‹ Le guide des égarés;Chapitre 69 sur 93 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

L'homme seul dans sa maison s'assied, se meut et s'occupe, comme il ne le ferait pas en présence d'un roi ; quand il se trouve avec sa famille ou avec ses parents, il parle librement et à son aise, comme il ne parlerait pas dans le salon du roi. Celui-là donc qui désire acquérir la perfection humaine et être véritablement un homme de Dieu, se pénétrera bien de celle idée (2) que le grand roi qui l'accompagne et qui s'attache à lui constamment est plus grand que toute personne humaine (3), fût-ce même David et Salomon. Ce roi, qui s'attache (à l'homme) et l'accom-

arriver ; il faut ici sous-entendre Y intelligence. Ibn-Tibbon traduit :

i^Dcno m y-Db mn new yuan loin "133 ^; de même Ai-Harîzi: N-nsn j^i ira o^nao m wk D^aion ip^non o

O^Oyfîb- Cf. dans le texte arabe, fol. 128 a : }y 3UnO "Vm ïîl n^N, et voy. le septième des Huit Chapitres, oti Maïmonide explique ce qu'il faut entendre par le mot qu'lbn-Tibbon y a rendu par

le mot nSTIO-

(t) Littéralement : cette direction; c'est-à-dire ces conseils pour te diriger.

(2) Littéralement: s'éveillera et taura.

(S) Plusieurs mss. portent : -jbû n |ND38 yÙW )D DÈyN, « est plus grand que tout individu humain qui serait roi. » Les deux traducteurs hébreux oui reproduit cette leçon ; Ibn-Tibhon traduit : OTI 1V2 -|^D V™ «in; Al-Harizi: "J^O ÎOD 1333 W Nin.

pagne , c'est l'intellect qui s'épanche sur nous et qui est le lien entre nous et Dieu ; et, de même que nous le percevons au moyen de celte lumière qu'il épanche sur nous, comme il est dit : par ta lumière nous voyons la lumière (Ps. XXXVI, 10), de môme c'est au moyen de cette lumière qu'il nous observe et c'est par elle qu'il est toujours avec nous , nous enveloppant de son regard : L homme pourra-t-il se cacher dans une retraite de manière que je ne le voie pas (Jérémie, XXIII, 24) ? Il faut bien comprendre cela , et savoir que les hommes parfaits, dès qu'ils s'en seront pénétrés, arriveront, par les voies de la vérité et non de l'imagination a un tel degré de piété, d'humilité, de crainte et de respect de la Divinité, et éprouveront une telle pudeur devant Dieu, qu'ils se conduiront dans leur intérieur, étant avec leurs femmes ou dans le bain, comme ils se conduiraient en public devant tous les hommes. Ainsi, par exemple, il est dit de la conduite de nos docteurs célèbres avec leurs femmes : « Découvrant un palme et recouvrant un palme (2). » Ailleurs il est dit : « Quel est l'homme pudique? Celui qui satisfait un besoin pendant la nuit comme il le ferait en plein jour (3). » Tu sais aussi que les docteurs ont défendu « de marcher la taille droite , toute la terre étant remplie de la gloire de Dieu (Isaïe, VI, 3) (*). » Tout cela a pour but de confirmer l'idée dont j'ai parlé, à savoir, que nous nous trouvons toujours devant Dieu , et que c'est en présence de sa majesté que nous allons et venons. Les plus grands docteurs s'abste-

(1) C'est-à-dire, par un raisonnement calme et clair émané de l'intelligence , et non par les exagérations d'une imagination exallée.

(2) C'est-à-dire : Pour caractériser la pudeur que mettaient les docteur» dans leurs relations avec leurs femmes, on dit qu'ils osaient à peine soulever le vêtement de la femme et qu'ils ne découvraient son corps que par petits espaces de la largeur d'un palme. Voy. Talmud de Babylone, traité Ncdarim, fol. 20 a, b.

(3) C'est-à-dire : celui qui y met pendant la nuil la même décence qu'il y mettrait dans un moment où il pourrait être vu par tout le monde. Voy. Talmud de Babylone, traité Berakhôihy fol. 62 a.

(4) Voy. Talmud de Babylone, traité Kiddouschin , fol. 31 a. Marrher la taille droite signifie s'avancer d'un air tier et majestueux.

liaient mêine de se découvrir ia tête, parce que la majesté divine enveloppe l'homme (0. C'est pour la même raison qu'ils parlaient peu ; dans le traité Âbôth nous avons déjà suffisamment exposé pourquoi il est bon de parler peu (*) : Car Dieu est dans le ciely et toi sur la terre; que les paroles donc soient peu nombreuses (Ecclésiaste, V, î).

L'idée sur laquelle j'ai éveillé ton attention renferme aussi le but de toutes les pratiques prescrites par la Loi ; car, c'est en se livrant à tous ces détails pratiques et en les répétant, que certains hommes d'élite s'exerceront pour arriver à la perfection humaine, de manière à craindre Dieu , à le respecter et à le révérer, connaissant celui qui est avec eux, et de celte manière ils feront ensuite ce qui est nécessaire. Dieu a exposé lui-môme que le but de toutes les pratiques prescrites par la Loi, c est de recevoir par là ces impressions dont nous avons, dans ce chapitre, démontré la nécessité à ceux qui connaissent les hautes vérités, (impressions qui consistent) à craindre Dieu rt à respecter ses préceptes. Il dit : Si tu n'as pas soin de pratiquer toutes les prescriptions de cette Loi, écrites dans ce livre, pour craindre le nom glorieux et redoutable , l'Éternel ton Dieu (Deulér., XX VIII, 58). Tu vois comme il dit clairement que toutes les prescriptions de cette Loi n'ont qu'un seul but, à savoir de faire craindre ce nomt etc.; que ce but doit être obtenu par les pratiques, c'est ce que tu reconnais par les paroles de ce verset : si tu n'as pas soin de pratiquer, où il est dit clairement qu'il est le résultat des pratiques P), (c'est-à-dire de l'exécution) des préceptes aflir-

(1) Voy. traité Kiddouschin, l. c, oti il est dit que R. Houna ne marchait pas la tête découverte, parce que, disait-il, «la majesté divine plane au-dessus de ma tête. »

(2) Voy. le Commentaire de Maïmonide, sur le traité Abôth, chap. i, §17.

(3) C'est-à-dire, que ce but, la crainte de Dieu, est lo résultat des pratiques. Dans les éditions de la version d'Ibn-Tibbon , le mot yvm a été ajouté pour plus de clarté ; les mss. portent : p (ou x*TW) N1W

matifs et négatifs. Quant aux idées que la Loi nous enseigne, à savoir celles de l'existence de Dieu et de son unité, elles doivent nous inspirer I' amour (de Dieu) , comme nous l'avons exposé plusieurs fois, et tu sais avec quelle énergie la Loi insiste sur cet amour : De tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes facultés (Ibid.y VI, 5). En effet, ces deux buts, à savoir la mou r et la crainte de Dieu, sont atteints par deux choses : à Y amour on arrive par les idées que renferme la Loi sur la doctrine véritable de l'existence de Dieu <*); à la crainte on arrive au moyen de toutes les pratiques de la Loi, comme nous l'avons exposé. — Il faut que tu comprennes bien cette explication sommaire.

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