‹ Le guide des égarés;Chapitre 49 sur 93 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

Ce qu'entre autres la Loi parfaite avait encore pour but, c'était de nous faire refouler et mépriser nos appétits , les restreindre autant que possible, de manière à ne les satisfaire que pour ce qui est nécessaire. Tu sais que la passion à laquelle la foule se livre le plus souvent (*), c'est Pintempérance dans la nourriture, la boisson et l'amour physique. C'est là ce qui détruit la perfection dernière de l'homme et qui est nuisible aussi à sa perfection <*) première, en corrompant la plupart des relations sociales et domestiques. Car, en suivant seulement sa passion , comme font les ignorants, on détruit ses aspirations spéculatives, le corps se corrompt et l'homme périt avant que sa constitution physique l'exige <3); les soucis et les peines se multiplient, la jalousie et la haine réciproques augmentent, et on en

(1) Mol à mot : la plus fréquente passion de la foule est leur laisser-aller

ou leur entraînement . Le verbe t.- "vnT est la Ve forme de oL» , qui signifie marcher librement sans frein (en parlant des animaux) , se laisser aller ou entraîner. La plupart des éditions de la version d'Ibn- Tibbon ont ici Dm^tîn, ce qui n'est qu'une faute d'impression pour Dm^cn, comme l'ont correctement les mss. et l'édition princeps; cf. plus loin les mots baKO^N 3*orAw » qu'Ibn-Tibbon traduit: D^aKDa m^tfm. Le verbe primitif 8e rencontre à la fin du chap. xxii i de la lr< partie (fol. 28 a, 1. 3), dans le sens de être abandonné ou livré à soi-même, et Ibn-Tibbon le traduit par npfîm, conformément à la traduction que Maîmonide lui-même lui en avait donnée dans sa Lettre.

(2) Sur ces deux espèces de perfections, voy. ci-dessus, ch. xxvn, p. 211.

(3) Ibn-Tibbon s'écarte ici de sa littéralité ordinaire , en traduisant : *y2&n 13DT DTip; de même Al-'Harizi : >yattn îny N12 U£b, avant que son temps naturel ne soit venu. La traduction littérale serait : OTIp

'va&n n? A a^rw.

vient aux mains pour se dépouiller mutuellement. Ce qui amène tout cela , c'est que l'ignorant considère le plaisir comme le seul but essentiel qu'on doive rechercher. C'est pourquoi Dieu [que son nom soit glorifié] a usé de prévoyance en nous donnant des lois propres à détruire ce but et à en détourner notre pensée de toutes les manières. 11 nous a défendu tout ce qui conduit à l'avidité et au seul plaisir, et c'est là une des tendances les plus prononcées de cette loi. Ne vois-tu pas que les paroles textuelles de la Loi ordonnent de faire mourir celui qui manifeste un penchant excessif pour le plaisir de la bonne chère et de la boisson? C'est là le /ils désobéissant et rebelle (Deutéron., XXI, 18) qu'on appelle gourmand et ivrogne (Ib.> v. 20). On ordonne de le lapider et de le retrancher promplerocnt (de la société), avant que la chose (*) prenne plus de gravité et qu'il puisse faire périr beaucoup de monde et détruire la position d'hommes vertueux , par sa violente avidité W.

Ce que la Loi avait encore en vue, c'était (de nous inspirer) la douceur et la docilité (3); elle veut que l'homme, loin d'être dur et grossier, se montre au contraire souple, obéissant, condescendant Tu connais ce précepte divin : Vous circoncire% le

(1) Le mot juIoà. a ici le sens de *j*t , res% negotium ejus; un seul de nos mss. a n«ûi, son péché , et c'est peut-être celte leçon qu'avait Al- Harki, qui traduit mjn bww 0")&2.

(2) Cf. plus loin, chap. xli, oti il est dit que le châtiment du fils rebelle est préventif ; car il en viendrait nécessairement à commettre des meurtres (ftniâ ^np^ rpD n3N£, texte ar„ fol. 90 6, 1.7 d'en bas). Dans la Mischna (IVe partie, traité Synliédr in , chap. vm, §5), on lit également : OC pu ÏTOD1 Y11D p.

(3) Le verbe arabe j6 (VI* forme de jî) signifie être souple , docile , condescendant,' il a été paraphrasé par lbn-Tibbou : yow Ù1H VT3r6. De même pour flato» grossièreté, Ibn-Tibbon a mis: t63

rranb yow.

(4) ç**jU est le participe du verbe a«a« (IVe forme), qui signifie : ! minuit rei. La version d'Ibn-Tibbon a ûttfinb ÙTVhH JJDtMV Dans plusieurs mss., le mot 2^jd est supprimé; le ms. de Leyde, n° 18, a une

prépuce de voire cœur, et vous m roidirez plus votre cou (Deutéron., X, 16); Écoute et obéis, 6 Israël (Ib., XXVII, 9); Si vous consente% à obéir, etc. (Isaïe , 1 , 19). En parlant de la docilité à accepter ce qui est obligatoire , on emploie l'expression : Nous l écouterons et nous le ferons. On exprime la môme idée allégoriquement par les mois : Entraîne-moi, que nous courions après toi (Cantique des cant., I, 4) (*).

Un autro but que la Loi avait en vue était la pureté et la sainteté, qui consiste à réprimer l'amour physique, à l'éviter et à ne s'y livrer que le moins possible, comme je l'exposerai plus loin (2). Lorsque Dieu ordonna de sanctifier la nation pour recevoir la Loi , comme il est dit : Tu les sanctifieras aujourd'hui et demain (Exode , XIX , 10) , il dit (3> : Vous Rapprocherez d'aucune femme (lb., v. 15), déclarant par là que la sainteté consiste à réprimer l'amour physique. De môme , on a déclaré que l'abstention du vin est de la sainteté, car on dit du naziréen : // sera saint (Nombres , VI, 5). Dans le Siphra, on lit : « Vous vous sanctifierez et vous serez saints (Lévit., XI, 44), c'est la sanctification par les commandements (*). » De môme que la Loi ap-

seconde fois 2^0. Pour NTlNriD, Ie n*8- de Leyde, n° 221, a :nNnD, bien élevé. Al-'Harîzi remplace les quatre termes par les mots yoefj

(1) Les anciens rabbins appliquent ce passage du Cantique a l'obéissance que la communauté d'Israël promit à son divin époux lors de ln révélation sur le montSinaï. Voy. le Midrasch du Cantique, à ce passage.

(2) Voy. ci-après, chap. xux.

(3) Les mots "in Dn&Hpi S«pi font partie de l'antécédent de la phrase, dont les mois tn ttwn bxp forment le complément. La version d'Ibn-Tibbon, qui a onSHpl "ION et ensuite imn b« "10N1, est inexacte, et cette inexactitude existe aussi dans quelques mss. ar., qui ont la première fois ^Np» et la seconde fois ^pv Les deux mss. de Leyde ont deux fois ^>Mpl; d'après cette leçon, le complément ne commencerait qu'aux mots mif Ipfî*

(4) C'est-à-dire, que la sainteté dont parle le verset du Lévitiquc est , selon le Siphra , celle qu'on acquiert en observant les commandements divins; d'où il s'ensuit que la loi avait pour but la sainteté.

pelle l'obéissance aux commandements sainteté et pureté, de môme elle donne à la transgression des commandements et aux actions honteuses le nom d'impureté, comme je l'exposerai.

La propreté des vêtements, l'ablution du corps et le nettoyage de ses malpropretés, sont également des choses que la Loi a eues en vue, mais qui ne viennent qu'après la purification des actions et après qu'on a purifié le cœur . des idées et des mœurs impures (*). Se borner à tenir propre l'extérieur en se lavant et à avoir des vêlements propres , tout en restant avide de jouissances et en se livrant à la bonne chère et à l'amour physique , serait extrêmement blâmable. Isaïe a dit à ce sujet : Ceux qui se montrent saints et purs dans les jardins, mais autrement dans l'intérieur (*), qui mangent la chair du porc etc. (Isaïe, LXV1, 17) ; ce qui veut dire qu'ils se montrent purs et saints dans les lieux ouverts et publics , mais qu'ensuite , lorsqu'ils sont seuls dans leurs chambres et dans l'intérieur de leurs maisons, ils persistent dans leurs péchés , se laissant aller à manger des choses défen dues, comme le porc, le rat et d'autres abominations. 11 se peut aussi que , par les mots -prû r\m "iriN , derrière une qui est à l'intérieur, on ait voulu indiquer que, dans l'isolement, ils se livrent à un amour défendu. En somme, on a voulu dire que leur extérieur est propre et montre la netteté et la pureté W, mais qu'à l'intérieur ils persistent à s'adonner à leurs passions et aux jouissances du corps. Ce n'est pas là cependant ce qu'a

(1) Pour le second flO^O^N, les éditions de la version d'Ibn-Tibbon ont rYUVlDn; les mss. portent niKODOn.

(2) Nous traduisons ce passage selon le sens que lui attribue ici Maîmonidc, mais qui s'applique difficilement aux mots et qui certainement était bien loin de la pensée du prophète; car, selon la plupart des commentateurs, il est ici question des idolâtres qui se purifient pour se rendre dans les jardins consacrés aux divinités , et pour adorer une statue qui est au milieu.

(3) Les mots rtn«nfâbw Npi^N iiTlHCfO n'ont pas été rendus dans !a version d'Ibn-Tibbon. Al-'Harizi a également abrégé la phrase, en traduisant : Dmn&l O^pj jnrOD 071

voulu la Loi, qui, au contraire, a eu principalement pour but de restreindre la passion, et (qui a voulu) que la purification de l'extérieur n'eût lieu qu'après celle de l'intérieur. Salomon, déjà, a appelé l'attention sur ceux qui ont soin de se laver le corps et de purifier leurs vêtements , tandis que leurs actions sont impures et leurs mœurs dépravées : Une race , dit-il , qui se croit nette , et qui cependant n'est pas lavée de son ordure ; une race qui a les yeux fort hautains et dont les paupières sont élevées (Prov., XXX, 12, 13).

En considérant les intentions (de la Loi) que nous avons mentionnées dans ce chapitre, tu comprendras les raisons d'un grand nombre de commandements, qui étaient restées inconnues avant la connaissance de ces intentions , comme je l'exposerai ultérieurement.

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