CHAPITRE XLV
Les commandements que renferme la dixième classe sont ceux que nous avons énumérés dans les traités de la Maison élue ^ou du sanctuaire central), dans celui des ustensiles du sanctuaire et de ses ministres^ et dans celui de l'entrée dans le sanctuaire <3); nous avons déjà fait connaître, en général, l'utilité de cette classe.
On sait que les idolâtres cherchaient à construire leurs temples et à ériger leurs idoles dans le lieu le plus élevé qu'ils pussent trouver : sur les hautes montagnes (Deulér., XII, 2). C'est pourquoi notre père Abraham choisit le mont Morià, qui était la plus haute montagne de ces contrées <*), y proclama l'unité de Dieu ,
(1) Voy. Deutéronome, chap. vi, v. 9, et chap. xi, v. 20. Cet usage est analogue à celui des phylactères. Voy. Palestine, p. 364 ft.
(2) Le devoir pour chaque Israélite de posséder un exemplaire du livre de la Loi est rattaché par la tradition rabbinique à un passage du Deutéronome, chap. xxxi, v. 19. Voy. Mischni Tord, liv. Il, traité Sépher Tord, chap. 7, § 1.
(3) Ce sont les trois premiers traités du huitième livre du Mùchnê Torâ, intitulé 'Abôda (du culte). Tout ce livre a été traduit en latin par Louis de Compiègne de Veil et publié sous le titre : De Cullu divino, tractatus IX conlinens, Paris, in-4°, 1688.
(4) Cf. Ézéchiel, chap. xx, v. 40, oU la montagne du Temple est appelée b*CIBr» D110 VI , la haute montagne d'Israël. Selon une tradition juive très-connue, le temple était situé sur le point le plus élevé de la Palestine. Cf. le commentaire de David Kim'hi^au passage d'Ézéchtel.
désigna la Kiblâ <*> et la fixa exactement à l'Occident. En effet, le Saint des Saints était à l'Occident, et c'est là ce qu'indiquent les docteurs en disant : « La majesté divine est à l'Occident W. » Les docteurs déjà ont exposé dans la Guemara du traité Yômâ que ce fut notre père Abraham qui détermiua la Kiblâ, c'est-àdire remplacement du Saint des Saints (3) ; et en voici, selon moi, la raison : Comme c'était alors une opinion très-répandue qu'on devait rendre un culte au soleil, qui passait pour Dieu, et comme sans doute tout le monde se tournait, en priant, vers l'Orient <4), notre père Abraham prit pour Kiblâ, sur le mont Moriâ, c'est-àdire sur le lieu du sanctuaire, le côté occidendal, afin de tourner le dos au soleil. Ne vois-tu pas ce que firent les Israélites, lorsque leur défection (5) et leur infidélité les firent revenir à ces anciennes
(1) On sait que les Arabes appellent ainsi l'endroit vers lequel il leur est prescrit de se tourner pendant la prière. Mahomet, à l'imitation des Juifs, avait d'abord désigné comme Kiblâ le temple de Jérusalem ; mais plus tard il désigna celui de la Mecque. Voy. d'Herbelot, Bibliothèque orientale, édit. in-fol., p. 952. L'auteur emploie ici ce mot dans le môme sens; la Kiblâ des Juifs était le Saint des Saints. Voy. Talmud de Babylone, traité Berakhôth, fol. 30 a : «o^ riN Cipon îTH D^ÏÎHpn ^BHp rV3 1M2> L'auteur va nous dire pourquoi cette partie du temple de Jérusalem était située à l'occident. Ibn-Tibbon, omettant les mots ftbapbN pfDI, a traduit en abrégé anyon "TTPV Al-'Harizi, cherchant à rendre l'idée du mot Kiblah , traduit : in^fîn rUIO DtPI
(2) Voy. Talmud de Babylone, traité Baba Bathra, fol. 25 a:
anyM ruw -io-.n ira« "1.
(3) J'ai vainement cherché nn tel passage dans la Guemarâ de Yômâ, tant dans celle de Babylone que dans celle de Jérusalem. Voir les Additions et rectifications à la fin de ce volume.
(4) Cf. Tacite, Hist., liv. III, chap. 24 : «et orientem solem (ila in Syria mos est) tertiani sa lu ta v ère. » Lipsius, dans ses Notes, cite à ce sujet des passages de plusieurs auteurs anciens qui prouvent que l'usage de se tourner, pendant la prière, vers l'orient existait chez les Grecs, chez les Romains et chez beaucoup d'autres peuples.
(5) Le mot fVm (*^), défection, apostasie, n'a été rendu ni par Ibn- Tibbon, ni par Al-'Harizi.
850 TROISIÈME PARTIE. CllAl». XLT.
opinions perverses? Ils tournaient le dos contre le temple de l'Étemel et la face vers rOr'unt, se prosleiuant vers 1* Orient devant le soleil (Èzéchïel, VIII, 10). Il faut le bien pénétrer de cetlo observation remarquable. Je ne doute pas, du reste, que ce lieu choisi par Abraham dans une vision prophétique ne fût connu de Moïse noire maître el de beaucoup d'autres personnes; car Abraham avait recommandé que ce lieu fut consacré au culte, comme le dit expressément le traducteur (chaldêcn) <l> : « Abraham adora el pria dans ce lieu et dit devant l'Éternel : Ici les générations futures adoreront, etc. » Si, dans le Pentateuque, cela n'est pas dit expressément et d'une manière positive, el si l'on y fait seulement allusion par les mots lequel Dieu choisira &\ il y avait pour cela, ce me semble, trois raisons : 1° aûn que les nations (païennes) ne cherchassent pas à s'emparer de ce lieu et ne se fissent pas une guerre violente pour le posséder, sachant que c'était la le lieu le plus important de la terre pour la religion (des Israélites) ; 2° afin que ceux qui le possédaient alors ne le détruisissent pas en le dévastant autant que possible; 5' et c'est ici la raison la plus forte, afin que chaque tribu ne cherchât pas à avoir ce lieu dans la portion qu'elle devait posséder, cl à le conquérir, ce qui aurait causé des disputes el des troubles tels qu'il y en avait au sujet du sacerdoce. C'est pourquoi il lut or* donné de ne construire le sanctuaire central qu'après rétablissement de la royauté, aOn qu'il appartînt à un seul de donner des
(!) L'auteur veut parler de la paraphrase d'Onkclos au verset 14 du cha|i. xxn de la Genèse.
(2) Yoy. Deuiéiouome, chàp. xji, v. 11, 14, 18, 21, 26; chap. xv, v. 20; chap. xvi, v. 6; chap. xvn, v. tO. D.ms tous ces | usages, le lieu du futur sanctuaire o.-l déMgné |.ar les mots v«i <^-q> ")CM< lequel Oieu choisira. Les meta ClpUfl t>N) qu'ont les (dilions U'ibu-Tibbou i l la version d'Al-'ll.tiizi, ne t.c trouvent que dans un tci\\ de nos inss. arabes el ne se rapportent qu'a deux |>uMfcige>(l>cuic*r., xn, 26; xvi. 6), tandis que l'auteur parle en général de tous les passages que noua veuou» de citer.
ordres et que toute querelle cessai, comme nous l avons exposé dans le livre Schophctim
On sa il encore que ces hommes là (les idolâtres) construisaient des temples aux planètes 3) cl qu'on plaçait dans chaque temple la statue qu'on était convenu d'adorer, c'est-à-dire unoslalue consacrée à une certaine planète faisant partie d'une sphère'4'. Il nous fut donc ordonné de construire un temple au Très-Haut et d'y déposer l'arche sainte contenant les deux tables qui renfermaient (ces deux commandements) : Je suis ÏÉlt rucl, etc. cl Tu n auras pas d'autres dieux, etc. — On sail que l'article de foi concernant la prophétie doit précéder la croyance à la Loi ; car, sans prophétie, il n'y a pas de Loi. Le prophète ne reçoit de révélation que par l'intermédiaire d'un ange ; par exemple : Et Y ange de l'Éternel appela (Uencse, XXII, i5), Et l'ange de i Éternel lui dit [ibid., XVI, 9-1 1) , et d'autres passages innombrables. .Moïse lui-même fut initié à sa mission prophétique par un ange : Lange de l'Éternel lui apparut au milieu du feu (Exode, 111, 2) Il est donc clair que là croyance à 1 exislenco
(1) Les éditions do la version d'Ibn-TiiVon ont ir>122b mitt?; les m<s. do celte verrou et le commentaire do Schem-Tub portent, conformément au texte arabe : mK^ mxcn îTmir Àl-'llarizi traduit dans lu mémo sens : -intf C"Nb J>Enn rVîTî? HD.
(2) Voy. àJiscluié Torâ, liv. XIV, traité des Rois cl des Guerres, chap. i, §5 1 et 2. Cf. Talmud do Babylone, traité Synhédrin, toi. 20 b.
(3) Voy. ci-dessus, p. 22t>.
(4) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent inK INî les mss. ont conformément au texte arabe : bibJD pbnb *H% ou à une portion d'une, sphère. L'auteur, ce me semble , veut indiquer par ces mois que les astres, ou les corps lumineux des planètes, sont des ôues mate iels comme la s| hère dont ils font partie, cl que ce ne sont pas des êtres purement spirituels, en dehors des sphères, comme les Intelligences ttpa>êcs, dont il va être parle un peu plus loin.
(">) Nous ferons oLserver ici en lisant que Mî ïmonido lui-môme prend le mol rC^ dans le kciis de milieu. Voy. 1. 1, drap, xxxix, p. 142. t'est par inadvertance qu'au t. H, cb. vi, p. 73, iiousuvous reproduit la traduction ordinaire : « dans une flamme de feu. »
des anges doit précéder la croyance au prophétisme, et que cette dernière doit précéder la croyance à la Loi. Or, comme lesSabiens ignoraient l'existence de Dieu et s'imaginaient que l'Être éternel , qui n'a jamais pu ne pas exister, était la sphère céleste avec ses astres, dont les forces s'épanchaient sur les idoles et sur certains arbres, comme les Aschérôlh (■), ils croyaient que c'étaient les idoles et les arbres qui inspiraient les prophètes, leur faisaient des révélations en leur parlant, et leur faisaient savoir ce qui était utile ou nuisible; et ces opinions, nous les avons déjà exposées, en parlant des prophètes de Baal et des prophètes d'Aschérâ Mais quand la vérité se manifesta aux hommes et quand on sut, à l'aide de démonstrations, qu'il existe un être qui n'est ni un corps, ni une force dans un corps, à savoir le Dieu véritable et unique, qu'en outre il existe d'autres êtres, séparés I3) et incorporels, sur lesquels s'épanche l'être divin W et qui sont les anges, comme nous lavons exposé C5), et enûn, que tous ces êtres sont en dehors de la sphère céleste et de ses astres , alors on fut convaincu que c'étaient ces anges qui en réalité faisaient des révélations aux prophètes, et non pas les idoles et les Aschérôlh. Ainsi, il est clair, par ce qui précède, que la croyance à l'existence des anges se rattache à celle qui a pour objet l'existence de Dieu, et qu'elle sert à établir la vérité de la révélation prophétique et de la Loi. Pour conûrmer cet article de foi, Dieu ordonna de placer au-dessus de l'arche l'image de deux anges <6),
(1) Voy. ci-dessus, chap. xxix, p. 234, note 4.
(2) Voy. ibid., p. 228.
(3) Voy. le t. M, p. 31, note 2.
(4) Au lieu de m^ri) *on être, son existence , la version d'Ibn-Tibbon a inexactement mai 131D; Al-'Harîzi traduit: orpty bîîfcO "ItTK Dm
'rv miN^xD.
(5) Voy. le 1. 1, chap. xlix; le t. II, cbap. vi, oU l'auteur expose que par les anges il faut entendre U s Intelligences séparées.
(6) L'auteur veut parler des deux chérubins , figures symboliques , placés au-dessus de l'arche sainte (voy. Palestine, p. 157), et qui, selon lui, représentaient les Intelligences séparées ou les anges proprement
afin de consolider la croyance du peuple à l'existence des anges, croyauce vraie, qui est la seconde après la croyance à l'existence de Dieu, ainsi que le principe de la prophétie et de la Loi, et la négation de l'idolâtrie, comme nous l'avons exposé. S'il n'y avait eu qu'une seule figure, je veux dire la figure d'un seul chérubin, elle aurait pu donner lieu à l'erreur et on aurait pu croire que c'était une figure sous laquelle on adorait lieu, comme faisaient les idolâtres, ou bien aussi qu'il n'y avait qu'un seul individu ange (*), ce qui aurait conduit à une espèce de dualisme. Mais, comme on fil deux chérubins, à côté de la déclaration expresse que l'Éternel notre Dieu est un ( Deutér. , VI, 4), on confirmait par là la croyance à l'existence des anges, et on établissait qu'ils étaient plusieurs. On ne risquait donc pas de se tromper et de les prendre pour Dieu, puisque Dieu est un et que c'est lui qui a créé celle pluralité (des Intelligences).
Au devant (2> était placé le chandelier en signe d'honneur et de respect pour le temple ; car ce temple, toujours éclairé par des lampes et séparé (du Saint des Saints) par un v oile C3), devait
dits. Si, dans un autre endroit (ci-dessus, chap. m), l'auteur identifie les chérubins d'Ézcchiel avec les 'hayyôth ou sphères célestes , il veut dire seulement que ces dernières aussi ont reçu le nom de chérubin, parce que tous les êtres exerçant une certaine influence sur la terre et chargé* d'une mission divine sont appelés anges. Voy. le chap. vi de la 11e partie, p. 68.
(1) C'est-à-dire: on aurait pu croire aussi, en prenant la figure unique pour un ange, qu'il n'existait qu'un seul ange, ou une seule Intelligence séparée y à côté de Dieu, et qu'il y avait en quelque sorte deux dieux. — Tous les mss. arabes ont -j*«6d^N ]m , et de même Al-'Harizi ~.Ntan '21 , et aussi que l'ange, etc. La version d'Ibn-Tibbon porte "]iÔDn;p IN, ou que fange y ce qui, en effet, est plus conforme au sens.
(2) Le suffixe dans 710NON (Ibn-Tibbon VJSb) paraît se rapporter à V arche (fPiN) » mentionnée un peu plus haut, ou au Saint des Saints, auquel l'auteur se reporte dans sa pensée.
(3) La tradition d'Ibn-Tibbon nanSO mwn, caché par nu voile, n'est pas exacte. Al-'Harizi traduit plus exactement : vfyry bHDD "1DD1 »
fortement impressionner l'âme. Tu sais quelle importance la Loi attache à ce qu'on soit pénétré de la grandeur du sanctuaire et du respect qui lui est dû, afin qu'en le contemplant l'homme ail le sentiment de sa faiblesse et devienne humble. Il est dit: Vous sere% pénétrés de respect pour mon sanctuaire ( Lévi t . , XIX , 30 ) ; et, pour donner plus de force à cette recommandation, on l'a jointe à celle de l'observance du sabbat. — L'autel des parfums, l'autel des holocaustes et leurs ustensiles étaient d'une nécessité évidente (*). Quant à la table et au pain qui devait y être continuellement exposé W , je n'en connais pas la raison , et jusqu'à ce moment je n'ai rien trouvé à quoi je puisse attribuer cet usage.
Quant à la défense de tailler les pierres de l'autel (3\ tu sais la raison que les docteurs en ont donnée : « Il ne convient pas, disent-ils, que ce qui abrège la vie soit porté sur ce qui la prolonge W. » Cela est bon selon la manière des draschôth, comme
et où était suspendu un voile qui le séparait. Mais il faut sous-entendre le nom du lieu dont le temple était séparé par un voile; c'est évidemment le lieu mystérieux du Saint des Saints, qui n'était accessible qu'au grand prêtre, le jour des expiations. — Le mot r6)?D, P81* le(luel lbn-Tibbon rend le mot arabe ypo » ne me paraît pas non plus bien choisi ; la
version d'Al-'Harizi porte : n^m HD>N 13 ttn. L'auteur veut dire que ces lampes toujours allumées et le mystère que cachait ce grand voile avaient quelque chose de très-imposant, qui devait fortement impressionner l'âme et lui inspirer une sainte terreur.
(1) L'auteur veut dire que , puisque le culte des sacrifices était admis, il fallait nécessairement dans le temple tout l'appareil qu'exigeait ce culte.
(2) Voy. Exode, chap. xxv, v. 23-30; Palestine , p. 157 a.
(3) lbn-Tibbon, se servant des paroles du texte biblique (Exode, xx, 22; Deulér., xxvn, 5), a ainsi paraphrasé ces mots :
. br\2 omby *ps t*bv rvu n:s?Dn uaa nvno mnmn bit*
(A) Voy. Miscbnâ, V* partie, traité Middôih, chap. m, § 4 : « Le fer (y est-il dit) a été créé pour abréger la vie de l'homme, tandis que l'autel a été créé pour la prolonger; il ne convient pas que ce qui l'abrège soit porté sur ce qui la prolonge. *
nous l'avons dit; mais celte défense a une autre raison manifeste. C'est que les idolâtres construisaient les autels avec des pierres polies; on a donc défendu de faire comme eux, et, pour éviter cette imitation, on a ordonné de faire Pautel en terre, comme il est dit : Tu me feras un autel de terre (Exode, XX, 21). Cependant, s'il devenait indispensable de le faire en pierre , ces pierres devront du moins avoir leur forme naturelle et ne pas être polies. (Test ainsi qu'on a défendu aussi d'ériger des pierres ornées de figures et de planter des arbres près de l'autel <*>. Tout cela a un seul et même but, à savoir que nous n'adorions pas Dieu sous les formes individuelles des cultes (•) qu'ils (les païens) rendaient à leurs divinités, et cela a été défendu d'une manière générale en ces termes : Comment ces peuples adorent-ils leurs dieux? Je veux en faire autant (Oeuter., XII, 30) , ce qui veut dire qu'on ne doit pas en agir ainsi à l'égard de Dieu, par la raison énoncée ensuite : Tout ce qui est en abomination à l'Éternel, tout ce qu'il hait, ils l'ont fait à leurs dieux (ibid.y ». 31).
Tu sais aussi combien était répandu dans ces temps-là le culte de Pe'ôr , qu'on célébrait en se découvrant les parties honteuses (3). C'est pourquoi il fut ordonné aux prêtres de se faire des caleçons
(1) Voy. Lévitique, ch. xxvi, v. 1, et Deutéronome, ch. xvi, v. 21. Par rVDtPO pK * pierre figurée ou ornée de figures , il faut probablement entendre les obélisques et autres monuments portant des inscriptions hiéroglyphiques.
(2) Mot à mot : sous la forme partielle de leurs cultes; c'est-à-dire, que nous n'adorions pas le Dieu universel sous une forme partielle ou individuelle, en le représentant sous l'image d'un être quelconque dans la nature.
(3) Cf. Mischnà, IV* partie, traité Synhiirin, chap. vu, §6; Talmud de Babylone, même traité, fol. 106 a. 11 résulte du livre des Nombrès, chap. xxv, v. 3, que le culte de Baal-Peôr ou Phégor, dieu des Moabiles, se célébrait par des obscénités. Cf. Hosée, chap. ix, v. 10, et le commentaire de saint Jérôme à ce verset : « Ipsi autem educti de Egypto fornicati sunt cum Madianitis, et ingressi sunt ad Beelphegor, idolum Moabitarum, quem nos Priapum possumus appellare. »
pour couvrir leur nudité (Exode, XXVIII, 42) pendant l'office, et néanmoins ils ne devaient pas monter à l'autel par des gradins (comme il est dit) : afin que la nudité ne soit pas découverte (Exode, XX, 25).
Le temple devait toujours être gardé, et on devait faire la ronde à lenlour pour l'honorer et le faire respecter (*), et afin qu'il ne fût pas envahi par les profanes les impurs et ceux qui sont dans un étal de malpropreté (3), comme on l'exposera. Ce qui, entre autres choses, devait contribuer à glorifier le sanctuaire et à le faire honorer de manière à lui assurer notre respect, c'était d'en défendre l'entrée aux hommes ivres (4), aux impurs et aux hommes mal soignés , c'est-à-dire ayant les cheveux en désordre et les vêtements déchirés, et de tenir à ce que tout desservant se sanctifiât les mains et les pieds (5).
(1) Voy. Nombres, chap. xvm, v. 2 à 7; Mischnà, \* partie, traité Tamid, chap. i, et traité Middôih, chap. i.
(2) Par W^N, les ignorants , l'auteur entend sans doute ici le profanum vulgus, ceux qui ne font pas partie de l'ordre des savants de profession; c'est-à-dire, ceux qui ne sont ni prêtres, ni lévites, et auxquels il était interdit d'entrer dans l'intérieur du temple. Voy. Nombres,
(3) C'est-à-dire, même par les prêtres entachés d'une impureté légale, ou qui te trouvent dans un étut de malpropreté, ayant les cheveux ou les vêtements en désordre, ou ayant négligé de se laver. Voy. Lévilique, chap. x, v. 6; Exode, chap. xxx, v. 19-21; Uischnt Tord, liv. III, traité Diath ha-Mikdasch , chap. v. — Dans la version d'ibn- Tibbon, les mots ifîu ym Hbv *D bs\ nirJHn nya sont une double traduction des mots arabes rïjW bNPI *Ê ; en écrivant ryiTJKn ny3 > dans un moment de deuil, Ibn-Tibbon a pensé à Aaron et à ses bis, à qui il fut défendu d'avoir, pendant leur deuil, les cheveux en désordre et les vêtements déchirés (Lévit., x, 6); mais cette défense est prise par la loi traditionnelle dans un sens plus général. Voy. Maîmonidc, Sépher Miçwôih, préceptes négatifs, n°* 163 et 164. Sur le sens du mot arabe rtytP, cf. ci-dessus, p. 254, note 1 .
(4) Voy. Lévilique, chap. x, v. 9; Sépher Miçwôih, préceptes négatifs, n° 73 ; Mischné Torâ, t. c, chap. I.
(5) C'est-à-dire, en les lavant selon la prescription de la loi (Exode, chap. xxx, v. 19-21); Mischné TorA, t. c, chap. v.
C'est encore pour honorer le temple qu'on a prescrit d'honorer ses desservants ; on a désigné particulièrement (pour le service) les prêtres et les lévites , et on a donné aux prêtres un costume splendide, très-beau et très-élégant: des vêtements sacres en signe d'honneur et de magnificence (*). On ne devait point admettre au service celui qui avait un défaut corporel , et ici il ne s'agit pas seulement de celui qui était affligé d'une infirmité , mais les difformités aussi rendaient les prêtres impropres (au service) W , comme il a été exposé dans l'explication traditionnelle de ce commandement W ; car le vulgaire n'apprécie pas l'homme par ce qui est sa forme véritable (*) , mais par la perfection de ses membres et la beauté de ses vêtements. Tout cela a pour but de faire honorer et respecter le temple par tout le monde. — Quant au lévite , qui n'était pas chargé d'offrir les sacrifices et qui n'était point censé implorer le pardon pour les péchés , — comme cela est dit des prêtres : // fera propitiation pour lui, ou pour elle (Lévilique, IV, 26; XII, 8, et passim), — mais qui n'avait d'autre fonction que de réciter les cantiques, il
(1) Ces derniers mots sont tirés de l'Exode, chap. xxvm, v. î, où à la vérité ils ne se rapportent qu'au costume du grand prêtre , qui , en effet, pouvait être appelé splendide et précieux, tandis que celui des prêtres ordinaires était très-simple. Sur le costume des prêtres, voy. Michni Tord, liv.VIH, traité des Ustensiles du Sanctuaire, chap. vm àx; cf. Palestine, p. 174 et suiv.
(2) Voy. Lévitique, chap. xxi, v. 16-21. Le verbe VlDfîfï, qui est hébreu et qui appartient au langage talmudique, a été mis ici à la 3« personne du féminin singulier, conformément aux règles de la grammaire arabe, et se rapporte au féminin pluriel ruONDObN; la version d lbn-Tibbon a o^rD3 O^DÏfî. La singularité de cette construction
arabe d'un verbe hébreu a donné lieu à une variante, DWûW N^isn, qu'on trouve dans plusieurs mss. C'est cette variante qu'a reproduite Al-'Harîzi, qui traduit: D"jn3n n3 ÎT"Dn D*ïiy3n Hbtt-
(3) Voy. Wischnâ, V- partie, traite Bekhôroih, chap. vu.
(4) Par la forme véritable de l'homme, l'auteur entend l'âme rationnelle ou l'intelligence.
ne devenait impropre au service qu'en perdant la voix (f ). En effet, ce que le chant a pour but, c'est de faire que les paroles exercent une plus profonde impression sur les âmes ; or, l'âme n'est impressionnée que par les mélodies douces , avec accompagnement d'instruments de musique, comme cela avait toujours lieu dans le sanctuaire. — Même aux prêtres aptes au service, qui se tenaient dans le sanctuaire, il n'était pas permis de s'y asseoir, ni d'entrer à tout moment dans l'intérieur du temple, ni d'entrer jamais dans le Saint des Saints , à l'exception du grand prêtre (qui pouvait y entrer au jour des expiations quatre fois , pas plus W; et tout cela par respect pour le sanctuaire.
Puisque, dans ce lieu saint, on égorgeait chaque jour beaucoup d'animaux, qu'on y découpait et brûlait des chairs, et qu'on y lavait les intestins I3), il est certain que, si on l'avait laissé dans cet état, il aurait exhalé une odeur pareille à celle des boucheries. C'est pourquoi il a été ordonné d'y brûler des parfums deux fois par jour, le matin et l'après-midi, pour y répandre une bonne odeur et pour parfumer les vêtements de tous ceux qui y faisaient le service. Tu sais ce que disent les docteurs: « A partir de Jéricho on sentait l'odeur des parfums W. » Cela servait éga-
(1) Voy.lTalmud de Babylone, traité yHulltn, fol. 24 a:
Cf. Misshné TorA% l. c.y chap. m, § 8.
(4) Voy. Lévitique , chap. xvi , v. 2 ; Talmud de Babylone , traité Mena'hôlh, fol. 27 b; Maïmonide, Sépker Miçwôlh, préceptes négatifs,. n° 68; Mischné TorA, traité Biath ha-Mikdaich , chap. 11, §§ 1 à 6. — Par EHpD, sanctuaire, il faut entendre ici toute l'enceinte, y compris les 'atarôth (parvis ou cours). Là, dit l'auteur, il n'était pas permis de s'asseoir, comme le porte la loi traditionnelle (voy. Talmud de Babylone, traité Sôlâ, fol. 40 b; Synhédrin, fol. 101 b; Mischné Torâ, liv.VIII, traité Béth ha-Be'htrâ, chap. vu, § 6). Par Hekhal, on entend le temple proprement dit, où les prêtres ne pouvaient entrer que lorsque leurs fonctions les y appelaient ; mais jamais ils ne pouvaient entrer dans le Saint des Saints, où le grand prêtre seul pouvait pénétrer au jour des expiations.
(3) Voy. Lévitique, chap. 1, v. 6 à 9, et passim.
(4) Voy. Mischnâ, V partie, traité Tamid, chap. m, | 8.
TROISIÈME PAHTIK. —