‹ Le guide des pécheursChapitre 10 sur 142 · LIVRE r. CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE r. CHAP. I

ont été faits ou ceux qui ont pu l'être, ne sont rica en connparaison de cette divine puissance qui les a pro duits : ils demeurent au contraire infiniment au-dessous, parce que cette infinie puissance est infiniment au-dessus de tout ce qu'elle fait. Qui ne sera donc ravi hors de lui-même, en considérant la grandeur d'un être si éminent, etd'unç puissance si relevée ? Quoi que les hommes ne puissent l'apercevoir par la vue corporelle , il est impossible néanmoins que par les conjectures ils n'en comprennent assez pour concevoir combien elle est grande et incompréhensible.

Cette idée de l'être de Dieu , quelque imparfaite qu'elle soit , nous fait comprendre quelles doivent être ses perfections, puisqu'elles lui sont proportionnées. L'Ecclésiaste nous enseigne ce rapport en parlant de sa miséricorde ( Ecci. 2 ) : «La miséricorde de Dieu, » dit-il, est aussi grande que son essence.» Il en est ainsi de toutes ses autres perfections ; sa beavité , sa clémence, sa majesté, sa sagesse , sa bonté, sa noblesse , sa toute-puissance et sa justice ; ainsi, il est infiniment bon et infiniment doux , infiniment amoureux, infiniment aimable , et très-digne, par ces raisons , d'être obéi , d'être craint et révéré de toutes les créatures de la terre. Si le cœur de l'homme était capable d'un amour et d'une crainte infinis , il les devrait par droit de justice à la grandeur et à Texcellence de Dieu. Car s'il est vrai que plus une personne est élevée en dignité, plus il lui est dû d'honneur; il est visible que rexcellence de Dieu étant infinie, il est digne aussi d'un respect infini. Ainsi, tout ce qui manque à notre amour pour atteindre à cette mesu- -e j ue ui manque que parce que notre infirmité ne

peut rendre ce qui est dû à la dignité de cette grandeur sans nriesure.

Puisque cette seule considération est un motif assez fort pour nous obliger d'aimer Dieu, que peut aimer celui qui n'aimera pas souverainement cette bonté ? Que craindra celui qui ne craindra pas cette majesté inOnic ? A qui obéira celui qui ne voudra pas obéir à ce Seigneur ? La volonté ne nous a-t-elle pas été donnée pour aimer et pour embrasser le bien ? Si ce grand Dieu est le souverain bien , pourquoi notre volonté fera-t-elle difficulté de l'embrasser et de le suivre ? Si c'est un grand mal de ne pas l'aimer , et de ne pas avoir pour lui plus d'amour et plus de respect que pour toutes les créatures les plus admirables, qvie doivent attendre ceux qui l'estiment moins que les moindres choses de ce monde ? Qui pourrait s'imaginer que l'ingratituxîe et la malignité des hommes pût se porter à cet excès ? Et néanmoins n'est-ce pas ce que nous voyons tous les jours arriver à ceux qui , poiu'un plaisir brutal, pour un petit point d'honneur, ou pour un intérêt de néant, offensent cette souveraine bonté ? O aveuglement incomparable ! ô insensibilité pire que celle des bêtes ! ô témérité diabolique î Que ne mérite point celui qui se laisse emporter à ce crime ! et quels chàtimens ne doit point attendre celui qui a la hardiesse de mépriser une si haute majesté ! Il ne faut point douter qu'une ame si misérable ne soit punie par la rigueur des peines qui lui sont de tout temps préparées : encore sera-ce peu en comparaison de la grandeur de ses fautes.

Voilà la première raison par laquelle nous sommes obligés d'aimer Dieu. Cette obligation est si grande <•

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si étroite, que toutes celles qui nous peuvent lier aux créatures , ne se doivent pas appeler obligations , eu les comparant à celle-ci : parce que, comme toutes les perfections des choses créées , en comparaison des perfections de Dieu , ne sont qu'imperfections ; de même, tous les devoirs qui les regardent, ne peuvent justement être appelés devoirs , si on les compare à ceux qui nous lient à Dieu: comme aussi, toutes les offenses commises contre les pures créatures, ne doivent point porter le nom d'offenses , en comparaison de celles qui se commettent contre le Créateur. C'est pour cette raison que David , dans le psaume de sa pénitence , s'écrie : ( Psalm. 5o ) , qu'il a péché contre Dieu, quoiqu'il eût péché contre Urie , qu'il avait fait mourir ; contre sa femme , qu'il avait déshonorée , et contre tous ses sujets, qu^il avait scandalisés par son mauvais exemple. Quelque connaissance qu'il eût de toutes ces fautes , il publie néanmoins qu'il a péché contre Dieu seul, sachant que toutes les autres offenses n'étaient rien en comparaison de celle de Dieu. Aussi , il était tellement affligé de ce crime , qu'il ne prenait presque pas garde aux autres, parce que , comme Dieu est infiniment plus grand que tou-" tes les créatures , aussi les obligations qui nous lient à son service , et les offenses que nous commettons contre sa divine majesté, sont infmiment plus grandes, n'y ayant aucun rapport ni aucune proportion du fini à l'infini.

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