LIVRE I. CTIAP. ir
Et si ceux qui reçoivent quelque grâce sont obligés , comme dit Sénèque [cle Beneficiis) , d'imiter les bonnes terres , qui rendent beaucoup plus qu'on ne leur a donné , quelle sera notre reconnaissance envers Dieu, puisque nous ne pouvons lui offrir que ce que nous avons reçu de lui ? et si celui-là ne satisfait pas au précepte de ce philosophe, qui rend tout ce qu'il a reçu , que dirons-nous de celui qui n'en rend pas seulement la moindre partie ?
Aristote assure qu'il est impossible aux hommes do satisfaire entièrement pour les dons qu'ils ont reçus des pères et des Dieux. Que pourrons-nous donc rendre à ce grand Dieu , le père de tous les pères , qui nous a plus donné que tous les pères ensemble ? Si la rébellion et la désobéissance d'un (ils envers son père est un si grand mal , que sera-ce que d'être rebelle à Dieu , qui est notre père par tant de justes titres , qu'il n'en est point qui mérite ce nom autant que lui ? C'est avec grande raison qu'il se plaint de cette ingratitude par un prophète, en ces termes [Malacli. c. \. v.(y) '. « Si je suis votre père , où est j> l'honneur que vous me devez ? Et si je suis votre » Seigneur , 011 est la crainte et le respect que vous » avez pour moi ? » C'est encore pour la même ingratitude qu'il témoigne ailleurs son indignation , avec des paroles plus vives et plus enflammées ( Dent. c. 52. V. 6) : «Est- ce là ce que vous rendez au Sei- » gneur , peuple insensé et ingrat ? Ne suis - je pas » votre père ? N'est-ce pas moi qui suis votre maître ? ■ Moi qui vous ai fait, qui vous ai créé ? »>
Ils sont ingrats, en effet, ceux qui ne lèvent jamais les yeux en haut pour contempler le Ciel , et qui
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ne les tournent seulement pas sur eux , pour se considérer eux-mêmes. S'ils avaient voulu s'arrêter à cette considération, ils se seraient interrogés, et auraient du moins voulu prendre quelque connaissance de leur origine ; ils auraient voulu savoir qui est celui qui les a faits , et à quelle fin il les a faits ; et par là ils connaîtraient une partie de ce qu'ils doivent être. Mais, faute de cette connaissance , ils ignorent nécessairement leurs obligations , et ils vivent comme s'ils s'étaient faits et formés evix-mêmes. Telle était la conduite de ce malheureux roi d'Egypte , que Dieu menaça avec tant de rigueur par son prophète , lorsqu'il lui dit (Ezech. c. 29. t?. 3) : «C'est à vous que je » parle , Pharaon, roi d'Egjpte , qui, semblable à un > dragon monstrueux , reposez étendu au milieu de » vos fleuves en vous disant: le fleuve est à moi , et p c'est nioi qui me suis fait moi-même. » Ces paroles sont ordinairement , sinon dans la bouche, au moins dans le cœur de tous ceux qui pensent aussi peu à leur Créateur , que s'ils étaient les auteurs de leur être. Saint Augustin avait bien d'autres sentimens , puisque , de la connaissance de son origine , il passa à celle de son Créateur. C'est ainsi qu'il en parle dans un de ses Soliloques ( L. 5i ) : « Je me suis retourné » vers moi , je me suis regardé intérieurement , et je » me suis demandé à moi-même : Qin êtes-vous ? et » je me suis répondu : Je suis un honune raisoiniable » et mortel : et celui qui s'est trouvé tel , s'est incon- » tinent tourné à Dieu pour lui demander : O grand • Dieu, d'où cet être, d'une composition si admira- » ble , peut-il avoir reçu son origine sinon de vous ? » C'est vous qui m'avez fait et non pas moi ; c'est par