‹ Le guide des pécheursChapitre 13 sur 142 · LIVRE I. CHAP. ÎI. ir · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAP. ÎI. ir

» VOUS que je vis , et par vous que toutes choses vi- » vent et subsistent. Est-il quelqu'un qui puisse être s l'ouvrier de lui-même ? Est -il quelque chose qui » puisse tirer son être d'un autre que de vous ? N'ê- » tes-vous pas l'être d'où sortent tous les êtres ? N'êtes- » vous pas la vie d'où découlent toutes les vies ? C'est » vous enfin , Seigneur , qui m'avez fait, et sans qui » rien ne peut être fait: vous êtes mon Créateur, et 8 je suis votre créature. Soyez loué , grand Dieu par j) qui je vis et par qui toutes choses vivent et se con- » servent ; soyez loué , mon Créateur , parce que c'est » vous qui m'avez fait et formé ; soyez louée , mon éter- » nelle lumière, parce que c'est vous qui m'avez con- » duit à la connaissance de votre grandeur et à celle » de ma bassesse. »

C'est donc dans la création que consiste la première des grâces de Dieu , elle est le fondement de toutes les autres , puisque toutes la supposent. S'il est vrai que Dieu ait un soin si particulier de nous demander quelque reconnaissance pour les biens qu'il nous communique , que pensons-nous qu'il nous demandera pour celui-ci , le fondement de tous les autres ? Car, comme Dieu est très-libéral à faire des grâces, il est aussi très-exact à nous en demander la reconnaissance , non qu'il lui en revienne aucun bien , mais parce que c'est pour nous un devoir dont l'accomplissement peut seul faire notre bonheur.

Nous lisons dans l'Ancien Testament ( Exod. 12), qu'à peine Dieu avait achevé de faire une grâce à son peuple, qu'il lui ordonnait incontinent d'en conserver le souvenir. Aussitôt qu'il eut tiré de la captivité d'Egypte ce peuple qu'il aimait tendrement , à l'heure

20 LK CUrDE DES PÉCHEUnS.

même il lui commanda ( Exod. i5 } de faire chaque année une fête solennclie en mémoire de ce bienheureux jour. Il fit mourir tous les premiers-nés des Egyptiens ; mais il voulut en même temps ( Exod. 16 ) que fous les premiers-nés qui viendraient de son peuple lui fussent offerts, afin que ce peuple n'oubliât jamais le bienfait de sa délivrance. Un peu après la sortie d'Egypte , ayant nourri les Israélites durant quarante ans de inanne dans le désert , il n'eut pas plus tôt commencé à la faire pleuvoir, qu'il voulut qu'on en amassât une certaine quantité dans un vase , que l'on garderait dans le sanctuaire , afin que toute leur postérité conservât le souvenir d'une faveur si remarquable. Quelque temps après, il leiu' fit gagner contre Amalech une signalée victoire ; mais ils ne l'eurent pas sitôt obtenue, qu'il dit à Moïse [Exod. 17. f. 14) : « Ecrivez cette victoire dans un livre , afin que jamais » la mémoire ne s'en puisse perdre , et donnez ce li- » vre à garder à Josué. » Si Dieu a apporté tant de soin pour que son peuple se souvînt éternellement de quelques bienfaits temporels, que ne nous demandcra-t-il point pour le bienfait éternel de la création , puisque l'ame qu'il nous a donnée est immortelle.

Les anciens patriarches, fidèles à ce devoir de la reconnaissance, avaient coutume [Gencs. 12 , i5 et ï2 ) d'élever des autels toutes les fois qu'ils recevaient quelque grâce signalée de Dieu ; en donnant les noms à leurs enfans , ils prenaient garde qu'ils exprimassent les biens qu'ils avaient reçus, afin qu'ils ne fussent jamais oubliés. Un grand saint ( v^. Aag. SoHioq. 18 ) a été jusqu'à dire que l'homme doit se souvenir de Dieu autant de fois qu'il respire , parce que

Page 1