‹ Le guide des pécheursChapitre 118 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. XIX · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. XIX

(liîh. 7 ). Ayant mis le siège devant Béthuîle, il envoya couper tous les canaux qui conduisaient l'eau dans la ville ; de sorte qu'il ne resta aux assiégés que quelques petites sources près des murs, où ils ne buvaient que goutte à goutte à la dérobée ., plutôt pour arroser leurs lèvres que pour éteindre leur soif. Que faites-vous autre chose , ô idolâtre de vos plaisirs ! vous qui poursuivez si avidement les honneurs , et qui aimez tant les délices ? Depuis que vous avez perdu la fontaine des eaux vives , n'êles-vous pas toujours penché sur tes marais presque desséchés , plus propres à enflammer Tardeur de votre soif , en vous arrosant les lèvres , qu'à l'éteindre ou à la soulager ? O misérable créature ! « Pourquoi allez-vous par le chemin d'E- » gypte , boire de l'eau trouble et bourbeuse ( Jt>- » rem. 2. 18)? » Il esta plaindre sans doute celui qui n'est pas rebuté par l'odeur fétide , et le goût amer que laissent les remords ?

De plus ce désir étant aveugle 9 et ne faisant aucune différence entre ce qui est possible ou impossible, et souvent sa violence lui faisant paraître facile ce qui est Irès-difficile , il se porte à une infinité de choses qu'il ne peut obtenir ; alors le méchant qui a faim sans pouvoir manger , qui allonge les bras sans rien prendre , qui se lèv« le matin sans rien avancer , et qui souvent étant au haut de l'échelle pour entrer , se voit jeté du haut des murs en bas , c'est-à-dire se voit arracher des mains ce qu'il pensait déjà tenir ; se meut , se dépite , se plaint , et se ronge lui-même d'être si éloigné du but où aspiraient ses désirs.

Ces deux principales puissances de nos âmes, l'irascible et la concupiscible , sont tellement liées ensem-

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Ue que l'une sert toujours à l'autre ; lorsque la partie concupiscible ne peut parvenir à son objet , Tirascible vient à son secours , s'afiligeant et s'irritant tout ensemble, ets'exposant à toute sorte de hasards pour contenter sa sœur, qu'elle voit triste et inquiète. De cette confusion de désirs naît cette agitation intérieure dont nous parlons. Elle est appelée une guerre par saint Jacques , lorsqu'il dit ( Jacoh. 4- v. \ ) : « D'où viennent les guerres et les différens qui sont » entre vous , sinon de vos concupiscences et de vos » appétits , qui combattent et se font la guerre en » vous , lorsque vous désirez les choses , et que vous » ne pouvez les obtenir ? » C'est avec raison qu'il appelle cela une guerre, à cause de la contradiction naturelle qu'il y a entre l'esprit et la chair, et entre les désirs de l'une et de l'autre partie.

Dans celte étrange confusion , le plus grand mal qui puisse arriver aux hommes est de parvenir à ce qui pouvait les contenter en apparence , car lorsqu'ils sont en cet état , et qu'ils pourraient vivre satisfaits s'ils savaient borner leurs désirs , leurs imaginations déréglées les portent à de nouvelles prétentions d'honneur , de sang , de préséances ; ou de choses semblables. S'ils ne peuvent y parvenir après les avoir recherchées , ils s'aflligent , et se donnent beaucoup plus de tourment de ce néant qui leur manque , qu'ils n'ont de satisfaction de tout ce qu'ils ont acquis. Ainsi ils passent le reste de leur vie avec cette épine, ou pour mieux dire avec ce fléau , qui rabat tellement toute la joie qu'ils ont de leurs prospérités , que tout leur bien se convertit en fumée.

Quelque riches que les hommes paraissent , ils

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