S- IV
D*oà procède cette liberté.
Vous me demanderez peut-être d'où procède cette liberté. Je vous réponds qu'elle procède de la grâce divine, qui, par le moyen des vertus qu'elle inspire, tempère et modère la fureur de nos passions , assez pour qu'elles ne puissent plus prévaloir contre la raison; parce que, comme ces hommes qui passent pour avoir l'adresse de charmer tellement les serpens, qu'ils ne peuvent nuire, et que quoique vivans,> ils sont néanmoins sans venin, et ne font aucun mal ; ainsi la grâce ch^irme si puissamment nos passions,, qu'encore qu'elles soient vivantes, elles n'ont plus:
ZiiÇt LE GUiBE DES PÉCHEURS.
néaumoiiis la malignité de leur venin, n*étant pas capables comme auparavant d'infecter notre vie.
Isaïe nous a divinement représenté cette vérité , lorsqu'il dit [Isaiœ 1 1 . v. 8) : « Le petit enfant étant » à la mamelle jouera sur les trous du serpent, et » celui qui est déjà sevré mettra ia main dans la » caverne du basilic; ils ne piqueront ni ne tueront » personne dans toute ma montagne sainte , parce » que la terre sera aussi remplie de la connaissance » de Dieu, que la mer des eaux qui la couvrent. »
Il est certain que le Propliète ne parle pas ici des serpens visibles , mais des invisibles , qvii sont nos passions, capables d'infecter le monde. Il veut aussi désigner seulement les enfans spirituels ; entre lesquels ceux qu'il appelle enfans à ia inaineile, sont ceux qui, commençant à servir Dieu, ont encore besoin du lait pour se nourrir; et les sevrés sont ceux qui, plus avancés, peuvent marcher seuls et manger le pain des forts. Il dit des premiers qu'ils se réjouiront de ce qu'étant parmi des serpens invisibles, la faveur de la grâce les préservera de toute atteinte mortelle , parce qu'ils ne donneront jamais leur consentement au péché ; et des derniers , qui sont déjà avancés dans les voies de Dieu, il dit qu'ils mettront la main dans la caverne du basilic, ce qui signifie que Dieu les protégera dans les plus grands dangers. En eux s'accompliront les paroles du psaume où il est dit {Psai. 90. V. i3) : « Vous marcherez sur le serpent * et sur le basilic , et vous foulerez aux pieds le lion » et le dragon. » Ce sont en effet ces personnes qui ne recevront aucun mal, quoiqu'elles mettent la maiu dans le trou du basilic , parce que la grûco so