LIVRE I. CIIAP. XVIII
répandra sur la terre, et charmera de telle sorte les passions les plus dangereuses, que leur venin ne sera pas capable de faire aucun mal aux enfans dj, Dieu.
Saint Paul explique cela plus clairement, lorsqu'après avoir parlé de la tyrannie de notre chair, il s'écrie enfin ( Rom. 7. 24 ) : « Misérable que je suis, » qvii me délivrera de ce corps de mort ?» A quoi lui-même répond : « Ce sera la grâce de Dieu , qui » nous est donnée par Jésus- Christ. » Par le corps de mort, il n'entend pas notre corps sujet à la mort naturelle, mais celui qu'en un autre lieu il appelle corps du péché, qui est notre appétit dépravé, d'où procèdent toutes les passions et tous les désii*s déréglés ; et c'est de ce corps qu'il dit que la grâce qui nous est donnée par Jésus-Christ, nous délivre comme d'un cruel tyran.
La seconde cause de cette liberté, et la principale, est la grandeur des consolations spiritvielles dont jouissent les justes. Elles apaisent de telle sorte la soif de leurs désirs, qu'il leur est facile de se rendre maîtres de tous leurs appétis; de sorte qu'ayant trouvé cette fontaine des biens célestes , ils perdent incontinent le goût des satisfactions de la chaire. Jésus-Christ l'enseigna admirablement à la Samaritaine, lorsqu'il lui dit {Joan. 4. v. i3): «Celui » qui boira de l'eau qi^e je lui donnerai (qui est la
> grâce -divine ) n'aura jamais soif. » Saint Grégoire a dit la même chose dans une de ses homélies {Hom. 1 1 inEvang.) : « Celui qui a parfaitement connu la » douceur de la vie céleste, abandonne aussitôt toutes • les affections sensuelles. Il renonce a ce qu'il possé-
> dûit, il distribue libéralement ce qu'il avait amas-
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» si, son cœur s'embrase des désirs du Ciel, tout ce • qu'il y a sur la terre lui déplaît, et il trouve laid » tout ce qui auparavant lui paraissait le plus agréa- » ble ; parce que le seul éclat de cette perle pré- » cieuse brille devant les yeux de son ame. » Le vase de notre cœur étant donc rempli de cette liqueur céleste, et la soif de notre ame en étant éteinte, elle n*a plus besoin de courir après ks biens périssables ; elle demeure libre de toutes les affections qu'ils faisaient naître en elle. Le cœur qui s'est une fois attaché au Seigneur de toutes choses, se trouve eu quelque façon maître de tout , puisque dans ce seul bien il possède tous les autres ensemble.
Il faut encore ajouter à ces deux faveurs divines qui contribuent à notre liberté, le soin que les gens de bien apportent à assujettir la chair à l'esprit, et les passions à la raison. Ils parviennent à mortifier peu à peu leurs appétis, à les diriger vers le bien,, et à leur fiire perdre la violence qui les agitait ; il ne faut pas s'étonner que le juste puisse acquérir cet empiie sur ses passions, car si les bètes les plus farouches se laissent apprivoiser, et que le temps et la coutume rendent les lions obéissans aux hommes ; pourquoi trouvera-t-on étrange que nos passions naturelbs , accoutumées à l'empire de la raison , se rendent peu ^ peu ti'iiitables, c'est-à-dire, participent en quelque sorte à la conditioji de cette puissance qui les gouverne, et se plaisent à imiter ses opérations ?
Il arrive souvent que les serviteurs de Dieu trouvent plus de plaisir dans leur recueillement . dans leur silence, dans leur lecture , leur oraison , leur méditation , et leurs autres exercices y. que ne leur