LIVRE. I. CHAP. XVII
psaume, où il est dit : « Seigneur, vous êtes mon es- » pérance, » parle en ces termes : « Seigneur, [Ser" » mo 9 in Psalni. 90), quoi que je doive faire ou ne » pas faire , quoi que je doive souffrir ou désirer, » vous êtes mon espérance ; c'est vous qui me faites^ » attendre avec assurance l'accomplissement de tou-
• tes vos promesses : vous êtes le fondement sur le- » quel repose ma confiance. Qu^un autre allègue ses » vertus , qu'il se glorifie d'avoir' supporté toute la » chaleur et toute l'incommodité du jour ; qu'il dise » avec les pharisiens, qu'il a jeûné deux fois la se- » maine, et qu'il ne ressemble pas aux autres hom- » mes; povu* moi, Seigneur, je dirai toujours avec le » Prophète ( Psai. 72 ) : Tout mon bonheur est de » m'approcher du Seigneur, et de mettre mon espé- » rance en lui. Si on me promet des récompenses, ce
• sera par votre faveur, mon Dieu, que j'espérerai
• les obtenir. Si la guerre s'élève conlre moi, ce sera » par vous que j'espérerai la victoire ; si le monde > m'attaque , si le diable rugit, si la chair même se
• révolte contre l'esprit, il me suffira, Seigneur, d'es* » pérer en vous seul, pour venir à bout de tant d'en- » nemis» Puisque vous nous pouvez si utilement et » si puissamment secourir, que ne bannissons-nous » de notre cœur toutes ses vaines et fausses espéran- » ces, pour nous attacher avec ferveur à cette espé- » rance si certaine ?»
Un peu plus bas le même saint fait ce dialogue : «La: » Foi parle de cette sorte : Dieu a préparé de grands et » inestimables biens pour ceux qui lui sont fidèles ; » mais l'Espérance dit : C'est pour moi qu'il les garde j » la Charité ajoute : Et moi je me hâterai de les po**
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3» séder. » Vous voyez par là quel est le fruit de celte vertu, et combien elle nous est utile. Elle est comme un port assuré où se retirent les justes au temps de Torage ; comme un bouclier très-fort, qui les défend des coups que le monde tire contre eux ; comme une ressource abondante durant la disette ; elle est ce tabernacle que Dieu promet par le prophète Isaïe à ses élus [Isa. 4 ) > pour les mettre à couvert des chaleurs de Tété, et des pluies et des tempêtes de Tliivcr, c'est-à-dire des prospérités et des adversités de ce monde ; elle est enfin un remède universel à tous nos maux, puisqu'il est vrai que tout ce que nous espérons de Dieu justement, fidèlement et sagement, nous l'obtiendrons sans difficulté, pourvu que cela regarde notre salut.
Saint Cyprien a dit [S. Cypr. de Oper. et Eieenxos.) que la miséricorde de Dieu était la source des remèdes, et l'espérance le vase où on les puise ; reflet du remède sera proportionné à la capacité du vase ; la source est si féconde , que cette eau de miséricorde ne peut jamais manquer; ainsi, comme Dieu dit autrefois aux enfans d'Israël (Josue 1 1 ) que toute la terre sur laquelle ils mettraient le pied serait à eux, toute la miséricorde sur laquelle l'homme fondera son espérance sera à lui. Celui qui est animé de l'Esprit de Dieu espérera toutes choses, et il obtiendra toutes choses.
Cette espérance est une image de la vertu et de la puissance de Dieu, qui tourne à la gloire de Dieu même ; parce que, comme dit saint Bernard (Serin. 85 in Cant. ), « 11 n'y a rien qui découvre si mani- » fcstemcnt la toute-puissance de Dieu, que de voir