‹ Le guide des égarés;Chapitre 44 sur 93 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Une chose sur laquelle il faut appeler ton attention, c'est que les vérités (métaphysiques) par lesquelles on arrive à la perfection dernière, la Loi ne nous en a communiqué que les points les plus importants, en nous invitant d'une manière générale à y croire. Ces points sont : l'existence de Dieu, son unité, sa science, sa puissance, sa volonté et son éternité. Toutes ces idées sont les fins dernières (de la science), qui ne peuvent être comprises en détail et d'une manière bien nette {i) qu'après la connaissance do beaucoup d'autres idées -). La Loi nous a invités de môme à croire certaines choses dont la croyance est nécessaire pour la bonne organisation de l'état social, comme par exemple la croyance que Dieu est fort irrité contre ceux qui lui désobéissent, et qu'à cause de cela il faut le craindre, le respecter et se garder de lui désobéir (3). Quant aux autres vérités relatives à tout ce qui est (*), qui forment les nombreuses branches des sciences spé

(1) Au lieu de Tlfini» quelques mss. ont Tinm (avec i), ce qui ne fait pas de différence pour le sens. La première leçon est confirmée par les deux traducteurs. Ibn-Tibbon rend le nom d'action THnn par le participe fflteJÏD; Al-'Hartzi traduit plus exactement : n^JHI BnfiPQ.

(2) Ainsi que l'auteur l'a exposé ailleurs, on ne peut aborder avec fruit la science métaphysique qu'après beaucoup d'autres études préparatoires. Voy. le t. I, chap. xxxiv, p. 121-124.

(3) La traduction d'Ibn-Tibbon, n miCO Vinfi^ 1NT"ff V|*n ntVï, n'est pas tout à fait exacte ; Al-'Harîzi traduit plus exactement :

jwsn ?o -tovnbi WTh udd -rwb -pain yyi.

(4) L'auteur veut parler ici des vérités spéculatives, relatives aux choses créées et qui sont l'objet des sciences physiques.

culatives et par lesquelles sont consolidées les idées qui sont la fin dernière , la Loi , sans les proclamer clairement comme elle a proclamé celles-là (f), les a résumées dans ces mots : Pour aimer V Éternel W. Tu sais avec quelle énergie on s'exprime sur cet amour : De tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes facultés (Deulér., VI, 5). Nous avons déjà exposé, dans le Mischné Tôrâ, que cet amour ne peut avoir lieu que par une profonde intelligence de tout l'être et par la contemplation de la sagesse divine qui s'y manifeste, et nous y avons dit aussi que les docteurs ont appelé l'attention sur ce sujet <3>.

De tout ce que nous avons dit jusqu'ici sur cette matière , il résulte que, toutes les fois qu'un commandement, soit affirmatif, soit négatif, a pour objet de faire cesser la violence réciproque, ou d'inculquer de bonnes mœurs conduisant à de bonnes relations sociales, ou d'inspirer une idée vraie qu'il faut admettre, soit pour elle-même, soit parce qu'elle est nécessaire pour faire cesser la violence ou pour faire acquérir de bonnes mœurs, ce commandement a une raison évidente et une utilité manifeste, et il n'y a pas lieu de demander quel en est le but. En effet, jamais personne n'a été embarrassé au point de demander pourquoi il nous a été prescrit de croire (*) que Dieu est un, ou pourquoi il nous a été défendu de tuer et de voler, ou pourquoi il nous a été défendu d'exercer la vengeance et le talion, ou pourquoi il nous a été ordonné de nous aimer les uns les autres. Mais

(1) Par celles-là, l'auteur entend : les idées qui sont la fin dernière.

(2) Voy. Deutéronome, ch. xi, v. 13 et 22; ch. xix, v. 9; ch. xxx, p. 6, 16, 20.

(3) C'est-à-dire : les docteurs ont également fait remarquer que c'est dans la contemplation de la création que l'homme puise le véritable amour de Dieu. Voy. ce que l'auteur dit (d'après le Siphri, au Deutéronorae, cbap. vi, v. 5) dans son Mischné Torâ ou Abrégé du Talmud , 1. I, traité Yesodé ha-torâ, cbap. II, § 2 et suiv.

(4) Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon on a ajouté le mot pONnbi exigé par le sens; les mss. portent, conformément au texte arabe, m» ÛVTW Wl&ÎU Hûî>.

les commandements qui onl embarrassé les hommes et sur lesquels ils ont professé des opinions diverses [de sorte que les uns ont dit qu'ils n'avaient absolument d'autre utilité que celle de prescrire quelque chose (*), tandis que d'aulres ont soutenu qu'ils avaient une utilité qui nous est inconnue] , ce sont ceux, qui, pris à la lettre, ne paraissent être utiles pour aucune des trois choses dont nous avons parlé, je veux dire ceux qui n'inspirent pas une idée quelconque, ni n'ennoblissent les mœurs, ni ne font cesser la violence. Il semblerait, en effet, que ces commandements n'ont aucun rapport ni avec le bonheur de l'âme, puisqu'ils n'inculquent aucune croyance, ni avec le bienêtre du corps, puisqu'ils ne donnent pas de règles utiles pour la politique ou l'économique; tels sont les préceptes qui défendent les tissus de matières diverses, les semences hétérogènes, la viande cuite dans du lait et ceux qui ordonnent de couvrir le sang, de briser la nuque à une génisse, de racheter le premierné de l'âne (3), et d'autres semblables. Mais tu entendras plus loin mon explication de tous ces préceptes, dont je donnerai les raisons véritables et bien démontrées, sauf quelques préceptes de détail, comme je l'ai dit. Je montrerai que tous ces préceptes et d'autres semblables doivent nécessairement être en rapport avec l une des trois choses dont nous avons parlé, et qu'ils doivent ou bien rectifier une croyance, ou bien améliorer les conditions de la société, ce qui s'obtient par deux choses : faire cesser la violence réciproque et faire acquérir de bonnes mœurs. — Il faut le pénétrer de ce que nous avons dit sur les croyances : tantôt le commandement inculque une croyance vraie qui en est elle-même le seul but, comme par exemple la croyance à l'unité, à l'éternité et à l'incorporalité de Dieu; tantôt c'est une croyance nécessaire pour faire cesser la violence réciproque, ou pour faire acquérir de bonnes mœurs, comme par exemple

(1) Voy. p. 206, note 1 .

(2) Voy. Deutér.,, xxn, 11; Lévitique, xix, 19; Exode, xxiu, 19.

(3) Voy. Lévitique, xvn, 13; Deutér., xxi, 1 à 9; Exode, xm, 13.

la croyance que Dieu est fort irrilé contre celui qui a commis la violence, comme il est dit : Ma colère s'enflammera et je vous tuerai etc. (Exode, XXII, 24), et la croyance que Dieu exauce à l'instant la prière de celui qui a subi la violence ou qui a été frustré : Or, s'il m'invoque, je V écoulerai, car je suis miséricordieux (ibid.9 v. 26).

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