‹ Le guide des égarés; (volume 5)Chapitre 55 sur 64 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

La prophétie n'a lieu qu'au moyen d'une vision ou d'un songe, comme nous l'avons exposé plusieurs fois, de sorte que nous n'avons plus à le répéter. Nous dirons maintenant que, lorsque le prophète est inspiré , il voit parfois une parabole , comme nous l'avons exposé à plusieurs reprises. Parfois il croit voirO) Dieu qui lui parle dans une vision prophétique, comme a dit Isaïe (VI, 8) : Et j'entendis la voix de V Éternel qui disait: Qui enverrai- je et qui ira pour nous? D'autres fois il entend un ange qui lui parle et qu'il voit , ce qui est très fréquent, comme dans ces passages : Et l'ange de Dieu me dit etc. (Genèse, XXXI, 11) C2); Et il me dit : Ne sais-tu pas ce que signifient ces choses? Et l'ange qui me parlait répondit etc. (Zach., IV, 5) (3) ; Et j'entendis un saint qui parlait (Daniel, VIII, 15) ; cela est trop fréquent pour qu'on puisse énumérer (tous les exemples). D'autres fois le prophète voit un personnage humain qui lui parle, comme il est dit dans Ézéchiel (XL, 5 et 4) : Et voici un personnage dont r aspect était comme celui de l'airain etc.-, Et ce personnage me dit : Fils de l'homme etc. , après qu'on avait dit d'abord (v.l ) :

(1) Le texte dit simplement : ^~p, U voit; mais le sens est nécessairement : il croit voir, ou il lui semble voir, et encore cela ne peut-il arriver dans une vision proprement dite, mais seulement dans un songe. Voy. ci-dessus, p. 314, et ci-après, chap. XLV, septième degré, et ibid., XIe degré, p. 344, note 3.

(2) Ce passage a été omis dans la version d'Ibn-Tibbon ; mais il se trouve dans tous les mss. du texte arabe et dans la version d'Al-'Harîzi.

(3) Dans cette citation, le passage biblique a été transposé, sans dqute par une erreur de mémoire. Nous avons reproduit la citation telle qu'elle se trouve dans tous les mss. arabes et dans les deux versions hébraïques.

La main de l'Éternel fut sur moi^h D'autres fois enfin, le prophète, dans la vision prophétique, ne voit aucune figure, mais entend seulement des paroles qui s'adressent à lui, comme a dit Daniel : Et j'entendis la voix d'un homme du milieu du (fleuve) Oulaï(D<m., VIII, 16), et comme a dit Éliphaz : // y avait du silence, et j'entendis une voix (Job, IV, 16) , et comme a dit aussi Ézéchiel : Et j'entendis quelqu'un qui me parlait (Ézéch., II, 2); car ce qui lui parlait, ce n'était pas cette chose qu'il avait perçue dans la vision prophétique ; mais , après avoir raconté en détail cette chose étonnante et extraordinaire qu'il déclare avoir perçue, il commence (à exposer) le sujet et la forme de la révélation, et il dit : J'entendis quelqu'un qui me parlait (2).

Après avoir d'abord parlé de cette division (des révélations prophétiques) , qui est justifiée par les textes , je dirai que ces paroles que le prophète entend dans la vision prophétique , son imagination les lui présente quelquefois extrêmement fortes, comme quand un homme rêve qu'il entend un fort tonnerre, ou qu'il voit un tremblement de terre ou un feu du ciel (3) ; car souvent

(t) L'expression w -^ la main de l'Éternel, prouve qu'il s'agit d'une vision prophétique. Voy. ci-dessus, au commencement du ch. XLI.

(2) L'auteur veut justifier la citation qu'il fait du passage d'Ézéchiel à l'appui de cette 5e catégorie, où le prophète entend une voix sans voir aucune figure. Il dit donc qu'il ne faut pas croire que ce qui parlait à Ézéchiel, c'était cette sublime apparition dont il parle au ch. I, v. 26, et dont il décrit l'entourage avec tant de détails ; ce fut, au contraire, un être invisible qui lui parlait pour lui donner la mission exposée au ch. II, v. 3 et suiv.

(3) Le mot iuUU? désigne le feu du ciel, ou la foudre; dans deux passages du t. Ier, p. 220 et p. 369, ce mot a été inexactement traduit par orage; Ibn-Tibbon l'a rendu dans les trois passages par njjlî, ce °iui n'est pas exact; au chap. XII de la IIIe partie, il a plus exactement: O^ttjjn D^pinn. Selon la définition d'Al-Kazwîni , le mot joisU* désigne un météore igné : c'est un feu qui tombe du ciel, qui brûle tous les corps qu'il rencontre , et qui pénètre dans la terre et dans les rochers les plus durs. Voy. Al-Kazwîni, 'Adjâtjib al-makhloukât , publié par M. Wiistenfeld (Gœtting, 1849, in-4°), p. 91.

on a de ces rêves. D'autres fois, les paroles qu'il entend dans la vision prophétique sont semblables au langage habituel et familier, de sorte qu'il n'y trouve rien d'étrange. C'est ce qui te deviendra clair par l'histoire du prophète Samuel, qui, lorsque Dieu l'appela dans un moment d'inspiration, croyait que c'était le prêtre Éli qui l'avait appelé trois fois successivement; ensuite l'Écriture en explique la cause , et on dit que ce qui lui produisait cet effet, de sorte qu'il croyait que c'était Éli, c'est qu'il ne savait pas alors que la parole de Dieu s'adressait aux prophètes sous cette forme , ce mystère ne lui ayant pas encore été révélé. On dit donc , pour en donner la raison (*J : Samuel ne connaissait pas encore l'Éternel, et la parole de l'Éternel ne lui avait pas encore été révélée (I Sam., III, 7) , ce qui veut dire qu'il ne savait pas encore et qu'il ne lui avait pas encore été révélé que c'était ainsi (que se manifestait) la parole de Y Éternel. Quand on dit W qu'il ne connaissait pas encore l'Éternel, cela signifie qu'il n'avait eu auparavant aucune inspiration prophétique; car il a été dit de celui qui prophétise : Je me fais connaître à lui dans une vision (Nomb., XII, 6). La traduction du verset, si on a égard (seulement) au sens, serait donc celle-ci : « Samuel n'avait pas prophétisé auparavant , et il ne savait même pas(3) que ce fût là la forme de l'inspiration prophétique. » Il faut te pénétrer de cela.

(1) Ibn-Tibbon, peut-être pour éviter une répétition inutile, amis simplement viQN Nim ; Al-'Harîzi traduit plus littéralement : ")E*o

nr oyD3.

(2) La version d' Ibn-Tibbon porte : nDN nw IN; celle d' Al-'Harîzi a plus exactement iDNtr nOV

(3) La traduction d'Ibn-Tibbon, y-p tfb ntbl, est inexacte; il faudrait traduire J3 D3 JTT N^V

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