CHAPITRE L
Il y a encore d'autres choses qui font partie des mystères de la Loi, et qui, ayant embarrassé beaucoup de personnes, ont besoin d'explication. Ce sont certains récits rapportés dans le Pcntateuque, et dans lesquels on ne voit aucune ulililé, comme, par exemple, lorsqu'on énumère les peuples descendus de Noé, leurs noms et les lieux de leurs habitations (Genèse, chap. X), les 'Horéens, descendants de Séir, ainsi que les rois qui régnèrent dans le pays d'Édom (Ibid., XXXVI, 20, 51 et suiv.), et d'autres récils semblables. Les docteurs disent, comme tu le
(1) Dans les éditions de la version dibn-Tibbon, ces derniers mots sont ainsi paraphrasés : unn rDQ WÎTinb mian V*xb bps Dy&, leçon qui, dans quelques mss. de cette version, est indiquée comme variante (mt* flirt); et les mss. portent, conformément au texte arabe:
rman byz bsb :mp naa oj?d ora oa wu -oa. Dans une
glose du ms. n» 47 de l'Oratoire, on explique longuement le terme de pim l"D *y0> Puissance éloignée, p. ex. la faculté que possède
l'enfant d'apprendre à écrire; et celui de ynp na (iu^i puissance prochaine, p. ex. la facullté d'écrire que possède une grande personne qui sait écrire. Ensuite on ajoute : "îat N^tp fî"yNÎ? ain 2TO pi
naa nhK pim naa «bi naa mat nitfo rçne nap *Dy& byiîa
anpa paon ViaiD ON*î£V anp « De même, notre mailre écrit ici que, bien qu'il n'ait pas exposé en acte les raisons de certains détails des commandements, il les a exposées en puissance (virtuellement), et non pas d'une manière éloignée, mais d'une manière prochaine, que l'homme intelligent peut promptement déduire de ses paroles. » Cf. plus loin, chap. li, p. 444, les mots puissance prochaine, et l'exemple par lequel l'auteur explique ces mots.
sais, que l'impie Manassé ne faisait qu'occuper sans cesse (*) son ignoble conseil de la critique de ces passages : « Il y était assis, disent-ils, faisant l'exégète en parodiant les Haggadôih (*); il disait , par exemple : Moïse avait-il besoin d'écrire : la sœur de Ulan fut Tirana' (Ibid., v. 22)? »
Je vais d'abord te faire connaître un principe général , ensuite je reviendrai aux détails, comme je l'ai fait en motivant les commandements. Sache que, chaque fois que lu trouves dans le Pentateuque un récit quelconque, il a nécessairement une certaine utilité pour la religion, soit qu'il confirme une des idées fondamentales de la religion , soit qu'il nous enseigne une certaine règle de conduite, afin qu'il n'y ait enlre les hommes ni violence réciproque, ni injustice. Je vais maintenant parcourir les différents cas (3). Comme c'est une croyance fondamentale de la religion que le monde est créé, qu'au commencement il ne fut créé qu'un seul individu de l'espèce humaine qui est Adam, et que les temps anciens depuis Adam jusqu'à Moïse notre maître ne formaient qu'un espace de deux mille cinq cents ans à peu près, ces faits, énoncés d'une manière pure et simple, auraient été
(1) L'expression juJldS J^é signifie proprement il fréquentait son lieu
de réunion ou sa salle de séance. Cf. les Séances de Hariri (édit. de Sil-
veslre de Sacy), p. 199 : s^»>*3 Làb où, selon le commen-
taire, le verbe est pris dans le sens de visiter une réunion. Le
sens est donc que le roi Manassé faisait sans cesse retentir dans sa salle de séance la critique de ces passages.
(2) Littéralement : interprétant (l'Écriture) par des Haggadôih de blasphème, c'est-à-dire en faisant de mauvaises plaisanteries sur le texte sacré. Voy. Talmud de Babylone, traité Synhédrin% fol. 99 b, oii l'on cite plusieurs de ces critiques du roi Manassé, fils d'tèzécbias. — Dans nos éditions du Talmud, on lit: ninNI N^NÎ de même dans la plupart des mss. arabes et hébreux du Guide. Mais la conjonction N^N* qui ne parait pas ici à sa place, a été omise dans quelques anciens mss. arabes et dans la version d'Al-'Harîzi.
(3) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon portent -]b VDN UNI pfîDH; les mss. ont: nt -\b T1DN UNI- La version d'Al-'Harîzi porte : hïTï *\b V1DN Wfl.
promplement mis en doute ; car alors déjà on trou vail les hommes disséminés à toutes les extrémités de la terre, formant des peuples différents, parlant des langues différentes, très-éloignées les unes des autres. On fit donc taire ces doutes en nous indiquant leur généalogie à tous et leur extraction, en mentionnant les noms des plus connus d'entre eux, «un tel fils d'un tel », ainsi que leurs âges, et en faisant connaître le lieu de leur habitation, ainsi que la raison pourquoi ils étaient disséminés aux extrémités de la terre et pourquoi leurs langues étaient si différentes, quoiqu'ils fussent tous primitivement dans le même lieu et qu'ils parlassent la même langue, comme cela devait être, puisqu'ils étaient les enfants d'un seul individu. De même, le récit de l'hisloire du déluge et de celle de Sodome et Gomorrhe avait pour but de montrer la vérité de celle idée : une récompense est réservée au juste; certes il y a un Dieu qui juge la terre (Ps., LV1II, 12). De même, la description de la guerre des neuf rois a pour but de faire connaître ce miracle, à savoir la victoire remportée par Abraham, avec un petit nombre d'hommes n'ayant pas de roi avec eux , sur quatre rois puissants W. On nous fait savoir aussi comment il défendit (2) son parent (Loi) , qui avait la même croyance que lui, et comment il aborda les dangers de la guerre pour le sauver. Enfin , on nous fait connaître combien il était réservé <3), modérant ses désirs, méprisant le gain et s'appliquant aux mœurs généreuses, comme il est dit : Fût-ce un fil, fût-ce la couiroie d'une sandale, etc. (Genèse, XIV, 25).
Si l'on énumère toutes les tribus des Séiriles et si on donne leur généalogie individuelle (*), ce n'est qu'à cause d'un seul commandement : c'est que Dieu a ordonné particulièrement
(1) Voy. Genèse, chap. xi?, v. 4-16.
(2) Ibn-Tibbon a : "\2îb On; Al-'Harizi traduit plus exactement:
(3) Lo participe bfinno, qu'ont ici tous les mss. arabes, a été mal rendu dans la version d'Ibn-Tibbon par iNfînO. Le verbe JuL*»>l signifie animum advertil, curavit, studuit.
(A) Voy. Genèse, chap. xxxvi, v. 20-30.
d'exterminer la race d'Amalek. Amalek n'était aulre que le fils d'Élipbas (que celui-ci eut) de Tirana' , sœur de Lotan M. Mais Dieu n'avait pas ordonné de tuer les autres fils d'Ésaiï; or, Ésaù s'élant allié avec les Séiriles, comme le dit clairement l'Écriture eut des enfants de cette race. Il régna sur eux, sa race se confondit avec la leur; ce qui fil qu'on attribua (oui le pays de Séir, avec ses tribus, à la tribu prépondérante, qui était celle des descendants d'Ésaù, et particulièrement celle d'Amalek, qui était la plus noble d'entre elles. Si donc on n'avait pas désigné toutes ces familles en détail , elles auraient pu être tuées par erreur. C'est pourquoi l'Écriture désigne expressément leurs tribus, voulant dire : ceux que vous voyez aujourd'hui dans le pays de Séir et dans le royaume d'Amalek ne sont pas tous des descendants d'Amalek, mais les descendants d'un tel et d'un (cl; et, si on les fait remonter à Amalek, c'est parce que la mère de celui-ci appartenait à leur race (3). Tout cela dénoie la justice divine qui n'a pas voulu qu'une tribu fut tuée pôle-mêlc (4) avec une aulre tribu; car le décret divin ne frappait que la race d'Amalek en particulier. Nous avons déjà exposé quelle sagesse il y avait dans celle mesure W.
La raison pourquoi on énumère les rois qui régnèrent dans le
(t) Voy. tftid., v. 12 et 22. On voit que, selon l'opinion de l'auteur, les Amalécites descendaient d'Éliphaz, 61s d'Ésau, ce qui est aussi l'opinion de Josèphe (Antiquités, liv. II, chap. i, § 2); si donc, dans l'histoire d'Abraham, il est déjà question du territoire des Amalécites (Genèse, xiv, 7), il faut admettre que l'auteur de la Genèse s'est servi de ce nom par anticipation, comme le fait déjà observer Kaschi dans son Commentaire à ce passage.
(2) Selon un passage de la Genèse, chap. xxxvi, v. 25, Oholibama, une des femmes d'Ésaiï, descendait des Séirites, quoique, dans un autre passage (tfttrf., v. 2), elle soit appelée 'Hiwile.
(3) C'est-à-dire, parce que Timna', mère d'Amalek, appartenait à la race des Séirites. Ibn-Tibbon fait un contre-sens en traduisant : pboyD ODN nvni; AI-'Harizi traduit : ono ION nrViW USD.
(4) Sur le sens du mot (jU*), voy. le t. I, p. 223, note 3.
(5) Voy. ci-dessus, chap. xli, p. 332.
if 8 TROISIÈME PARTIE. — CHAP. L.
pays d'Édom (Genèse, XXXVI, 31), c'est qu'il y a un commandement qui dit : Tu ne pourras pas placer à ta tête un homme étranger, qui ne soit pas ton frère (Deutéron., XVII, 15). Or, parmi les rois qu'on mentionne, il n'y en avait pas un seul qui fût originaire d'Édom (0 ; ne vois-tu pas qu'on indique leur famille ainsi que leur pays , un tel, de tel lieu ; un tel, de tel autre lieu ? II me paraît très-probable que leurs actes et leur histoire étaient généralement connus, je veux dire les actes de ces rois d'Édom, et que ceux-ci tyrannisèrent et humilièrent W les descendants d'Ésaù; c'est pourquoi-on les rappelle (3) aux souvenirs (des Israélites). C'est comme si l'on eût dit : « Tirez un avertissement de vos frères les descendants d'Ésaù, qui avaient pour roi un tel ou un tel [dont les actes étaient alors bien connus] ; car jamais un homme de race étrangère n'a régné sur une nation sans exercer sur elle une tyrannie plus ou moins grande.» En somme, ce que je t'ai dit de l'intervalle qui nous sépare au-
(1) Maïmonide a peut-être suivi ici le Sépher hayasehar,- cf. le Bûwr, ou Commentaire hébreu de Mendelssobo à ce passage. Il ne résulte pas positivement du texte biblique que ces rois des Iduméens fussent tous des étrangers ; au contraire, Yobab, de Bosra, et 'Houscham, du pays des Témanites (y. 33 et 34), étaient très-probablement des Iduméens.
(2) Le verbe que nous avons écrit fcflriJn O^y-^) cst ^crii °*an8 *cs mss. Nnjn, et dans quelques-uns «run (le 3 sans poinl). Nous croyons que c'est la Ve forme de jj^r, signifiant : slrenuum, audacem et animosum seostendit. Pour le second verbe, les mss. ont om^Ti; je crois qu'il faut lire *Ay^, et ils Us humilièrent ou abaissèrent . quoique les dictionnaires n'attribuent point à la première forme, JS, le sens actif. Peut-être faut-il écrire ombVtl, ou DniVïNI, à la 1I« ou à la IVe forme. Ibn-Tibbon traduit : Dl^Strm 03 ïyOSn Oncn ; Al-'Harîzi a:
otirasm itry »jm vdj on w
(3) Je crois qu'il faut prononcer le verbe DîTOiS à la IIe forme
(jfrA^Sjsi) ; le suffixe de ce verbe paraît se rapporter aux Israélites sousentendus, et le mot à mot serait : on les avertit par eux; c'est-à-dire, on donne aux Israélites un avertissement en leur rappelant la conduite des rois d'Édom.
jourd'hui des usages religieux des Sa biens W peut aussi s'appliquer à Thisloirede ces temps qui nous est aujourd'hui inconnue; car, si nous la connaissions et si les événements arrivés dans ces temps-là nous étaient connus, nous comprendrions, à l'égard de nombreux détails, le molif qui les a fait mentionner dans le Penlaleuque.
Ce qu'il faut encore bien comprendre, c'est qu'on ne considère pas les relations écrites, au même point de vue que les événements dont on est témoin; car, dans ces derniers, il y a certains détails ayant des suites nécessaires qu'on ne peut rapporter sans prolixité (*). C'est pourquoi, en lisant ces relations, le lecteur y trouve de la prolixité ou des répétitions ; mais s'il avait été témoin de ce qui est raconté, il comprendrait que ce qui a été dit est nécessaire. Quand donc tu vois des relations dans la partie non législative du Pentateuque , il le semble quelquefois que telle ou telle relation n'avait pas besoin d'être écrite, ou qu'elle renferme soit des longueurs, soit des répétitions ; la raison en est que lu n'as pas été témoin des détails qui ont amené (l'auteur) à faire sa relation telle qu'il l'a faite.
De cetle catégorie est l'énumération des stations Il pourrait paraître de prime abord qu'on a raconté une chose absolument inutile ; c'est donc à cause de cetle fausse idée qu'on pourrait avoir
(1) Voy. le chap. précédent, vers la fin, p. 422.
(2) L'auteur, comme on va le voir, veut parler des relations écrites qoi semblent parfois prolixes au lecteur, mais dont celui-ci comprendrait bien les longueurs s'il avait pu être témoin des événements et en saisir l'enchaînement nécessaire. Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon, les mots rWlNH USD, à la fin de la phrase, sont un contre-sens; les rass. de cetle version portent : rwwa pi-
(3) Les mots T"On IX ont été omis par Ibn-Tibbon. — Selon la version d'Ibn-Tibbon , il faudrait traduire : et quand il te semble que telle ou telle relation, etc., ce n'est que parce que tu n'as pas été témoin... 11 parait avoir lu pni au lieu de pn, et rity au lieu de fityï, de sorte que, selon lui, le complément de la phrase ne commence qu'au mot nty.
(4) C'est-à-dire , des stations des Hébreux pendant les quarante ans qu'ils passèrent dans le déserl (Nombres, chaj». xxxm).
430 TflOISIÈMK PARTIK. — CHAP. L.
qu'il est dil : El Moïse écrivit leurs départs selon leurs stations par ordre de l' Éternel (Nombres, XXXIII, 2). Et cela était d'une très-grande nécessité, car tous les miracles sont certains pour celui qui les a vus; mais pour la postérité, le récit en devient une simple tradition, et, pour celui qui l'entend, il est facile de le démentir (*). On sait qu'il est impossible et inimaginable qu'un miracle soit certifié et constaté par tous les hommes dans le cours des siècles. Or, un des miracles rapportés dans le Penlaleuque, et même un des plus grands, c'est le séjour de quarante ans que firent les Israélites dans le désert, où ils trouvèrent la manne tous les jours. Dans ce désert, comme le dit le Pentateuque, il y avait des serpents venimeux, des scorpions, de la sécheresse, pas d'eau (Deulér., VIII, 15). C'étaient des lieux très-éloignés d'un pays cultivé et qui ne convenaient pas à la nature de l'homme : un lieu impropre aux semences, où il n'y avait ni figuier, ni vigne, ni grenadier, etc. (Nombres, XX, 5) ; on appelle aussi ces lieux : un pays où jamais un homme na passé (Jérémie, II, 6); et le texte du Penlateuque dit : vous ne mangiez point de pain et vous ne buviez ni vin , ni boisson forte (Deulér., XXIX, 5). Tous ces miracles étaient manifestes et visibles. Or, Dieu savait que dans l'avenir, il arriverait à ces miracles ce qui arrive aux traditions, et qu'on penserait qu'ils séjournaient dans un désert voisin des lieux habités, où l'homme peut séjourner, et semblable à ces déserts qu'habitent aujourd'hui les Arabes, ou que c'étaient des lieux où l'on peut labourer et moissonner, ou se nourrir de quelques plantes qui s'y trouvaient, ou qu'il était dans la nature de la manne de tomber
(1) Les mots 3H3r6N rrtN p"ll0rvi paraissent signifier mot à mol: le démenti y trouve accès. Le verbe (y* forme de OLT°) ne 8e
trouve point dans les dictionnaires. Ibn-Tibbon traduit : ")tP£N1
yûWn Dana'P- Plus loin, les mots ...nHïfyDte T\Î7ib pTOiYD HiN (que dans l'avenir il arriverait à ces miracles ce qui arrive aux traditions) sont ainsi rendus par Ibn-Tibbon : TnjJD OWDIOn Î^IO pfîp©^ TOSNr OmfiDfl -HWD ppfipBDff 103.
continuellemeni dans ces lieux 0), ou qu'il y avail dans ces lieux des cilernes avec de l'eau. C'est pourquoi , pour lever tous ces doutes, le récit de tous ces miracles a été confirmé par rénumération de ces stations, afin que les générations futures les vissent et reconnussent la grandeur du miracle par lequel l'espèce humaine a pu séjourner dans ces lieux pendant quarante ans. C'est pour la même raison que Josué prononça à jamais f analhème contre celui qui reconstruirait Jéricho (*), afin que le miracle pût ôlre certifié et constaté; car quiconque verrait ce mur enfoncé dans la terre comprendrait que ce n'est pas le mur d'un édifice démoli, mais qu'il s'est enfoncé par miracle.
De môme, lorsqu'on dit : par l'ordre de l'Éternel ils campaient et par l'ordre de Y Éternel ils partaient (Nombres, IX, 20), cela pouvait suffire pour la relation ; et il pourrait paraître au premier abord que tout ce qui est dit ensuite sur le môme sujet n'est qu'une prolixité inutile, comme, par exemple, ces mots: Et lorsque la nuée s'arrêtait longtemps, etc. (y. 19), quelquefois la nuée restait, etc. (v. 21), ou bien deux jours, etc. (v. 22). Je vais te faire connaître ce qui a motivé tous ces détails : la raison en est qu'on voulait insister sur ce récit, afin de détruire l'opinion qu'avaient alors les nations (étrangères) et qu'elles ont encore jusqu'à ce jour, à savoir que les Israélites s'étaient égarés dans le chemin et ne savaient pas où ils devaient aller, comme il est dit : 7/s sont égarés dans le pays (Exode, XIV, 5). C'est ainsi que les Arabes encore aujourd'hui appellent ce désert Âl-Tîh, et s'imaginent que les Israélites étaient égarés (tàhou) (3) cl ignoraient le chemin. L'Écriture donc expose, en y insistant, que
(1) Voy., par exemple, l'opinion du rationaliste 'Hiwwi-Balkhi citée par Ibn-Ezra dans le Commentaire sur l'Exode, chap. xvi, v. 13. (4) Voy. Josué, chap. vi, v. 26.
(3) On sait que les Arabes donnent au désert que parcoururent les Israélites le nom de A^ôJt, ou de Jol^l ^JL» a*3 (égarement des Israélites); le nom de *a3 vient du verbe iU, per terram vagatus fuit, attonitus enavit.
ces stations irrégulières, le retour à plusieurs d'entre elles, la durée diverse du séjour dans chacune d elles , — de manière qu'on restait dans une station dix-huit ansW, dans une autre un jour et dans une autre enfin une seule nuit i*), — que (oui cela (dis-je) était décrété par Dieu et n'était pas un simple égarement dans le chemin , mais dépendait de la levée de la colonne de nuée. C'est pourquoi on donne tous ces détails, après avoir déclaré, dans le Pentateuque, que cet intervalle de chemin était court, bien connu, fréquenté et nullement ignoré; je veux parler de l'intervalle entre 'Horeb [où ils s'étaient rendus avec intention, selon ce que Dieu leur avait ordonné : vous adorerez Dieu près de cette montagne (Exode, III, 12)], et Kadesch Barne'a, où commence la terre habitée, comme le dit l'Écriture : Nous voici à Kadesch, ville à V extrémité de ton territoire (Nombres, XX, 16). Cet intervalle se parcourt en onze jours, comme il est dit : H y a onze journées de 'Horeb^ par le chemin du mont Séir% jusqu'à Kadesch Barne'a (Deutér., I, 2); ce n'est donc pas un chemin dans lequel on puisse errer quarante ans, et il ne faut attribuer cela qu'aux causes expressément écrites dans le Pentateuque.
C'est ainsi que chaque fois que tu ignores la raison pourquoi une histoire quelconque a été racontée (dans le Pentateuque), il y avait pour cela un motif grave, et à tout cela encore peut s'appliquer ce principe que les docteurs nous ont fait remarquer : o Car ce n'est pas une chose vaine de votre pari (Deutér., XXX H, 47), et si elle est vaine, c'est de votre part^. »
(1) Voy. Séder Olam rabba, chap. vm, à la fin, où il est dit que les Israélites campèrent à Kadesch dix-neuf ans; cf. Deuléronome, chap. i, v. 46, et le Commentaire de Kaschi sur ce verset.
(2) Voy. Nombres, chap. ix, v. 2t.
(3) Voy. ci-dessus, chap. xxvi, p. 205, et ibid.y note t.