LIVRE I. CHAP. XIX. 27 l
En effet , la guerre intérieure procède du trouble des passions, et de la lutte qui s'établit entre elles ; si donc les verlus les domptent et les soumettent à Tempire de la raison, les causes de toutes ces inquiétudes cessent. Cette paix est si excellente qu'elle est on des trois biens qui composent la félicité du royaume des Cieux, puisque l'Apôtre a dit {Rom. 14. V. 17) : « Le royavune de Dieu n'est pas le manger » ni le boire , mais la l'ustice , la ^aix et la joie du 9 Saint-Esprit, »
Par la justice il faut entendre la vertu même , et la sainteté dont nous parlons ici; en elle et en ces deux fruits admirables, qui sont la paix et la joie du Saint- Esprit, consiste la félicité anticipée dont jouissent les gens de bien dès cette vie, et qui recevra dans l'autre sa plénitude.^ Or, qvie celte paix soit un effet de la vertu, Dieu même nous l'enseigne clairement par Isaïe, en ce^teinnes [Isaiœ 53. v. i8] : « La paix se- » ra une œuvre de la justice, et le fruit de cette mê- ■ me justice sera le silence et l'assurance perpétuelle; » mon peuple s'asseyera dans la beauté de la paix y » et dans les demeures de la confiance, et dans un » repos ample et abondant. » Ce qu'il appelle ici silence, est cette même paix intérieure , c'est -à- dire le repos des passions, qui. lorsqu'elles ne sont pas cabiiées, troublent le silence des auies par les inquiétudes et les chagrins qu'elles^ causent.
En second lieu, cette paix procède de la liberté dont jouit l'ame, lorsqu'elle a pris l'empire sur ses passions. Car, comme après la conquête d'un pays , les habitans étant une fois assujettis, il y a aussitôt une paix générale partout, de sorte que chacun se
■'epose librement à Tombre de son fignier et au pied de sa vigne, sans crainte de Tennenii ; de même après la conquête et rassujellissement de nos passions, ces perturbateurs de notre repos , règne une paix admirable, qui établit l'ame dans le repos, et la délivre de toute contradiction. Autant la guerre qui avait précédé était violente , autant est profond le calme qui lui succède.
En troisième lieu, cette paix vient des consolations spirituelles, qui contentent de telle sorte tous nos désirs el toutes nos affections, que ces joies célestes leur paraissent plus douces que tous les plaisirs de la terre ; tous nos désirs étant satisfaits , le sentiment profond de la présence de Dieu éteint la concupiscence , et fait jouir notre ame du calme qui suit la possession de tout ce qu'elle désire.
En quatrième lieu , elle procède aussi de la joie intérieure que produit la bonne conscience; le juste, heureux de ce consolant témoignage, jouit d*un repos admirable, quoiqu'il ne doive point s'y fier de telle sorte qu'il se rende négligent et perde la crainte.
Enfin, cette paix vient de la confiance que les gens de bien ont en Dieu; car c'est elle principalement qui les fait vivre en repos , même au milieu des troubles de cette vie; parce qu'ils s'assurent d'avoir Dieu pour père et pour bouclier, et sous sa main ils vivent en repos, chantant avecle Prophète {Psai. 4. v- 9) : « Seigneur, je me coucherai et je dormirai paisi- » blement et sans crainte, parce que vous avez assu- ■ ré mia vie par l'espérance de votre miséricorde. • De cette divine protection procède la paix des justes, et en elle est le remède de touslem*s maux. Celui qui
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«'appuie sur un tel soutien, ne connaît plus ni la crainte, ni la douleur.