‹ Le guide des pécheursChapitre 120 sur 142 · LIVRE I. CnAP. XIX. 2G · texte numérisé non relu

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les mauvaises humeurs qui proviennent de di/Férentes causes.

Cette contrariété confond souvent toutes les ressources de la médecine , parce que les remèdes propres à la guérison d'une humeur , sont contraires à l'autre. Telle était cette confusion des langues qui punit l'orgueil des hommes qui voulaient élever la tour de Babel ( Gen. 11 ) , et telle encore celle contre laquelle le Prophète disait à Dieu ( Psai. 54- v. 10 ) : « Détruisez , Seigneur , et divisez leurs langues , parce » que j'ai vu la malice et la contradiction en la cité.» Quelle peut être cette division de langues , cette fnaiice et cette contradiction , sinon la lutte qui se rencontre dans le cœur des hommes du monde dont les passions opposées , veulent les unes ce que les autres ont en aversion ?

Du repos intérieur dont jouissent (es gens de i?ien.

Voilà donc quel est le partage des méchans. Mais ^u contraire , comme les gens de bien savent gouverner sagement leurs désirs, comme ils savent dompter et mortifier leurs passions , qu'ils ne mettent pas leur bonheur dans les biens faux et périssables , mais en Dieu seuL , centre de leur félicité , et à qui leur volonté demeure toujours parfaitement soumise . nulle de ces peines ne les trouble jusqu'à leur faire perdre leur paix intérieure. C'e«>t en cela que consiste une des principales récompenses que Dieu promet à ceux qui l'aiment.

L*Ecrilure nous en rend partout témoignage. David dit ( Psat. 118. V. i65 ) : « Ceux qui gardent votre » loi , Seigneur , jouissent d'une profonde paix , et » ils ne trouvent rien qui les puisse faire tomber. » Et Isaïe ( Isa. 48. v. 18 ) : « Que je désirerais que vous » eussiez gardé mes commandemens ! parce que vo- » ire paix aurait ét^ comnae un fleuve abondant , et I» votre justice comme les eaux de la mer! » Il appelle cette paix un fleuve, parce qu'elle éteint les flammes de nos désirs et l'ardeur de notre concupiscence , et qu'elle arrose les veines sèches et stériles de nos coeurs, pour donner du rafraîchissement à nos âmes. Salomon enseigne divinement la même chose , quoiqu'en peu de mots , quand il dit( Prov. 16. v. 7 ) : « Lors- » que les voies de l'homme seront agréables à Dieu , » il fera que ses ennemis feront la paix avec lui. » Quels sont ces ennemis, sinon les passions et les inclinations de la chair , toujours en guerre avec l'esprit? Dieu dit qu'il les fera vivre paisiblement ensemble , lorsque par la grâce et les bonnes habitudes , les goûts sensibles seconderont les opérations de l'esprit.

Quoique la vertu trouve d'abord de grandes répugnances dans les passions qui la combattent , néanmoins lorsqu'elle est arrivée à sa perfection elle agit avec douceur et facilité , et avec beaucoup moins de contradiction. Cette paix qui règne alors dans l'homm-^ , David l'appelle dilatation de cœur , lorsqu'il dit ( Psai. 17. V. 57 ) : « Vous avez dilaté mes pas des- » sous moi , et mes pieds n'ont point été affaiblis : » tant est grande la différence des voies des bons d'avec .celles des médians ; les uns marchent , le cœur

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pressé de douleur , à cause des craintes dans lesquelles ils vivent , comme le voyageur qui suivant un sentier étroit , entre des rochers et des précipices , craint de tomber à chaque pas ; les autres avi contraire marchent hardiment et sûrement , comme ceux qui vont par un chemin large et uni , dans lequel ils n*ont rien à redouter.

C'est surtout par l'expérience que les justes apprennent à connaître la différence qu'il y a entre le temps auquel ils servaient le monde, et celui auquel ils servent Dieu. Dans l'un , ils étaient toujours en trouble; mais depuis qu'ils se sont donnés à l'amour des biens éternels , et qu'ils ont mis en Dieu toute leur félicité , ils méprisent toutes ces vaines sollicitudes avec un cœur si libre, si ouvert , si tranquille, et si soumis à la volonté de Dieu, que souvent ils s'étonnent eux-mêmes de ce changement ; il semble (jue ce ne soient plus les mêmes personnes, tant ils sont différens du passé ! c'est qu'en effet Dieu a changé leur cœur , et les a remplis de pensées et d'affections toules nouvelles.

C'est ce que Dieu a lui-même promis à ses fidèles par Isaïe [Isaiœ [\b. v. 2) : « Lorsque vous passerez » sur les eaux , je serai avec vous , afin que vous ne » soyez point ensevelis sous les rivières, et vous ne » serez point brûlés au milieu des flammes. » Ces eaux sont les afflictions de cette vie, et les misères qui s'y rencontrent chaque jour. Ce feu figuré , l'ardeur de notre chair, véritable fournaise de Babylone, allumée par les démons, d'où s'élèvent les flammes de nos désirs déréglés. Croyez-vous donc que celui qui se conserve sans recevoir aucune atteinte

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ie ces eaux et de ces flammes , dans lesquelles tout le monde est en danger de périr, puisse échapper à un tel péril sans la présence du Saint-Esprit ?

C'est de cette divine présence en effet que vient cette paix, qui, comme ditTApôtre, surpasse tout sentiment [Philipp. 4 ) ; elle est un don de Dieu, si relevé au-dessus de la nature, que Tesprit de Tliomme ne comprend pas comment un cœur de chair peut être calme au milieu des tempêtes du monde : mais celui qui ressent ce bien , reconnaissant la main favorable qui le lui communique, ne cesse jamais de louer Fauteur de ces merveilles; il dit avec le Prophète {Psai. 45. V. 9) : a Venez, et voyez les ouvra- » gcs du Seigneur, et les merveilles qu'il a faites sur. » la terre; car il a rompu l'arc, il a brisé les armes, > et jeté les boucliers au feu en disant : Mettez bas » les armes , et vivez en paix et en repos , afin que » vous voyiez que je suis le Dieu qui sera exalté au » Ciel et en la terre. » Qu'y a-t-il donc au monde de plus doux et de plus désirable que ce repos , cette étendue, cette effusion de cœur, et cette paix bienheureuse ?

Si nous passons plus avant pour savoir d'où procède C3 don céleste, nous trouverons qu'il est le fruit de tous les autres avan tasses de la vertu dont nous avons déjà parlé ; comme les vices s'enchaînent et s'entrelacent entre eux, ainsi les vertus ont une dépendance mutuelle , d'où il suit que celle qui est la plus relevée, produisant plus de fruits, est attachée aussi à un plus grand nombre de racines , qui lui donnent la vie. Ainsi cette bienheureuse paix vient de l'ensemble des vertus qui possèdent lecœurdu juste.

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