CHAPITRE IL
Seconde raison qui nous ohlige cTaimer la vertu et de servir Dieu : ie hienfait de la création
Nous ne sommes pas seulement obligés d'aimer la vertu , et de garder les commandemens de Dieu ? à cause de ce que Dieu est en lui-même ; ce qu'il est envers nous , nous en fait aussi un devoir. Quoique nous ayons déjcà parlé de cette vérité , nous ne laisserons pas d*en faire ici une petite répétition, afin que nous reconnaissions mieux les obligations que nous avons à la main libérale qui nous a si abondamment comblés de bienfaits.
Le premier de tous est la création ; cette grâce seule oblige la créature de se donner tout entière au service de son Créateur , puisqu'elle lui est redevable de tout ce qu'elle a reçu. Il est certain qiie par ce premier don elle a reçu son être , c'est-à-dire le corps avec tous ses sens , et l'ame avec toutes ses puissances : d'où il suit qu'elle est obligée d'employer l'un et l'autre au service de son auteur, sous peine d'être ingrate et injuste envers celui delà bonté duquel elle tient tout ce qu'elle est. La maison appartient ù celui qui l'a bâtie ; la vigne , à celui qui l'a plantée. Les enfans se doivent tout entiers à celui de qui ils tiennent la naissance. Cette obligation a paru si grande à quelques législateurs , qu'ils ont donné au père le droit de vendre ses enfans , de disposer même d« leur vie. Si l'empire du père sur les enfans est si absolu , quel devra être celui de Dieu , auteur de tous les êtres *