CHAPITRE LUI
Ce chapitre renferme l'explication du sens de trois mots qu'il est nécessaire d'expliquer; ce sont les mots 'Hêsed (lorOi Mischpat (rostre)* Cedaka (npixO. Nous avons déjà exposé dans le commentaire sur Abôth que 'Hêsed désigne Y excès dans toutes choses, n'importe laquelle W; mais il est plus souvent employé pour exprimer un excès de libéralité. On sait <\u'être libéral se dit dans deux sens : c'est 1° faire le bien à celui à qui on ne doit absolument rien ; 2° faire le bien à celui qui Ta mérité, au delà de ce qu'il a mérité. Les livres prophétiques emploient le plus souvent le mot 'Hésed dans le sens de « faire le bien à celui à qui on ne doit absolument rien » ; c'est pourquoi tout bienfait
(1) Mot à mot : par les idées de la Loi qui renferment la perception de son être, tel que Dieu est réellement.
(2) Voy. Commentaire sur la Mischnâ, traité Abôth y chap. § 7, où il est dil que le mot 'Hésed désigne l'exagération ou l'excès, tant du bien que du mal. Comme exemple où le mot 1DP1 signifie excès du rasl, les commentateurs Fphôdi et Schem-Tob citent le passage du Lévitiquc (xx, 17) : «m IDD y où la glose d'Ibn-Ezra porte : rY0t2 nfîDiri. Cf. le Dictionnaire de David Kira'hi , à la racine -en-
qui vient de Dieu est appelé 'Héseo, comme il est dit : Je rappelle les bienfaits (non) de l'Éternel (Isaïe, LXIII, 7). C'est pourquoi aussi tout cet univers , je veux dire sa production par Dieu, est appelée 'Hés^d, comme il est dit : Cest par la bonté divine (ion) que CuniversW a été construit (Ps. LXXXIX, 3), ce qui veut dire : la construction de l'univers est un bienfait. Dieu dit encore en énumérant ses attributs : ion yft, plein de bienveillance (Exode, XXXIV, 6). — Quant au mol Cedaka, il est dérivé de Cédek (pis), qui désigne Véquité. L'équité consiste à faire droit à quiconque peut invoquer un droit et à donner à tout être quelconque selon son mérite. Cependant, dans les livres prophétiques, on n'appelle pas Cedaka, conformément au premier sens, l'acquittement des dettes qui l'incombent à l'égard d'un autre; car si lu payes au mercenaire son salaire, ou si tu payes la dette, cela ne s'appelle pas Cedxka. Mais ce qu'on y appelle cedaka, c'est l'accomplissement des devoirs qui t'incombent à l'égard d'un autre au point de vue d'une bonne morale, comme, par exemple, de soulager celui qui souffre d'un mal quelconque M. C'est pourquoi il est dit, au sujet du devoir de rendre le gage (Deutér., XXIV, 15) : npiîf rpnn ^bl» « et cela te comptera pour un acte d'équité; * car si lu marches dans la voie des verlus morales, lu es équitable envers ton âme rationnelle, puisque lu remplis ton devoir à son égard. Toule vertu morale étant appelée Cedaka (3), il est dit (Genèse, XV, 6) : El il eut foi en l'Éternel, qui le lui compta comme Cedaka (vertu) , où on veut parler de la vertu de la foi. Il en est de môme de ce passage : Ce sera pour nous une Cedaka (vertu) , si nous avons soin de pratiquer , etc. (Deutér., VI, 25). — Pour ce qui est du mot Mischpat, il désigne
(1) L'auteur prend ici le mol dViJ?' comme la version chaldaïque, dans le sens d'univers. Cf. 1. 1, p. 3, note 2, et ci-dessus, p. 226, note 4, et p. 443, note 2.
(2) Sur l'expression JJHSiD JTtë "133» cf. ci-dessus, p. 172, noie 4, p. 276, note 2, et passim.
(3) Ibn-Tibbon traduit : Nipn Ht ^BDi; Al- Harîzi traduit plus
exactement : id« p np-œ niopj maaa me nvr6v
la senlence convenable prononcée à l'égard de celui qui esl jugé, n'importe que ce soit à son avantage ou à son détriment.
En résumé, le mot 'Hssed s'applique à ce qui est une libéralité absolue; Cedaka se dit de tout bien que tu fais au point de vue de la vertu morale, par laquelle tu perfectionnes ton àme. Enfin, ce qu'on appelle Mischpat a pour résultai tantôt une punition, tantôt un bienfait. Nous avons déjà exposé, en parlant de la négation des attributs (divins), que tout attribut qu'on donne à Dieu, dans les livres des prophètes, est un attribut d'action (*). Ainsi , en tant qu'il donne l'existence à toutes choses . il est appelé 'Has>îd W (bienfaisant) ; au point de vue de sa tendresse pour les êtres faibles <3), c'est-à-dire en tant qu'il gouverne les êtres vivants au moyen de leurs facultés, il est appelé ÇaddÎk (équitable) ; enGn, au point de vue des biens relatifs et des grands malheurs relatifs '*) qui surviennent dans l'univers et qui sont un résultat du jugement émané de la sagesse (divine), il est appelé Schophet (juge). Ces trois mots se trouvent dans le texte du Penlaleuque, par exemple : Est-ce que le juge de toute la terrey etc. (Genèse, XVIII, 25); il est équitable et juste (Deutér., XXXII, 4) ; plein de bienveillance (Exode, XXXIV, 6). En expliquant le sens de ces mots, nous avions pour but de préparer (le lecteur) au chapitre suivant.
(1) Voy. le 1. 1, chap. lui et liv.
(î) C'est-à-dire, on lui attribue la qualité de 'Hésed, bonté ou libéralité.
(3) Les éditions de la version d'Ibn-Tibbon perlent en général lTJ"jyrN ce qui n'est qu'une faute d'impression pour Q"jyn. Al-'llarai traduit plus exactement : D^cn^nn mten ^sbl*
(4) L'auteur appelle relatifs le bien et le mal qui arrivent dans le monde, parce qu'ils n'existent que relativement aux créatures et accidentellement (voir ci-dessus, chap. xi et xn); par rapport à Dieu, il n'y a ni bien , ni mal, dans le sens absolu.