‹ Le guide des pécheursChapitre 119 sur 142 · LIVRE I. CIIAP. XIX · texte numérisé non relu

LIVRE I. CIIAP. XIX

conservent presque toujours quelque désir secret et caché qui les fait vivre aussi tristes que s'ils n'avaient aucun bien. C'est ce que Dieu nous enseigne lui-même lorsque parlant clans Isaïe contrerorgueil du roi des Assyriens, il dit {Isaiœ lo, v. 16), t Qu'il mettra la faiblesse dans sa plus grande force j » et le feu sous sa gloire pour la faire brûler ; » pour montrer que Dieu sait , quand il lui plaît , faire un trou dans le flanc du navire voguant à pleines voiles , affaiblir les parties les plus fortes , et envoyer la misère au milieu de la plus florissante prospérité. Ceci nous est encore marqué dans Job, qui dit {Joh. 20), 0 Que les géans gémissent sous les eaux , » pour nous apprendre que Dieu a aussi-bien des abîmes et des supplices pour les grands que pour les petits , plus sujets en apparence aux injures du monde. Mais Salo- Hion nous l'a encore enseigné plus clairement , lor > que , faisant le dénombrement des misères des hommes , il a compté celle-ci pour une des plus déplorables ( Eccies. 6. V. 1 ) : « Il y a , dit-il, encore un B autre mal que j'ai vu sous le soleil , qui est fort com- » mun dans le monde. Vous verrez un homme à qui 1) Dieu a donné des richesses et des honneurs en telle » abondance , qu'il ne manqne à son ame aucun des » biens qu'elle souhaite ; et avec cela il ne lui donne » pas le pouvoir de manger de ce qu'il a ; et un étran- » ger viendra qui dévorera tout. » Que veut- il dire par ces paroles : Qu^un homme n'aura pas pouvoir de manger de ce qu'il a , sinon qu'il ne saura pas jouir de ce qu'il possède , parce que Dieu ordonne que toute sa félicité soit renversée ? et c'est ce qui doit faire connaître à tout le monde que , comme la GREjfAOE. Guide. \, }\

liéri table sagesse ne s* apprend point par des letlres morles , mais que c'est Dieu qui l'enseigne , aussi la véritable paix ne dépend ni des biens ni des richesses <le ce monde , mais de Dieu seul.

Si ceux qui , ayant toutes les choses qu'ils désirent, n'ont pas Dieu , vivent sî peu contens , que feront ceux à qui tout manque , puisque la privation des biens du monde, est une fahiiet une soif qui les travaillent , et une épine dans leur cœur qui les pique incessamment ? Quelle paix pourra avoir une ame où il y a tant de désordres , tant de guerres , et un si grand trouble de pensées ? Le proplièt^ a bien dit de cette sorte de gens ( Isaiœ 5^. v. 20) « Que le cœur » du méchant est comme une mer agitée qui ne se » peut calmer. » Et en eiTet quelle mer ou quels vents peuvent avoir plus de violence que les passions des méchaiïs , puisqu'elles ont été capables quelquefois de renverser les mers et les montagnes ?

11 arrive qu'en cette mer si féconde en tempêtes , il s'élève une contrariété de vents , qui rendent la tourmente beaucoup plus furieuse ; car souvent les mêmies désira , cottime des vents opposés , combattent les uns contre les autres. Aussi voir-on que ce que la chair désire est combattu par l'honneur , qui y répugne; ce que l'honneur désire est en opposition avec l'intérêt ; ce qui convient à la fortune est contraire à la réputation , et ce qui favorise la réputation ne convient aucuntmeut à la paresse ou à l'attache que l'on a aux plaisirs ; de sorte que les uiéchans désirant tout , ne savent souvent que désirer: ils ne s'eniendent pas euxniêïnes , et ne savent que prendre ou laisser , parce ^ue les désirs s'opposent les uks aux autres , comnia

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