ô, qui se trouvent dans la plupart des mss. et que les deux versions hébraïques rendent par DIpQ bïl; ces mots manquent dans quelques mss. et ont été omis dans notre texte arabe.

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